PREMIER ENTRETIEN
Le Saint-Esprit, sanctificateur des âmes
Credo in Spiritum Sanctum Dominum, et vivificantem.
Je crois à l’Esprit-Saint Seigneur et vivificateur.
Syms. Nic.
Le chemin du juste, est-il écrit, est semblable à la lumière du jour, qui croît de clarté en clarté jusqu’à ce qu’elle arrive au plein midi. Les âmes justes, chante le Psalmiste, prendront des ailes et s’élanceront comme des aigles, elles voleront, sans défaillir jamais.
Et qu'est-ce donc qui produit dans l’âme fidèle ces effets surprenants ? Qu'est-ce qui la transporte sur ces sommets divins, où elle apparaît tout éblouissante de lumière et tout embrasée d'amour ? Évidemment, ce ne peut être la pauvre et faible nature : en vain, elle s’épuiserait en efforts, elle ne pourrait que constater son impuissance. Ce n’est pas non plus une grâce, ni même une série de grâces communes et ordinaires. Il faut, pour cela, un secours
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supérieur, extraordinaire ; une intervention toute spéciale du Saint-Esprit, intervention admirablement efficace, que décrit le Prophète quand il dit: « O Dieu, vous enverrez votre esprit et ils seront créés, et vous renouvellerez la face de la terre.» Emittes spiritum tuum et creabuntur et renovabis faciem terræ. Ps. cIn, 30.
Cette bienheureuse et toute puissante intervention, l’Église l’implore constamment, mais particulièrement dans ses plus pressantes nécessités et dans les circonstances les plus solennelles, telles que : l’ordination de ses prêtres, la consécration de ses pontifes, les assemblées imposantes des conciles, l’élection des papes, la canonisation des saints, etc.; c’est alors surtout qu’elle fait monter vers le Ciel l’hymne si touchante du « Veni Creator, » appel suppliant, auquel il semble impossible que Dieu puisse résister.
Cet appel a été fait pour vous aussi à votre confirmation, et, si vous êtes religieux, à votre vêture et à votre profession. Vous l’avez renouvelé souvent vous-même : au commencement de vos retraites et chaque fois que vous aviez un acte important et décisif à accomplir. Ah ! c'es que, sans l’assistance du Saint-Esprit, nous ne Louvons rien. Sans sa lumière nous ne sommes que ténèbres, sans son secours nous ne sommes que faiblesse ; nous ne pouvons sans lui que nous perdre et nous damner. Avec le Saint-Esprit, au contraire, nous sommes capables des plus grandes choses pour Dieu, pour les âmes et pour nous-mêmes. Avec l’aide du Saint- Esprit, nous quittons le péché, nous vivons d’une vie nouvelle, nous devenons des saints.
Mais il est nécessaire que nous ne mettions aucun obstacle à son action et que nous travaillions de concert avec lui; et voilà en quoi nous manquons, hélas ! trop souvent.
Quelle est la cause de ce désordre ? Il y en a plusieurs; mais une des principales, c’est que nous ne connaissons pas assez le Saint-Esprit, que nous l’aimons et que nous l’invoquons trop peu. Nous ne connaissons pas assez non plus les opérations sublimes qu’il veut accomplir en nous, nous y sommes trop peu attentifs, et dès lors, au lieu de les seconder par une fidèle et constante coopération, nous multiplions nos infidélités et nos résistances.
Comprenons donc, avant tout, la nécessité où nous sommes d'acquérir une vraie dévotion au Saint- Esprit ; voyons ensuite quelles opérations ineffables cet Esprit d'amour veut accomplir en nous; enfin, examinons les devoirs que nous avons à remplir envers lui.
O Marie, très digne Épouse du Saint-Esprit, prêtez-nous votre assistance.
SI Nécessité d'acquérir une vraie dévotion au Saint-Esprit
Il faut bien le reconnaître, dit Mgr Gaume, ! le Saint-Esprit n’est ni assez connu ni assez aimé, et
(1) Traité sur le Saint-Esprit.
c’est pour celc qu’il n’y a pas plus de saints dans l’Église.
Et pourquoi connaît-on si peu le Saint-Esprit ?
Pour bien des raisons, sans doute : mais en voici deux principales :
1° Parce que lui-même ne nous révèle presque rien sur sa Personne. 2° Parce que ses opérations et ses œuvres étant toutes spirituelles, nos sens ne peuvent les saisir.
