‹ L'âme sanctifiée par les dons du Saint-Esprit [microforme]Chapitre 37 sur 45 · LE DON DE CRAINTE DE DIFU · texte numérisé non relu

LE DON DE CRAINTE DE DIFU

Si le don de crainte n'était pas en Mr rie, elle ne nous dirait pas : « Je suis la Mère du bel amour, et de la connaissance, et de la crainte»: Ego mater pulchræ dilectionis et agnitionis et timoris. Eccli. XXIV,24. Elle ne nous exhorterait pas nor plus à aller à elle, Pour apprendre à craindre le Seigneur: Venite Jfilèi audite me : timorem Domir.i docebo vos. Ps. XXXIII, 12.

La crainte de Dieu, aVOns-nous vu, produit deux effets principaux : 1. L’horreur du péché ; 2. Lerespect de Dieu et des choses de Dieu. Ces deux effets ont brillé admirablement dans l’âme de Marie.

1. La crainte que la Très Sainte Vierge avait du péché, correspondait à la grandeur de son amour pour Dieu ; car, plus on aime Dieu, dit S. Thomas, plus on craint de le perdre, plus on évite de lui déplaire. Impossible à aucune créature angélique ou humaine, de concevoir tout ce qu’il y avait dans le cœur de Marie de haine, d’horreur et de détestation du péché. La seule apparence du mal lui était une torture. La seule pensée de pouvoir déplaire à son Bien-Aimé lui eût causé une peine indicible.

L’archange Gabriel lui annonce qu’elle a été choisie pour devenir la Mère du Messie, attendu depuis Guatre mille ans. Quel honneur ! Quelle dignité ! Mais la vue de ces grandeurs la touche peu. Une

seule chose la préoccupe : le vœu qu’elle a fait au Seigneur de demeurer vierge. Elle devra donc violer ce vœu, sacrifier sa virginité, et, par là même, déplaire au Seigneur pour devenir sa mère: Non jamais. Elle aime mieux mille fois repousser la proposition qui lui est faite, que de causer à Dieu, en l’acceptant, le moindre déplaisir. Ce n’est que lorsque l’envoyé céleste lui a fait savoir que, par la toute puissance divine, elle restera vierge tout en devenant mère, qu’elle incline la tête et donne son consentement.

Le temps de mettre au monde le divin Enfant est arrivé. L'empereur Auguste donne à ses sujets l’ordre de se rendre au lieu de leur naissance, pour se faire inscrire sur les régistres publics. Pour obéir à cet ordre, inspiré par la vanité, Marie devra entreprendre un long et pénible voyage. Le peut-elle, dans l'état de grossesse où elle se trouve ? Et puis, le doit-elle ? Ne porte-t-elle pas dans son sein le Roi des rois, le Souverain Maître du ciel et de la terre ? N’est-elle pas au-dessus de toutes les lois terrestres? Ces réflexions, si naturelles, n’ont pas même accès dans l’âme de Marie. Elle ne raisonne pas, elle ne murmure pas. Toute autorité vient de Dieu, cela suffit. La seule apparence d’une désobéissance même légale lui fait horreur; elle part, le regard fixé sur la volonté divine.

Jésus est venu au monde. Or, la loi de Moïse ordonnait aux mères de se présenter au temple quarante jours après la naissance de leur premier né, pour se purifier et faire l’offrande prescrite. Evidemment cette loi n’obligeait pas la Vierge Marie. Pure et immaculée, qu’avait-elle besoin de purification ?

"ESPRIT

fait au » violer éplaire s. Elle qui lui ant, le envoyé issance mère, ent.

ant est l’ordre se faire r à cet rendre s l’état it-elle ?

rois, le est-elle 3? Ces ès dans e murà suffit.

e légale volonté

Moïse le qua- 1er né, yvideme. Pure cation ?

Qu'importe, elle se soumet à la loi, et s'en va au temple se confondre parmi les pécheresses, donnant ainsi à tous les siècles un exemple éclatant d'obéissance et d’humilité.

Un ange apparaît à Joseph et lui dit : « Prends l'enfant et sa mère, et va en Egypte.» Joseph communique cet ordre à Marie ; aussitôt, elle se lève, prend son trésor et s'enfuit au pays désigné. Elle y demeure jusqu’à ce qu'un ordre nouveau la rappelle à Nazareth.

Mais ce fut surtout à l'occasion de la perte de Jésus à Jérusalem, que la peur de l'offense de Dieu parut en Marie. Dans son humilité, dit S. Alphonse, elle s'imaginait qu'elle n’était pas digne de garder plus longtemps ce trésor des trésors, ou bien, qu'elle avait commis quelque négligence qui lui avait attiré ce malheur; de sorte que, c'était par sa propre faute que l'Enfant-Jésus était perdu. Oh! quelles douleurs, quelles angoisses remplirent son âme pendant les trois jours et les trois nuits qu'elle passa, sans avoir retrouvé Celui qu’elle pleurait ! Enfin, après avoir consacré tout ce temps à le chercher, elle le retrouva dans le temple, vaquant aux choses de son Père.

2. La Très Sainte Vierge a été également remplie des plus vifs sentiments de respect à l’égard de Dieu et des choses de Dieu.

Le respect qu’une âme conçoit pour Dieu est en raison de la connaissance qu'elle a de ses grandeurs, et particulièrement, de sa puissance, de sa sainteté et de sa justice. Aussi, les chérubins et les séraphir. qui occupent le sommet de la hiérarchie angélique,

mu UT

étant les plus éclairés sur Dieu et ses divines perfections, sont-ils les plus saisis de crainte, en présence d’une si haute Majesté ; ils se voilent devant elle la face de leurs ailes. Or, la Très Sainte Vierge a possédé, dès le premier instant de son existence, une connaissance de Dieu bien plus élevée et plus parfaite que tous les anges et ‘nus les saints ensemble. C'est pourquoi, elle s’est t. urs tenue, depuis lors, profondément anéantie dans son esprit, en présence de la Majesté üivine. Elle sentait que tout ce qui était en elle était un pur présent de Dieu, qu’elle avait reçu de lui plus que toutes les autres créatures, qu'elle lui était donc plus redevable ; et ces pensées la tenaient dans une humble soumission et une entière dépendance à son égard. Elle voyait en Dieu tant de pureté, tant de sainteté, tant de splendeurs, que, quoique toute pure et sans tache, elle se considérait comme toute uoire, pleine de misère et d’horreur, digne de tous les mépris ; et c’est ce qu’elle nous laisse entendre par ces paroles : Nigra sum, sed formosa...quia decoloravit me sol : « Je suis noire, mais je suis belle... c’est le soleil qui m’a décolorée.» Cant. 1, 4-5.

Le respect pour Dieu augmente dans les âmes justes, à mesure qu’elles s’approchent de lui, ou que lui-même s'approche d’elles. Quelle religion profonde les saints avaient coutume de manifester en approchant des tabernacles, en célébrant l’auguste sacrifice, en recevant le sainte communion !

Mais Marie n'est-elle pas devenue le tabernacle même, la demeure vivante de Dieu ? Ne l’a-t-elle pas porté dans son sein et sur ses bras? N'a-t-elle pas

:SPRIT

erfec- ‘sence elle la | pos- , une rfaite C'est » proce de était avait u’elle es la ntière tant , que, dérait rreur,

nous d for-

mais >rée.)}

âmes 1 que fonde pprorifice,

nacle e pas e pas

vécu trente-trois ans avec ce Dieu, devenu son Fils ? Oh ! comme elle devait se sentir pénétrée d’une sainte frayeur, en se trouvant si près du Dieu qui soutient, de son doigt, le ciel et la terre ! Avec combien plus de raison que Jacob devait-elle dire : « Oh ! que ce lieu est terrible ! C’est vraiment ici la demeure de Dieu et la porte du ciel:» Quam terribilis est locus iste, non est hic aliud nisi domus Dei, et porta cæli. Gen. XX VII, 17.

Et ce Dieu qui était si près d'elle, en quel état le voyait-elle ? Dans un état d’abaissement et de complet anéantissement, dans un état de victime sans cesse immolée à {a Justice divine. Elle le voyait prier son Père : cum magna reverenlia avec un grand respect.» Comment n’aurait-elle pas éprouvé les mêmes sentiments? Elle aussi, se considérait comme une pure victime, n’en faisant qu'une, avec son cher Fils. Elle s’offrit avec lui quand elle le présenta au temple, elle se dévoua avec lui pendant les travaux de sa vie publique, le suivant partout et partageant ses fatigues ; elle s’immola avec lui quand il mourut sur la croix. Par respect pour ce grand mystère de la Rédemption, qui s’opérait sous ses Yeux, et pour être dans la même attitude que son Jésus attaché à la croix, elle se tenait debout, comme le prêtre à l’autel: offrant dans son cœur, à la Justice divine, la vie précieuse de son Bien-Aimé, en même temps que sa propre vie.

