Paris, Hachette, 1859, abondamment illustré
2. Des Andes au Para, par M. Monnier, Paris, Pion, in-8», 1889.
jeûne très sévère et très long qui ruinait leur constitution : aussi vivaient-ils peu de temps. Ils réussirent à étendre leur empire au nord jusqu'à Tumbez, au sud ils atteignirent Chancay; ils eurent dans les vallées du littoral la même autorité que les Incas sur les plateaux; mais le jour où ils se trouvèrent en contact, les Incas cherchèrent aussitôt des prétextes pour les attaquer; les Chimus furent rapidement soumis; à quelle époque et par suite de quels événements, c'est ce que ne nous apprennent pas les chroniques, qui varient entre elles et ne nous permettent pas de reconstituer l'histoire exacte de la conquête.
Parmi les ruines de Chimu, on trouve celles d'un grand temple du Soleil; il date de la domination des Incas. Les Chimus adoraient la lune, qu'ils appelaient si; pour eux la lune l'emportait sur le soleil, puisque ce dernier disparaissait, chassé par la lune, pendant la nuit; d'ailleurs la lune détermine le phénomène des marées, et pour un peuple de marins et de pêcheurs c'était sans doute la raison qui leur faisait préférer l'astre de la nuit au soleil. Ils avaient aussi un culte particulier pour la mer : ils lui offraient des gâteaux de maïs blanc pour obtenir des pêches fructueuses. (D'après Middendorf, Peru, II, 381 sqq.)
« La ville subsiste encore établie sur trois terrasses, dont la plus élevée, celle du nord, domine de 13 mètres la seconde et de 28 mètres la troisième. Le grand palais du Chimu, avec ses vastes galeries aux murs ornés de bas-reliefs peints en fresque, se trouve sur la première terrasse...
Aux deux bouts de la cité s'étendent des labyrinthes. Aujourd'hui il est facile de se rendre compte, de suivre les méandres compliqués de ces couloirs et de ces galeries conduisant dans de petites chambres, dans de grandes salles. Jadis, lorsqu'un toit en roseau soutenant une épaisse couche d'argile recouvrait ces galeries, lorsque le regard de l'observateur ne dominait point l'enchevêtrement de ces conduits, l'homme qui pénétrait étourdiment dans ses boyaux obscurs tentait en vain de s'y reconnaître.
Lorsqu'on fait mentalement un travail de reconstruction de cette antique cité; lorsqu'on songe à ce merveilleux passé aux princes puissants qui l'ont édifié, au peuple actif qui sous une direction intelligente et sage, a créé ce vaste ensemble de constructions et de cultures, on croit être le jouet d'un mauvais rêve. Qu'est, en comparaison, le tableau actuel avec ces muletiers à l'air stupide, ces âniers nègres, ces marchandes mulâtresses qui passent paresseusement sur cette route dite royale, au milieu des vestiges d'une résidence vraiment royale? On se demande, étonné, au nom de quel prin-
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cipe de f^randeur, de force ou de civilisation un monde si chétif, si pauvre, si petit, a remplacé la féconde activité des peuples qu'on a anéantis parce qu'ils étaient jugés et condamnés comme barbares. » (Ch. Wiener, Pérou et Bolivie, Hachette, p. 98-105.)
Dans le voisinage se trouvent d'immenses nécropoles appelées huacas, où l'on a retrouvé des centaines de momies emmaillotées dans des tissus de couleur. En lo76 Jean Gutierez de Tolède ouvrit un huaca, qu'il supposait avoir été celui d'un des rois de Chimu; il y trouva l'or en telle quantité qu'il paya au trésor pour le quint royal 9,362 onces; la valeur totale était déplus de 3,600,000 francs. (Stevenson, Voyage en Araiœanie, Chili, Pérou et Colombie, trad. française, Paris, 1828, II, 170.)
Tiaguanaco. — Les antiquités de Tiaguanaco ont été décrites et reproduites par L. Angrand; l'auteur a cru pouvoir affirmer que la civilisation qui a précédé les Incas était supérieure, distincte ; d'où venait-elle ? Angrand croit qu'elle est venue du nord, probablement des Toltecs de l'Anahuac.
« Tiaguanaco (ou Tiahuanaco) tire son nom de deux mots indiens, tiai guanaco {arrête-toi, alpaca)^ parce qu'il paraît que cet endroit était la station des caravanes de lamas qui parcouraient la grande route de Guzco. Avant d'avoir atteint le village, nous avions déjà traversé de nombreuses ruines, et des sculptures singulières étaient venues frapper nos regards. Ici c'était une salamandre immense taillée dans la pierre ; là, une tête colossale coifTée d'une sorte de bonnet bifide; tout venait nous rappeler celte antique tradition rapportée par Garcilaso de la Vega, d'après laquelle tous les habitants de la ville auraient été changés en pierres pour avoir refusé l'hospitalité à Manco-Gapac, le créateur de la monarchie incasique ; car, du temps des empereurs de cette race, on ne voyait déjà dans c&t endroit que des monceaux de ruines.
