HÉROÏSME DANS LA SOUFFRANCE
Après le combat et l’action vient la souffrance.
Parfois même, elle les devance : souvent, elle les accompagne ; presque toujours, elle les suit, elle, toute seule, afin de mettre le couronnement à l’œuvre de la sanctification. Dieu se plaît à travailler les âmes qui ont travaillé et combattu pour lui. Et comment les travaille-t-il? Par la souffrance, par toutes sortes de douleurs physiques et morales. Il vient un temps où l’on ne peut plus agir ni se dévouer; on ne peut plus même se livrer à la prière et aux autres exercices spirituels, on ne peut plus que souffrir ; Dieu le voulant ainsi, afin de reproduire en nous l’image de son Fils bien-aimé.
C’est alors que le don de force apparaît dans son complet et parfait rayonnement : car il ne donne pas seulement à l’âme affligée la patience et la résignation (ce que peut faire la simple vertu de force), il unit encore très parfaitement sa volonté à celle de Dieu, lui inspire un désir insatiable d’humiliations et de douleurs, la remplit de joie quand ce désir est satisfait, lui donne enfin l’héroïsme dans la souffrance. Notre divin Sauveur n’a-t-il pas soupiré toute sa vie après sa passion ? L’heure où elle devait commencer, il l’appelait son heure : sciens Jesus quia venit hora ejus. Joa. xux, 1, l'heure qui lui était particulièrement chère et qu’il ne cessait d'appeler, de tous les vœux de son cœur.
Depuis que ce bon Maître nous a envoyé son Esprit, que de sentiments sublimes n’a-t-il pas produits dans les cœurs, à l’endroit de la souffrance. Et ces sentiments ont éclaté au grand jour ; ils se sont traduits par des accents que jamais le monde n’avait entendus et par des merveilles que jamais il n’avait
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contemplées. Lisez les victoires des martyrs, parcourez la vie des saints : et vous verrez étalés dans toute leur magnificence les effets admirables du don de force :
Sous le poids des affiictions qui l’accablent, S. Paul s’écrie : « Je surabonde de joie au milieu de toutes mes tribulations) : Superabundo gaudio in omnitribulatione nostra. 2 Cor. vit, 4.
S. Marc et S. Marcellin, mis à la torture, disaient au tyran qui les engageait à renier Jésus-Crist, pour être délivrés de leurs tourments : « De quels tourments parles-tu ? Jamais nous n’avons pris part à un tel festin.»
S. Procope disait au païen qui le martyrisait : « Tourmente-moi tant que tu voudras, mais sache que pour qui aime Jésus-Christ, il n’y a pas de plus grand bonheur que de souffrir pour lui plaire.»
S. Laurent, sur le gril où il était brûlé à petit feu, raillait son bourreau en ces termes : « Me voilà rôti d’un côté, tourne-moi donc et mange.» Quels accents sublimes ! En avait-on jamais entendu de semblables ! Et combien d’autres encore le don de force a arrachés au cœur des saints, dans le cours des siècles ! Qui ne connaît la parole célèbre de Ste Thérèse : « Ou souffrir cu mourir ? » et cette autre d’une fille de Ste Thérèse, Ste Marie Madeleine de Pazzi. « Souffrir et ne jamais mourir ? » et cette autre enfin de S. Jean de la Croix : « Seigneur, souffrir et être méprisé pour vous » ? La chair et le sang ne sont pas capables d’entendre, et beaucoup moins de tenir pareil langage. Seul, l'Esprit de Dieu en donne l'intelligence, comme seul, il en est l’inspirateur. Seul
aussi, il donne la force de mettre les œuvres en accord avec ces sentiments surhumains.
