‹ L'âme sanctifiée par les dons du Saint-Esprit [microforme]Chapitre 26 sur 45 · CINQUIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ENTRETIEN

Le don de conseil

Consilium illius sicut fons vite.

Son conseil est comme une source de vie.

Eccli, xxt, 16.

Rien ne saurait mieux disposer une âme à la sainteté, que la volonté ferme de ne rien refuser à Dieu, de faire et de souffrir tout ce qui lui plaît.

Or, nous l’avons vu, cette volonté décidée à tous les sacrifices ne peut nous venir que du don de force. C'est lui qui soutient notre courage dans les difficultés, nous rend victorieux de tous les obstacles, nous fait endurer toutes les douleurs pour l’amour de Dieu.

Mais cette force doit être dirigée. On court mal, dit S. Augustin, si l'on ne sait pas où courir : Non bene curritur si quo currendum nesciatur.

On peut, jusqu’à un certain point, comparer l’âme douée du don de force à ces puissantes locomotives prêtes à s’élancer et à dévorer l’espace. Il ne leur suffit pas d’être mises sur la vraie voie par un ingéaieur entendu ; il faut encore qu'elles y soient maintenues et conduites, d’instant à instant, par les rails

sur lesquels elles roulent. Que si elles ont le malheur d’en sortir : c’est le désastre, c’est la mort ; et la catastrophe est d’autant plus terrible, que la machine était lancée avec plus de force.

De même, il ne suffit pas à l’âme remplie de la force du Saint-Esprit de discerner, par le don de science, la vraie voie qu’elle doit prendre ; il faut encore qu’elle soit conduite dans cette voie d’une manière incessante, et, pour ainsi dire, pas à pas. Sans quoi, elle risque de s’écarter du droit chemin, de se briser contre quelque écueil, ou de se jeter dans quelque précipice : tout au moins, de se fatiguer en vain. Or, tel est le soin que le Saint-Esprit prend de notre âme qu'il veut bien se charger lui-même de cette direction toute spéciale et continuelle dont elle a tant besoin. Il veut lui-même être son guide et son conseiller, pour lui dire à chaque instant ce qu'elle doit faire, et lui montrer la meilleure manière de le faire. À cette fin, il l’enrichit du don précieux de conseil.

Nous allons considérer dans cet entretien 1. La nature de ce don ; 2. Sa néressité ; 3. Les circonstances de la vie où ce don es : articulièrement nécessaire ; 4. Les effets qu’il produit ; 5. Les divers moyens de l’acquérir et de l’accrottre.

Notre-Dame du Bon Conseil, priez pour nous.

SI Nature du don de conseil

On peut définir le conseil : un don pa; lequel le

Saint-Esprit nous dirige dans les moyens à prendre pour arriver à notre fin dernière.

Pour bien saisir la nature de ce don, et en comprendre l’excellence, il faut considérer quel est son rôle par rapport à la vertu de prudence et par rapport au don de science.

1° Entre la prudence et ! conseil il y a cette ressemblance, que tous deux regardent la vie pratique, ayant pour but commun de nous faire trouver les moyens les mieux adaptés à l’acquisition de notre fin dernière. Mais il y a une grande différence dan: leur manière de procéder et dans les résultats qu’ils obtiennent. Cette différence nous montre immédiatement la supériorité du don de conseil et sa mission spéciale qui est, dit S. Thomas, de venir en aide à la prudence et de lui donner toute sa perfection. !

Trois choses marquent nettement la différence qui existe entre la prudence et le conseil : le principe d'action de l’un et de l’autre, leur plus ou moins d’étendue, le degré d'assurance qu’ils donnent à l’âme.

Le principe d'action de l’un et de l’autre. La prudence a pour principe d’action la raison humai-e. La prudence naturelle ou surnaturelle, dit Suarez, applique, par voie de discours ou de raisonnement, les principes généraux, connus par la lumière naturelle ou par la foi, aux actes particuliers et aux circonstances présentes : elle juge ainsi de ce qu’il est plus à propos de dire ou de faire. La vertu de prudence s'en réfère donc immédiatement au dictamen de la raison, laquelle, illuminée par la foi et aidée de la

(1) Donum consilii respondet prudentiæ sicut ipsam adjuvans et perficiens 2. 2. q. 52, a 2.

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grâce, découvre les moyens qui sont les mieux appropriés à la fin, et commande à la volonté de les embrasser.

Le dun de conseil a un principe d’action infiniment plus élevé : c’est le Saint-Esprit lui-même. L'âme éclairée par le don de conseil ne se dirige plus par son propre raisonnement ; mais se trouve dirigée et comme entraînée par l’impulsion du Saint-Esprit, et cette impulsion ne suit pus toujours, dit Suarez, ! les règles ordinaires de la prudence naturelle ou surnaturelle ; car le Saint-Esprit est au-dessus de toute règle. Il peut, sans doute, y conformer son action et, d'ordinaire, il le fait ; mais il n’y est pas tenu, il y déroge parfois. Le don de conseil s’en réfère donc directement su dictamen du Saint-Esprit, son guide et son conseiller immédiat. Le Saint-Esprit est le seul principe qui la dirige.

L'étendue de leur action. La prudence a une sphère d’action beaucoup plus restreinte que le don de conseil. Quelle qu’elle soit, naturelle ou surnaturelle, elle ne peut ni prévoir ni embrasser tout l’ensemble des moyens les mieux appropriés au but désiré. Malgré toute son application, malgré toute sa sagacité pour connaître ce qu’il doit dire ou faire, l’homme n'est jamais complètement rassuré. « Les pensées des mortels sont timides, dit le Sage, et nos prévoyances incertaines » : Cogitationes mortalium timidæ et incertæ providentiæ nostræ. Sap. 1x, 14.

Le don de conseil, au contraire, étant la direction même du Saint-Esprit qui omnia comprehendit ; ?

(1) De necess. grat. c. 2, n. 6.

(2) S. Ant. IV, p. tit. XXII.

«qui prévoit et embrasse toutes choses,» s’étend à tout ce qu’il nous est nécessaire de connaître, pour nous déterminer sagement dans les cas qui se p:isentent.

Leur degré d'assurance. Ce troisième trait de dissemblance se montre de soi-même, après ce qui vient d'être dit. En effet, la prudence, quelque par! 1ite qu’elle soit, est toujours hésitante, craintive, incer taine. Le don de conseil, lui, ne connaît pas ces faiblesses. C'est l’Esprit-Saint qui communique sa lumière, et il meut l’âme de telle sorte qu’il exclut tout doute, enlève toute crainte et hésitation. !

Le don de conseil est donc bien supérieur à la prudence ; et si celle-:i, à cause de son excellence, occupe le premier rang pa-mi les vertus cardinales, et mérite d’être appelée, par S. Bernard, l’abbesse des vertus, que faut-il penser au don de conseil, qui est si élevé au-dessus d’elle, qui lui prête son secours et la pertionne autant qu’elle a besoin de l’être ?

