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LES VIEUX TEMPLES

A Mademoiselle M. -L. Milhau.

Dans la tranquillité pieuse des vieux temples Où le soir se conserve enfermé tout le jour,

Où l’humidité plane en rôdant alentour

Des piliers, on médite en paix les grands exemples.

Rien du luxe profane aux yeux n’y vient fleurir ;

Plus profonde est la foi dans les vieilles églises;

Le respect entre mieux, comme les tètes grises,

Où l’on sent vaguement quelque chose mourir :

C’est la piété grave aux pieds d’un Christ en plâtre. Qui penche son front lourd pour l’approcher de nous C'est le recueillement naïf à deux genoux Dont la ferveur n’est pas feinte, comme au théâtre ;

L’Ame

C’est la station triste et lente avec amour,

Quatorze fois reprise en prières chrétiennes,

Du chemin de la croix aux images anciennes,

Laides, sincèrement, mais dont on fait le tour ;

C’est l’humilité vraie et l’émotion pure;

Le sou glissé dans l’ombre au pauvre tronc de bois ; L’eau bénite qu’on prend encor du bout des doigts Et non du bout des gants, craignant quelque souillure ;

C’est l’ostensoir terni sur l’autel presque nu,

Le tabernacle saint, frère encor de la crèche,

Qui ne nous parlent pas d’une grandeur revêche,

D’un Roi très exigeant ni d’un Dieu parvenu !

En vérité, c’est là, dans les vieilles églises,

Sous des murs gris que l’or n’a pas modernisés,

Où les pauvres ne sont jamais dépaysés,

Que le bon Juge tient d’indulgentes assises.

Là, l’Évangile est lu d’un regard moins hâtif,

Les violons des bals s’arrêtent à la porte ;

Là, survit la splendeur douce qui réconforte En la simple beauté du culte primitif.

L’Ame Solitaire

La richesse n’est pas un obstacle aux croyances :

C'est un salut du siècle à l’orgueilleux >eau d’or Dont le règne s’annonce où Dieu triomphe encor.

Par l’éclat insolent de ses magnificences !

Ah ! comme j’aime mieux, âme rustre, prier Dans la tranquillité pieuse des vieux temples,

Dont les murs dénudés m’offrent de grands exemples Sans parole, et, pourtant, qu’on ne peut oublier !

U Ame

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