Un jeune Japonais, d’une comrlexion délicate, craignait vivement les supplices, et surtout, celui du feu. Il s’essayait, dans son désir du martyre, de se durcir à la douleur en s’approchant très près du feu. Mais, incapable d’en supporter les ardeurs, il se décourageait et s’abandonnait à la tristesse, dans la pensée qu’étant arrêté et condamné au feu, il n’aurait pas le courage d’endurer ce tourment, et qu'il serait infailliblement damné. Au milieu de ses angoisses, Dieu daigna le consoler. Il lui révéla qu'il serait martyr, et qu'il le serait par le feu : mais qu'il ne devait pas craindre, parce que lui-même le soutiendrait, par son secours tout puissant, au moment du supplice. C’est ce qui arriva quelques jours plus tard.
S. Vit, âgé Ce quatorze ans, eut le corps labouré de plaies. Ses chairs étaient déchirées jusqu'aux entrailles. Son père, qui était païen, pleurait de douleur. Mon père, dit-il, ne pleurez pas ; non, cette mort ne me fera pas périr, mais elle me fera vivre et régner éternellement. Sainte Agnès, à treize ans, souifrit avec une constance angélique. Son corps était tellement couvert de blessures, que les bourreaux n’y trouvaient plus aucune place saine pour en faire de nouvelles.
Ste Eulalie, à douze ans, fut flagellée au point que son Corps n'était plus qu’une plaie. Pour accroître la torture, on y versa de l’huile bouillante, puis, on appliqua des torches ardentes sur sa poitrine et à
°s côtés ; enfin, on la déchira avec des ongles de fer, + comme elle respirait encore, elle fut brûlée vive.
Pendant tout ce temps, elle ne faisait que bénir Dieu. Au temps de Tibère, un enfant de neuf ans courut au bourreau pour avoir la tête tranchée.
Un enfant de sept ans, au Janor, fut crucifié sur une petite croix en face de sa mère. Pendant tout le temps que dura son supplice, il répétait à haute voix le nom de Jésus. Vers le même temps, une petite fille de huit ans, qui était aveugle, se serra fortement contre sa mère, afin d’avoir le bonheur de mourir avec elle, dans le feu.
Evidemment, c'était le Saint-Esprit qui soutenait, dans ces horribles tortures, des corps si faibles et si sensibles à la douleur. C'était le don de force qui communiquait à ces chétives créatures ce courage surhumain.
Les martyrs n’ont pas été les seuls à ressentir les effets de ce don divin ; une foule de saints n’ayant pas eu l’honneur de professer leur foi par le fer ou par le feu, n’en ont pas moins été des martyrs de patience. Grâce au don de force, ils se sont montrés héroïques dans la douleur.
Saint Vincent de Pau: était tourmenté par des souffrances physiques si aiguës, qu’elles ne lui laissaient de repos ni le jour ni la nuit. Il les supportait sans laisser échapper la moindre plainte, et avec une sérénité telle qu’il semblait n’avoir aucun mal.
Il n’y a pas de croix plus grande que de ne pas en avoir, disait le bienheureux Grignon de Montfort. Interdit par trois évêques, il n’eut pas un mot pour se plaindre. Dieu soit béni, dit-il tout simplement, je n’ai point cherché ma gloire, mais uniquement la gloire de Dieu.
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S. Jean-Baptiste de la Salle but au calice des humiliations et des persécutions, sa vie presque tout entière. Il se vit trahi par ses propres enfants, abreuvé d'amertume par ceux qui avaient été ses meilleurs amis. Dans sa dernière maladie, le frère qu’on lui avait donné pour l’assister, l’accablait de paroles grossières et d’amers reproches. L’archevêque de Rouen, prévenu contre lui, l’interdit deux jours avant sa mort ; c’est dans cet état d’humiliation qu’il mourut. Pendant ces terribles épreuves, il ne perdit jamais la sérénité de son visage et ne proféra pas une seule plainte.
S. Gérard Majella fut accusé par une méchante femme d’une action détestable. Quoique innocent, il ne dit pas un mot pour se justifier. S. Alphonse, son supérieur, sembla ajouter foi à l'accusation. Il infligea à Gérard une rude pénitence, et le priva trois mois de la communion. Après ce temps, la calomnie fut dévoilée, faisant briller aux yeux de tous l’héroïque vertu du saint. Interrogé pour savoir commet il avait pu faire pour supporter avec tant de calme une telle épreuve, il répondit : « J'avais au fond de mon cœur le divin Consolateur des âmes : le Saint- Esprit. C’est lui qui m'a donné le courage er la force de tout souffrir par amour pour Dieu.»
