‹ L'âme solitaireChapitre 71 sur 140 · EFFETS DE NEIGE ET DE GIVRE · texte numérisé non relu

EFFETS DE NEIGE ET DE GIVRE

J’AI hâte maintenant de voir tomber la neige,

Cette blancheur du ciel qui brille et qui protège. Quand les grands souffles froids qui nous viennent du Nord Passent, brutaux, poussant les pauvres à la mort,

Sur un sol noir et dur, craquant comme les pierres, Gelant les pieds, les mains et brûlant les paupières,

O la neige qui vient comme un manteau bien chaud Tendu sur l’homme errant et nu par le Très-IIaut !

Et si jolie à voir ! Minuscules étoiles

Que tisse en broderie un ange pour ses voiles,

Et qui, voyant combien grelottent ici-bas.

Déchire sa dentelle et nous la jette en tas !

Veilles du Jour et de la Nuit

Les arbres ont l'aspect de blancs marbres qui poussent Au bord des blancs trottoirs et des toits blancs qui moussent ; Il neige! Tout se vêt de divine blancheur.

Pour couvrir le sol noir du vieux monde pécheur,

On dirait que la nue au vent se désagrège Et tombe par milliers de flocons purs. Il neige !

Les champs, sur qui tout un long jour il a neigé, Semblent lointainement des lacs de lait figé.

Dans les chemins ouatés où l'air froid souffle, il tinte Une argentine voix de grelot, vite éteinte.

Et les petits enfants s’exclament, réjouis

Par le poudroiement clair du ciel de mon pays.

lit

Lu grain de neige fond en larme sur ma vitre Je referme mon livre au milieu d’un chapitre, Pour regarder tomber la neige du ciel blanc, Et la suivre en son vol tourbillonnant et lent.

La Chanson des Mois

Elle est molle, elle est vive, elle est fantasque et folle ; Elle plane, elle flotte, elle vogue, elle vole ;

Elle est frivole et grave ; elle a, comme un rimeur Sensible, de soudains revirements d’humeur,

Selon qu’un petit vent nonchalent se révèle Ou qu’un souffle nouveau soudain la renouvelle !

Mais tout cela finit, pour elle comme lui,

Par de longs pleurs coulés et par de l’eau qui fuit...

Ma vitre, ce matin, est tout en feuilles blanches,

En fleurs de givre, en fruits de frimas fins, en branches D’argent, sur qui des frissons blancs se sont glacés. Des arbres de vermeil l’un à l’autre enlacés, Immobiles, ont l’air d’attendre qu’un vent passe Tranquille, mol et blanc. Calme petit espace Où tout a le repos profond de l’eau qui dort,

Parce que tout cela gît insensible et mort.

Vision qui fondra dès la première flamme,

Comme le rêve pur des jeunes ans de l’âme ;

Espoirs, illusions qu’on regrette tout bas :

Sur la vitre du cœur, frêles fleurs de frimas...

Veilles du Jour et de la Nuit

Par ces longs soirs d’hiver où, fatigués des livres, Les yeux suivent l’effet sur la vitre des givres Dessinant d’un pinceau lent et mystérieux,

Sous l’inspiration des grands vents furieux,

Des jardins, des forêts blanches et toujours calmes, De fantastiques fleurs et de bizarres palmes, —

Ces soirs-là, comparant l'ombre qui rôde en lui A la blanche splendeur des choses de la nuit,

Le poète isolé du monde, dans sa chambre.

Rêve du pur néant des tombes de décembre Et du linceul d'hermine amoncelé sans bruit Qui, sous le ciel empli de clair de lune, luit...

La Chanson des Mois

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