Il n’en est pas de même du Père et du Fils. On connaît le Père, on l’adore, on l’aime: peut-il en être autrement ? L’Écriture, à chaque page, proclame sa puissance, sa justice, sa bonté, sa miséricorde; elle nous met sous les yeux une foule de faits où brillent d’une manière éclatante ses infinies perfections. Ajoutons, avec Mgr Gaume, que ses œuvres sont palpables et toujours présentes aux yeux du corps. La magnificence des cieux, les richesses de la terre, l’immernsité de l’océan, les roulements du tonnerre, l’harmonie merveilleuse qui règne dans toutes les parties de l'univers redisent, avec une éloquence intelligible à tous, l’existence, la sagesse, la puissance du Dieu père et conservateur de tout ce qui est.
On connaît le Fils, on l’adore, on l’aime : quoi d'étonnant ? Le livre incomparable de l'Évangile est entre les mains de tous, rapportant les détails de la naissance, de la vie, de la mort du Dieu Rédempteur. Ajoutons encore, avec l’auteur déjà cité, que tout nous parle de lui. La croix, les églises, les tableaux, les autels, les fêtes rendent populaires
les différents mystères de ses humiliations, de son
amour et de sa gloire. Enfin, l’Eucharistie, qui le tient personnellement présent dans les Tabernacies,
fait graviter vers iui toute la vie, depuis le berceau jusqu’à la tombe.
En est-il de même du Saint-Esprit ? Non; il est bien le Dieu inconnu dont parlait saint Paul devant l’aréopage.
Les Saintes Ecritures qui nous parlent si souvent du Père et du Fils gardent un silence presque . >mplet sur le Saint-Esprit. Elles n’en font mention que très rarement et, pour ainsi dire, qu’en passant. Le Saint-Esprit aime à s'envelopper comme d’un voile, même dans ce domaine qui est le sien. Il a illuminé les écrivains sacrés, il a conduit leur plume, et il ne leur pern:et presque pas de s'arrêter à sa Personne : il veu: rester un Dieu caché.
Toutefois ce que nos Saints Livres nous apprennent du Saint-Esprit, suffit à la science théologique pour qu'elle tire cette coxclusion qu’il est l’ Amour mutuel et consubstantiel du Père et du Fils.
De toute éternité, Dieu le Père contemple son Fils unique, l'éclat de sa lumière, sa parfaite ct vivante image, et, comme dit saint Paul, sa figure substantielle : figura substantiæ ejus. Hebr. 1, 3. Dans cette contemplation, il met ses éternelles complaisances, il tressaille de joie à ia vue d'un Fils si aimable, si parfaitement semblable à lui-même, et est ravi d'amour pour lui. De son côté, le Fils unique de Dieu regarde son Père, en qui il se retrouve iuimême, et, le voyant infininent beau, infiniment bon ct aimable, il s’éprend d'amour pour lui et trouve en lu; tout son bonheur.
Quand une mère tressaille à la pensée de son enfant, dit le P. Desurmont, si nous pouvions saisir au vol ce tressaillement, lui donner un corps, une
substance, nous dirions : voilà l'esprit d’une mère : c'est l’amour maternel devenu vivant. Il se passe quelque chose de semblable en Dieu. Le Père en contemplant son Fils et le Fils en contemplant son Père éprouvent un mouvement ineffable d'amour mutuel, leur cœur tressaille l’un pour l’autre. Eh bien! à cet amour, le Père et le Fils communiquent tous deux leur propre nature, si bien que cet amour devient un amour substantiel, subsistant : une troisième Personne divine, réellement distincte des deux autres. Les anges en la voyant disent : Voilà l'Esprit de Dieu.
Mais qui peut comprendre cette adorable procession du Saint-Esprit ! C’est bien ici qu'il faut répéter la parole de saint Paul : O altitudo ! O abime ! O profondeur ! O Esprit-Saint ! O amour ! Oh! si nous vous connaissions ! Si nous vous aimions !
Ce qui fait que le Saint-Esprit est si peu connu, si peu aimé, avons-nous dit encore, c’est que ces cpérations sont toutes mystérieuses et spirituelles : elles ne sont pas sensibles comme celles du Père et du Fils, ‘les échappent à la vue et au toucher.
Trois fois seulement, il s’est montré sous un emblème sensible, mais passager : au Jourdain, on l’a vu sous la forme d’une colombe ; au Thabor, sous celle d’une ruée lumineuse; et au Cénacle, sous celle de langues de feu. Quoi d’étonnant que l’homme, qui s’attache tant aux choses sensibles, perde de vue Je Saint-Esprit, qui se plaît, dirait-on, à se cacher à ses yeux ! Vere tu es Deus absconditus. Is. xLV, 15. « Vraiment, vous êtes, Seigneur, un Dieu caché. ?
