FIDÉLITÉ DE MARIE
Ce n’est ni à sa dignité sublime de Mè:e de Dieu, ni à ses éminentes prérogatives, ni même, à cette grâce capitale qu’elle a reçue, que Marie doit sa haute sainteté : c'est, avant tout, à sa fidélité admirable à répondre aux vues du Saint-Esprit sur elle, et à coopérer à son action.
Cet Esprit d'amour veut notre sanctification, il la désire beaucoup plus que nous ne Îa désirons nousmêmes ; mais il ne peut l’opérer sans nous ; il demande notre coopération, il nous presse de la lui donner, il nous supplie en quelque sorte, Lui-même se dépeint, frappant à la porte de notre cœur, nous Conjurant de lui ouvrir. « Voici que je me tiens à la portc :t je frappe»: Ecce sto ad ostium et pulso. Apoc. I, 20. € Ame chérie, qui es ma sœur et mon épouse, ouvre moi, je t’en prie»: Aperi sorcr mea sponsa, et j'entrerai avec l'abondance de mes grâces, je t’enrichirai divinement, je te rendrai heureuse. Ainsi, l’Esprit sanctiicateur Parcourt le monde, cherchant des
âmes dociles à sa voix, fidèles à ses inspirations; et quand il en trouve une qui ne lui oppose aucune résistance, qui est disposée à se laisser façonner par sa grâce, il ne peut cacher sa joie : (J’ai trouvé dit-il, quelqu'un selon mon cœur, qui accomplira toutes mes volontés » : Inveni virum secundum cor meum qui faciet omnes voluntates meas. Act. XIII, 22. Quelle ne fut donc pas la joie de ce divin Esprit, quand ses yeux s’arrêtèrent sur celle qui a mérité
’être appelée « la Vierge fidèle » Virgo fidelis, à cause de sa parfaite correspondance à la grâce. Sans nombre, s’est-il écrié, sont les âmes qui sont devenues mes enfants ; mais une seule est ma colombe, ma parfaite, ma préférée ; et cette âme bienheureuse, c’est la vôtre, Ô Marie, car vous êtes toute belle et toute pure. Il n’y a pas même en vous l’ombre d’une tache, la moindre apparence d’une résistance à mes désirs.
Non, Marie n’a jamais résisté. Elle n’a pas cessé un seul instant, dit Mgr Gay, à partir du premier de son existence, de répondre totalement à la totalité de sa grâce. Dieu ne lui a rien demandé, qu’elle ne l’ait immédiatement et complètement donné ; il ne lui a rien conseillé, rien inspiré, qu’elle ne l’ait à l’instant accompli. Elle lui fut, en toutes choses et en tout temps, parfaitement docile, livrée entièrement à son adorable volonté, toujours prête à recevoir les moindres impressions du Saint-Esprit, et à leur obéir.
Or, il est écrit que l’âme enrichie de grâces, si elle est fidèle à les faire fructifier, recevra encore davantage et sera dans l’abondance : Omni habenti dabitur
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et abundabit. Luc x1x, 26. La fidélité admirable de Marie ne fit donc qu’accroître le capital immense qu’elle avait reçu. Et dans quelle proportion se fit cet accroissement ? Qui donc nousle dira ? S. Alphonse appuie l’opinion de plusieurs graves théologiens qui soutiennent, que la Très Sainte Vierge, par sa parfaite correspondance à la grâce, doublait à chaque instant cette grâce sublime qu’elle reçut avec l’être ; de sorte que, si dans le premier instant, elle eut mille degrés de grâce, elle en eut deux mille dans le second, quatre mille dans le troisième, huit mille dans le quatrième, et ainsi de suite, pendant toute son existence. Et comme les dons du Saint-Esprit sont inséparables de la grâce, ils augmentaient en même temps et dans la même proportion que celle-ci, en l’âme de Marie.
Voilà pourquoi, dit S. Alphonse, cette admirable Vierge s’est comparée elle-même au platane qui s'élève sur le bord des eaux : Quasi platanus exaltata sum jurta aquam. Eccli. xx1v, 19. Elle fut cette noble plante qui ne cessa jamais de croître, arrosée par le courant des grâces de Dieu. Elle s’est encore comparée à la vigne : Ego quasi vitis. Eccli. xx1v, 23, non seulement, parce qu’elle fut si humble aux yeux du monde ; mais encore parce que la vigne va toujours croissant, selon le proverbe reçu: Vitis nulio fine crescit. Les autres arbres s’arrêtent à une hauteur déterminée ; mais la vigne croît toujours, et grandit à l’égal de l’arbre auquel elle s’attache. C’est ainsi que Marie, se tenant unie au Saint-Esprit, croissait continuellement en perfection, développant merveilleusement le précieux trésor des dons que le divin Sanctificateur avait déposé en elle.
