‹ L'âme solitaireChapitre 12 sur 140 · BONHEUR · texte numérisé non relu

BONHEUR

LE soir nous enveloppe, indiciblement doux, Gomme un regard d’amour se promenant sur nous. L’Heure passe là-haut, penchant un peu son urne, Heure de paix dhine et de rêve nocfurne.

La caresse de l'ombre éclatante du ciel Emplit le cœur de joie et la bouche de miel.

La calme Nuit étend son empire Iranfpiille.

Le bienfait du silence approche da la ville...

Et nous sommes tous deux -sans parole, songeant A la sainte splendeur des points d’or et d argent. Heureux, loin du Réel jaloux qui nous réclame, Comme s’il nous pleuvait des étoiles dans 1 âme

Les Heures d’ Amour

Quel soir harmonieux, chère, quel soir divin,

Où j’ai senti cela : hors t’aimer, tout est vain !

Ma gloire, c'est d'avoir mon cœur dans* ta pensée, Comme ta main jolie en la mienne pressée.

Et d’écouter les mots que tu dis dans le soir.

Et de te regarder de si près sans te voir !

Car l'ombre s’épaissit en noyant les visages, Comme au lointain elle a fondu les paysages. Demeurons en silence et regardons les cieux.

C est en ne parlant pas qu’on s'adore le mieux.

Et vois comme là-haut, magnifique en ses voiles, Rêve paisiblement la nuit aux yeux d'étoiles.

Jouez-moi, lui disais-je un soir, de vieux airs tristes, I l istes à faire mal aux cœurs les moins artistes.

— Elle posa scs mains blanches sur le clavier,

El nous pleurâmes... L’heure au fond du sablier Jetait ses grains de sable en petites minutes.

Aux sons du piano mimant le chant des flûtes,

Le Désir

Des musettes d’amour aux profondeurs des bois.

Des rustiques pipeaux et des divins hautbois,

Si l'azur, en ce soir chantant d’extase intime,

Se fût ouvert, m’offrant le paradis sublime,

J’aurais dit : Non, Seigneur, s’il faut monter là-haut Sans la musicienne et sans le piano !

Tu ne m’as jamais dit : Baise-moi sur les yeux, Lentement, longuement, afin de goûter mieux...

Tu ne m’as jamais dit cela... Tes deux mains nues, Je les ai quand je veux, d’elles-mêmes venues.

Tes lèvres, je les sais prêtes à mon baiser :

Elles n’ont pas voulu jamais se refuser,

Ni ton front où, parfois, à ton insu, se joue Une mèche d or brun, ni ton front, ni ta joue.

Car ton cœur jeune et franc répète chaque jour Que l’amour ne doit pas dire non à l'amour,

Et qu’il est, par bonheur, de légitimes fièvres Qui s’expriment par la caresse de nos lèvres !...

Mais si l’être cache transparaît dans les yeux, Comme à travers l’eau pure un fond mystérieux :

Les Heures d’ Amour

Si ce qu’on aime et cherche est là, dan^ les prunelles. Qui se concentre, intime, et se révèle én elles,

Ah ! laisse-moi, malgré tes paupières de chair,

Dont le frêle tissu si mince est presque clair. Laisse-moi, rougissant comme une exquise femme, Poser sur tes deux yeux un baiser sur tou âme !

Le Désir

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