Mais, si les opérations du Saint-Esprit sont mystérieuses et cachées, elles n’en sont que plus sublimes
LE RAINT-ESPRIT, SANCTIFICATEUR DES AMES 7?
et plus admirables, O Dieu, disait David, vous enverrez votre Esprit et tout sera créé, et vous renouvellerez la face de la terre : Emittes spiritum tuum et creabuntur et renovabis faciem terræ. Ps. ctnx, 30. La prière de David a été exauvcée : Dieu a envoyé son Esprit, et quelles créations admirables ont jeilli sous son action divinement féconde !
C’est lui qui a formé l’Immaculée Vierge Marie, réunissant dans son âme sans tache, toutes les grâces, toutes les vertus, toutes les perfections, au point de la rendre sa très digne Épouse et la Reine de tous les saints.
C’est lui qui a formé l’Homme-Dieu dans le chaste sein de la Vierge des vierges, comme le proclame l'Église dans son symbole, « qui a été conçu du Saint-Esprit»: Qui conceptus est de spiritu sancto.
C'est lui qui a formé la Sainte Église, inspiré les apôtres, soutenu les martyrs, dirigé la barque de Pierre à travers les orages de tou: les siècles.
C’est lui enfin qui purifie les âmes, les éclaire, les console, les forme à l’oraisc- ++ 4 toutes les vertus, leur inspire de généreuses résolutions et les conduit à la plus haute perfection.
Oh ! que la mission du Saint-Esprit est sublime ! quelle est précieuse et féconde ! Les œuvres qui en résultent surpassent toutes celles qui frappent les sens.
Une œuvre peut être appelée grande, dit saint Thomas, à causelde lafgrandeur même de l’ouvrage.!
8 L'AME SANCTIFIÉE PAR LES DONS DU SAINT-ESPRIT Te.
Sous ce rapport, la jutification de l’homme, qui a pour but la participation éternelle à la nature divine est plus grande que la création du ciel et de la terre, qui se termine à la jouissance d’une nature périssasable. Aussi, saint Augustin, après avoir dit que faire un juste d’un pécheur, c’est une plus grande chose que de tirer l’univers du néant, ajoute : « Car le ciel et la terre passeront, mais la justification et le salut ne passeront pas. »
Que l’homme tiré du néant et retiré de l’abtme plus profond du péché, soit élevé tout-à-coup jusqu’à la participation de la nature divine, que le fils de la poussière devienne l’enfant de Dia, que Dieu appelle l’homme son fils et que l’homme appelle Dieu son père, et que cette appellation réciproque soit l’expression de la vérité : Voilà, dit saint Léon, la création la plus merveilleuse qu’on puisse concevoir, le don qui surpasse tous les dons. Or, ce don est l’œuvre du Saint-Esprit. C’est lui qui l’accomplit en nous, et il travaille constamment à rendre cette œuvre de son amour plus belle et plus parfaite.
Faire de nous des saints, nous transformer en Dieu, nous faire vivre et agir divinement : telle est donc la magnifique mission du Saint-Esprit. C’est pour opérer en nous ces grandes choses que le Père et le Fils nous l’envoient.
Cette communication du Saint-Esprit à nos âmes est tellement importante qu’elle constitue le dernier terme des opérations de Dieu, en dehors de lui.
« Les prodiges de charité accomplis par Dieu le Père et par Jésus-Christ, ont eu pour fin de procurer à l’homme le bonheur éternel. Mais ce bonheur ne s'obtient dans l’éternité, que s’il se prépare dans
le temps, par une vie déjà divine ; or, cette vie, préparation à la vie éternelle, n’est possible à l’homme que par l’opération du Saint-Esprit Le Fils de Dieu ne la produit pas dans les âmes, s’il ne parvient à leur communiquer son Esprit. Aussi, le résultat prochain des efforts d'amour multipliés par le Sauveur, c’est que le Saint-Esprit soit communiqué aux âmes. Tel est le fruit et de l’Incarnation et de la Rédemption. L’Eucharistie ellemême ne sert de rien si elle n’a pour résultat l’effusion du Saint-Esprit.!»