Puisque la force du Saint-Esprit produit de tels effets dans les âmes, efforçons-nous de l’acquérir et de la développer en nous. Rien de plus facile, nous n'avons pour cela qu’à aller nous abreuver aux sources divines d’où elle jaillit. Voyons quelles sont Ces sources que Dieu nous a ouvertes.
$ IV Sources où se puise le don de force
Dans sa bonté infinie, le Saint-Esprit nous a donné des sources par lesquelles il veut nous communiquer le don de force.
« Vous puiserez avec joie aux sources du Sauveur,» dit le Prophète : Haurietis aquas in gaudio de fontibus salvatoris. Is. x11, 3. Quelle joie pour un pauvre malade de pouvoir s’abreuver à une source de vie et de santé ! Quelle joie plus grande pour une âme chétive et infirme de pouvoir puiser à des sources bénies la vie et la force même de Dieu ! Ces sources sont au nombre de quatre :
1° Le sentiment de notre impuissance joint à une grande confiance en Dieu. Le Saint-Esprit en nous enrichissant de ses dons veut que nous en fassions remonter vers lui toute la gloire. Or, quel danger n’y aurait-il pas pour notre nature orgueilleuse de marnquer à ce grave devoir, si le don de force pouvait s’allier avec la confiance en nous-mêmes ! Quelle tentation d’attribuer à notre propre vertu des succès que nous n’obtiendrions que par la vertu de Dieu ! L’Esprit-Saint veut nous soustraire à cette tentation délicate ; c’est pourquoi, avant de nous faire éprouver les effets extraordinaires du don de force, il exige que nous sentions très vivement notre impuissance et l’inanité des moyens humains ; et que, poussés par ce sentiment, nous ne comptions plus que sur Dieu seul, nous abandonnant entre ses bras avec la plus entière confiance. Dieu se plaît alors à nous prêter
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son secours tout puissant et à nous rendre invincibles; alors aussi, nous pouvons redire, en toute vérité, la parole de S. Paul: «Quand je suis faible, (c’est-à-dire, quand je sens ma faiblesse et que je me tourne vers le Seigneur), c’est alors que je suis fort : Cum enim infirmor, tunc potens sum. 2 Cor. xI1, 10.
2° La prière et l’oraison. L'âme conduite par le Saint-Esprit sait que si elle ne peut rien par ellemême, elle peut tout avec le secours de Dieu ; et que, ce secours s'obtient toujours par la prière. Elle connaît les promesses divines : « Demandez et vous recevrez.» Joa. xvi, 24. « Demandez tout ce que vous voulez, et il sera fait selon votre désir » : Quodcumque volueritis petetis, et fiet vobis. Joa. xv, 7.
Elle sait que Jésus-Christ a confirmé sa promesse par un serment solennel, et que, par le même serment, il s'engage à prendre lui-même notre cause en main, et à la faire réussir : « En vérité, en vérité je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, ii vous l’accordera.» Joa. xvi, 23. « En vérité, en vé'té. je vous le dis, tout ce que vous
demandere: ‘: Père en mon nom, je le ferai, afin que L : “ glorifié dans le Fils.» Joa. x1v, 12-13. Apt. + des engagements aussi solennels,
cette âme s’applique à la prière avec une confiance sans bornes ; et Dieu, qui ne peut manquer à sa parole: Fidelis est qui repromisit. Heb. x, 23, se plaît à l'exaucer, en lui donnant de faire ce qui, naturellement, lui était impossible. Par la prière, l’âine devient plus forte que tout l’enfer, plus forte que toutes les puissances terrestres, plus forte que toutes les milices célestes, plus forte que Dieu lui-même, car Dieu, tout
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