Ce respect, qui découle du don de crainte, la Vierge Marie le témoigna enfin, après l’ascension de Notre- Seigneur, Qui nous dira avec quelle religion profonde, elle assistait chaque jour au saint sacrifice, offert par

S. Jean ; avec quel respect elle recevait de ses mains la sainte communion; avec quels sentiments d’anéantissement elle se plaisait à adorer son Dieu, caché sous les voiles eucharistiques ! Quelle vénération aussi pour la personne de S. Jean, à qui son cher Fils l’avait confiée, ainsi que pour les autres apôtres ! Elle voyait en eux les successeurs de Jésus-Christ, et se considérait comme leur humble : ‘rvante, Elle voyait la dignité suprême dont ils était revêtus par le sacerdoce, les pouvoirs étonnants qu'ils avaient reçus de Dieu : dignité et pouvoirs qui les élevaient en quelque sorte au-dessus d’elle, et rendaient leur personne sacrée et vénérable.

Quel magnifique exemple la Très Sainte Vierge Marie nous a donné à tous ! Oh ! combien il lui est agréable que nous l’imitions, en traitant toujours Dieu en Dieu, et les choses saintes avec le respect qu'elles méritent. C'est pour cela qu'elle nous invite à venir à elle, afin d’apprendre, à la vue de ses exemples, à pratiquer la crainte de Dieu, et afin de recevoir ce beau et précieux don de ses mains maternelles: Venite, filii, audite me: timorem Domini docebo vos. Ps. XXXII1, 12.

O Marie, Mère de la sainte crainte, priez pour nous.

La Très Sainte Vierge a possédé le don de piété. Prédestinée de toute éternité pour être la Fille bienaimée du Père, la Mère du Fils, l’Epouse du Saint- Esprit, elle a été remplie de l'amour le plus filial et le plus tendre pour son Dieu.

ESPRIT

mains anéancaché ration er Fils ôtres !

Christ, », Elle us par vaient vaient it leur Vierge lui est ujours espect invite de ses fin de materdocebo

* nous,

piété.

» bien- Saintlial et

Le don de piété a resplendi, comme un soleil, dans l'âme de Marie : il a illuminé, fécondé et embelli toute sa vie. Lorsque le soleil se lève sur les terres de l’Equateur, il jette, dès la première heure, des feux si vifs, qu’il semble qu il ne pourra plus les augmenter. Il n'en est rien. A mesure qu'il monte à l'horizon, sa chaleur devient plus intense, sa clarté plus vive, sa route est une traînée de flamme, et ses rayons bienfaisants font éclore une végétation luxuriante, qui n’a rien de pareil dans l’univers. Tel fut en Marie l’amour divin que le don de piété lui inspira ; amour qui était tout filial, plein de tendresse, d'abandon et de confiance.

À trois ans, elle entend la voix du Père céleste qui lui dit, avec une douceur infinie : 4 Ecoute, ma fille, sois bien attentive à ce que je vais te dire. Oui, prête l'oreille : oublie ton peuple et la maison de ton père.» Audi filia, et vide, et inclina aurem tuam, et obliviscere populum tuum, et domum patris tui. Ps. xLIv, 11. Aussitôt, la tendre enfant s’arrache des bras de son père et de sa mère, et s’envole dans le temple. Elle va vivre à l'ombre du sanctuaire, pour ne plus penser qu'à Dieu et ne plus aimer que lui. Planté dans la maison du Seigneur, dit S. Jean Damascène, ce magnifique olivier, abondamment arrosé et nourri par l'Esprit-Saint, devint le siège de toutes les vertus. Qui nous dira ce qui s’est passé dans son cœur, pen-

dant les douze années qu’elle demeura dans le temple: avec quelles effusions elle répandait son âme devant le Seigneur, avec quelles tendres supplications elle l'invoquait, avec quelles délices elle chantait les Psaumes, avec quels accents enflammés elle redisait

ere ef. à

les paroles que l’Esprit de piété a inspirées au saint roi David.

Lorsqu'elle comprit, « ‘après les Saintes Écritures, que le Fils de Dieu de äit naître d'rine vierge pour racheter le monde, son c: ni s’er:br4sa tellement du divin amour, qu’elle n’eut plus d’autre désir, ni d’autre pensée que Dieu ; elle évitait jusqu’à la conversation de ses parents, de peur de perdre le souvenir de Dieu. Elle souhaitait ardemment de vivre au temps de la venue du Messie, afin de pouvoir se faire la servante de la vierge bienheureuse, qui mériterait d’être sa mère. Touchée de compassion pour les misères du monde perdu, sentiment que l'Esprit de piété lui mettait au cœur, elle gémissait sans cesse, semblable à la tourterelle: Vox turturis audita est in terra nostra, Cant. 11, 12, et conjurait le Seigneur d'envoyer, enfin, le Rédempteur promis. Avec quelle ardeur et quelle affection elle redisait à Dieu, dans le temple, ces supplications des prophètes : « Seigneur, envoyez-nous cet Agneau divin qui doit faire régner la justice sur la terre :» Emitte agnum, Domine, dominatorem terræ. Is. x vi, 1. ( Cieux, envoyez-nous votre rosée, laissez descendre le Juste comme une pluie salutaire:» Rorate cæli desuper, et nubes pluant justum. Is. xLv, 8. (O Sauveur du monde, puissiezvous ouvrir les cieux et venir enfin nous délivrer » : Utinam dirumperes cœlos, et descenderes. Is. LxIv, 1. Cette piété, à la fois si ardente et si tendre, toucha tellement le cœur de Dieu que, par égard pour elle, il accéléra le temps de l’Incarnation. La nrière de Marie fit sortir le Verbe divin de sa royale demeure, et l’attira dans le sein de cette vierge très humble et

ESPRIT 1 saint

itures, e pour ent du sir, ni a cone souvivre yoir se | méri- 1 pour Esprit cesse, est in igneur quelle , dans

« Seit faire pmine, z-NOUS e une pluant issiezrer »:

LXIV, endre, | pour

nrière neure, ble et

très pure, comme dans un sanctuaire auguste, auquel sa présence devait ajouter un nouvel éclat.

Unie alors, plus intimement que jamais, à ce Dieu devenu son fils, la Très Sainte Vierge reçut un tel accroissement du don de piété, qu’il atteignit en elle son plus haut degré d’épanouissement. Les anges, qui se tinrent auprès d’elle à Nazareth, à Bethléem, en Egypte, et qui furent témoins de ses tendresses envers l’Enfant-Dieu, pourraient seuls nous dire les accroissements merveilleux que recevait sans cesse le don de piété, dans l’âme de cette sublime créature.

Les effets qui ont découlé, et qui découlent chaque jour encore pour nous de ce don de piété de la Sainte Vierge, sont des plus précieux.

Marie nous aime dans la proportion de l'amour qu'elle porte à Dieu. Jamais ange, jamais saint ne nous a aimés autant qu’elle. Lors même que Jésus ne uous l’eût pas donnée pour mère, cet amour encore serait incomparable. Le seul trait des noces de Cana nous dit assez combien le don de piété avait élargi son cœur, et l’avait rendu compatissant pour les hommes. Si nous avons le bonheur d’entrer un jour dans le ciel, là-Haut, dans la Patrie, nous n’aurons pas d'occupation plus favorite, pendant toute l’éternité, que d’exalter, avec la bonté infinie de notre Père céleste, la piété, la tendresse et le dévouement de Celle qui est, tout à la fois, la Mère de Dieu et la nôtre.

Il y a à Rome une chapelle, où Marie est honorée sous le titre de « Mater Pietatis » Mère de la piété. C’est là que le jeune S. Stanislas aimait à aller prier. C'est là, aux pieds de sa mère bénie, qu’il est allé

puiser cette piété admirable, qui a répandu sur sa vie les plus suaves parfums. A l’exemple de cet aimable saint, tournons-nous souvent vers notre très aimante mère, et demandons-lui ce don divin. « Je suis, nous dit-elle, la Mère du bel amour, de la divine connaissance et de la sainte espérance; venez à moi, Ô vous qui êtes mes enfants, et nourrissez-vous de mes fruits. Mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage surpasse en suavité les rayons les plus purs»: Ego mater pulchræ dilectionis et agnitionis et sanctæ spei. Ego quasi vilis fructificavi suavitatem odoris, et flores mei flores honoris et honestatis. Transite ad me omnes qui concupiscitis me, et a generationibus meis implemini; Spiritus enim meus super mel dulcis, et hœæreditas mea super mel et favum. Eccl. xx1v, 23-27.