2° Rapports entre le don de conseil et celui de science. Quant aux rapports qui existent entre le don de conseil et celui de science, il faut remarquer tout d’abord ce trait de ressemblance : que l’un et l’autre ont pour but de régler, quoique dans une mesure différente, la pratique de la vie.

La science nous donne la règle certaine de nos croyances et de nos œuvres. Elle nous fait discerner avec certitude, comme nous l’avons dit, ce qu’il faut croire de ce qu’il faut rejeter, ce qu’il faut faire de ce qu’il faut éviter. Mais à quoi serviraient ces connaissances, si l’on n’en faisait, en temps et lieu, une juste application ? Pour calculer exactement et écrire

(1) Sua. Lib. 2, c. 21, n. 8.

sans faute, suffit-il de très bien connaître les rèsles de l’arithmétique et celles de la grsmmaire ? Pour juger équitablement une cause, suffit-il à un avocat de pesséder parfaitement toutes les lois du code civil ? Nor, il faut encore, et, c’est là le principal, savoir faire une juste application de ces règles et de ces lois à cique cas qui se présente. Or, c’est le don de con:eil qui, dans la vie spirituelle, fait appliquer avec sagesse les connaissanes du don de science à chaque cas en particulier, en ayant égard aux circonstances de temps, de lieu et de personnes où l’on se trouve. Il en fait faire surtout une application heureuse aux cas les plus perplexes, les plus difficiles et les plus graves en conséquences.

Comment ne pas admirer ici la sagesse et la bonté de Dieu, envers des créatures aussi aveugles et aussi misérables que nous ? Si ls Providence est déjà si attentive à pourvoir à nos moindres nécessités temnporelles, combien elle l’est davantage quand il s’agit de nos nécessités spirituelles, du salut et de la sanctification de notre âme. C’est à ce point, qu’elle nous envoie une Personne divine, le Saint-Esprit, pour nous conduire pas à pas par le chemin le plus droit et le plus sûr ; nous indiquant à chaque instant les moyens les mieux en rapport avec notre fin, les plus conformes . l'Évangile ; ne se contentant pas de nous faire discerner le vrai du faux et le bien du mal, mais même le plus vrai du moins vrai, le meilleur de + qui est simplement bon, le plus parfait du moins parfait ; nous le faisant voir, aimer et embrasser.

Le saint curé d’Ars ne pouvait retenir ses larmes, quand il pensait à cette bonté que Dieu nous montre

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en nous donnant pour guide le Saint-Esprit. « Oh ! que c’est beau, mes enfants ! disait-il. Le Père est notre Créateur, le Fils est notre Rédempteur et le Saint-Esprit est notre Conducteur. Le Bon Dieu, en nous envoyant le Saint-Esprit, a fait à notre égard comme un grand roi qui chargerait son ministre de con 'uire un de ses sujets, disant : Vous accompagnerez cet homme partout, et vous le ramènerez sain et sauf. Que c’est beau, mes enfants, d’être accomprgné par le Saint-Esprit! C’est un bon guide que celui-là... Et dire qu'il y en a qui ne veulent pas le suivre... L’Esprit-Saint nous conduit comme une mère conduit son enfant de deux ans par la main... comme une personne qui y voit conduit un aveugle.»

Et c’est par le don de conseil que le divin Paraclet daigne nous rendre ce service.

O don précieux ! Nous ne saurons jamais vous apprécier assez ! O Esprit-Saint ! quelles actions de grâces ne vous devons-nous pas pour un iel bienfait ! O Guide infiniment charitable, quel honneur vous nous faites ! Comment pouvons v ne pas suivre toujours vos sages conseils !

$ II Nécessité du don du conseil

Le don de conseil est nécessaire, en tout temps, à une âme qui veut sérieusement se sauver et se sanctifier. Il l’est particulièrement, dans certaines circonstances décisives de la vie.

1° L'âme qui veut sincèrement son salut sent qu’elle a besoin de la direction continuelle du don de «onseil. Tant qu’il vit ici-bas, l’homme est un être imparfait, sujet à l’ignorance et à l'erreur. Pour atteindre sa perfection, il a besoin d’être enseigné, d’être dirigé. Or, deux sortes de directions, absolumert opposées l’une à l’autre se présentent à lui. L'ure qui vient de l'Esprit de lumière, elle conduit dar: le chemin de la vie et aboutit à l’éternelle béatitude. L'autre lui vient de l’esprit de ténèbres, elle conduit au péché et à la mort éternelle. Quoi qu'il fasse, l’homme doit obéir à l’une ou à l’autre, impossible d'échapper : cette alternati. Malheur à lui, si l’Esprit-Saint se retire ; car l'esprit malin, qui veille sans cesse à sa porte, entre aussitôt pour l’aveugler et le conduire à sa perte. David comprenait cet affreux danger, quand il disait à Dieu : Conduisezmoi, Seigneur, dans le droit chemin, car de nombreux ez.semis m'environnent et cherchent à m’égarer: Dirige me in semitam rectam propter inimicos meos. Ps. XX VI, 11.

2° La nécessité du don de conseil est tout aussi évidente pour une âme qui veut se sanctifier.

Rien de plus facile et rien de plus déplorable dans la vie spirituelle, que de tomber dans l'illusion. Une foule d’âmes, très bien intentionnées d’ailleurs, ont ce malheur. Il en est qui en restent victimes toute leur vie. Chacun comprend la spiritualité un peu à sa manière. Les uns mettent la sainteté dans de grandes mortifications extérieures, qui leur sont plus nuisibles qu’utiles ; les autres, dans la seule mortification intérieure, qu'ils pratiquent d’ailleurs fort peu;

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ceux-ci, dans d’interminables exercices de piété ; zeux-là, dans des actions d’éclat propres à attirer l'estime et la louange. L’oraison surtout, avec ses divers degrés, donne facilement prise à ces funestes illusions. On s’engage dans une voie qui n’est pas la sienne ; sous prétexte de contemplation, on reste dans une oisiveté complète, on s’imagine être dans ces états extraordinaires où étaient les saints : et, après s'être trompé soi-même, on trompe aussi les autres sans le vouloir ; on leur fait un tort considérable, tout en prétendant leur faire du bien. Oh : qu'il en est peu, parmi les âmes qui font profession de piété, qui ne tombent pas dans un excès ou dans un autre ! Qu'’elles sont rares celles qu’une sage discrétion conduit et retient constamment dans la voie du juste milieu, qui est celle de la vraie et solide vertu ! In medio virtus. Combien qui sortent de cette voie, et qui courent vainement, emportées par un secret amour propre ; ou trompées par Satan qui se transforme, pour elles, en ange de lumière, afin de les égarer et de les faire tomber dans quelque précipice ! Oh ! que ie don de conseil est donc nécessaire ! Le Saint-Esprit, qui prend à tâche notre sanctification, le sait bien; et c’est pourquoi il nous vient en aide, dans un besoin aussi pressant. Il nous apporte ce don précieux dont il est écrit, qu’il nous gardera de tout égarement et de tout écart : Consilium custodiet te. Prov. 11, 11. Avec un guide aussi sûr, l’âme aperçoit immédiatement les fausses routes qu’elle doit éviter: elle distingue clairement les mouvements de la grâce de ceux de la nature; eilc reconnaît à l'instant ce qui vient de Dieu et ce qui vient du démon ; enfin,