Ces monuments ont été construits, dit-on, par les anciens Aymaras, dont la civilisation a dû être beaucoup plus avancée que celle qu'ont jamais atteinte les Incas. Cependant les constructions de Tiaguanaco ne semblent pas avoir été jamais terminées; elles appartenaient à une civilisation qui ne paraît pas avoir laissé d'autres traces, et qui a disparu
tout à coup par suile de quelque grand événement dont le souvenir ne s'est pas conservé chez la race imbécile qui habite aujourd'hui ce pays. Nous nous empressâmes de nous procurer un guide, qui nous montra avec détail les antiquités principales. A peine sortis des rues de la ville, nous vîmes deux statues colossales dont la tète est couverte d'une sorte de turban; elles sont accroupies, et tiennent une de leurs mains sur le genou. L'une paraît représenter un homme, et l'autre une femme ; mais les traits ne sont pas ceux de la race indienne actuelle ; le nez est un peu gros, les yeux sont droits et ouverts, et la bouche est grande. Ces figures, assez grossières, ont été trouvées enfouies, et on les a placées debout devant le cimetière. On a ainsi déterré une grande quantité d'objets curieux, que la barbarie des vainqueurs espagnols a détruits en grande partie. Cependant on découvre encore tous les jours des objets dignes d'être conservés, et des canaux souterrains d'une grande beauté ont été mis à jour. Depuis longtemps notre vue était frappée par une grande colline dont la forme conique se distingue de celle des hauteurs d'alentour; en nous approchant nous pûmes nous assurer qu'elle était artificielle et construite de main d'homme, et ce ne fut pas sans étonnement que nous nous aperçûmes que toute sa base était entourée d'énormes pierres parfaitement taillées ; un grand nombre de ces dernières ont été enlevées et sont entrées dans la construction de l'église du village. 11 est difficile aujourd'hui de s'imaginer à quel usage était destiné un travail aussi gigantesque. Était-ce une forteresse destinée à la protection du lieu, ou un temple? Toujours est-il que des spéculateurs se sont figuré que cette butte devait contenir d'immenses trésors, et l'ont fouillée jusqu'au fond au moyen d'une excavation qui existe encore. C'est au pied de cette hauteur que s'étend un des principaux groupes des ruines de cette région ; d'immenses masses de pierres disposées en lignes et formant un vaste quadrilatère ont l'aspect d'un monument druidique. Ce sont des parallélipipèdes rectangles très allongés et peu épais, les uns taillés avec soin, et les autres presque bruts ; les plus élevés ont de 4 à o mètres de haut et sont placés à plusieurs mètres les uns des autres. Les pierres ont dû être apportées d'une grande distance, car la plaine elle-même dans laquelle elles se trouvent est dépourvue de la roche dont elles sont formées; ce sont des grès rouges et des granits verts. Prés d'un des angles du carré sont deux portails d'une exécution remarquable, dont
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l'un, le plus petit, est renversé, et a environ 2"^, 50 de hauteur; l'autre est encore debout : c'est un beau monolithe qui a été fendu à l'un de ses angles : il a environ 3°^, 50 de haut. Toute sa partie supérieure est couverte de sculptures très curieuses; au milieu se trouve une figure représentant probablement le soleil, et de chaque côté sont de nombreux cartouches renfermant des personnages agenouillés et toujours tournés vers la figure principale ; tous sont ailés et ont une sorte de sceptre à la main; mais les uns portent des têtes humaines couronnées, et les autres ont des tètes de griffons. Il est difficile de donner une idée de l'extrême complication de ces figures ; les fleurons des couronnes, et jusqu'aux plumes des ailes, représentent des têtes d'oiseaux ; les ornements qui les recouvrent sont" composés de guirlandes de têtes humaines. Ce caractère de l'extrême complication des détails forme le trait principal d'après lequel on peut reconnaître les monuments aymaras de ceux des Incas. J'ai vu à Cuzco de nombreux vases provenant du premier de ces peuples; ils étaient toujours couverts d'ornements semblables. Les monuments incasiques, au contraire, sont d'une grande simplicité; ils étonnent par leur masse, mais ne sont presque jamais ornés de sculptures. Au-dessous des figures du monument de Tiaguanaco se prolonge une série fort bien exécutée de signes probablement symboliques, parmi lesquels le soleil paraît jouer le premier rôle. Ce n'est pas sans étonnement que l'on trouve, dans beaucoup de relations modernes , que le culte de cet astre a été implanté au Pérou par les Incas. Tout prouve, au contraire, que ce culte a^été de tout temps pratiqué dans cette contrée, bien que le soleil n'y ait jamais été regardé comme le dieu principal, mais seulement comme la représentation maérielle de la Divinité, comme un symbole...
La partie inférieure du monolithe ne présente que deux cavités transversales. On trouva dispersées sur la surface de la terre une immense quantifé de pierres taillées, et beaucoup d'entre elles sont extrêmement remarquables par la grande beauté de leur travail; tantôt elles sont taillées en forme de sièges ou de fenêtres, tantôt elles représentent des triangles entrant les uns dans les autres, et un assez grand nombre portent lu figure de la croix, une croix parfaitement régulière et à branches égales. On voit aussi beaucoup de blocs qui étaient autrefois réunis au moyen d'un métal que l'on coulait dans des sillons transversaux qui se terminaient de chaque côté par une cavité arrondie...
Nous visitâmes ensuite un autre groupe de ruines à un demiquart de lieue au sud-est du précédent. C'est une série de quatre immenses bancs sur lesquels le prince, entouré de toute sa cour, rendait, dit-on, la justice : chacun de ces bancs forme trois sièges taillés dans la pierre. Les immenses blocs qui ont été employés à ces travaux ont jusqu'à 8 mètres carrés sur l°*,oO d'épaisseur, et ils portent encore pour la plupart les trous des clefs de métal qui les unissaient jadis. En avant de ces travaux se trouve une série longitudinale de pierres admirablement travaillées, et un grand nombre d'autres sont accumulées à terre dans toutes les directions. Je ne crois pas que l'on parvienne aujourd'hui à donnera la pierre des formes plus admirables, sous le rapport de la précision des contours ; et lorsque l'on songe que de semblables travaux ont été exécutés par des peuples qui ne connaissaient pas l'usage du fer (car, de même que les Égyptiens, les Péruviens ne savaient extraire de la terre que l'or, l'argent, le cuivre et les émeraudes), il est impossible de concevoir les moyens qu'ils ont pu employer. Les gens du pays racontent les histoires les plus merveilleuses à cet égard : suivant eux, les anciens avaient le secret de ramollir la pierre au moyen de certaines herbes. Il est aussi bien difficile de s'expliquer par quel procédé ils sont parvenus à déplacer et à transporter au loin des blocs aussi pesants. Je crois pouvoir dire que, dans l'état actuel de notre civilisation, de semblables travaux seraient impossibles, si l'on avait à lutter contre des difficultés semblables à celles qui ont été vaincues dans cette circonstance...