Sans la communication ineffable du Saint-Esprit à nos âmes, le sang du Rédempteur reste sans effet. Notre divin Sauveur le savait bien : aussi, avait-il hâte, après sa résurrection, de remonter vers son Père : c'était pour mettre le couronnement à son œuvre, en envoyant le Saint-Esprit. (Il vous est avantageux que je m'en aille, dit-il à ses disciples, si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra pas. Si je m'en vais, je vous l’enverrai. Et quand sera venu cet Esprit de vérité, il vous enseignera toute vérité» : Expedit vobis ut ego vadam : Si enim non abiero, Paracletus non vemet ad vos : Si autem abiero mitlam eum ad vos. Joa. xvi, 7. Cum autem venerit îlle spiritus veritatis, docebit vos omnem veritatem. Joa. xvi, 13. Dans ses catéchismes si pleins de simplicité et d’onction, le saint curé d’Ars aimait à parler du Saint-Esprit. Il disait un jour à son auditoire : « Les sacrements que Notre-Seigneur a institués ne nous auraient pas sauvés sans le Saint- Esprit. La mort même de Notre-Seigneur nous
eee
(1) P. Desurmont.
aurait été inutile sans lui. C’est pourquoi Notre- Seigneur disait à ses apôtres : Il vous est utile que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas... Il fallait que la descente du Saint-Esprit vint faire fructifier cette moisson de grâces. C’est comme pour un grain de blé : vous le jetezen terre : bon ! mais il faut le soleil et la pluie pour le faire lever et monter en épi.» Une autre fois, il disait : «Le Saint-Esprit est comme un jardinier qui travaille notre âme... Le Saint- Esprit est notre domestique... Voilà un fusil ;bon! Vous le chargez... mais il faut quelqu’un pour y mettre le feu et pour le faire partir... De même, il y a en nous de quoi fairele bien... C’est le Saint- Esprit qui met le feu, et les bonnes œuvres partent.. Le Saint-Esprit repose dans les âmes justes comme la colombe dans son nid. Il couve les bons désirs dans une âme pure, comme la colombe couve ses petits....»!
L'intervention du Saint-Esprit nous est donc absolument nécessaire, Les choses sont ainsi réglées afin que, dans l’œuvre du salut et de la sanctification des âmes, les trois Personnes divines aient leur part : le Père en envoyant son Fils avec un amour immense ; le Fils en méritant par sa vie et par sa mort la mission du Saint-Esprit ; et le Saint-Esprit, en sanctifiant les âmes, au nom du Père, du Fils et en son propre nom.
Toute âme qui aspire à la sainteté doit se conformer à l'ordre établi par Dieu éternellement, elle doit entrer de tout cœur dans le plan divin, en vouant
(1) Vie par l’abbé Monnin.
un culte particulier au Saint-Esprit, en s’efforçant de l’attirer en elle, en écartant les obstacles qui s'opposent à sa venue, en se rendant attentive à ses miséricordieuses opérations ; enfin, en y coopérant elle-même, avec la plus parfaite fidélité.
La dévotion au Saint-Esprit a toujours été la grande dévotion des âmes désireuses de se sanctifier. Quoi d'étonnant! Quand on veut posséder un tableau remarquable, on s'adresse à un maître de l’art; quand on veut un édifice parfaitement ordonné, on recourt à un architecte habile ; de même, quand on veut se sanctifier, on doit recourir à Celui qui a reçu pour mission spéciale de sanctifier les âmes, et qui est appelé, pour cette raison, l’Esprit sanctificateur.
Si, malgré tant de moyens employés et de grâces reçues, nous ne sommes pas encore des saints, si nous restons toujours avec les mêmes défauts et retombons sans cesse dans les mêmes fautes, si enfin, nous n’avançons pas davantage dans l’oraison et l’union avec Dieu, n'est-ce pas parce que nous avons trop oublié le Saint-Esprit, parce que nous n'avons pas écouté sa voix et ne lui avons pas fait entendre la nôtre. Déplorons notre passé. Regrettons amèrement notre indifférence, notre insensibilité et notre ingratitude envers le Saint-Esprit. Gardons-nous de le contrister e..*ore. Conjurons-le de venir nous visiter. Alors, voyant nos bonnes dispositions, il prêtera l'oreille à notre prière, il descendra dans nos âmes, avec une joie infinie, pour y accomplir les opérations ineffables de son amour et les conduire à une haute ainteté, selon le plus ardent désir de son cœur.
Venez, Esprit créateur, visitez les âmes de ceux qui sont à vous. Remplissez de la grâce d'en Haut les cœurs que vous avez créés. Veni, Creator Spiritus, mentes tuorum visita. Imple superna gratia quæ tu creasti pectora.