O Marie, Mère du bel amour, priez pour nous !

L’ignorance est un « :. catets désastreux du péché de nos premiers parents. Créé dans l’état d'’innocence, Adam reçut, avec la vie, une science infuse très parfaite : la science des choses de la nature, et la science des choses de Dieu, dans la mesure qui convenait au père de la race humaine. Sans doute, dans ce bienheureux état, il ne voyait pas à découvert la face de Dieu, il la contemplait, comme nous, dans le miroir des créatures ; mais avec bien plus de facilité :t de perfection. Sa raison, n’étant pas comme la nôtr® obscurcie par les nuages d’une nature viciée, ni troublée par les importunités d’une imagination déréglée, s'élevait sans efforts, des effets à la cause

SPRIT

sa vie nable nante nous inaisvous ruits.

itage Ego spei.

flores mnes mpleeditas

première, des perfections des créatures aux perfections du Créateur.

Or, si Adam se trouva enrichi, en sortant des mains de Dieu, du grand trésor du don de science, s’il posséda, dès lors, une telle étendue de connaissances divines et humaines, comment croire que la Vierge toute pure, que Dieu destinait à devenir sa mère, en eût été dépourvue ?

« Ce n’est pas une simple opinion, dit le Père de la Colombière, c’est une vérité très certaine, que Marie enfant, ayant reçu dès le sein de sa mère la grâce sanctifiante, reçut au même instant le parfait usage de la raison, avec une lumière extraordinaire qui correspondait à la grâce dont elle fut enrichie.» Nous pouvons croire, ajoute S. Alphonse, que dès l'instant où sa belle âme fut unie à son corps très pur, elle fut éclairée de toutes les lumières de la divine sagesse, pour bien connaître les vérités éternelles, la beauté des vertus, et surtout, la bonté infinie de son Dieu, le droit qu’il avait d’être aimé de tout le monde: mais principalement d'elle-même, à cause des dons inestimables dont le Seigneur l’avait ornée.

Ce trésor de science ne fit que s’accroître en Marie. Pendan* son séjour dans le temple, elle s’abreuvait de divines connaissances aux sources sacrées des Saintes Écritures. Le Saint-Esprit lui faisait comprendre les mystères qu’elles renferment, les figures, les prophéties se rapportant au Messie: à la vie qu'il devait mener, aux souffrances et à la mort qui l’attendaient.

« Suarès demande si la Sainte Vierge surpassa, en

lumières et en science divine, les apôtres et tous les

Pères, les docteurs et les théologiens de l’Église ; et il répond affirmativement. Il est certain, dit-il, que la sagesse, la science de la bienheurcuse Vierge et tous les progrès qu’elle fit dans ces merveilleuses choses, eurent leur source dans le Saint-Esprit, comme étant le premier, le vrai ét principal Docteur ; car elle reçut de lui, par révélation et infusion première, la connaissance des divins mystères et les dons de la science, de la sagesse et de l'intelligence, qui apportent à cette connaissance d'immenses secours. Ensuite, elle fut souvent instruite, éclairée par les anges, surtout par Gabriel, avant la conception du Fils de Dieu; comme l’attestent S. Grégoire de Nicomédie et S. Bernard. Après l’Incarnation, il est hors de doute qu’elle reçut de lui d'immenses connaissances. Elle savait toutes les Saintes Écritures. Cette bienheureuse Vierge crût en connaissances, en lumière, en sagesse par la continuelle lecture et méditation des Livres Saints et par la contemplation des ‘ins mystères. Et comment Marie n’aurait-elle pas été remplie de lumières, ayant tant de moyens à sa disposition et en profitant si parfaitement ? Elle reçut le don de prophétie. La conclusion est certaine, dit Suarez, et c’est le sentiment de tous les Pères, conclusion qui se tire de S. Luc, lorsque la bienheureuse Vierge entonne son beau cantique du Magnificat. Ce qui fait dire à S. Ambroise, parlant de ce cantique : Quo major est persona, eo plenior est prophetia. « Plus la personne est élevée en dignité, plus la prophétie qu’elle fait est parfaite.» S. Cyrille appelle la Sainte Vierge : « Prophétesse.» Rupert la nomme: «la Prophétesse des prophètes », parce que elle a instruit

SPRIT

e ; et , que ge et euses mine ; Car nière, de la rtent suite, , Sur- Dieu; et S.

loute

Elle 1heue, en 1 des mysremposi- > don arez, n qui ierge ï fait

Quo us la hétie ainte

« la truit

les proz hètes et que tous les prophètes ont prophétisé d’elle. » !

Ce fut surtout après que Marie eut été élevée à la dignité de Mère de Dieu, que le don de science jeta un vif éclat dans son âme. Si le disciple bien-aimé, en reposant la tête sur le cœur du divin Maître, à la dernière Cène, y puisa d’ineffables secrets et ces connaissances si sublimes qu’il a ensuite exposées dans son Évangile, que faut-il penser des lumières que Jésus, en qui sont cachés les trésors de la sagesse et de la science, a fait jaillir dans l’âme de sa très sainte Mère, pendant le temps qu’il demeura dans son sein, quand il était porté entre ses bras et pressé contre son cœur !

Tout parlait de Dieu à la Vierge Marie. Tout l’enflammait d'amour pour lui. Elle le voyait dans son Propre cœur, elle le voyait au dehors d'elle, dar a création qui était à ses yeux comme un pur miroir, réflétant avec éclat les perfections divines.

« Là où est votre trésor, là aussi est votre cœur, a dit le divin Maître » : Ubi enim est thesaurus tuus, ibi est et cor tuum. Matth. vi, 21. Le trésor de Marie était Jésus. Aussi, elle concentrait en lui toutes ses pensées et toutes ses affections. Tout ce qu’elle voyait lui rappelait son Bien-Aimé. Tout embrasait son cœur des plus pures flammes de la charité.

Il est dit des justes « que Dieu leur a donné la science des saints» Dedit ei Deus scientiam sancto-: rum. Sap. x, 10. A la Reine des saints, il a donné cette science d’une manière suréminente. Grâce à elle, Marie a vu les richesses de la pauvreté, les gran-

(1) L’abbé Barbier.

deurs des humiliations, les délices de la douleur, ies sublimes récompenses du sacrifice. C’est pourquoi, elle n’a pu vivre sans souffrance. Elle a voulu, à tout prix, partager le calice d’amertum- de son cher Jésus, nous donnant à tous l’exemple a: cette science du salut, qui consiste à ne savoir que Jésus, et Jésus crucifié.

O Marie, Mère de la divine connaissance, priez pour nous, éclairez-nous.

Les saints sont devenus tels, en combattant vaillamment contre les ennemis du salut, en travaillant et en souffrant beaucoup pour Dieu; et c'est le don de force qui les a rendus capables de ces grandes choses. Comment ce don ne se serait-il pas trouvé en Celle qui est la Reine de tous les saints ?

Le Prophète, appelant la venue de Marie de tous les vœux de son cœur s’écriait : Mulierem fortem quis inveniet ? « Qui trouvera la femme forte? » Prov. XXXI, 10. N'’a-t-elle pas écrasé la tête du serpent infernal : Ipsa conteret caput tuum, Gen. 111, 15, et détruit l'empire de l’enfer sur le monde ? Elle a été figurée par l’invincible Judith, qui trancha la tête d’Holopherne et procura le salut de son peuple ; parce que c’est ainsi que Marie a abattu la puissance du dragon infernal et qu’elle a procuré, à tout le genre humain, la délivrance et le salut.