Ainsi que nous l'avons déjà dit, la splendeur de Tiaguanaco appartient à une époque très antérieure à l'apparition des Incas. Il est cependant à remarquer que le fondateur de cette dynastie, Manco-Capac, apparut pour la première fois sur les bords du lac sacré de Titicaca, qui n'en est qu'à quelques lieues, et la tradition nous dit que tous les monuments dont ces princes couvrirent le Pérou furent toujours exécutés à l'imitation de ceux de Tiaguanaco. Il me semble bien probable que Manco-Capac était le descendant de quelque ancien chef de cette ville, et qu'il chercha à faire revivre les lois et le culte antique de ses pères parmi les peuples du Pérou, qui depuis des siècles sans doute étaient tombés dans un état presque complet de barbarie. Les monuments de Tiaguanaco, qui semblent être encore en grande partie enfouis sous terre, offriront certainement un jour un vaste champ de recherches
à ceux qui s'occupent de l'histoire ancienne de ce continent. » (F. DE Gastelnau, Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud, Paris, P. Bertrand, 1851, III, 389-397.)
« L'ingénieur ne peut comprendre comment Quichuas ou Aymaras ont pu amener en ce lieu ces monolithes énormes, ces statues gigantesques, ces pierres colossales couvertes de sculptures et de gravures, qu'avec tous les moyens dont dispose la science moderne il lui serait impossible d'amener là et d'élever sur la colline factice qui est devant ses yeux, sans créer, à travers la Cordillère, tout un système déroules et de moyens de transport qui n'existait pas et qui n'existe pas encore, et sans avoir recours à des moyens mécaniques inconnus des architectes de ces temps préhistoriques.
La tête d'une des statues énormes de Tiaguanaco tentait fort l'édilité de la Paz, qui, après avoir fait de grands travaux et beaucoup de dépenses, dut renoncer à transporter ce bloc de granit. Mais alors quels moyens employaient donc ces barbares qui construisaient des édifices avec des monolithes que les civilisés, avec toute leur industrie, ne peuvent même pas déplacer?
Non seulement ces anciens constructeurs manœuvraient ces masses, mais, chose plus curieuse encore, ils ont dû les amener de fort loin, puisque la pierre dont les monuments de Tiaguanaco sont édifiés ne se rencontre qu'à une distance considérable du lieu de leur emploi. » (A. Bresson, Bolivia, Challamel, 1886, 123-126.)
Impression produite par les tremblements. — « Il ne se passe pas d'années sans que l'on observe à Lima des agitations du sol plus ou moins violentes; elles sont plus nombreuses dans certains mois que dans d'autres; si les forces souterraines restent quelque temps sans donner des preuves de leur action, on devient très inquiet et on redoute une catastrophe. Dans un tremblement de terre ordinaire, on éprouve généralement deux secousses, la première assez faible, et quelques secondes après une seconde qui est plus forte. Souvent le phénomène se réduit à un bruit souterrain, à un craquement accompagné d'une légère agitation du sol, comme au passage d'un lourd fardier sur un pavé inégal. Aussitôt que
se produit le moindre indice d'un tremblement, tout le monde se précipite hors des maisons, ou se met en sûreté en se plaçant au-dessous des portes. Les femmes fuient en poussant des cris d'effroi, ou bien restent immobiles, comme paralysées. Les étrangers, surtout les nouveaux venus, contemplent loufe cette agitation avec étonnement, même avec un sourire railleur, jusqu'à ce que leur beau sang-froid ait été mis sérieusement à l'épreuve par une catastrophe réelle. Quand on prolonge son séjour, on devient de plus en plus sensible à l'agitation qui s'empare de tous les êtres animés, hommes et animaux, à chaque tremblement nouveau; cette agitation se traduit partout par des palpitations de cœur, qui se produisent même quand on reste en place. Tous ceux qui ont été témoins d'un phénomène grave sont complètement bouleversés au moindre signal^ même les plus impassibles et les plus courageux.
Les tremblements à Lima. — A Lima, depuis quelque temps, les tremblements n'ont produit que d'insignifiants dégâts; cela tient à ce que le centre de l'action volcanique paraît s'être déplacé : il est maintenant plus au sud, vers Arequipa, et le foyer le plus rapproché dans le nord se trouve à Quito, de sorte qu'à Lima on ne ressent plus que les dernières vagues des ondulations parties de ces deux centres. Voilà une observation rassurante, mais qui ne donne pas une sécurité définitive : Lima a été autrefois un foyer et peut le redevenir, et les malheurs passés ont laissé des souvenirs si terrifiants que jamais on ne pourra les oublier.
On distingue au Pérou deux sortes de tremblements : les terremotos et les temblores. Les premiers sont les plus redoutables^ surtout quand ils se produisent sous la forme ondulatoire : les édifices sont immédiatement renversés. Si les ondulations produisent un balancement lent et uniforme, les maisons résistent, mais alors le phénomène devient très dangereux pour les régions situées le long de la côte; le fond marin se soulève et s'abaisse; alors le fiot de marée peut détruire instantanément des villes entières, exemple Callao, Arica et Pisagua. Les plus violentes secousses qu'a subies le Pérou depuis la conquête espagnole se sont produites dans les années 1566, 1582, 1586, 1590, 1606, 1619, 1630, 1G5:J, 1664, 1678, 1687, 1725, 1746, 1777, 1784, 1828, 1833, 1860, 1868, 1877. Les deux plus terribles pour Lima furent celles de 1687 et de 1746; chaque fois la ville fut presque complètement détruite.