elle voit parfaitement le chemin qu’elle doit suivre et elle y avance à grands pas, gardant toujours, par une sage discrétion, le juste milieu entre les extrêmes opposés. Oh ! quelle douce assurance pour cette âme, de se sentir guidée de la sorte ! Elle peut bien chanter avec le Roi Prophète : « Le Seigneur est ma lumière =. et mon salut, qui craindrai-je ? » Dominus illuminatio Si mea et salus mea, quem timebof Ps. xX VI, 1. & Alors même que je marcherais au milieu des ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal, parce que vous êtes avec moi, Seigneur:» Et si ambulavero in medio umbræ mortis, non timebo mala quoniam tu mecum es. PE EN, à,

$ III

Circonstances où le don de conseil est surtout nécessaire

Il est des circonstances, dans la vie, où la nécessité

$ du don de conseil se fait particulièrement sentir. En

‘ voi-i les principales : 1° quand il s’agit de se choisir

un directeur de conscience ; 2° quand on veut décider sa vocation ; 3° dans des cas difficiles et perplexes où l’on ne sait quel parti prendre.

L 1° Dans le choix d’un directeur de conscience. Le Saint-Esprit veut bien nous conduire, mais il veut aussi que nous ne négligions aucun des moyens ordinaires qu'il nous donne ; et particulièrement, celui de la direction. Dieu a ainsi réglé les choses, dans

ÿ l’ordre moral comme dans l’ordre physique, que tout

doit se faire par l'intervention des causes secondes.

Il se cache derrière elles, lui, la cause première, pour

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DE CONSEIL 199 gouverner toutes ses créatures. Tel est le plan établi par Dieu, et il ne s'en départira pas. D'après ce principe, il est nécessaire, si nous voulons avancer dans la vie spirituelle, de nous placer sous la conduite d’un directeur plein de l'Esprit de Dieu. Nos propres vues sont si bornées ! Nous sommes si exposés à tomber dans l'illusion, si portés à nous tromper sur noire vraie situation intérieure et à nous juger favorablement ! D'autre part, notre pauvre nature se fatigue si vite au combat et nous entraîne si facilement dans la voie large, qu’il n’y a qu’un bon directeur qui puisse discerner quel esprit nous anime, nous montrer ce que Dieu demande de nous, nous faire voir nos défauts, nous préserver de l'illusion, nous exciter à avancer sans cesse, sans nous arrêter ni nous relâcher jamais. Dieu nous envoie ses ministres pour être nos guides dans le chemin du salut, et dans les divers sentiers de la vie intérieure. C’est sa volonté que nous nous laissions conduire par eux, leur ouvrant ingénûment notre cœur, leur en montrant toutes les tendances bonnes ou mauvaises, recevant humblement leurs avis, et suivant très docilement leurs conseils.

Une âme qui marche constamment dans cette voie de l’obéissance ne peut se perdre, elle pratique la piété solide, et fait Llus de progrès dans la vertu en une année, qu’une autre pendant toute une vie. Quiconque veut se conduire d’après ses propres lumières, est semblable à un aveugle qui conduit un autre aveugle et qui tombe avec lui dans la fosse : Cæcus autem, si cæc » ducatum præstet, ambo in joveam cadunt. Math. xv, 14.

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S’il y a dans le monde si peu d'âmes intérieures et solidement vertueuses, ne doit-on pas l’attribuer au peu de soin qu’on met à se faire diriger? Or, dit S. Alphonse, le choix d'un directeur ou père spirituel, ne doit pas se faire au hasard, ni par goût naturel ; il faut choisir celui qu’on estime le meilleur pou” le bien de son âme. Il ne doit pas seulement avoir de la science et de l'expérience, mais il doit être en outre un homme d'oraison, marchant dans la voie de la perfection.

Confesse-toi souvent, disait S. Louis, roi de France, à son fils, et choisis des confesseurs vertueux et savants, qui sachent t'instruire de ce que tu dois faire ; et donne lieu à tes confesseurs de te reprendre et de t’avertir librement. Pour ce qui est de votre père spirituel, disait S. François de Sales, choisissez-le entre mille, entre dix mille.

Naturellement, cet avis ne concerne pas les religieuses, qui doivent s'adresser au confesseur que l’évêque leur désigne. Elles n’ont pas de choix à faire, on leur ôte cette sollicitude, en le faisant pour elles. Elles doivent donc donner au confesseur qui leur est envoyé leurentière confiance, et bien se persuader que, s’il n’a pas précisément tout ce qu’il faut pour les diriger dans la voie de la perfection, le Saint-Esprit suppléera à ce qui lui manque, par un surcroît de lumières et de grâces qu’il accordera directement luimême.

Rien de plus surnaturel que la direction, et rien de plus naturel que les motifs qui déterminent certaines âmes dans le choix de leur directeur. Ce qu'elles cherchent, ce sont plutôt les qualités extérieures, une

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extrême indulgence, de longs et inutiles entretiens, de douces condescendances qui leur permettent d’allier la piété avec des habitudes de vie mondaine.

« Il n’y a pas de plus mauvais confesseur, dit S. Alphonse, que celui qui reprend peu, et qui se montre trop indulgent pour les fautes de ses pénitents ; car il l’habitue par là à les regarder comme peu importantes. Si vous avez un confesseur qui vous conduit par la voie étroite, en vou: reprenant avec rigueur quand il vous voit tomber dans des fautes volontaires, tenez-le pour un guide sérieux et ne le quittez jamais.»

Rien ne prouve mieux la bonne volonté d’une âme et son désir sincère de se sanctifier, que de se choisir un directeur zélé, qui prend à cœur son avancement spirituel, qui n’estime rien de petit dans les choses qui peuvent la mener à Dieu ou l’en détourner, qui la reprend des moindres fautes qu’elle commet, qui ne craint pas de lui montrer son côté faible, ses inclinations dangereuses ou mauvaises, son défaut dominant, lui indiquant les moyens de se corriger ; qui lui ouvre en même temps les voies de l’oraison, l’y con-ii sant, en quelque sorte, pas à pas, qui, enfin, n’att-1d et ne désire jamais d’elle autre chose que sa seule sanctification.

Mais un directeur animé à ce point de l’Esprit de Dieu, qui nous le fera trouver, sinon le Saint-Esprit lui-même ? Il faut donc le consulter. Il faut, par des prières ardentes, lui demander de nous montrer le guide qui doit être, auprès de nous, son organe et son instrument.

