IL PLEUT
JOUR gris d’automne. Il pleut des strophes Poètes, tendez vos corbeilles :
Vos cœurs meurtris aux catastrophes,
Et saignant des gouttes vermeilles !
Tendez vos cœurs : il pleut des vers Entre-choquant leurs rimes d'or !
Oh I tendez-les tout grands ouverts !
Qu’il pleuve donc ! Qu’il pleuve encor !
11 pleut des cadences nouvelles Berceuses d’espérances folles,
Des cadences aux doux bruits d’ailes,
Qui parlent comme des paroles !
Poètes, frères malheureux,
Le ciel aujourd’hui prend pitié De vos chagrins longs et fiévreux,
Et vous prouve son amitié.
La Chanson des Mois
Poètes qui faites la chasse A l'idée, aux phrases parfaites Où le mot précieux s’enchâsse Comme un rubis dans l’or; poètes,
Tendez vos cœurs : il pleut des vers Entre-choquant leurs rimes d'or !
Oh î tendez-les tout grands ouverts !
Qu’il pleuve donc ! Qu’il pleuve encor
Veilles du Jour et de la Nuit
LE YENT
A Gonzalve Désaulniers.
Le vent passe entraînant des feuilles avec lui,
Nous caressant les mains, nous baisant au visage ; Rapide, il vole et tout frémit sur son passage ;
Il va, soufflant, geignant, hurlant, faisant grand bruit.
11 va, courbant la branche et détachant le fruit ;
Il va, poussant les flots heurtés vers le rivage ;
Il va, le vent frivole, énergique et sauvage ;
11 passe, et des débris roulent au sol ; il fuit.
11 va. La girouette au pignon tourne et grince.
Folle, de l’Est au Nord ; et, sous la tuile mince, Sifflant, il s’insinue et la fait palpiter.
Entre lui des instants naissent de paix profonde. Tout, petit à petit, cesse de s’agiter...
Ainsi passe la gloire instable de ce monde.
La Chanson des Mois