Tremblement de 1533. — Les Espagnols eurent à constater
un de ces phénomènes violents dès leur arrivée dans la contrée, dans la vallée de Lurin, à peu de distance de l'emplacement où ils fondèrent Lima. Quand Atahuallpa eut été fait prisonnier (1533), Francisco Pizarre envoya à la côte son frère Hernando avec un détachement de cavalerie, pour aller reconnaître le temple de Pachacamak, célèbre par ses trésors, et hâter le payement de la rançon promise par l'Inca. Les prêtres voulurent lui interdire l'entrée de leur sanctuaire; mais Hernando les repoussa, sortit de sa niche puante l'idole dégoûtant du sang des sacrifices, et la fit mettre en pièces par ses compagnons. Au même moment la terre trembla avec une grande violence, et les Indiens effrayés se sauvèrent; les Espagnols continuèrent leur œuvre, et considérèrent ce bruit souterrain comme un ronflement du diable irrité ; ils plantèrent triomphalement une croix à l'endroit oii se dressait auparavant l'idole païenne *.
Pendant le règne de l'empereur Charles V, il y eut plusieurs tremblements sérieux, mais ils produisaient peu de dégâts, parce que les constructions étaient peu nombreuses et bâties légèrement. L'empereur, sur le conseil du franciscain Fray Pedro de Alcantara, défendit de donner aux murs des maisons plus de six aunes en hauteur.
En 1566, le 17 octobre, il y eut un tremblement de terre [terremoto) à Quito, accompagné d'une éruption du volcan Pichincha.
En 1567, vers le fin de mars, éclata un temUor le soir du jour où les jésuites firent leur première entrée à Lima. En 1582, le 2 janvier, terremoto à Arequipa qui cause de grands désastres.
Tremblements de 1586 à 1630. — En 1586, le 9 juillet, jour de l'octave de la Visitation, se produisit le premier grand tremblement à Lima; mais comme la ville n'avait pas encore pris un grand développement, les dégâts furent relativement peu importants. On attribua ce résultat à la protection de sainte Elisabeth; on la choisit alors comme patronne de la cité, et tous les ans on célèbre ce jour un office solennel à la cathédrale, aux frais de la ville, pour remercier la sainte de sa bienveillante intervention.
1. Le fait est rapporté par Prescott, qui n'indique pas la source où ill'a puisé'; il n'en est pis question dans le rapport de Miguel Estetes sur l'expédition de Pachacanink [Conquista del Peru, de Francisco de Xerez), ni dans la lettre de Hernando Fizarre à l'audience de Santo-Domingo. (Oviedo, lib. XLVI, cap. xvi, 215.)
1590, tremblement à Cuzco; un autre dans les provinces méridionales, qui fut surtout violent à Camana, près d'Arequipa.
1606, le 25 octobre, fête des martyrs saint Crispin et saint Crispinus, au moment où Ton célébrait une messe solennelle en leur honneur dans la cathédrale encore inachevée, se produisit un tremblement si violent que les fidèles présents se crurent tous perdus. Une partie de la voûte s'effondra, le reste fut endommagé : il fallut reconstruire l'édifice de fond en comble. Au moment précis où se produisait la secousse, mourait à Sana, dansle nord du Pérou, saint Toribius, l'archevêque Mongrovejo.
1619, 14 février, terremoto qui détruisit Piura et Trujillo.
1630, 27 novembre, un tremblement se produisit un peu avant midi ; on donnait à ce moment un combat de taureaux sur la grande place. Une statue de la Vierge, placée sur la porte de l'église du couvent des franciscains, futcomplètement retournée par la secousse dans la direction de Tautel; au moment où les moines entonnaient une hymne, la statue, soulevée sans doute par une nouvelle secousse, reprit d'elle-même sa première position. Cette statue, apportée d'Espagne par les franciscains, avait déjà la réputation de faire des miracles; elle fut dès lors l'objet d'un culte général, sous le nom de Nuestra Senora del Milagro, ou Notre-Dame du Miracle; on lui construisit auprès du couvent une riche chapelle. En 1835 cette chapelle fut presque complètement détruite par un incendie; la statue produisit un nouveau miracle : ses vêtements furent préservés du feu, ce qui fit augmenter encore la vénération pour cette Vierge, dont la fête est célébrée tous les ans le 27 novembre.
Phénomènes très violents de 1655 à 1746. — En 1655 commença une série de phénomènes violents qui dura quatre-vingtdix ans, en augmentant graduellement d'intensité jusqu'à la catastrophe finale de 1746, qui anéantit Lima. Nous avons sur tous ces faits de nombreux témoignages et récits, qui contiennent surtout le détail des manifestations religieuses au moyen desquelles le peuple effrayé chercha à désarmer la colère céleste. Lima avait alors atteint un grand développement de prospérité matérielle; les manifestations continuelles des forces souterraines furent considérées comme un avertissement donné par la Providence pour amener les habitants à réformer leurs mœurs corrompues, et les ravages causés par les secousses violentes furent présentés comme punition des pécheurs endurcis.