2° Dans le choix d’un état de vie. Le don de conseil a pour but de nous faire choisir les moyens les mieux

appropriés à notre fin dernière. Or, un de ces moyens est d’embrasser la vocation à laquelle Dieu nous à appelés de toute éternité. « De la vocation dépend l'éternité, » dit S. Grégoire : À vocatione pendet «ternilas.

En nous appelant à l’existence, Dieu nous a appelés à tel état de vie et non à un autre. Etant l’infinie sagesse, il ne fait rien sans but précis: il nous a assigné à chacun le rôle que nous aurions à remplir sur la terre, et en vue de cette destinée, il a façonné notre nature, adapté notre caractère, formé notre esprit et notre cœur, préparé à notre âme toutes les grâces nécessaires. Rien donc de plus important que de suivre sa vocation, rien de plus dangereux et de plus funeste que de la manquer. Une personne qui est hors de sa vocation sera toujours malheureuse : semblable à un membre disloqué, à un os déboîté, à une plante mise dans un sol qui lui est contraire. Elle ne réussira en rien, parce que, se trouvant dans une voie qui n’est pas la sienne et pour laquelle Dieu ne l'avait point faite, elle n’aura ni les dispositions, ni les grâces requises dans cette voie ; elle courra par conséquent risque de se perdre, et de se damner pour toujours.

Rien ne regarde donc plus directement le don de conseil, que le choix d’un état de vie. Le Saint-Esprit ne peut manquer d’être notre guide, dans une question aussi capitale.

3° Dans des circonstances particulièrement difficiles et perplexes. Quand il ne s’agit que de cas ordinaires, tels qu’on en rencontre presque journellement et qui ne présentent pas de sérieuses difficultés, une habileté ordinaire, jointe à un certain degré de la vertu de

prudence, suffit pour découvrir aussitôt ce qui est le plus à propos de dire ou de faire. Mais il est des cas si difficiles et si compliqués, il est des questions tellement graves et embarrassantes, qu’une habileté et une prudence, même consommées, ne suffisent plus pour les résoudre ; et, malgré toutes les réflexions, toutes les consultations et toute la connaissance qu’on a des personnes et des choses, on ne sait quel parti prendre. De quelque côté qu’on se tourne, il n’y a qu'obscurité, perplexité, contradictions ; et cependant, il faut bien décider. L'heure sonne où il faut parler, où il faut agir. Que faire ? Il ne reste d'autre ressource que de recourir et de s’abandonner à l’Esprit de conseil ; car c’est alors, pour lui, le moment d'intervenir et de remplir sa mission. Il faut donc implorer ses lumières et son secours, et puis. décider d'après l'inspiration qu'il donne. On verra plus tard que le parti qu’on a pris, en agissant ainsi, était le meilleur.

C'est l'Esr rit de conseil qui a dicté au roi Salomon le jugement si sage rendu dans le procès fameux des deux femmes qui réclamaient chacune le même enfant, prétendant en être la mère. (Coupez en deux cet enfant, dit-il à l’un de ses gardes, et donnez-en la moitié à l’une et la moitié à l’autre.» Le roi reconnut bien vite, aux cris et aux pleurs de la vraie mère, de quel côté était la vérité. 3 Reg. 111, 25.

C’est également sous l'inspiration du don de conseil que Daniel sut faire rendre justice à la chaste Suzanne, et découvrir l’infamie des vieillards qui l’accusaient, en interrogeant ceux-ci, l’un après l’autre,

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en particulier. Leurs dépositions contradictoires mirent leur calomnie au grand jour.

C’est par le même don de conseil qu’il possédait, au degré le plus éminent, que le divin Sauveur échappa aux pièges que lui tendaient les Pharisiens, quand ils voulaient le surprendre dans ses paroles. Un jour, ils lui demandèrent: (Est-il permis de payer le tribut à César, oui ou non ?» Question alors très discutée parmi les Docteurs de la Loi. Les uns enseignaient que c'était à Di:u, seul Roi et Seigneur, qu'on devait faire cette o frande, en la déposant dans le temple. Les autres prétendaient qu'il fallait payer à César. Si Jésus répondait : C’est à Dieu qu'il faut porter le tribut ; on l’accusait d’être l'ennemi de l’empereur, on s’emparait de lui comme d’un séditieux et d’un perturbateur. S’il répondait : à César : on l’accusait de méconnaître les droits de Dieu, d’être l'ennemi du peuple et l’adulateur des grands. Que fait Jésus ? Eclairé de l’Esprit de conseil, il confond ses ennemis, disant: (Apportez-moi un denier que je le voie.» Et l’ayant reçu, il demanda : (De qui est cette image et cette inscription ? De César, disent-ils. Sur quoi Jésus repond : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.» Cette réponse les jeta tous dans la confusion. Marc x1t, 16.

Une autre fois. Jésus réduit les Saducéens au silence, à propos de la résurrection des morts, à laquelle ils refusaient de croire. Ils lui proposent donc le cas de sept frères qui avaient, l’un après la mort de l’autre, épousé la même femme. « A la résurrection, demandent-ils, quand ils ressusciteront, duquel d’entre eux sera-t-elle la femme, car tous les sept l’ont eue pour

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épouse. N’êtes-vous point en cela même dans l’erreur, répond Jésus, car vous ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. Lorsqu'ils ressusciteront d’entre les morts, ni les hommes ne prendront de femmes, ni les femmes de maris ; mais ils seront comme les anges dans le ciel.» Matth. xx11, 24-30. À partir de ce moment, ils n’osaient plus l’interroger.

Ainsi le Saint-Esprit viendra à notre secours dans les circonstances difficiles, pourvu que nous recourrions à sa lum ere. Il n’est pas de situation, si embarrassante qu’elle soit, dont il ne puisse nous tirer.

$ IV Effets du don de conseil

La richesse et la fécondité du don de conseil sont incomparables. Les effets qui en résultent, dans les âmes en particulier, et dans la société tout entière, doivent nous faire concevoir le plus ardent désir de le posséder et de le perfectionner en nous. Voyons, parmi ces effets, quels sont ceux qui paraissent les plus importants.

1° £a tranquillité de l'esprit et la paix de la conscience. Que d’inquiétudes, que de craintes n’éprouvons-nous pas quand nous devons prendre une de ces décisions importantes, dont les conséquences seront de toute la vie. Même lorsque nous voyons clairement ce qu’il faut faire, nous ne sommes pas tout à fait exempts de crainte. Qu’est-ce donc quand la lumière nous manque, et que nous ne sommes environnés que de ténèbres et de difficultés ? Le don de

conseil nous affranchit heureusement de ces angoisses intérieures. Il nous délivre de tous ces tâtonnements, hésitations, perplexités qui précèdent ordinairement nos déterminations importantes, des craintes et des inquiétudes qui les accompagnent, des regrets qui les suivent.

ne. Ce n’est pas que le Saint-Esprit veuille agir tout j seul, et nous exempter, au moins dans le cours ordipaire, des réflexions, recherches, consultations que comporte la prudence. Non, le don de conseil, qu'il nous donne, ne supprime vas la vertu de prudence, il l’aide, il la perfectionne, et là où elle ne peut pas atteindre, il opère seul d’une manière ineffable et divine.