La Sainte Église proclame hautement la force de Marie : « O Vierge Sainte, lui dit-elle, vous êtes terrible au démon comme une armée rangée en ordre

:SSPRIT

ir, ies rquoi, à tout Jésus, ce du Jésus

priez

vailillant e don andes rouvé

tous 1 quis Prov.

rpent 15, et a été tête iple ; sance ut le

ce de s terordre

de bataille »: Terribilis ut castrorum in acies ordinata. Cant. vi, 3. Dans les litanies qu'elle lui a consacrées, elle l’appelle tour à tour : «la Vierge puissante, » { la Tour de David,» « la Tour d'ivoire,» « le Secours des chrétiens,» «la Reine des martyrs » : autant de titres qui rappellent la force divine dont l’Esprit- Saint l’a revêtue. ;

On l’honore encore sous les noms de « Notre-Dame de la Paix,» « Notre-Dame de la Garde,» « Notre- Dame du Bon Secours,» « Notre-Dame du Perpétuel Secours,» « Notre-Dame des Victoires » : noms glorieux qui proclament la grande puissance de la Très Sainte Vierge et la force insurmontable qu’elle a déployée. Marie est la colonne inébranlable qui a soutenu le monde et l’a sauvé de la ruine. Que sommesnous auprès d’elle, sinon de faibles roseaux, que le moindre soufHle du vent fait fléchir. Oh ! que nous avions besoin du secours de cette femme vraiment forte, et que le Prophète avait raison de soupirer après elle ! Mulierem fortem quis inveniet?

La force de la Très Sainte Vierge a surpassé ses douleurs. Autrement, comment aurait-elle pu les supporter ? Et quelles ont été les douleurs de Marie ? Qu'on en juge par ces paroles que lui adresse le Saint- Esprit : « A qui vous comparerai-je, Ô Fille de Jérusalem ? Où trouverai-je quelqu’un qui vous ressemble et qui vous console, 6 Fille de Sion? Votre affiction est vaste comme la mer. Qui pourra vous soulager ? » Cui comparabo te, vel cui assimilabo te, Jfilia Jerusalem? cui exæquabo te et, consolabor te, Virgo Filia Sion£ Magna est enim valut mare contritio tua, quis medebitur tuif Thren. 11, 13. Le consolateur de

Marie, au sein de ses cruelles angoises, a été le Saint- Esprit lui-même. 11 était dans son cœur, la soutenant sans cesse, par les divines énergies du don de ‘orce.

S. Ilde, honse ne craint pas d’affirmer, que c’est peu de dire que les douleurs de Marie ont surpassé les tourments de tous les martyrs ensemble: Parum est Mariam in passione Filii tam acerbos pertulisse dolores, ut omnium martyrum collective tormenta superaret. Tout ce qu’on a pu faire subir aux martyrs de plus cruel, dit S. Anselme, ne fut rien en comparaison des douleurs de Marie: Quidquid crudelitatis inflictum est corporibus martyrum leve fuit, ant potius nihil, com- Paratione tuæ passionis. Le même saint ajoute, qu’elle y aurait perdu la vie, si l'Esprit lui-même de son divin Fils ne l’eût soutenue. Enfin, S. Bernardin de Sienne affirme, que la douleur de Marie fut telle, que, si elle était partagée entre tous les hommes, la part qui en reviendrait à chacun suffirait pour le faire mourir à l'instant.

Le martyre de la Très Saint: Vierge dura toute sa vie, mais le temps où il fut le plus cruel fut celui de la passion et de la mort de Jésus. C’est alors aussi que le don de force atteignit, dans son âme, son degré le plus élevé.

Elle fut héroïque, sans doute, la force d’âme de ces mères admirables telles que Ste Félicité, la mère des Macchabées, celle de S. Symphorien qui eurent le courage d’assister au supplice de leurs enfants et de leur adresser, en face de la mort, des paroles d’encouragement. Plus héroïque encore fut la force d’Abraham, qui, pour obéir à Dieu, leva le glaive pour im-

"ESPRIT

> Saintsoutedon de

est peu ssé les rum est lolores, peraret, le plus on des lum est l, comqu’elle de son din de e, que, a part > faire

ute sa lui de AUSSI degré

me de , mère ent le et de nCOU- Abra-

1r im-

moler au Très-Haut son fils unique et très cher, le jeune Isaac. Mais la force que déploya la Mère de Jésus au pied de la croix, fut plus extraordinaire et plus admirable encore. Non seulement, elle a vu mourir, dans les plus horribles tourments, un Fils qui lui était bien plus cher que ne le sont à leurs parents tous les enfants de ce monde ; mais elle l’a, de plus, offert dans son cœur à la Majesté divine; et, si les bourreaux n'avaient pas été là, elle-même l’eût attaché à la croix, parce que c'était la volonté de Dieu qu'il mourût ainsi; et, pour accomplir cette volonté divine, Marie n'eût reculé devant rien, pas même devant l’immolation de son Jésus, son Filset son Dieu. 0 force vraiment divine ! O dor admirable qui communique à une faible créature la puissance même de Dieu ! Vous, seul, avez pu soutenir la plus afigée des mères dans cette terrible épreuve! Vous, seul, lui avez donné assez de courage, de constance et d'amour pour demeurer debout au pied de l’affreux gibet, où mourait l’Auteur de la vie! Stabat Mater dolorosa. Oui, Marie était debout, comme le prêtre à l'autel, quand il immole l’auguste Victime du salut. Elle était debout; et tandis que la terre tremblait, que le soleil se couvrait d’un voile, que la nature entière frémissait d'horreur devant un tel spectacle: elle demeurait là, courageuse, invincible, inébranlable dans sa foi, persévérante dans son amour. Stabat Mater. Elle ne se penchait pas sous le poids de 1» douleur, elle ne défaillait pas, come certains peintres la représentent, elle ne fuyait pas comme les disciples de Jésus; elle demeurait debout, au pied de la Croix, donnant le plus sublime exemple de force et de fidélité

aux générations de tous les siècles. O Cœur le plus vaillant et le plus in'répide de to. ; les cœurs ! O Cœur admirable qu'aucune force humaine n’a pu abattre ! O Cœur de notre Mère, priez pour nous qui sommes, hélas! si faibles et si inconstants. Obteneznous, puisque nous sommes vos enfants, de nous montrer dignes de vous, par notre courage et notre fidélité persévérante au service de Dieu. Quelles que soient les tentations qui viendront nous assaillir, les épreuves qui viendront nous visiter, quelque pénible que sera le devoir à accomplir, obtenez-nous, 6 l& plus forte d’entre toutes les femmes, la grâce dr faire toujours ce qui sera agréable à Dieu : oui, .onneznous la victoire sur tous nos ennemis, la résignation dans nos adversités, le courage dans l’accomplissement de la volonté de Dieu ; afin que, grâce à votre maternelle et puissante protection, nous puissions comme S. Paul dire un jour : « J’ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, il ne me reste plus qu’à recevoir la couronne qui m'est réservée auprès du juste Juge.» Bonum certamen cerlavi, cursum consummarvi, in reliquo reposita est mihi corona justitiæ, quam reddet miki Dominus in illa die justus Judex. 2 Tim. 1v, 7-8 O Marie, Reine des martyrs, priez pour nous.

Guidée par l'Esprit de Pic1, l’Église a décerné à la Très Sainte Vierge le titre de « Mère du Bon Conseil »: Mater boni consilii, et elle veut que nous l’invoquions sous ce vocable. Elle a instit-.é une fête, fixée

ESPRIT

le plus rs! O d'a pu us qui teneznous notre es que ir, les énible > Ô l& " faire )nnezation plissevotre ssions e bon > plus uprès h cOnjustijustus

au vingt-six avril, e1 l'honneur de Notre-Dame du Bon Conseil ; et dans l'office de ce jour, elle nous montre Marie comme la grande conseillère du genre humain, la lumière des âmes, le vrai fiumbeau qui doit les éclairer dans tous les sentiers de cette vie. Est-il besoin d'autre preuve pour nous convaincre que le don de conseil a dû briller en Marie de l'éclat le plus pur ? Rappelons-nous les paroles que le Saint- Esprit place sur les lèvres de cette Auguste Vierge, sa Très Sainte Épouse, elles ne peuvent nous laisser le moindre doute sur cette vérité : « C’est de moi que vient le conseil et l’équité, c'est de moi que vient la prudence. Les rois règnent par moi, et c’est encr ‘e par moi que les législateurs ordonnent ce qui est juste»: Meum est consilium et œquilas, mea est prudentia. Per me reges regnant et legum conditores justa decernunt. Prov. vit, 14-15. « Écoutez, mon fils, recevez un avis sage et ne rejetez pas mon conseil. Je vous montrerai la voie de la sagesse, je vous conduirai par les sentiers de l'équité, et lorsyue vous y serez entré, Vos pas ne se trouveront plus resserrés, et vous courrez sans que rien vous fasse tomber» : Audi fili, et accipe consilium intellectus, et ne abjicias consilium meum. Eccli. vi, 24. Viam sapientiæ monstrabo tibi, ducam te per semitas œquilatis ; quas cum ingressus fueris, non arctabuntur gressus tui, et currens non habebis offendiculum. Prov. 1v, 11-12. « Celui qui m’écoute ne sera point confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point.» Qui audit me non confundetur, et qui operantur in me non peccabunt. Eccli. xx1v, 30.