Le tremblement de 1655 commença le 13 novembre, à deux heures et demie de l'après-midi. Les ondulations furent si fortes que les murs les plus épais s'inclinèrent comme les branches d'arbre sous l'action du vent; les cloches des églises se mirent à sonner d'elles-mêmes, le sol s'ouvrit sur plusieurs points ; alors se formèrent des précipices, des ouvertures béantes. La direction de la secousse venait de l'ouest. Gallao souffrit plus que Lima. On vit des masses de rocher se détacher des îles qui séparent le port de la mer et tomber dans les flots. A Lima, l'église du couvent de Saint-François fut si endommagée qu'elle s'effondra deux jours plus tard : d'ailleurs les secousses se prolongèrent pendant plusieurs jours. Le vénérable P. Francisco del Castillo, de la compagnie de Jésus, saisit cette occasion pour inviter le peuple à faire pénitence. Aussitôt que les secousses devinrent moins violentes, il monta sur une table qu'il avait fait placer auprès d'un pilier des arcades de la place, et se mit à prêcher, ordonnant aux fidèles de changer de conduite, sinon la justice de Dieu, qui venait de donner un avertissement, se manifesterait dans toute sa rigueur. Le Père possédait une si grande considération que ses menaces furent prises pour une prophétie, et un grand nombre d'habitants abandonnèrent leurs maisons pour aller vivre sous des tentes, dans les jardins qui entouraient la ville.
Le tremblement du 12 mai 1664 détruisit Ica (San-Geronimo de Ica). Il se produisit à quatre heures du matin, et ne dura pas plus que le temps de réciter un Credo; toutes les maisons et les églises s'effondrèrent, et la terre continua à trembler pendant environ un quart d'heure. Il périt environ 400 personnes. Le port voisin de Pisco fut aussi durement éprouvé. A Lima la secousse fut ressentie un quart d'heure plus tard qu'à Ica; elle était très affaiblie et ne produisit aucun dommage; mais le sol trembla longtemps, et la terreur fut grande. Dans la soirée qui avait précédé, un prêtre avait été assassiné à Ica : le clergé ne manqua pas de présenter la catastrophe comme une punition du crime. Et la punition avait atteint sans tarder la ville coupable du meurtre. Nous tenons ce récit du curé d'Ica, le licencié Cristobal-Rodriguez Alvarez, de la compagnie de Jésus.
Sur le tremblement qui eut lieu à Lima le 17 juin 1678, nous avons un rapport du vice-roi, le marquis de Malagon, adressé à l'archevêque don Melchior Linan y Cisneros, qui dirigea quelque temps l'administration après le rappel de Malagon. Le marquis ne nous fournit aucun renseignement
sur la durée du tremblement; il nous dit que la secousse fut elfrayante, épouvantable. Beaucoup de maisons et d'édifices publics furent endommagés, mais aucun ne fut renversé. Les pertes sont estimées à environ 3 millions de pesos...
Catastrophe de 1687. — Neuf ans plus tard eut lieu le tremblement le plus violent que Ton ait observé jusqu'ici. Un père de la Compagnie de Jésus nous donne le tableau suivant de la catastrophe de 1687 :
« Le 20 octobre, jour de la pleine lune, la terre commença à trembler vers quatre heures du matin; le mouvement fut d'abord assez faible, et tous eurent le temps de se lever et de fuir; car Dieu, même quand il punit, se montre miséricordieux. Les secousses devinrent ensuite plus fortes, les bruits souterrains devinrent effrayants, les édifices et les tours commencèrent à vaciller. Je me mis à l'abri sous le portail du couvent : là vint me rejoindre le P. Pedro Médina, qui venait de quitter sa chambre au moment où les étages supérieurs s'écroulaient, pour venir se confesser à moi. Nous nous mîmes à genoux, nous échangeâmes nos confessions et nous nous donnâmes l'absolution. Puis nous demandâmes pardon et pitié, et nous attendîmes en baissant la tête qlie la mort vînt nous frapper au milieu des ruines. Comme le tremblement redoublait, je m'écriai : » Sainte Vierge, protectrice des u affligés, sauvez-nous; » et le P. Médina, d'une voix forte : « Père Francisco Caslillo, protège Lima, ta patrie. » Je prends Dieu à témoin qu'immédiatement après l'invocation de Médina au saint père Castillo, les secousses cessèrent instantanément. »
Les deux moines quittèrent alors leur couvent de San- Pablo pour aller porter secours aux victimes. Beaucoup d'édifices avaient été renversés, et beaucoup de personnes avaient été écrasées sous les ruines, surtout dans les couvents de femmes. On commençait à se rassurer, quand, à 6 heures et demie, les secousses recommencèrent, produisant des ondulations qui ressemblaient aux vagues de la mer : on ne pouvait plus se tenir debout. Les maisons, déjà ébranlées par les premières secousses, tombèrent toutes en même temps ; des ruines s'éleva un épais nuage de poussière qui voila la lumière du soleil et étouffa les malheureux, dont les cris cessèrent. La tour de Santo-Domingo tomba sur la voûte, qui s'ell'ondra dans la nef, écrasant de nombreux pénitents qui étaient venus pour se confesser. Les arcades de la place s'ouvrirent, les maisons qu'elles soutenaient tombèrent avec elles. Le
vaisseau et le transept de l'église Saint-François furent gravement endommagés ; l'église de la Merci , une très belle construction, fut renversée; de même le chœur et les nouvelles constructions de Saint-Augustin, une partie du vaisseau de la cathédrale; en un mot, toutes les églises de Lima ne furent plus qu'un monceau de ruines, à l'exception de trois : le Sagrario, Santa-Rosa et l'église des jésuites. Les beaux balcons du palais qui décoraient la façade de la place durent être enlevés, les locaux de l'Audience royale et des autres tribunaux ne purent être utilisés. Il en fut de même des édifices publics où siégeaient l'inquisition, l'Université, le collège San-Felipe et Sanlo-Toribio ; parmi les hôpitaux : San- Andrès (pour les Espagnols), Santa-Ana (pour les Indiens), San-Bartholome (pour les nègres), San-Lazaro (pour les incurables), la Charité (pour les femmes espagnoles) , de nombreux couvents de femmes, furent détruits en partie; les religieuses durent se réfugier dans les jardins et les maisons des environs...