Le Saint-Esprit veut donc d’abord bannir de notre Ë âme l'agitation, la crainte, l’anxiété, la précipitation, tous ces défauts ou infirmités qui ne peuvert que la : troubler et l’empêcher de juger sainement. Il nous Êl fait rechercher avec calme, tranquillité et confiance, . É: ce qu’il y a de mieux, en chaque chose, d’après le ri degré de son importance ; et, dans cette recherche + même, il nous guide, nous éclaire, nous inspire les Ë déterminations à prendre.

Jésus-Christ n’a-t-il pas dit à ses disciples: («Quand vous serez traduits devant les tribunaux à cause de moi, ne vous mettez pas en peine pour savoir comment vous devez parler et ce que vous devez dire, parce qu’il vous sera suggéré à l’heure même ce que vous aurez à dire ; Car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père céleste qui parlera par votre bouche.» Matt. x, 20. Or, dès que l’on parle ou que l'on agit ex instincitu Spiritus Sancti « sous

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l'impulsion du Saint-Esprit », quelle crainte peut-on avoir ? O mon Dieu, dit David, votre Esprit qui est bon me conduira par une voie droite, vous me ferez vivre, Seigneur, selon votre justice, pour la gloire de votre nom; vous ferez sortir mon âme de l’affiction qui la presse... parce que je suis votre serviteur. Spiritus tuus bonus deducet me in terram rectam propter nomen tuum Domine, vivificabis me in œquitate tua. Educes de tribulatione animam meam quoniam ego servus tuus sum. Ps. CxXLIx, 10-12.

Ecoutons les belles paroles que le Saint-Esprit nous ficte au livre des Proverbes : « Mon fils, gardez la loi et le conseil, et ils seront la vie de votre âme et comme un ornement à votre cou. Vous marcherez alors avec confiance dans votre voie, et -otre pied ne se heurtera point. Si vous dormez, vous ne craindrez point ; vous reposerez et votre sommeil sera tranquille, vous ne serez point saisi d’une frayeur scudaine, et tous ne craindrez point que la puissance des impies vienne vous accabler. Car le Seigneur sera à votre côté,

‘ét l gardera vos pieds afin que vous ne soyez point

pris dans le piège.» Prov. 111, 21-26.

Ces paroles inspirées se réalisent toujours, méme dans les cas exceptionnels où le Saint-Esprit p: certaines âmes dans des voies particulièrer:ent térieuses, qui sont au-dessus des règles de la prudence naturelle et de la prudence surnaturelle. Samson ébranle les clonnes du temple de Dagon et cause la mort d’une foule de Philistins, en même temps que la sienne. Il agit avec une assurance toute divine, en priant le Seigneur.

Ste Pélagie, vierge, se jette dans lc fleuve, avec

toutes ses compagnes, afin de se mettre à l’abri des outrages dont leur virginité se trouve menacée.

Ste Apolline s’élance, d’elle-même, au g: :2d étonnement des païens, dans le brasier qu'ils lui ont préparé.

Samson et toutes ces saintes femmes, dit S. Augus- \: tin, n’cn! agi de la sorte, que par une secrète inspiration du Saint-Esprit, qui leur a dicté ce parti dans les circonstances extraordinaires où ils se trouvaient. Ne pensez pas, dit ce saint Docteur, qu'ils se soient portés à ces extrémités par quelque précipitation ou mouvement de la nature ; non, ils ont tout simplement obéi à une secrète impulsion du Saint-Esprit, et ils n’avaient à ce sujet aucun doute. Le Saint- Esprit, non seulement leur inspirait, mais leur comÿ È mandait intérieurement d’agir comme ils l’ont fait. + Et quand Dieu commande une chose, ajoute-t-il, et qu’il fait connaître clairement que c’est lui qui commande, qui oserait nommer l’obéissance un crime? 5. Qui voudrait condamner une action pleine de piété ? 4. Voilà comment le don de conseil agit dans les âmes. Jamais, il ne leur fait défaut, même dans les circonsë. tances les plus perplexes, les plus extraordinaires ; 2: et toujours, il bannit la crainte et donne le calme et l’assurance.

2° L'accomplissement du plus parfait. Le propre du don de conseil est de nous faire choisir toujours ce qui, aux yeux de la foi, paraît le meilleur, ce qui peut le plus efficacement procurer notre sanctification, c’est-à-dire, le plus parfait.

En conséquence, ce don nous dirige à l’oraison, dans les résolutions à prendre, nous arrêtant à celles qui

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sont les plus pratiques et les plus conformes à nos devoirs de chaque jour. Il nous empêche de faire des méditations stériles, qui ne produisent jamais la moindre amélioration dans notre conduite.

Il nous montre clairement le point sur lequel nous devons principalement porter notre attention : dans nos examens particuliers, nos confessions et nos retraites.

Il nous éclaire au raoment d'agir, nous appliquant à chaque instant à ce que Dieu demande de nous, dirigeant sans cesse le regard de notre intention audessus des vues d’amour propre et d'intérêt personnel, vers l’unique bon plaisir de Dieu ; et quand, dans une action voulue par Dieu, il se présente plusieurs manières de la faire, arrêtant toujours notre choix sur la plus mortifiante pour notre sensualité et notre orgueil, afin de nous faire mieux imiter Jésus- Christ dans ses humiliations et ses souffrances.

L'âme, qui se jaisse conduire en tout par l’Esprit de conseil, peut, en vérité, dire avec Jésus: À meipso facio nihil.. .quia ego quæ placita sunt ei facio semper. Joa. vit, 28-29. « Je ne fais rien de moi-même... je fais toujours ce qui est agréable à mon Père.» Quel effet plus précieux une âme désireuse de se sanctifier peut-elle souhaiter ?

Telle a été en quelques saints la vertu du don de conseil, qu’ils en sont venus jusqu’à s'engager, par vœu, à faire toujours ce qu'ils jugeraient être le plus parfait. Ce vœu héroïque a été fait par une Ste Thérèse, un S. André Avellin, un S. Gérard Majella et une foule d’autres. Le don de conseil a remporté dans ces âmes généreuses son plus beau triomphe. Il a été,

en elles, comme une source toujours jaillissan'e de vie éternelle « Consilium illius sicut fons vitæ perma- D di net.» Eccli. XXI, 16.

| ea 3° Formation des hommes de bon conseil. Le don de conseiller sagement les autres n’est pas toujours, dit S. Thomas, ! joint nécessairement au don de conseil : . celui-ci est le partage, dans une mesure plus ou moins grande, de toutes les âmes qui sont en état de grâce, et il leur est donné en vue de leur propre sanctification; celui-là n’est le partage que de quelques-uns, et semble devoir être rangé parmi les grâces dites re gratuites, gratis datæ, accordées plutôt pour l'avan- À tage du prochain.