N'est-il pas dit de la Vierge Marie : « Le conseil qui est en elle subsistera comme une source de vie.» Consilium illius sicut fons vitæ Permanet. Eccli. xx1,16.

Les saints Pères ont célébré, à l’envi, ce beau don de la Mère de Dieu. Présidant le concile d’Ephèse, au nom du Pape, S. Célestin, l’an 430, S. Cyrille d'Alexandrie proclamait Marie : la très sage Conseillère de l'Église : « O Marie, lui dit-il, l'œuvre de l'Église, c'est de répandre la vérité et la grâce. Salut donc à vous, ô Lampe inextinguible dont l'huile ne tarit pas, dont la flamme ne s'éteint pas !» Salre Maria, lampas inextinguibilis. Salut 6 Marie, Mère de Dieu, 6 vous qui avez donné à la terre la lumière véritable : Notre-Seigneur Jésus-Christ, Celui qui a dit: Ego sum lux mundi « Je suis la lumière du monde.»

(O Marie, dit S. Germain, personne ne parvient à la connaissance de Dieu sinon par vous, personne ne peut venir à la Lumière si vous ne lui en montrez le chemin.»

Tous les saints Pères, tant grecs que latins, ont été unanimes à reconnaître et à enseigner cette doctrine. Ils ont tour à tour appelé Marie : « l’Institutrice des nations, » (la Dispensatrice des enseignements de la foi, » «la Lumière qui fait connaître la vraie religion, » «la Conseillère des ignorants, » «le Guide sûr de tous ceux qui cherchent Dieu, » «la Conseillère universelle, » « l’Ineffable Conseil.»

On peut dire que l'Esprit de Conseil a dirigé la Vierge Marie dans toutes ses voies, mais il s’est particulièrement manifesté en quatre circonstances :

ESPRIT

"onseil » vie.) XI,16, u don phèse, ‘yrille Conre de Salut ile ne Salre Mère mière qui à e du

vient onne ntrez

tété rine.

» des de la reliuide seil-

é la par-

Premièrement, lors de la visite de l'ange pour lui annoncer le mystère de l’Incarnation. Marie se trou ,« alors dans une grande perplexité d'esprit. D'une part, l’envoyé céleste lui annonçait qu'elle deviendrait la mère du Messie, d'autre part, elle se rappelait le vœu qu'elle avait fait au Seigneur, de demeurer vierge. Comment concilier deux choses en apparence si incompatibles ? Le don de conseil vint, en ce moment, au secours de Marie. Il lui dicta la réponse très prudente qu'elle fit à l'ambassadeur du Très-Haut : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne veux connaître aucun homme ? » Quomodo Jiet istud quoniam virum non cognosco. Luc. 1, 34. Parole pleine de sagesse, par laquelle l’Immaculée Vierge montre que les plus hautes dignités ne peuvent l'éblouir, et qu'avant tout, elle veut demeurer fidèle à la promesse qu’elle a faite au Seigneur. Elle n’accepte de devenir mère de Dieu, que lorsqu'elle est assurée que son vœu demeurera intact.

Le don de conseil s’est manifesté particulièrement en Marie, deuxièmement, quand elle vit Joseph, son chaste époux, en proie à une anxiété cruelle, en s’apercevant de l’état de grossesse où elle se trouvait. Comme elle ne lui avait rien dit du mystère qui s'était opéré en elle, il ne savait que penser, et, dans le secret de son cœur, il avait résolu de la laisser. Marie souffrait terriblement de le voir plongé dans de telles angoisses. Une seule parole de sa part aurait éclairé et rassuré le pauvre Joseph. Mais cette parole pouvait elle la prononcer? Ne valait-il pas mieux laisser à Dieu, l’auteur du mystère, le soin de le dévoiler, s’il en était besoin. Le don de conseil suggéra ce dernier

parti à la Vierge sainte, et la divine Providence ne tarda pas à venir en aide aux deux chastes époux. Un ange apparut à Joseph et dissipa toutes ses craintes.

La troisième circonstance fut celle des noces de

Cana. Voyant la perplexité des jeunes époux, et la confusion où le manque de vin allait les jeter, Marie s’adressa à son Fils et lui dit : Vinum non habent, «ils n'ont plus de vin.» Maisla réponse de Jésus ne paraissait guère de nature à rassurer sa Mère : «Femme, qu’y a-t-il de commun entre vous et moi, mon heure n’est pas encore venue »; Quid mihi et tibi est mulier, nondum venit hora mea. Joa. 11, 4. Cependant, Marie ne se déconcerte pas; le Saint Esprit, qui lui a conseillé de s’adresser à Jésus, lui suggére encore de dire aux serviteurs de faire tout ce qu’il leur commanderait. C’est alors, qu’ordonnant de remplir d’eau six grandes urnes, le divin Maître la changea en vin, opérant ainsi son premier miracle.

En quatrième lieu, le don de conseil se manifesta en Marie après l’Ascension glorieuse de Jésus, dans les rapports qu’elle eût avec l'Église naissante. Pourquoi Notre-Seigneur, remontant au ciel, n’a-t-il pas pris avec lui sa Mère chérie ? Pourquoi a-t-il voulu la priver de sa présence sensible, e* prolonger ainsi son martyre! Il s’est fait accompagner au séjour de la gloire de tous les justes de l’Ancien Testament, qui attendaient dans les limbes que le ciel fût ouvert. Il s’est fait accompagner même du larron pénitent ; et sa Mère bien-aimée, il l’a laissée dans l'exil pour plusieurs années encore. Pourquoi une conduite apparemment si étrange, à l’ésard de la plus sainte et de

ce ne la plus aimée des mères ? C’est parce que Jésus vou- Un lait la laisser à son Église, qui était alors au berceau, intes. afin qu’elle veillât sur elle, qu’elle l’éclairât de ses es de lumières et de ses conseils, qu’elle la souttnt par ses 1 COn- encouragements, ses exemples et ses consolations. e s’a- Marie fut, pendant ces premiers temps, la Conseillère Qils des apôtres. Saint Jean recourut à ses lumières quand arais- il écrivit son Évangile. Si ce disciple de Jésus parle qu'y si divinement des mystères de Dieu, c'est parce qu’il n’est avait près de lui la Vierge Marie, le Sanctuaire des non- secrets du ciel, et qu’il en recevait de sublimes ensei- s ie ne gnements. C’est Marie encore qui a instruit saint à seillé Luc de tant de particularités intéressantes qu'il nous #5 > aux raconte touchant la naissance et l’enfance de Notre- JE rait. Seigneur. « O Marie, lui dit saint Cyrille d’Alexan- “et: ndes drie, par vous, les apôtres ont prêché l'Évangile aux ; LH rant nations; par vous, la sainte croix est adorée et célé- LA à brée dans tout l’univers ; par vous, toute créature, k. Là esta emprisonnée jusque là dans les erreurs de l’idolâtrie, 4 dans est amenée à la connaissance de la vérité.» GE 'our- En remontant vers son Père, dit S. Thomas de Vil- NÉE pas leneuve, le divin Maître a légué son école et sa chaire ; lu la à Marie: «Scholam et cathedram suam reliquit Mariae,» : l son non pas afin qu’elle gouvernât l’Église, ce qui appar- Le à loire tenait à Pierre ; mais afin qu’elle éclairât les disciples ie h ten- de Jésus-Christ dans leurs difficultés, qu’elle dissipât Li s’est leurs doutes et qu’elle les aïidât de ses conseils, jus- Dhs t sa qu’à la fin de sa vie. Her plu- A l’exemple de S. Alphonse, qui avait une dévotion BE >pa- spéciale à Notre Dame du Bon Conseil, qui la consul- Ë t de tait en toutes choses, tenant sans cesse son image sur

a tisane |, es MT Ci L LT

dy

sa table de travail, recourons à cette céleste Illumipatrice dans nos doutes et nos perplexités.

Allez à elle, vous surtout, prêtres du Seigneur, qui devez être des saints, sauver et diriger les âmes; elle vous aidera puissamment à remplir votre mission sublime, au milieu des sacrifices et des luttes de chaque jour. Elle vous inspirera les moyens les plus effcaces et les plus opportuns, d’arracher les âmes au péché et de les conduire dans les sentiers du devoir et de la vertu.