A Callao, les maisons furent renversées, mais les remparts purent résister à l'assaut des vagues ; en effet, après le tremblement la mer se retira à environ une demi-lieue, revint brusquement et s'éleva bien au-dessus de son niveau ordinaire; les remparts, complètement entourés par les eaux, ressemblaient exactement à une île. L'archevêque Linan, qui se trouvait à Callao pour le rétablissement de sa santé, fut surpris dans sa maison et très difficilement sauvé par deux serviteurs nègres, qui le soulevèrent sur leurs épaules pour le sortir des flots.
En même temps que Lima et Callao, furent détruites : au sud, Caîiete, Pisco, Nasca, Camana; au nord, Palpa, Chancay.
Période de calme. — Pendant quarante-neuf ans Lima n'éprouva plus de fortes commotions; ses habitants eurent le temps de relever la cité. Cependant le calme ne fut pas complet : il y eut fréquemment de légères secousses ; d'autres très violentes se produisirent sur différents points de la viceroyauté. Un des plus grands désastres enregistrés dans les annales des tremblements de terre fut celui qui atteignit la région de Quito en 1G92, et détruisit les villes d'Ambata, Latacunga et Riobamba. La terre s'entr'ouvrit et forma des gouffres où s'abîmèrent des arbres, des maisons; d'autres furent déplacées, de sorte que l'on ne put reconstituer les limites des propriétés ; il s'ensuivit de longs procès.
Observations de L. Feuillée. — Sur les fréquentes secousses qui se produisaient à Lima dans les périodes de calme^ nous avons le témoignage du P. Louis Feuillée, religieux de Saint-François de Paule, qui voyagea dans l'Amérique du Sud en qualité de mathématicien et de botaniste du roi de France; il séjourna à Lima d'avril à fln décembre 1709. 11 enregistra pendant cette période quatorze tremblements, dont plusieurs eurent trois et quatre secousses. Ils eurent lieu les 45 et 20 avril, 23 et 26 mai, 3 et 14 juin, 9 et 10 juillet, 21 et 22 octobre, 20, 23, 24, 30 et 31 décembre. Chaque tremblement était précédé d'un bruit souterrain, et souvent les bruitscontinuaient pendant les secousses.
Celui du 20 mai eut lieu à deux heures du matin ; le bruit qui le précéda fut si violent que tout le monde fut réveillé; en un instant tous les habitants furent hors de leur demeure, tenant leurs vêtements à la main, tableau pittoresque, qui en d'autres circonstances aurait pu paraître du plus haut comique. Il y eut une seconde secousse vers dix heures du matin, au moment où Feuillée célébrait sa messe. L'église fut immédiatement vide. Le 9 juin, il fut réveillé à une heure du matin par le bruit précurseur, se leva et courut dans la rue; le tremblement commença; il ressentit trois ou quatre secousses si fortes qu'il s'attendit à voir tomber sa maison et les édifices voisins; il y eut de nouvelles secousses à sept heures du matin, puis à dix heures et à deux heures. A la suite de ces phénomènes réitérés, Feuillée se trouva bientôt dans unétat de surexcitation pareil à celui des habitants de Lima- Le 21 octobre, vers quatre heures du matin, il fut réveillé par un bruit formidable, que suivit immédiatement un tremblement. Les rues présentèrent aussitôt le môme aspect que dans la nuit du 20 mai. La première secousse fut si violente que si les deux suivantes lui avaient ressemblé, aucune maison ne serait restée debout. Le 22 octobre le même fait se produisit vers une heure et demie du matin ; les habitants sortirent encore de leurs maisons. On commençait à se rassurer, quand une seconde secousse vint replonger tout le monde dans l'inquiétude; personne n'osa se recoucher. Mais rien ne survint, et les dommages furent insignifiants. Le 20 décembre, le bruit souterrain fut affreux, mais le tremblement assez faible. Ceux du 23 et du 24 furent plus accentués. Le 30, ù cinq heures du matin, tout le monde se précipite dans la rue. Le tremblement recommença vers dix heures, et le lendemain matin vers quatre heures se pro-
duisit la dernière secousse; Lima jouit ensuite d'un calme relatif.
En 1725, la province de Huaylas fut toute bouleversée; on ressentit les secousses à Lima sous forme d'un violent temblor. A Huaylas, une montagne couverte de neige se fendit, et une partie se détacha et recouvrit la ville de Ancach; il périt environ mille personnes.
Le 2 décembre 1732, le 28 mai 1734, il y eut encore des tremblements à Lima, mais peu de dégâts. Vint ensuite une période de repos qui se prolongea jusqu'en 1746.
Tremblement de 1746. — Sur cette terrible catastrophe nous possédons cinq rapports étendus, qui onl été réunis par don Manuel Odriozola, ancien directeur de la Bibliothèque nationale^ Nous en citons quelques passages :
« Cette épouvantable catastrophe se produisit dans la nuit du 28 octobre. Lesjours précédents on avait entendu de temps en temps quelques bruits souterrains assez sourds; vers 10 heures et demie du soir, le tremblement commença. Le soleil était à ce moment à 50» 10' du Scorpion, et la lune à peu près à la même distance de la constellation du Taureau; les deux astres se trouvaient donc presque en opposition, fait qui se produisit exactement 5 heures 22 minutes plus tard; c'est là une condition astronomique qui, d'après les observations recueillies jusqu'aujourd'hui, a toujours été funeste sous cette latitude, et dans laquelle se sont produits les plus violents tremblements... L'œuvre de destruction fut si soudaine que l'on eut à peine le temps d'éprouver le sentiment de terreur qui naît spontanément à la première manifestation d'un phénomène semblable. En même temps on entendit les bruits souterrains, on ressentit la secousse et on vit toute la cité s'effondrer. Dans l'espace de quatre minutes, les uns furent ensevelis sous les ruines de leurs maisons, les autres écrasés dans les rues, sous les murailles des édifices renversés. Beaucoup échappèrent cependant à la mort; ils furent protégés par les débris eux-mêmes, qui formèrent voûte au-dessus de leurs têtes, ou se trouvèrent projetés au-dessus des ruines sans pouvoir s'expliquer comment ils se trouvaient là; ils
1, Terrmiotos, coUeccion de las relationes de los nias notables que ha sufrido esta capital, por el coronel caballero don Manuel de Odriozola, Lima, 1863.