Cependant, ajoute le saint Docteur, par là même qu’une âme est docile à se laisser diriger par le don : de conseil, elle devient ordinairement capable de . diriger les autres.’ Ainsi donc, quoique le don de ik : conseil ne comporte pas essentiellement celui d'être F Ë pour les autres un sage conseiller, il en est souvent

“. accompagné, il l’est chaque fois que le Saint-Esprit : # le juge nécessaire au salut et à la sanctification des Le autres. C’est ce qui arrive quand il s’agit de per- È sonnes en charge : et particulièrement des confesi seurs et directeurs de conscience, qui ont besoin de

ce don pour éclairer, par de sages conseils et d’utiles avis, les âmes qui recourent à leurs lumières.

Il n’y a aucun doute, que ceux qui suivent plus docilement la conduite du Saint-Esprit, ne soient les plus aptes à bien conduire les autres. L'expérience

E] (2) Mens humana ex hoc ipso quod dirigitur a Spiritu Sancto fit potens dirigere se et alios 2. 2. q. 52 a 2 ad 3.

en a été faite bien des fois : les personnes les mieux douées sous le rapport du bon sens, de la sagacité du jugement, pour donner des solutions sages aux problèmes les plus difficiles, et pour trouver une issue heureuse aux affaires les plus ardues et les plus perplexes, ont toujours été celles qui menaient une vie plus retirée et plus contemplative. N’a-t-on pas vu les rois et les princes, les évêques, les cardinaux, les papes eux-mêmes, recourir à un S. Bernard, à une Ste Catherine de Sienne, dans les difficultés inextricables dont ils se voyaient environnés, et ne vouloir rien faire que sur leur décision ou par leur conseil. Il ne manquait pourtant pas, alors, de savants distingués, d'hommes entendus dans les affaires, de théologiens célèbres ; cependant, ce n’est pas eux qui furent consultés, mais ces âmes retirées du monde et ne vivant, pour ainsi dire, que de la vie de l'esprit. Quelle ressource pour l'Église, quand il se trouve au milieu d’elle de ces hommes de bon conseil, que le Saint-Esprit lui-même a formés ! Quel avantage pour les âmes !

4° Création des orc:es religieux. C’est au don de conseil que l’on doit la naissance des ordres religieux dans l’Église. Par ce don admirable, le Saint-Esprit veut nous faire prendre les moyens les plus parfaits, les plus directs, pour atteindre notre fin dernière qui est Dieu. Vivre uni à Dieu : c’est la dernière perfection et la suprême béatitude de l’homme. Mais il est des obstacles qui s'opposent à l’obtention de cette fin, ou du moins, qui la retardent considérablement. Ces obstacles proviennent des vaines sollicitudes, au sujet des biens de ce monde : de l'attachement aux

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richesses, aux honneurs et aux plaisirs. Sans doute, la vertu et la sainteté ne sont pas incompatibles avec l’usage raisonnable des biens terrestres, c’est pour cela que le Saint-Esprit ne nous ordonne pas, il nous donne seulement le conseil de les mépriser, afin detarir ainsi 8 source de toutes les vaines sollicitudes, et de diriger toutes les énergies de notre âme vers notre fin dernière. Il nous a donc dicté, par la bouche du Fils de Dieu, les trois conseils évangéliques qui enlèvent, d’un seul coup, tous les obstacles à l’union intime avec Dieu. La pauvreté volontaire retranche les sollicitudes à l'égard des biens terrestres, la virginité et la chasteté volontaires dégagent l’âme de toute sollicitude à l’égard des biens du corps. L’obéissance volontaire délivre de toute sollicitude à l’égard des biens de l’esprit, résultant de l’indépendance de la volonté. Par les trois vœux de religion, dit S. Thomas, l’homme enlève les obstacles à sa perfection, tarit la source des vaines sollicitudes, et se consacre à Dieu en parfait holocauste. Heureux ceux qui, appelés à ce parfait dégagement, ont le courage de l’effectuer ! Libres de tous les liens qui les embarrassaient, ils peuvent s’écrier avec le psalmiste: «(Comme le passereau, notre âme s’est échappée du filet de l’oiseleur. Le filet est rompu et nous avons été délivrés.» Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium. Laqueus contritus est, et nos liberati sumus. Ps. cxxuI1, 7. (Aussi longtemps que quelque lien me retient enchaîné, je ne puis, Seigneur, m’envoler hibrement vers vous.» (Imit. 1. 3, c. 31). Ceux qui ont tout méprisé pour Jésus-Christ, n'étant plus retenus par

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rien ici-bas, prennent joyeusement leur essor, s’élèvent rapidement de vertu en vertu, et parviennent bientôt à un degré surprenant d'union avec Dieu.

Qu'y a-t-il d'étonnant alors, si le divin sanctificateur des âmes en pousse un si grand nombre dans cette voie sublime ! Au commencement de l’Église, quand elle était dans tete sa ferveur, et que le Saint-Esprit agissait sure. 'èles d’une manière plus sensible, on voyait les chrétiens céder en foule aux célestes impulsis 13 du don de conseil. Ils vendaient leurs biens, en distribuaient le prix aux pauvres et s'en allaient peupler les aéserts, s’enfermer dans des monastères, où, libres de toutes les préoccupations terrestres, ils ne pensaient plus qu’à l’unique nécessaire. Aujourd’hui même, combien d'âmes bienheureuses embrassent résolument la vie parfaite, et n’ont plus d'autre souci 1e de plaire à Dieu et de se sanctifier, en devenant :haque jour plus pauvres, plus pures, plus obéissantes, en un mot, plus semblables au modèle de toute sainteté : Jésus-Christ, devenu par amour pour nous, le plus pauvre, le plus obéissant de tous les hommes, l'homme de douleurs.

Quant aux âmes qui ne sont pas appelées à un état si sublime, le Saint-Esprit ne cesse de les pousser à un détachement universel, afin qu’elles vivent dans « monde, comme n'étant pas du monde. « Mes frères, ditS. Paul, écoutez bien ce que je vous dis : Le temps esl Court, aussi, que ceux qui sont mariés vivent comme ne l'étunt pas, et ceux qui pleurent comme ne pleurant Pas, e! ceux qui sont dans la joie comme ne se réjouissant pas, et ceux qui achètent comme ne possédant pas, él ceux qui usent des biens de ce monde, comme n’en usant pas : car la figure du monde passe; or, je veux

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que vous soyez sans aucun souci.» 1 Cor. vit, 29-31. « Cherchez donc avant tout le royaume de Dieu et sa justice.» Quaærite primum regnum Dei et justitiam ejus. Matt. vi, 33.