La grâce divine, les vertus infuses et les dons du Saint-Esprit s’augmentent en nous, à mesure que grandit notre amour pour Dieu. C’est l’amour qui donne surtout du mérite à nos œuvres; aussi, l’aute r de l’Imitation a eu raison de dire : «Celui-là est vraiment grand qui possède une grande charité.» Personne ici-bas ne parvient à accomplir parfritement le commandement que Dieu nous a fait de l’aimer de tout otre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces. Au ciel seulement, dit S. Thomas, nous aurons ce bonheur. Cependant, il faut fuire exception pour la Très Sainte Vierge. Parfaite et consommée dans toutes les vertus, elle le fut surtout dans l’amour; les séraphins eux-mêmes pouvaient descendre du ciel, pour venir apprendre, à l’école de Marie, la manière d'aimer Dieu.
C’est dès le premier instant de son existence, qu’elle commença à aimer Dieu de la sorte. Elle jouit, dès lors, du parfait usage de la raison; elle fut, en ce moment, éclairée d’une lumière extraordinaire sur Dieu et ses infinies perfections ; et, ravie hors d’ellemême, elle « mit à l’aimer de tout son cœur, déployant toutes les forces de son âme, et toute l’activité de cette grâce éminente, unique, dont Dieu l'avait enrichie. Aussi, sa charité, semblable à la flamme dévorante qui cherche toujours à s'étendre, devenait à chaque instant plus intense et plus vaste.
Ce fut particulièrement quand elle eut l’insigne honneur de devenir Mère de Dieu, que son âme s’embrasa des plus vives ardeurs. Dieu est amour
et il est venu sur la terre pour allumer dans tous les cœurs le feu de son saint amour ; mais quel cœur a-t-il embrasé comme celui de sa Mère? A aucun il ne fut plus étroitement uni ; et aucun ne fut jamais plus disposé à brûler de ce doux feu, puisque le cœur de Marie était tout pur, et entièrement exempt d’affections terrestres.
Marie n’eut jamais en ce monde d’autre pensée, d'autre désir, d’autre joie que Dieu. Au lieu de répéter les actes d'amour, successivement, comme font les autres saints, Marie avait l’heureux privilège d’aimer Dieu actuellement, sans interruption, par un acte unique et continu. Semblable à l'aigle royal, dit S. Alphonse, elle tenait sans cesse les yeux fixés sur le divin Soleil, de telle sorte que les occupations ordinaires de la vie ne l’empêchaient point d’aimer, et que l’amour ne l’empêchait point de vaquer à ses occupations. Le sommeil, même, n’était pas un obstacle à cet amour continuel. Ainsi se vérifiait en elle cette parole du Sage : «Sa lampe ne s’éteindra point pendant la nuit.» Non extinguetur in nocte lucerna ejus. Prov. XXxI, 18.
La Très Sainte Vierge a donc aimé Dieu parfaitement, elle l’a aimé actuellement à tous les instants de sa vie, et cela, avec une telle ardeur, qu'il a fallu, selon S. Bernard, un miracle c’ itinuel, pour qu’elle put vivre au milieu de tant de flainmes.
C’est bien de cette âme embrasée, qu'il est dit au livre des Cantiques: « Quelle est celle-ci qui s'élève, comme une colonne de fumée d’aromate, de myrrhe et d’encens, exhalant les parfums les plus exquis ? » Que est ista que ascendit sicut virgula fumi, ex aroma-
tibus myrrhæ et thuris, et universi pulveris pigmentarii. Cant. mi, 6. Son universelle mortification figurée par la myrrhe, ses prières ferventes figurées par l’encens, et toutes ses saintes vertus, jointes à sa parfaite charité, allumaient en elle un si grand incendie, que sa belle âme immolée et toute consumée par l’amour divin, s'élevait continuellement vers Dieu, comme une colonne de fumée, répandant de toutes parts l'odeur la plus agréable au Très-Haut. Telle vécut l’aimante Vierge, dit S. Alphonse, telle elle mourut. Comme l’amour divin lui donna la vie, de même, il lui donna la mort ; car l’amour fut la seule maladie qui la fit mourir.