$ II Opérations ineffables que le Saint-Esprit veut accomplir en nous
Si un homme de génie, dit le P. Desurmont, pouvait laisser en héritage à ses enfants son génie personnel, il ferait d’eux d’autres lui-même. Ce que l’homme ne peut pas, Dieu peut et veut le faire. I] nous communique son Esprit. Comment ? Mystère! mais la chose est certaine. Charitas Dei diffusa est in cordibus nostris per Spiritum Sanctum qui datus est nobis. Rom. v, 5.
Dès que cet Esprit entre en nous, il nous transforre: il nous met dans l’esprit des pensées divines; uans le cœur des sentiments, des goûts divins ; dans la volonté des déterminations, des résolutions divines, en même temps qu’un courage divin pour les accomplir. Enfin, il fait de nous des dieux, seion cette parole du Psalmiste: «Vous êtes des dieux, vous êtes tous les fils du Très-Haut.»: Dit estis et filii Erxcelsi omnes. Ps. LxxxI, 6.
Pour avoir une idée des grandes choses que le Saint-Esprit accomplit dans les âmes auxquelles il daigne se communiquer, nous n’avons qu’à nous rappeler ce qu’il opéra dans les disciples de Jésus-
Christ, quand il descendit sur eux, au jour de la Pentecôte.
Jésus venait de remonter au ciel. Dociles à l’ordre reçu, ses disciples, accompagnés de la très sainte Vierge Marie, se retirent au Cénacle, le lieu le plus saint de la terre, car c’cst là que Jésus avait institué la divine Eucharistie. Ils y persévèrent tous ensemble dans la prière. Le dixième jour, de grand matin, ils entendent ur grand bruit venant du ciel, comme celui d’un vent impétueux, et le Saint-Esprit apparaît sous forme de langues de feu; celles-ci vont se reposer sur la tête de chacun d'eux: et les voilà tous remplis du Saint-Esprit: Et repleti sunt omnes Spiritu Sancto. Act. 11, 4.
Ce n’était pas la première fois que les apôtres recevaient le Saint-Esprit. Deux fois déjà, ils avaient eu ce bonheur: une première fois, a: ant 1» passion, car ils aimaient Dieu, et l’on ne peut aimer Dieu que par le Saint-Esprit. C’est lui qui répand en nos cœurs la divine charité par laquelle nous aimons Dieu. Difusa est charitas in cordibus nostris Je: Spiritum sanctum. Rom. v, 5. Une deuxième fois a-.ès la résurrection, quand Jésus souffla sur eux en disant: « Recevez le Saint-Esprit. » Mais au jour de la Pentecôte, ils le reçoivent plus abondamment, à ce point qu’ils en sont tout remplis : Repleti sunt.
Et quels furent les effets qui résultèrent de cette grande et miséricurdieuse visite? Les Actes des apôtres nous l’apprennent: dès qu'ils se trouvent ainsi remplis du Saint-Esprit, les apôtres sortent du Cénacle, ils sont entièrement tranformés. Ce sont des hommes nouveaux : nouveaux dans leurs idées,
nouveaux dans leurs goûts, nouveaux dan: leur langage, nouveaux dans la décision de leur volonté, tellement que la multitude stupéfaite s’écrie: Musto pleni sunt. Act. 11, 3: € ces hommes sont ivres de vin uouveau. }
Ce vin nouveau qu'ils ont bu, dit Saint Cyrille de Jérusalem, c’est la grâce du Saint-Esprit. Ils sont ivres, mais de cette ivresse divine, dont il est parlé au livre des cantiques : « Mangez mes amis et buvez, enivrez-vous, mes bien-aimés » : Comedite amici, et bibite, et inebriamini, charissimi. Cant. v, 1.
« Comme un homme qui est ivre, observe Mgr Gaume, les apôtres ont en quelque sorte perdu ia raison. Chez eux, plus de calculs humains, plus de jugements humains: sentiments, langage, entreprise, tout est surhumain, surnaturel, divin, incompréhensible pour la simple raison.