Allez à elle, âmes religieuses, qui avez foulé aux pieds tous les avantages terrestres, afin de servir Dieu avec plus de perfection et d’araour:; elle vous fera marcher généreusement, sans défaillir jamais, dans la voie étroite des conseils évangéliques et vous fera parvenir à la sainteté que vous vous êtes proposée, en vous consacrant au Seigneur. Époux chrétiens, pères et mères de famille, allez à Notre Dame du Bon Conseil; et elle, qui fut l’Épouse sans tache du Saint-Esprit et la Mère du Verbe Incarné, vous apprendra à remplir parfaitement les devoirs importants, et parfois, si difficiles de votre état; ses exemples sont une lumière éclatante : en les suivant, vous ne vous égarerez pas.

Jeunesse chrétienne, allez à la Mère du Bon Conseil, priez-la de vous faire comprendre la vanité des plaisirs et des folles joies du monde. Conjurez-la de vous découvrir la voie par laquelle Dieu veut que vous marchiez, pour trouver le bonheur et le salut.

Vous tous, qui que vous soyez, allez demander conseil à Marie, en même temps que force et courage;

car le conseil est en elle, comme une source, intarissable d’où jaillissent la lumière et la vie : Consilium illius sicut fons vitæ permanet.

Mater Boni Consilii, ora pro nobis. Mère du Bon Conseil, priez pour nous.

Signum magnum apparuit in cæœlo, mulier amicta sole, Apoc. x, 1. Une grande merveille a paru dans le ciel : une femme, revêtue du soleil. D’après les saints interprètes, cette femme, que vit S. Jean, Le est Marie. Elle fut revêtue, non du soleil du firma- di

ment, mais du Soleil de l'éternité: de Jésus-Christ, it Splendeur de la lumière éternelle, vrai Soleil de jus- Eli tice qui éclaire tout homme venant en ce monde. LE L'âme de Murie fut donc toute resplendissante de la tt lumière divine. Le don d'intelligence n’a brillé dans nl

aucune pure créature d’un aussi vif éclat que dans cette âme privilégiée, La grâce suppose toujours la nature: elle ne la dé-

truit pas, elle l’élève ; elle ne la précède pas, elle la JE suit pas à pas; ou plutôt, elle marche à côté d’elle, 6. s’adaptant à tous ses développements, et perfection- à ss tionnant, déifiant en quelques sorte tous ses actes. Le 1 } don d'intelligence ne suit pas d’autre règle. Il vient 25e perfectionner l'intelligence de l’homme: évidemment, ai À

il ne peut agir avant qu’elle n’entre elle-même en activité. Ainsi, ce don est donné avec tous les autres à l’enfant, quand il est baptisé; mais il reste dans son âme à l’état latent et stérile, jusqu’au moment où la

es Ha

ir ie

Re

AE liés

petite intelligence de cet enfant jette ses premières lueurs. Tous les saints Pères sont unanimes à reconnaître que la Très Sainte Vierge a joui du parfait usage de la raison, dès sa conception sans tache ; c’est donc dès lors, que le don d'intelligence a rayonné dans son âme. Et de quel rayonnement, Grand Dieu ! C’est une doctrine universellement admise que l’âme très pure de Marie a reçu, dès le premier instant de son existence, plus de lumières, plus de pénétration des saints mystères, plus de connaissances sur toutes les choses de la religion, que tous les saints Pères et tous les saints docteurs; et même, que tous les anges du ciel, voire même que tous les chérubins, les plus lumineux de tous.

Bien plus, « des auteurs très graves, dit le P. Poiré, affirment que la Très Sainte Vierge a été favorisée plusieurs fois pendant sa vie de la vue de Dieu, et notamment, au moment même de sa Conception Immaculée. Le docte Suarez, interrogé sur cette opinion, répondit qu’elle lui paraissait bien fondée, et pleine de piété et de probabilité. ! Parlant du Soleil de justice qui entourait la bienheureuse Vierge des rayons de son incompréhensible clarté, le pieux Gerson disait : « Ne pensez vous pas que ce soleil divin dût jeter par intervalles dansl’âme très pure de Marie des éclairs brillants et soudains, au moyen desquels il se laissait voir à découvert, comme nous croyons qu'il soit arrivé jadis à Moïse et à S. Paul ? N'est-ce pas, ajoute-il, ce qui nous est representé au Cantique d’amour par les allées et venues d’amour de l’Époux céléste, qui parfois se laisse arrêter par l’épouse, et

(1) Mar. Rev. d. 19 S. 4.

parfois se fait voir seuiement, et puis, disparaît incontinent ? Le voilà, appuyé sur la fenêtre, regardant au travers des jalousies, le voilà qui s'échappe et s’absente aussitôt. « Le bienheureux Albert le Grand, ayant établi ce fondement : que parmi les choses bien ordonnées, comme sont toutes celles de Dieu, à mesure que quelqu’une est plus relevée, elle a aussi ses puissances plus parfaites, et dans la même proportion, les sciences et ies habitudes qui lui conviennert ; conclut que la Vierge Marie eut sans difficulté, quoique par une grâce et par une faveur très spéciale, une très parfaite connaissance, non seulement des substances corporelles et spirituelles, mais encore de la Très Sainte Trinité; et ce, sans nul entre deux; qu’elle eut la connaissance des créatures en Dieu et en elles-mêmes, que nous nommons dans les écoles la connaissance du matin et du soir ; en un mot, toutes les faveurs convenables à sa dignité, » !

La bienheureuse Vierge, dit encore S. Bernardin, a été tellement remplie de la clarté divine que même, dans le sein de sa mère, elle n’a pas seulement été revêtue de lumière, mais encore élévée à la plus haute contemplation. Et dans cette merveilleuse lumière, elle contemplait Dieu plus parfaitement que le plus grand contemplatif ne l’a jamais fait dans la perfection de l’âge ; et même, elle excellait plus en contemplation dans son sommeil que tout autre en veillant. Elle l’atteste elle-même dans les Cantiques : « Je dors, dit-elle, et mon cœur veille » : Ego dormio, et cor meum vigilat. Cant. v, 2.

(1) P. Poiré. Triple couronne 1 T. c. 8.

« La voie des justes, est-il écrit, est comme une lumière brillante, qui s’avance et qui croît jusqu’au jour parfait»: Justorum semita quasi lux splendens, Procedit et crescit usque ad Derfectum diem. Prov. 1v, 18. Que faut-il donc penser de la voie parcourue par la Vierge Marie, si, à son point de départ, elle brille déjà, non comme une aurore, mais comme le plein soleil jetant tous ces feux? De quel océan de clartés sa belle âme ne fut-elle pas inondée pendant son séjour au temple, lorsque, tout près du Saint des saints, elle parcourait les divines Écritures, et méditait les paroles des prophètes annonçant la venue du Messie, ses humiliations, ses souffrances, les fruits précieux de la Rédemption et lestriomphes de l’Église. A bien plus forte raison que $S. Augustin elle pouvait dire : Non satiabar illis diebu= considerare. « En ces jours bénis, je ne me rassasiai. pas de considérer de si profonds mystères. »

Suivez maintenant cette auguste Vierge dans les diverses circonstances de sa vie, et vous verrez quelles splendeurs le don d'intelligence a fait briller dans son âme, quel brasier ardent il a allumé dans son cœur ! Regardez-la à Bethléem, prosternée devant la crèche où repose l’Enfant-Dieu. Suivez-la en Egypte, puis à Nazareth : contemplez-la, pressant le divin Enfant contre son cœur, le revêtant de ses petits habits, lui donnant son breuvage, l’aidant à faire ses premiers pas. Eh quoi! s’écriait S. Alphonse, un Dieu qui pleure, un Dieu qui est porté sur les bras de sa créature, un Dieu qui apprend à marcher, un Dieu qui travaille dans un atelier ! Et la très Sainte Vierge, qui contemplait continuellement ces

SPRIT

une qu’au dens, . IV, e par brille plein clar- ; son

des 1édie du ruits lise.

vait | ces

r de

les Îles lans son ant en ant ses t à se, les ler, rès ces

merveilles, et les voyait de ses yeux, que devait-elle dire! Que devait-elle éprouver au fond de son cœur!

Accompagnez la divine Mère dans ses voyages à la suite de Jésus, quand il va prêcher l'Évangile. Voyez comme elle recueille attentivement chacune de ses paroles, comme elle les médite dans le secret de son âme ! Quel accroissement de lumière elle en reçoit, et en même temps, quel accroissement d’amour !