attribuèrent leur salut à la Providence, car personne n'eut le temps de réfléchir ni de prendre des précautions pour sauver sa vie. On vit des gens courageux montrer alors la plus grande pusillanimité; d'autres, au contraire, naturellement peureux, firent preuve de résolution ; le bouleversement fut tel que, pour se mettre en sûreté, tout le monde se sauva à la campagne. »
Le marquis Obando venait de se mettre à table pour le souper; il aperçut une oscillation du plafond et perçut un bruit; quoique familiarisé avec les tremblements, il se précipita au dehors dans une cour; il avait à peine franchi la dernière porte, que toute la maison s'elTondrait. Se trouvant relativement en sûreté, il put observer ce qui se passait autour de lui; il lui parut que le sol voulait s'ouvrir; la terre était secouée comme un animal qui cherche à faire tomber la poussière de son dos. Les secousses les plus violentes venaient du nord-ouest; la chute des murailles et des cloisons produisit un épais nuage de poussière, qui empêchait de rien voir, bien que la lune fût pleine. A chaque secousse tombait quelque lambeau d'édifice, qui entraînait par son poids les parties de construction qui avaient résisté au tremblement. Les secousses se succédaient sans relâche; quelques-uns durent leur salut à ce fait qu'ils se trouvèrent involontairement transportés d'un lieu à un autre; d'autres, au contraire, furent mis dans l'impossibilité de changer de place.
Pour se faire une idée du désastre, il faut se rappeler que la ville comptait à l'intérieur des remparts 3,000 maisons, réparties en 150 îlots; dans les faubourgs il y avait de nombreuses masures et huttes où habitait le pauvre peuple, et de l'autre côté du fleuve tout le quartier de San-Lazaro réuni à la villcparun pont. De toute cette ville, qui renfermait 60,000 habitants, il ne resta debout que 20 maisons; cependant, d'après les recherches les plus soignées, on n'eut à enregistrer que 1,141 morts.
Lima était alors une cité brillante, qui avait pris tout le développement dont elle est capable, vu son éloignement de l'Europe et les conditions dans lesquelles elle s'était trouvée à cause des tremblements de terre. Les maisons n'avaient généralement qu'un rez-de-chaussée, mais les rues avaient bon aspect, étaient bien alignées et présentaient dans leur symétrie élégante un tableau réjouissant et de grandes commodités pour leurs habitants. L'architecture était gracieuse; un grand nombre de fontaines, alimentées d'eau claire par des
canaux souterrains, ornaient les places et les cours des maisons; au-dessus des constructions ordinaires s'élevaient des églises surmontées de hautes tours; d'importants monastères témoignaient de la piété des habitants : tout cela donnait à la cité un caractère d'opulence qui lui permettait de soutenir la comparaison avec toute autre ville. On y comptait 74 églises grandes etpetites, non compris les chapelles, 14 couvents, beaucoup d'hôpitaux. Dans toutes ces constructions on pouvait constater que la richesse des matériaux et le travail artistique étaient également remarquables. Elles renfermaient des tableaux de prix; les tabernacles et les autels renfermaient de riches vases et lampes d'argent; les couronnes des saints étaient de l'or le plus un, ornées encore de pierres précieuses et de perles; les maisons des riches particuliers étaient de véritables caravansérails où étaient venus s'accumuler les meubles les plus riches et les objets de luxe les plus rares et les plus coûteux : nous ne parlons pas, naturellement, des objets en argent, que l'on trouvait partout à profusion; les marchands, attirés par la réputation de richesse du pays, y avaient apporté tout ce qui pouvait flatter la vanité et le luxe, et avaient toujours trouvé facilement des acheteurs. En un instant toutes ces richesses ne formèrent plus qu'un monceau de ruines. Aucune description ne peut donner une idée de l'état dans lequel se trouvaient les habitants : ils étaient comme pétrifiés, incapables de se rendre compte de ce qui venait de se passer...
Le vice-roi, don José Manso de Velasco, comte de Superunda, montra un grand sang-froid au milieu du désordre; quand le jour parut, il parcourut les rues encombrées de débris, secourant les uns, consolant les autres; il arriva sur la grande place, où il donna des ordres pour faire face aux premières nécessités. Il fallut d'abord prendre les mesures pour assurer l'approvisionnement : les magasins de blé de Callao avaient été emportés par la mer; les fours des boulangers étaient détruits, et les cours d'eau qui faisaient marcher les moulins avaient été comblés. Le comte envoya immédiatement les soldats do sa garde dans les provinces voisines de Ganta, Caiïete et Jauja pour ordonner aux corregidores d'envoyer toute la farine disponible. Il réunit les boulangers, les invita à rétablir leurs fours le plus tôt possible, fit visiter les conduites d'eau et veilla à ce que l'approvisionnement de bétail ne subît aucune interruption. Il fut bien secondé par les deux bourgmestres de la ville, Garilla de Gordova et don Ventura Lobaton...