L'homme ivre ne connaît plus ni parents, ni amis, ni dignitaires ; il leur parle sans égard pour les liens du sang et de l’amitié, sans égard pour leur rang. Ainsi, les apôtres ne connaissent plus ni parents, ni amis, ni grands prêtres, ni magistrats : ils prêchent hardiment la vérité. Aux défenses, aux menaces qu’on leur fait, ils n’opposent qu'un mot : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. »
L'homme ivre est d’une gaîté folle. Il rit, il chante, il manifeste sa joie de toute manière. Tels sont les apôtres: on les enchaîne, on les jette en prison, on les bat de verges, et ils se retirent surabondants de joie, heureux d’avoir été jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus. Ecoutez saint Paul, se riant du monde entier, avec toutes ses
terreurs : Vous avez beau faire, qui nous séparera de l'amour de Jésus-Christ? La tribulation, ou l’angoisse, ou la faim, ou le péril, ou la persécution, ou la gloire ? Non, j'en suis certain, ni la mort, ni l. vie, ni les choses présentes, ni les choses futures, ni la violence : rien au monde ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu, qui est dans le Christ Jésus. A ce langage, le peuple crie à la folie, Insanis, Paule. L'Apôtre n’en disconvient pas : nos stulti propter Christum. 1 Cor. 1v, 10 : nous sommes devenus fous pour l’amour de Jésus-Christ, nous sommes devenus fous de la folie de la croix. »
Ce sont des effets analogues que le Saint-Esprit a dessein de produire dans toutes les âmes qu’il daigne visiter.
Et quand donc nous accorde-t-il cette faveur ? Comme autrefois, à ses disciples, il nous l’accorde plusieurs fois dans la vie.
Il est venu nous visiter une première fois, quand nous avons été régénérés par le saint baptême. Le prêtre alors a chassé le démon de notre cœur: Esprit immonde, lui a-t-il dit, sors de cet enfant, et fais place à l’Esprit-Saint. Exi ab eo, immunde spiritus, et da locum Spiritui Sancto Paracleto. Rit. rom.
Le Saint-Esprit est venu en nous, une deuxième fois, à notre confirmation. Par ce sacrement, il nous a donné la force de combattre courageusement, dans la milice de Jésus-Christ.
Mais le divin Paraclet n’arrête pas là les manifestations de son amour. Bien souvent, pendant le cours de la vie, il vient visiter les âmes qui lui sont chères. La sainte Église lui demande de le faire, quand elle lui adresse cette supplication : Veni, Creator Spiritus,
mentes tuorum visita : ( Venez, Ô Esprit Createur, visiter les cœurs de ceux qui sont à vous.»
Le Saint-Esprit visite plus particulièrement les fidèles, aux circonstances les plus solennelles de leur vie, telles que l’entrée en religion, la vêture, la profession pour les religieux; l’ordination sacerdotale pour les prêtres; le mariage, les saintes missions ou retraites pour les personnes du monde ; enfin, certains événements extraordinaires qui impressionnent l’âme n1's vivement et la font entrer dans une voie plus parfaite.
Ainsi, bien des fois, le Saint-Esprit est descendu dans notre cœur. Mais l'y avons-nous toujours conservé ? Avons-nous toujours été fidèles à la recommandation de l’Apôtre: « Gardez-vous d’éteindre en votre âme le Saint-Esprit.» Spiritum nolite exstinguere. 1 The. v, 19. N'avons-nous pas tout au moins contristé souvent le Saint-Esprit, par nos infidélités, nos négligences et nos lâchetés ?
S'il en était ainsi, nous aurions bien besoin qu’il vint nous visiter encore, afin de nous faire reconnaître nos torts, de toucher notre cœur d’un profond repentir, de nous purifier de nos fautes et de nous transformer divinement.
Gi nous avons eu le bonheur de demeurer toujours fidèles au Saint-Esprit, si en ce moment notre cœur est encore son temple vivant, nous avons besoin de nouvelles infusions de grâces, que nous ne recevTrons que par de nouvelles visites de l’Esprit sanctificateur.
Grâce à ces visites toutes d'amour, notre âme
renouvellera tellement qu’elle deviendra selon
l'expression de saint Paul « une nouvelle créature en Jésus-Christ »: in Christo nova creatura. 2 Cor. v, 17.
Nous verrons ainsi se vérifier en nous-mêmes les paroles du Psalmiste. «O Dieu, vous enverrez votre Esprit et vous renouvellerez la face de la terre.»
Ce qui renouvelle la face de la terre lors ue, pendant les longs mois de l’hiver, elle a été enveloppée d'un linceul de neige qui lui a enlevé sa vie, sa parure et sa fécondité, c’est le soleil vivifiant de la saison nouvelle, qui répand sur elle des torrents de bic:faisantes lumières et de douces chaleurs. C'est aussi par l’effusion de sa lumière et de sa chaleur divines que l'Esprit de véricé et d'amour communique à l’âme une vie nouvelle, qui s’épanouit en une efHorescence admirable de vertus et de mérites.