Soutenue par les dons d'intelligence et de sagesse, comme par deux ailes puissantes, Marie s’élève sans cesse dans les plus hautes régions du monde surnaturel. Elle y découvre des horizons infinis de nouvelles vérités et de nouvelles splendeurs.

Au jour béni entre tous, où Jésus pacifie le ciel et la terre, en faisant jaillir sur le Calvaire les sources vivifiantes de son sang divin, Marie est là, debout au pied de la croix, envahie dans la partie inférieure de son âme par un torrent d’amertume; mais au-dessus de ses facultés sensibles, livrées aux plus indicibles angoisses, plane le beau don d'intelligence, qui fait régner dans ses facultés supérieures un calme et une sérénité ineffable. L'amour qu’elle porte à son cher Fils l’a fait monter au sommet du Calvaire; mais l’amour que le Saint-Esprit lui porte à elle-même à transporté son âme sur un autre sommet, le plus élevé du monde surnaturel : à savoir, le mystère de la Rédemption qui s’opère devant ses yeux, et dont elle a la parfaite intelligence. Là, elle contemple tous les siècles passés et futurs convergeant vers la croix pour en recevoir la vie, la force et le salut. Elle contemple les multitudes altérées, haletantes, accourant

aux plaies du Sauveur, comme à des sources de vie, elle voit la défaite de l’enfer et les triomphe: de l’Église, elle voit enfin des armées innombrables d’âmes sauvées par la croix, proclamant éternellement les miséricordes du Dieu Rédempteur. Voilà l’admirable spectacle que le don d'intelligence découvre à Marie, sur la montagne du Calvaire; c’est ce don qui la soutient, et lui communique cette paix et ce courage invincibles dans une si grande affiction.

Voulons-nous que ce don fasse rayonner en nous sa divine lumière, adressons nous à Marie. Elle n’a pas seulement été illuminée, elle est encore 1luminatrice. Le nom de Marie, dit S. Bonaventure, veut dire Lumière ou Illuminatrice. Semblable à la lune, qui reçoit sa lumière du soleil pour éclairer le monde, la très Sainte Vierge recoit du Saint-Esprit ses grâces et ses lumières, afin de les transmettre à nos âmes. Disons-lui donc avec S. Alphonse: «O douce Vierge! Illuminatrice des cœurs ! guérissez mon aveuglement, illuminez ma foi, fortifiez mon espérance, allumez en moi la charité. Vous êtes l’Etoile brillante, qui avez enfanté la Splendeur de la gloire du Père. Vous avez annoncé à ceux qui étaient ensevelis dans les ombres de la mort le matin de l’Éternité. Comme l’aurore brillante, vous avez précédé la course du Soleil éternel, vous éclairez le monde de la lumière de la grâce, vous illustrez l’Église par l'éclat de vos vertus. O glorieuse Souveraine ! vous êtes Celle dont parle l’Écriture, en ces termes : Dieu dit : « Que la lumière soit, et la lumière fut.» Dirit Deus : Fiat lux, et facta est lux. Gen. 1, 3. O Lumière pure ! Lumière ravissante ! Lumière illuminant le Ciel,

éclairant la terre, faisant trembler l'enfer! Lumière ramenant les égarés, fortifiant ceux qui languissent, réjouissant les anges et tous les saints de la Cour céleste! O Lumière révélant les mystères, découvrant les choses cachées, dissipant les ténèbres. Faites-nous voir nos souillures; relevez nos ruines, dissipez nos ténèbres, guérissez les malades, éclairez les pécheurs dans les voies de la pénitence.» !

Stella matutina, ora pro nobis.

Étoile du matin, priez pour nous.

La Sarite Église appelle Marie « Siège de la sagesse »: Sedes Sapientie. Elle lui applique toutes les paroles qui sont écrites dans nos Livres Saints de la Sagesse éternelle, tant elle est convaincue que le don de sagesse a résidé en Marie, dans toute sa perfection. Repassons quelques-unes de ces paroles : elles renferment des trésors de lumière et de vérité.

Je suis sortie, dit la sagesse, de la bouche du Très- Haut. Je suis née avant toute créature. C’est moi, qui ai fait naître dans le ciel une lumière qui ne s'éteindra jamais et qui ai couvert la terre comme d’un nuage. J'ai habité dans les hauteurs et mon trône est dans une colonne de nuée, J'ai fait seule tout le tour du ciel, j'ai pénétré dans la profondeur des abîmes, j'ai marché sur les flots de la mer et J'ai parcouru toute la terre. J'ai eu l'empire sur tous les Peuples et sur toutes les nations. J'ai foulé aax pieds, Par ma puissance, les

Prol. in Coron. B. V. M. C. 17.

cœurs de tous les hommes grands et petits, et parmi toutes ces choses, j'ai cherché un lieu de repos et une demeure dans l'héritage du Seigneur. »

« Alors le Créateur de l'univers m'a parlé et m'a fait connaître sa volonté ; Celui qui m’a créée a reposé dans mon tabernacle, et il m'a dit: Habitez dans J acob, qu’ Israël soit votre héritage, et prenez racine dane mes élus... J'ai été affermie dans Sion, j'ai trouvé mon repos dans la cité sainte, et ma puissance est établie dans Jérusalem. J'ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, dont l'héritage est le partage de mon Dieu, et j'ai établi ma demeure dans l’assemblée des saints. Je me suis élevée comme les cèdres de Liban, et comme les cyprès de la montagne de Sion. J'ai répandu une senteur de parfum comme la canelle et comme le baume le plus précieux, et une odeur comme celle de la myrrhe la plus rare. J'ai parfumé ma demeure comme la goutte d’encens tombée d’ellemême, el mon odeur est comme celle d’un baume très Dur et sans mélange. Venez à moi, vous tous qui me désirez vivement, et remplissez-vous des fruits que je porte, car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage surpasse en douceur le rayon le plus pur. La mémoire de mon nom passer: dans la suite des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point. Ceux qui me font connaître auront la vie éternelle.» Eccli. xx1v, 5-31.

C’est bien l’auguste Vierge Mère que le Saint-Esprit avait en vue en disant : « La Sagesse s’est préparée à elle-même une demeure»: Sapientia ædificavit

sibi domum, Prov. 1x, 1 ; et cette demeure, « le Très- Haut l’a sanctifiée dès le commencement » sanctificavit labernaculum suum Allissimus. Ps. xLv, 5. Le don de sagesse en a été le suprême ornement.

Marie a été le Siège, le Trône de la Sagesse incréee.

Pour cette raison, S. Methodius, martyr, l’appelle:

« Demeure glorieuse et digne de Dieu, » S. Ephiphane: (Trône angélique, » «S. Augustin: «Trône de Dieu» S. Jean Damascène: « Palais royal,» S. Bonaventure: { Demeure très élevée de Dieu ». O Marie, lui dit S. Ephrem, je vous salue, 6 Trône très glorieux de mon Créateur, et S. Epiphane : Je vous salue, pleine de grâce, qui surpassez en éclat le trône évangélique de la Divinité.

Dieu se reposa en Marie Comme dans un paradis, séjour de toutes les délices et de toutes les voluptés. Il y goûta tant de douceurs que l’Esprit-Saint luimême, qui avait sanctifié ce paradis, et l’avait fait si délicieux par sa grâce, en fut ravi d’admiration. « Quelle est celle-ci dit-il qui monte du désert remplie de délices ?» Cant. vin, 5, comme s’il eût voulu dire: quelle est cette Vierge qui monte du désert aride de ce monde, avec une si grande abondance de délices, qu’elle est devenue un paradis de voluptés dans lequel, non l’Adam terrestre, mais l’Adam céleste a trouvé ses délices, dans lequel a été planté l'arbre de la véritable vie ?

Si la divine Sagesse trouve ses délices à habiter avec les enfants des hommes, quelles délices ineffables ne devait-elle pas trouver à habiter avec cette Vierge toute pure et toute remplie de grâce.

Marie a été aussi le siège de la sagesse créée, autrement dite, don de sagesse.

Si Dieu prenait ses délices dans le cœur de cette Vierge si aimante, quelles délices ne goûtait-elle pas, de son côté, à habiter avec Dieu et à se tenir près de lui. Si l'on goûte d'autant plus parfaitement Dieu et les choses de Dieu qu’on est plus pur, plus humble, plus détaché des créatures et plus embrasé de l’amour divin, que devons-nous penser des suavités, des douceurs que trouvait dans ses rapports intimes avec Dieu, la plus pure, la plus humble, la plus parfaite des créatures ?