Moyens d'acquérir ou de développer le don de conseil

Ces moyens sont de deux sortes : les uns sont négatifs et consistent à écarter les obstacles qui s'opposent au don de conseil ; les autres positifs, et consistent dans les actes à accomplir.

1° Moyens négatifs. Il faut avant tout enlever les obsiacles. «L'homme dispose sa voie, est-il écrit, mais c'est Die .,. dirige ses pas»: Cor hominis disponit miam suam, sed Domini est dirigere gressus ejus. Prov. Xv1,9. La divine Providence plane au-dessus de toutes nos voies. Elle ne se désintéresse d'aucune äes ‘i oses qui nous regardent. Nous ne concevons pas un projet qu’elle ne conçoive le sien, nous ne faisons pas un pas qu’elle n’agisse en même temps que nous.

L'important pour nous, c’est donc que, nous trouvant placés sous l’action d’une Providence qui s’occupe sans cesse de nos affaires, qui dirige et règle tout, nous tenions compte d’elle, et ne lui opposions aucun obstacle. En effet, si son action est dans le sens de la nôtre ; si, dans telle démarche que nous faisons, tel projet que nous méditons, telle entreprise que nous commençons, elle daigne nous approuver et nous aider ; si elle acquiesce à nos vues, à nos désirs: le succès est assuré ; si Dieu est pour nous, qui sera

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contre nous ? Si Deus nobiscum est, quis contra nos ? Rom. vin, 31. Si, au contraire, cette Providence et nous, nous Manœuvrons en sens opposé, si nous concevons des projets qui ne sont pas les siens, si nous nous lançons dans des entreprises qu'elle ne bénit pas ; tous nos efforts seront vains, ils échoueront misérablement et ne serviront qu'à nous couvrir de confusion.

Aussi, l'âme animée de l'Esprit de conse’ e défie d'elle-même; elle évite avec le plus grand so. ia présomption qui ne se confie qu’en soi et l’irréflexion qui gâte ou compromet tout; elle est continuellement attentive à interroger la Providence. Cette âme, dit le P. Desurmont, est comme un navigateur toujours en éveil pour consulter le vent. Elle se dit : je travaille, mais je ne suis pas seule. Il est quelqu'un qui travaille avec moi, et ce quelqu'un est si puissant que j'ai beau m'épuiser en efforts de tout genre, s’il agit dans un sens contraire au mien, je n’aboutirai pas. N'est-il pas écrit : « Si le Seigneur ne construit pas la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la construisent ; et si Dieu ne garde pas la cité, c’est en vain que veille celui qui est chargé de la garder»: Nisi Dominus œdificaverit domum, à. vanum laboraterunt qui œdificant eam. Nisi Dominus custodierit civitatem frustra vigilat qui custodit eam. Ps. cxx vs, À.

L'âme guidée par le don de conseil craint par-dessus tout de se mettre en désaccord avec cette céleste Directrice des choses humaines et divines qu’on appelle la Providence.

(Avant l’action, elle consulte. Elle consulte le ciel et ses organes. Elle n’entreprend rien d’important

sans avoir obtenu l’approbation de ceux qui tiennent auprès d’elle la place de Dieu, ou sans qu’elle ne se soit éclairée des lumières de la foi.

Pendant l’action, elle se surveille, pour que dans l’activité rien ne sorte du bon ordre, et qu’au contraire, tout se fasse selon la loi de Dieu.

Après l’action, elle demande la bénédiction du ciel. Quand elle a tout fait : elle croit n’avoir rien fait, si le Seigneur n’ajoute à l’action humaine sa divine faveur.»

Ces règles si sages, par lesquelles le P. Desurmont trace notre conduite envers la Providence, sont l'expression parfaite de la manière d’agir de cette âme.

Malheureusement, tous ne se dirigent pas d’après ces règles. Il en est, et ils sont nombreux, qui mettent lzs obstacles à l’action de la Providence et aux lumières du don de conseil qui leur apprendraient à agir conformément avec elle.

Parmi ces obstacles, un des principaux, c’est la présomption qui fait, qu'ayant en soi-même pleine et entière confiance, on ne veut prendre conseil de personne. « La voie de l’insensé, est-il écrit, est droite à ses yeux, mais celuf qui est sage prend conseil auprès des autres»: Via stulti recta est in oculis ejus, qui autem sapiens est audit consilia. Prov. xux, 15. Le Saint-Esprit veut bien nous éclairer, nous diriger : mais à la condition que, nous défiant de nos propres lumières qui ne sont souvent que ténèbres, nous recourions à lui pour connaître sa volonté. Eh! « Quel est l’homme, demande le sage, qui peut connaître les desseins de Dieu ? Les pensées des hommes sont timides et nos prévoyances sont incertaines.

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Parce que le corps qui se corrompt appesantit l'âme; a cette demeure terrestre abat l’essr:t nr la multiplicité des soins. Nous ne comp-enons que di:iilement ce qui se passe sur la terre, :! rous ne discernons qu'avec peine ce qui est devant :às yeux. Et qui pourra connaître votre pensée, Seigneur, si vous ne donnez vous-même la sagesse, et si vous n’envoyez votre Esprit- Saint du plus haut des cieux, afin qu’il redresse le sentier de ceux qui sont sur la terre et que les hommes apprennent ce qui vous est agréable.» Sap. x, 13-

Le Saint-Esprit veut encore que nous recourions aux lumières des autres. Il veut nous éclairer, nous guider ; mais très souvent, afin de nous conserver dans l'humilité, il ne le fait que par l'intermédiaire des causes secondes, c’est-à-dire, de telle ou telle personne sage et éclairée, qu’il a placée à côté de nous pour nous aider de ses conseils. Sa volonté est donc que nous lui demandions avis dans les choses importantes. Cette humilité plaît au Seigneur, et il la bénit.

Un autre obstacle à l’action de l'Esprit de conseil, c'est la précipitation et la trop grande activité naturelle. L'âme empressée se porte à*’action sans se donner la peine de réfléchir, sans se demander si Dieu est content de ce qu’elle fait. Son inconsidération dans ses paroles est déplorable, elle lui fait compromettre le succès des affaires les plus graves et lui crée mille embarras.

L'empressement naturel est comme une fièvre qui tient l’âme dans un perpétuel mouvement. Impossible au Saint-Esprit de lui faire entendre sa voix au

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milieu de cette agitation ; il demande la paix, le calme du recueillement.

Au reste, la réflexion et une sage lenteur sont toujours des gages de succès. Il faut réfléchir avant que d’agir. Il faut savoir môûrir un projet, attendre qu’on ait considéré l’affaire sous toutes ses faces, pesé toutes les conséquences, invoqué et reçu les lumières d’en Haut.