Quand sera venu l'Esprit que je vous enverrai, disait Jésus à ses disciples, il vous enseignera toute vérité. Oh ! de quel éclat il sait la faire briller dans l’âme, cette vérité, qui n’est autre que lui-même ! À sa clarté divine, l’âme ne connaît pas seulement Dieu et ses perfections, elle se connaît aussi el!emême. Elle voit, d’une part, combien Dieu mérite d’être aimé et servi, et de l’autre, combien elle est négligente à le faire, combien elle déplaît à ses yeux ; elle voit ce qu’elle doit corriger en elle : les défauts dont elle est remplie, les fautes innombrables qu’elle commet ; elle voit les vertus qui lui manquent, et combien elle est lâche pour les acquérir : elle se confond alors dans son néant et dans le mépris d’elle-même, elle s’embrase d’un désir ardent de la vertu et de sa sanctification.
En même temps que la lumière de la vérité, le Saint-Esprit fait rayonner dans l’âme qu’il visite la chaleur du divin amour. N’est-il pas l’Amour réciproque et substantiel du Père et du Fils? Et que veut-il surtout voir en nous, que veut-il nous donner sinon l’amour : l’amour qui embrase, l’amour qui purifie, l’amour qui dilate le cœur, le fortifie, l’anime à faire et à souffrir de grandes choses pour Dieu; l’amour enfin qui jette l’âme dans une sainte et divine ivresse, où elle perd de vue toutes les choses de la terre, où elle : ’a plus égard ni aux richesses, ni aux honneurs, ni aux mépris, ne voulant et ne cherchant plus qu’une seule chose : le bon plaisir de Dieu, sa plus grande gloire en tout, partout et toujours.
Oh ! de quelle joie intime elle se sent pénétrée dans cette délicieuse ivresse ! C’est la joie du pardon, la joie de la vertu, la joie du sacrifice et du dévouement, la ioie de gagner à Dieu des âmes et «e leur communiquer l’ineffable bonheur dont elle se sent inondée. Et que le monde pense et dise d’elle tout ce qu’il veut: qu’il la loue ou qu'il la blâme, qu'il la calomnie ou qu'il la persécute, peu lui importe: elle est au-dessus des jugements du monde, elle s’estime heureuse d’être l’objet de ses sarcasmes, de ses mépris et de sa haine. Il la traite d'insensée: elle en est fière, se souvenant de Saint Paul qui disait: Nos stulti propter Christum. 1 Cor. 1v, 10. Nous sommes devenus insensés pour l’amour de Jésus-Christ. Elle sait que la folie de la croix est la vraie sagesse, et que les vrais fous sont ceux qui sont sages à leurs propres yeux, se croyant tels, parce qu'ils se conforment aux goûts, aux maximes
et aux exemples du monde. L’Écriture proclame qu'ils sont infinis en nombre: Stultorum infinitus est numerus. Eccle. 1, 15.
O Esprit vivificateur, non seulement vous ne dédaignez pas de descendre dans nos cœurs, quelque misérables qu'ils soient, mais vous en avez encore le plus vif désir, tant vous nous aimez et tant vous désirez nous faire vivre de la vie divine. Oh! moi aussi, pauvre pécheur, je désire ardemment vous recevoir, Car je sens plus que personne le besoin que j'ai de vous. Venez donc, 6 Esprit plein de miséricorde et d'amour, n’ayez pas égard à mes infidélités passées, mais uniquement à votre bonté et aux mérites de Jésus-Christ, par lesquels je vous prie; descendez en moi et changez-moi, de pécheur en saint. Que je renonce à toutes les choses créées, pour ne plus vivre que pour Dieu. Que je vive en vous, que je vive de vous, et que je ne cherche plus jamais autre chose que vous. Que votre bon plaisir, Seigneur, soit à jamais ma joie et mon bonheur.
$ III Nos devoirs envers le Saint-Esr it
Notre premier devoir est d'acquérir une foi très vive au Saint-Esprit. Pénétrons-nous de cette vérité: qu'il y a un Saint-Esprit, troisième Personne de l’adorable Trinité, ayant une seule et même nature avec le Père et le Fils. Croyons à sa présence, en tout lieu, et particulièrement dans les âmes justes, qui sont sa demeure de prédilection. Croyons à ses
mystérieuses et ineffables opérations dans ces âmes, Redisons souvent, avec une pleine et entière convic. tion, cet article du symbole de Nicée: Crea in Spirütum sanctum Dominum, et vivificantem qui ex Patre Filioque procedit; « Je crois à l’Esprit-Saint, Seigneur et vivificateur qui procède du Père et du Fils. »
Une foi vive à ces vérités nous fera rendre au Saint-Espiit le culte d’adoration qui lui est dû. Nous l’adorercns, conjointement avec je Père et le Fils, puisqu'il a, avec eux, une seule et même nature divine; nous marcherons en sa présence et nous l’honorerons, par une vie sans tache et de fréquents recours à son assistance: nous travaillerons de concert avec lui et nous nous garderons de mettre le moindre obstacle à ses opérations d’amour.
