A LA LUNE
Pour Louvigny de Montigny
QUAND la lune au ciel noir resplendit claire et ronde, Le vers en mon cerveau comme une eau vive abonde. II coule naturel comme une source au bois, Avec des sons fluets de flûte et de hautbois Et, souvent, des accords doux et mélancoliques D'harmonium plaintif et de vieilles musiques,
la lune verse au cœur sa blanche intimité De rève vaporeux où passe une beauté, Et dans les chemins creux où la fraichéur s'exhale- Ajoute aux flaques d’eau quelques mares d’opale ; De sorte qu'on peut voir se noyer, éperdu Un insecte ébloui dans de l’astre épandu.
Tu nes pas Morte, non ! chère clarté des soirs Qui trembles sur les lacs comme sur des miroirs ! Et lo cerf altéré qui boit à l'onde claire
Le vaste cie] Poudré d'étoiles d’or scintille. Quelqu'un dans l'ombre, en bas, attend qu'un rave brille.
64 Veilles du Jour et de la Nuit — ...
Tu fais régner sur nous ton influénce oceuîté ; Et ton charme attirant fait mêre, comme un jeu, Tourner les papillons des nuits dans ton feu bleu!
Quand tu parais, les soirs bénis, à ma fenêtre,
Ta lumière lointaine et vague me pénètre,
Et je me baigne en toi ! Transfigurant ma chair, Tu me fils pur et beau, surnaturel et clair :
Et je suis comme un dieu tout imprégné de lune, Participant ainsi qu'un astre à la nuit brune !
Oh! l'heure incomparable et la divine nuit !
Où donc l’'amer chemin ? Où donc le morne ennui ? La souffrance est passée, et ma joie est profonde De goûter ici-bas la paix d'un autre monde...
Je ne me livre pas au néant du sommeil,
Et j'attends l’heure triste où viendra le soleil.
Changeante Lune! Un soir, au ciel couleur d’ardoise Tu montas rouge ainsi qu’un énorme tison ;
Et petit à petit, en laissant l'horizon,
Tu pris une nuance exquise de turquoise.
r buage ; 8 M Lune nu Bou vie —
Comme une immense hostie apparue en l’azur :
Veilles du Jour et de la Nuit
Et tu veilles sur l'homme autant que sur le nid, \ Du haut de ta demeure inaccessible et sombre ;
Car le mal, ce complice ordinaire de l'ombre,
A dû craindre souvent ton regard infini,
O Lune! jusqu'à toi permets que je m'élève ! = Je rampe plein d ennui I Jette-moi des rayons, Que je m'en serve ainsi que de bleus échelons Pour suivre dans l’éther, ton domaine, mon rêve !
La Chanson des Heures 67 77 8