Puisque les dons du Saint-Esprit croissent et fructifient dans une âme, en raison de son amour pour Dieu, nous pouvons juger jusqu’à quel degré de perfection ils se sont élevés dans celle de la Bienheureuse Vierge Marie. O Vierge sainte, pouvons-nous répéter ici encore avec l’Église « beaucoup d’entre les filles de Sion ont amassé des richesses ; mais vous, vous les avez toutes surpassées»: Multæ filiæ congregaverunt divitias, tu supergressa es universas. Vous les avez surpassées en pureté, vous les avez surpassées en amour, vous les avez surpassées en richesses : » vertus et de mérites. Il n’en est aucune, qui aussi agréable que vous à l'Esprit sanctificateur. .ucune, qui soit parée avec une splendeur égale à la vôtre, des divins joyaux de ses dons. En vérité, vous pouvez dire : « Celui qui est Tout Puissant a fait en moi de grandes choses. Je me réjouirai avec effusion dans le Seigneur, et mon âme sera ravie d’allégresse en mon Dieu, parce qu’il m’a revêtue des vêtements
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du salut, ei qu’il m’a parée des ornements de la justice, corame un époux qui a la couronne sur la tête, et carime une épouse qui est parée de toutes ses pierreries»: Gaudens gandebo in Domino, et exultabit anima mea in Deo meo: quia induit me vestimentis salutis, et indumento justitiæ circumdedit me, quasi sponsum decoratum corona, et quasi sponsam ornatam monilibus suis. Is. Lxr, 10. Vous êtes, Ô Marie, cette grande merveille que vit le disciple bien-aimé : « une femme revêtue du soleil, tenant la lune sous ses pieds et sur sa tête, une couronne de douze étoiles.»
A votre aspect, toute beauté s'efface, toute grâce disparaît, comme les étoiles devant la splendeur du soleil. Les saints ne cessent de s’extasier devant cette beauté qui £ ravi le cœur même de Dieu : (O0 Sainte ! s'écrie S. Pierre Damien, la plus sainte entre tous les saints ! Trésor qui renferne tous les trésors de la sainteté !» Et S. Bernard : «O V ierge admirable ! O Fernme qui êtes l’honneur de toutes les femmes, la ineilleure et la plus grande qui ait jamais existé ! » Et l’Église catholique : « Vous êtes toute belle, 6 Marie. ô clémente, Ô bonne, 6 douce Vierge Marie ! »
€ O hommes, s’écrie S. Alphonse, que faites-vous ? Comment aimez-vous des créatures de boue, trompeuses et menteuses, qui vous trahissent et vous font perdre l’âme, le corps, le paradis et Dieu ? Et pourquoi n’aimez-vous pas Marie, cette Reine si aimante, si aimable, si fidèle, qui, après vous avoir comblés de consolations et de grâces en cette vie, vous obtiendrait de son divin Fils la gloire éternelle du paradis ? » !
(1) Acclam. à Marie.
Aimons donc la Très Sainte Vierge et imitons-la. Soyons, comme elle, très fidèles à répondre aux inspirations du Saint-Esprit. Soyons vides de l’amour des créatures et remplis de l’amour du Créateur. Faisons, comme elle, fructifier les dons que nous avons reçus de Dieu. Alors, nous avancerons dans la sainteté, nous ferons la joie de Dieu et nous nous procurerons à nous-mêmes la paix, le repos et la vraie félicité.
$ III
Marie a possédé chacun des sept dons du Saint- Esprit et elle y a parfaitement correspondu
Le Saint-Esprit, ayant choisi tout spécialement la Très Sainte Vierge pour Epouse, a eu soin de la doter du trésor incomparable de ses dons, trésor qui est, en même temps, la plus riche et la plus brillante des parures.
Marie, de son côté, a parfaitement correspondu à cet amour privilégié de son divin Epoux. Elle a fait fructifier son trésor, elle a rendu sa parure toujours plus riche et plus belle.
Considérons maintenant, d'un regard rapide, chacune des perles qui composent cette parure. Tâchons de nous rendre compte, pour autant que cela est possible à de pauvres créatures, de la richesse du trésor que renferme le Cœur de la Très Sainte Vierge. Assurément, Dieu seul connaît toute la gloire cachée de cette Fille du Roi des rois; mais cette gloire jette au dehors des rayons si éclatants, qu’ils ne peuvent
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échapper à notre attention, et qu’ils suffisent pournous en donner la plus haute idée. Voyons donc comment chaque don, en particulier, s’est trouvé en l’âme de Marie, et comment elle ÿ a correspondu.