Et ce fut dès le premier instant de son existence, que la Vierge sans tache se sentit embrasée du feu de la divine charité, tout éprise et enivrée de Dieu. Qu’on ne s'étonne pas alors de la -oir mépriser tout le reste : les grandeurs, les richesses et les joies de ce monde. Elle considère tout cela comme une vaine fumée, comme une boue infecte. On la représente tenant ka lune sous ses pied:. pour signifier le dédain que le don de sagesse lui inspira toujours pour les biens de la terre.

Qu'on ne s'étonne pas de la voir, à l’âge de trois ans, dire adieu à ses parents, et s'envoler au temple du Dieu vivant, afin de se trouver, si c’est possible, plus rapprochée encore de Celui qu’elle aime uniquement, et de goûter davantage les suavités de sa présence.

Plus rien, en dehors de Dieu, me fait impression sur son cœur. ’auguste dignité de Mère de Dieu ne p:raît pas même la toucher; elle y renoncerait mille «

RIT

HE

mille fois, si, en l’acceptant, elle devait causer à ce Dieu qu’elle aime le moindre déplaisir,

Jésus vient au monde, Marie n’a que quelques langes pour l’envelopper; Hérode le persécute, il faut fuir en Egypte pour le dérober au glaive ; le don de sagesse apprend à la très Sainte Vierge à ne s’attrister ni de la pauvreté, ni de la persécution, ni de l'exil. C’est assez pour elle d’être avec Jésus, de le posséder, de le presser contre son cœur. Mon Bien-aimé est à moi, dit-elle, et -jue je suis à lui. Et que désiré-je au ciel et sur la terre, s:1.0n vous, Ô mon Dieu, mon trésor et mon partage à jamais. :

Un jour, le divin Enfant, échappant à l'attention de sa Mère, est resté au temple de Jérusalem. Marie ne voit plus auprès d’elle l'objet de sa tendresse. Hélas ! Com: ent pouvoir vivre sans ce trésor de Cœur ! Jésus perdu, tout le reste ne lui et rien, Etre sans Jésus, c’est pour elle un enfer épouvantable. Ses Yeux se changent alors en deux sources de larmes Efle se met à chercher partout son Bien-Aimé. Pendant trois jours, elle parcourt tous les chemins qui entou ent la ville sainte, elle va dans les rues de la cité, sur les places publiques, interroge tout le monde. Enfir elle retrouve son cher Enfant, dans le temple, au milieu des docteurs. Quelle n’est pas sa joie en ce moment béni!..,. J'ai trouvé, s’écrie-t-elle, hors d'elle-même, j'ai trouvé Celui que mon cœur aime. Je le tiendrai tout près de moi, et je ne m’en séparererai point, Queæsiri quem dil.git anima mea, inveni eum nec dimittam. Cant. 111, 1.

Parcourez toute la vie de la très Saintregardez-la, soit à Nazareth, savourant le

ue!

de la présence de Jésus: soit plus tard, lorsqu’assise aux pieds de ce Filstout aimable, elle écoute sa parole, et la goûte dans son cœur: soit à l’heure solennelle du sacrifice, où debout sur la montagne du Calvaire, elle essuie les outrages et les insultes des Juifs et des bourreaux, s’estimant ass-= heureuse d’être avec son Jésus et de partager ses douleurs; soit enfin après la glorieuse ascension du Sauveur, quand elle le retrouve dans la communion; partout où vous suivrez Marie, vous verrez rayonner dans son âme toute pure et toute sainte les effets admirables du don de sagesse, Mais c'était surtout dans l’oraison, que ce don précieux opérait divinement en Marie.

Tout ce que peuvent faire les autres saints, c'est d'arriver aux pieds de Dicu, où les vingt-quatre vieillards abaissent leurs couronnes, et :e prosternent devant la Majesté du Très-Haut. Les âmes les plus élevées en sainteté osent à peine élever la voix en sa présence et dire avec David : « Seigneur que vos oreilles soient ouvertes à ma prière.» Quant à Marie, elle a ravi d'emblée le cœur de Dieu, par la force de de son amour, et s’est élevée jusqu’à sa Face adorable: Vous avez blessé mon cœur ma sœur, mon épouse, vous avez ravi mon cœur, par un seul de vos regards. Vulnerasti cor meum, soror Mea, spousa, vulnerasti cor mMmeum in uno oculorum tuorum. Cant. IV, 9. Quel saint, quel ange, quel séraphin, quel chérubin pourrait nous dire ce qu'étaient les oraisons de la Vierge Marie ? Toutes ses puissances étaient si bien réglées, toutes ses passions obéissaient si parfaitement à la raison et à la grâce, qu’elles concouraient, d’une manière admirable, à ses ineffables contemplations. Jamais, la

la moindre pensée étrangère ne vint la distraire; jamais, le plus léger dérèglement ne vint gêner ses rapports avec Dieu. Aucune préparation ne lui était nécessaire pour se mettre en oraison, son cœur s’envolait de plein vol dans le cœur de Dieu. Elle s’élançait vers Dieu et Dieu descendait en elle. Il entrait dans l’intime de son âme, la remplissait de goûts si célestes et d’une joie si pure, qu’elle en était comme énivrée; Dieu lui parlait intérieurement, elle l’écoutait en silence; son cœur se fondait en entendant sa douce voix. Là, elle oubliait tout, et ne vivait plus que de Dieu, en Dieu, pour Dieu et avec Dieu. Elle n'avait plus d’autre goût que le goût de Dieu, d’autre consolation que de faire sa volonté ; aussi, la tranquillité de son âme était inaltérable. Oh ! quel admirable spectacle hour les anges, que celui de la Mère de Dieu en oraison ! Ilsla voyaient gardant un sacré silence, recevant les infusions divines, les impressions du Saint-Esprit, se liquefiant d'amour, goûtant un paradis de délices, et comme assise déjà aux noces de l’Agneau. Oh ! Comme ils recueillaient soigneusement dans leurs encensoirs d’or ses soupirs d'amour, ses ineffables prières, ses gémissements inénarrables ! Comme ils en parfumaient le trône du Très-Haut, et comme ils s’unissaient à elle, pour louer et glorifier l’adorable Trinité ! Comme ils se sentaient heureux de l’avoir pour Reine ! Le Saint-Esprit seul connaît ce qui s’est passé entre lui et sa très chaste Épouse dans ces tendres entretiens. Lui seul pourrait nous dire jsqu’où l’âme de Marie s’est élevée dans l’oraison, et les effusions de suavités divines que le don de sagesse versa dans son cœur.

Si notre bonne Mère a reçu dans une telle plénitude un don si précieux, ce n’est pas pour son seul avantage ; c’est aussi pour l’avantage de nous tous, qui sommes ses enfants. Elle a un vif désir de nous le communiquer; elle nous invite à venir à elle, pour le recevoir. Audi, fili mi et suscipe verba mea: Viam sa- Pientiæ monstrabo tibi. Prov. 1v, 10. Quam sine invidia communico et honestatem illius non abscondo. Sap. VII, 13.

O Marie, Siège de la sagesse, et digne Épouse du Saint-Esprit, daignez jeter aujourd’hui un regard de compassion sur l’âme de votre enfant, prosterné en ce moment à vos pieds. Vous savez mieux que moi combien cette âme est misérable, combien elle est remplie d’affections terrestres et de mauvaises habitudes qui l’empêchent d’aimer Dieu parfaitement et de goûter combien il est doux et suave. Vous le savez, ô Marie, c'est par la sagesse qu'ont été guéris tous ceux qui ont éte agréables à Dieu: Per sapientiam sanati sunt quicumque tibi placuerunt Domine a principio : Sap. 1x, 19. Guérissez-moi donc, 6 bonne Mère, en m'obtenant du Saint-Esprit le don de sagesse. Guérissez-le palais de mon cœur, afin qu’il cesse de goûter les choses de la terre, et qu’il ne goûte plus que celles de Dieu. O Trésorière des dons du Saint-Esprit, voyez ma pauvreté et visitez-moi. Enrichissez-moi, je vous en conjure, des dons divins, et surtout, du don si précieux de sagesse, pour que je n’aime plus que Dieu et que je nc trouve mon plaisir que dans l’accomplissement de sa volonté sainte.

Que la sagesse du Père, du Fils et du Saint-Esprit descende en moi, comme elle est descendue en

vous ! Que ce don admirable me guide sur la mer orageuse de ce monde, qu’il me soutienne, afin que je ne fasse jamais naufrage et que je parvienne enfin au port de l’éternelle vie ! Ainsi soit-il.

Deo Gratias et Marie.

Page 1