Notre deuxième devoir est d'éviter de déplaire au Saint-Esprit. Saint Paul nous le recommande instamment. Nolite constrista’e Spiritum sanctum. Eph. IV, 30. Ce qui le contriste par dessus tout, c’est le péché, le mépris et l’2bus qu'on fait de ses grâces, la résistance à ses inspirations. Son grand désir est de se rendre maître de notre âme pour la vivifier, la sanctifier, lui procurer le vrai bonheur ici-bas; mais surtout la félicité parfaite dans le ciel. C’est pour cela qu’il frappe doucement à la porte de notre cœur, nous priant de lui ouvrir: Ecce sto ad ostium et pulso. Apoc. II, 20. Aperi mihi, soror mea, amica mea. Cant. v, 2. « Voici que je me tiens à la porte et je frappe; ouvrez-moi, ma sœur, mOn amie. »
Rien ne l’affige autant que l’insensibilité, l’indiftérence, la dureté qu’en lui témoigne en restant sourd à sa voix. Je m’en vais, dit-il alors, le cœur contristé, et vous ne me verrez plus. Viendra un temps
ux damnés, disait le saint curé d’Ars, pourquoi êtes-vous en enfer? Ils répondraient : Pour avoir résisté au Saint-Esprit, Et si l'on dercandait aux saints, pourquoi êtes-vous au ciel ? Ils répondraient : Pour avoir écouté le Saint- Esprit... Quand il vous vient de bonnes pensées, c'est le Saint-Esprit qui vous visite, ! »
La plus grande injure que le Saint-Esprit puisse recevoir du chrétien, c’est d’être chassé de son Cœur, par le péché mortel. Le grand apôtre nous supplie de ne pas lui infliger cet outrage: Spiritum nolite exstinguere. 1 The. V, 19. Ne serait-ce pas là profaner le temple vivant du Seigneur ? Ne savez-
échés qui renferment pour le Saint-
plus sanglant que les autres et qui doivent, Pour cette raison, exciter davantage notre
horreur. C’est ce que nous laisse entendre clairement Notre-Seigneur : « Je vous le déclare, dit-il, tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera pas
(1) Vie,
remis. Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l’homme, elle lui sera pardonnée; mais celui qui l’aura dite contre le Saint-Esprit, elle ne lui sera pardonnée ni en ce monde, ni en l’autre. Omne peccatum et blasphemia remittetur hominibus : spirilus autem blasphemia non remittetur. Et quicumque dixerit verbum contra Filium hominis remittetur ei : qui autem dixerit contra Spiritum Sanctum, non remitletur ei, neque in hoc sæculo, neque in futuro. Matth. XI, 31-32. Les Juifs, dit saint Thomas, ! avaient d’abord blasphémé contre le Fils de l’homme en l'appelant vorace, buveur de vin, ami des publicains. Ensuite, ils blasphémèrent contre le Saint-Esprit, en attribuant au démon les miracles que faisait Notre- Seigneur, par la vertu de sa propre divinité et par
l'opération du Saint-Esprit: ce qui était un péché de pure malice. ?
(2) D'après les saints Pères, les saints Docteurs et saint Thomas en particulier, les péchés contre le Saint-Esprit sont les suivants: le désespoir de son salut, la présomption d’être sauvé sans bonnes œuvres ou pardonné sans pénitence, l’attaque de la vérité connue, l’envie des biens spirituels d'autrui, l’obstination dans le péché, la volonté de mourir dans l’impénitence. Il y a dans ces péchés une malice plus grande que dans les autres, et Îls sont en opposition directe avec le Saint-Esprit qui est l’amour même, c’est pourquoi ils l'offensent si grièvement.
Ainsi, le désespoir du salut est opposé À l'amour miséricordieux du Saint-Esprit qui veut le salut de tous. La présomption, qui prétend se sauver sans bonnes œuvres ou sans pénitence, est opposée à la mission qui lui est si chère de nous inspirer sans cesse le bien, et après nos fautes, le repentir, pour nous faire mériter le ciel. L'attaque de la vérité connue combat les efforts