Un troisième obstacle au don de conseil, c’est l’attachement excessif aux biens de ce monde. Cet attachement est comme un nuage qui obscurcit notre ententement, nous fait perdre de vue notre fin dernière et les moyens de l’atteindre; et par suite, fausse notre jugement, égare notre volonté, lui donnant une direction tout opposée à celle du don de conseil.

Pour que l’Esprit-Saint décide une âme à choisir les moyens les plus aptes à la conduire à sa fin, il faut, avant tout, que rette âme soit éprise d'amour pour cette fin, qu’elle ait un ardent désir d’y parvenir. Or, cet amour et ce désir sont incompatibles avec l’amour des biens terrestres. Le détachement de ces biens est donc tout à fait nécessaire.

Un quatrième obstacle, c’est la passion et l'humeur. L'âme agitée par la passion et l’humeur est incapable de juger sainement. Cette disposition trouble son jugement et entraîne sa volonté dans des écarts funestes. Comment le Saint-Esprit ferait-il pénétrer le rayon très pur du don de conseil dans une âme aussi désordonnée ? Comment lui parlerait-il, quand elle n’écoute que le mauvais sentiment qui la domine ? Ce n’est qu’aux âmes paisibles et tranquilles qu'il communique ses lumières. «Il n’habite pas dans le trouble »: Nonincommotione Dominus. 3 Reg. xXIx,11.

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2° Moyens positifs. Il ne suffit pas d'enlever les obstacles qui empêchent le don de conseil de venir ou d'agir en nous, il faut encore travailler d’une manière positive à l’acquérir et à le développer. Le premier moyen, c’est de nous abandonner totalement et aveuglément à la conduite du Saint-Esprit, n’usant envers lui d'aucune défiance ou réserve.

Peu d’âmes pratiquent cet abandon complet. Elles paraissent se défier de Dieu, craindre qu'il n’en demande trop, qu’il ne mène trop loin dans la voie de l’abnégation et du sacrifice. Elles veulent bien suivre ses inspirations, mais à condition qu’elles ne contrarient pas trop la recherche de leurs aises et leur amour propre, qu'elles s'accordent avec leurs propres goûts. Elles veulent plutôt conduire le Saint-Esprit qu'être conduites par lui ; le retenir dans le cercle étroit du vil égoïsme où elles se sont renfermées, y circonscrire son action ; mais l’Esprit-Saint ne veut pas de cette captivité, ‘ i nous appelle : Zn libertatem gloriæ filiorum 1 M. VIII, 21; Qà la glorieuse liberté des enfants de Dieu », veut précisément nous délivrer de l'esclavage du moi humain, afin que nous soyons libres. «Là où est l'Esprit de Dieu, là est la liberté »: Ubi Spiritus Dei, ibi libertas. 2 Cor. li, 17. Îl conduit les âmes là où bon lui semble, et elles ne doivent avoir d’autre volonté que sa volonté, d'autre mouvement que celui qu’il leur imprime, semblables à ces animaux mystérieux que voyait Ezéchiel, et r"1i n’allaient que là où les poussait l'Esprit de Dieu Ubi erat impetus Spiritus illuc gradiebantur. Ezech. 1,12. Ne craignons donc pas de nous abandonner à la conduite de ce Guide divin. Ilest la Bonté même

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et ses voies sont toutes d'amour. Il nous conduira sûrement dans la terre des vivants, comme il conduisit autrefois, tantôt sous une colonne de nuée, tantôt sous une colonne de feu, le peuple d'Israël jusque dans la terre promise : figure de la Jérusalem céleste : Spiritus bonus deducet me in terram rectam. Ps. CXLII, 10. Abandonnons-nous donc totalement

lui, et ne lui opposons jamais la moindre résistance.

Mais le moyen des moyens pour acquérir ce don aussi bien que les autres, c’est : :riours la prière. En quelque affaire que ce soit, dit . .uitation, entiez dans le tabernacle, comme Moïse, afin de consulter le Seigneur ; vous y entendrez sa divine réponse, et vous en sortirez instruit de beaucoup de choses présentes et futures. Car Moïse recourut toujours au tabernacle pour résoudre ses doutes et ses difficultés: et il mit son refuge dans le secours de la prière, pour remédier aux dangers et à la malice des hommes. C’est ainsi que vous devez vous retirer dans le secret de votre cœur, pour y implorer avec plus d'instance le secours de Dieu. En effet, nous lisons que Josué et les enfants d'Israël furent trompés par les Gabaonites, parce qu'ils ne consultèrent pas auparavant l'oracle de Dieu, Jos. 1x, 14, et qu’étant trop crédules à des paroles flatteuses, ils se laissèrent abuser par une fausse compassion. (Im. 1. 3, c. 26).

Quel honneur, quelle grâce n’est-ce pas d’être conduit pas à pas par le Saint-Esprit lui-même dans la voie de la sainteté, de l’avoir sans cesse devant soi, ou plutôt dans son cœur, comme un flambeau lumineux, projetant sa clarté sur la voie qu’on doit suivre! Cette grâce insigne, Dieu ne l'accorde qu'aux

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âmes qui en estiment le prix, qui la demandent avec gémissements et avec larmes. Répétons donc souvent ces belles invocations du Roi David : Doinine, deduc me in justitia tua. Ps. v, 9: « Conduisez-moi, 6 mon Dieu, dans le chemin de votre justice.» Deduc me, Domine, in via tua et ingrediar. LXXXV, 11: Seigneur, conduisez-moi dans votre voie et j'entrerai dans la terre des vivants. Vias tuas, Domine, demonstra mihi. xx1V,4. Notam fac mihi viam in qua ambulem. CXLII, 8. Gressus meos dirige secundum eloquium tuum. cxvnx, 133. (Seigneur, découvrez-moi vos sentiers. Faitesmoi connaître, Ô mon Dieu, la voie dans laquelle vous voulez que je marche. Conduisez mes pas d’après la lumière de votre parole.»

Et pour être plus sûrement exaucés, ne manquons pas de recourir à Celle que l’Église honore sous le vocable de Notre-Dame du Bon Conseil.

C'est auprès de cette Mère chérie que les disciples de Jésus allaient chercher lumière et conseil, après que leur divin Maître fut remonté au ciel. Jésus- Christ ne l’a pas emmenée avec lui, au jour de son ascension, précisément parce qu'il voulait la laisser à l'Église naissante, pour en être la sage Conseillère. Aussi, ce titre glorieux lui fut-il solennellement décerné par S. Cyrille d'Alexandrie, au Concile d’'Éphèse, en 430. D’autres saints Pères lui ont donné des titres semblables. Ils l’ont nommée tour à tour c la Conseillère des ignorants, le Guide sûr de tous ceux qui servent Dieu, la Conseillère universelle, l’Ineffable Conseil. Allons donc à elle, à l'exemple des saints, qui sont allés se jeter à ses pieds dans leurs angoisses et leurs perplexités, et qui ont ressenti les efets merveilleux de sa protection. S. Dominique,

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