Il fit venir des frères de l'ordre de la Merci pour aider les
soldats à retirer les cadavres et h les ensevelir. Les religieux durent se joindre au clergé des paroisses pour procéder aux funérailles, rendre les derniers devoirs aux morts, et en même temps préserver les vivants des émanations pestilentielles. On ne put y réussir complètement; on eut d'ailleurs le tort de respecterla coutume qui voulait que lesmorts fussent enterrés dans le voisinage immédiat des églises; on creusa sur les places, sur les parvis, de grands fossés où l'on jeta à la fois 30 à 40 cadavres. Cette imprudence eut pour résultat de produire des miasmes; l'air, déjà infecté par ceux que dégageaient les nombreux animaux domestiques restés sous les décombres, fut longtemps corrompu, et l'infection générale causa plusieurs maladies, des fièvres, des diarrhées, des affections du foie qui firent périr environ 2,000 personnes; on^dut fuir dans la campagne, où la plupart des habitants campèrent sous des tentes...
Destruction de Callao. — Les habitants de Lima, si durement éprouvés, durent 'reconnaître qu'ils avaient été relativement favorisés quand ils connurent le désastre du Callao. La nouvelle en fut apportée à Lima le matin qui suivit le tremblement par des soldats qu'avait envoyés le vice-roi; les renseignements furent bientôt confirmés par des agents des maisons de commerce. Aucun n'avait été témoin de la catastrophe; ils racontaient ce qu'ils avaient appris de quelques matelots et pécheurs qui avaient été jetés à la côte.
Après le tremblement, qui avait renversé toutes les maisons du port, la mer s'était retirée, mais personne ne put dire jusqu'à quelle distance. Elle revint bientôt, faisant un bruit effrayant, formant une vague énorme qui s'éleva très haut, puis s'abattit sur les remparts : tout fut enlevé. Il y avait dans le port vingt-trois vaisseaux ; la plupart furent brisés et coulés ; les plus grands, quatre, furent enlevés par la vague et portés par delà les remparts jusque dans la campagne, où ils restèrent. Parmi ces quatre se trouvait le vaisseau de guerre Sanïermin, une frégate de 34 canons ; elle fut portée par le flot jusqu'à Bellavista, à un mille de la côte, où elle resta échouée. Les personnes qui étaient à bord entendirent les cris des malheureux noyés, les prières des prêtres, puis le silence se fit rapidement. La mer se retira et s'éleva plusieurs fois; aussi rien ne put résister; il ne resta que deux débris de murailles près des deux portes qui marquèrent l'emplacement occupé par la ville disparue. Sur 4,900 habitants, 200 avaient seuls réussi à s'échapper.
Tout cela explique la panique qui se produisit à Lima deux jours plus tard. Les habitants étaient revenus à leurs maisons, où ils s'étaient aménagé un abri provisoire, quand le bruit se répandit que la mer avait débordé ses rives et menaçait d'engloutir Lima. Sans réfléchir à l'absurdité d'une pareille nouvelle, — Lima est à 500 pieds au-dessus du niveau de la mer, — on perdit la tête , tout le monde se précipita hors de la ville sur les routes qui conduisaient aux hauteurs; ceux qui ne croyaient pas au danger furent entraînés par lesautres. La cohue, la presse, furent telles que plusieurs périrent, écrasés; d'autres moururent de peur.
Le vice-roi fit encore preuve de présence d'esprit. Quand il connut la cause de cette panique, il envoya des soldats de sa garde pour ramener les fugitifs : cela ne suffit pas; alors il se rendit lui-même au carrefour le plus encombré : quand il parut à cheval au milieu de la foule, on l'écouta, on Tacclama, et on se décida à revenir vers la ville.
Le tremblement de 1746 paraît avoir eu pour centre Gallaoet Lima; on ressentit des secousses violentes au nord jusqu'à Chancay (à 12 lieues), au sud jusqu'à Canete; ces deux villes eurent quelques maisons renversées, et à Huaura lepont s'effondra. Sur plusieurs points du littoral la mer sortit de ses rives, mais sans causer grand dommage. A Santa, au nord de Lima, le vaisseau Concepcion, qui revenait de Panama, fut jeté à la côte; par contre, le Soledad, qui était à l'ancre à Nasca (au sud de Lima), n'eut pas à souffrir....
Le centre des tremblements se déplace vers Arequipa. — Depuis cette époque les tremblements ont été moins fréquents à Lima; il ne s'est plus produit de désastre pareil à celui de 1746; il ne faut pas en conclure que l'action volcanique a diminué au Pérou : elle s'est seulement déplacée. Le tremblement de 1764 qui détruisit Arequipa fut à peine sensible à Lima. De même celui de 1797, qui détruisit Riobamba et fit périr 40,000 personnes...
Le plus violent du xix° siècle fut celui du 28 mars 1828; plusieurs tours d'église furent endommagées, ainsi que les couvents de Saint-Jean-de-Dieu et de la Merci ; plusieurs maisons particulières furent aussi atteintes ; le tremblement se fit sentir jusqu'à Tarma, au delà de la Cordillère...
Phénomène du 13 août 1868. — Le tremblement du 13 août 18G8 affecta surtout la région d' Arequipa, Moquehua et Arica; le centre parut être Arequipa, qui souffrit beaucoup, ainsi que toute la région voisine. A Lima, on
éprouva un mouvement d'ondulation qui fut observé par l'auteur de ces lignes.
Le 13 août, il était occupé à préparer sa correspondance pour l'Europe, le courrier devant partir le soir, quand tout à coup il éprouva une sorte de vertige; il se leva et crut chanceler. Ce fut le mouvement des rideaux devant les fenêtres qui lui fit comprendre que la terre tremblait; il courut se mettre en sûreté dans un carrefour, d'où il apercevait les montagnes qui ferment la vallée de Lima vers le nord; devant lui les tours de Saint-Augustin et de Santo-Domingo oscillaient d'une façon lente et régulière, comme des pendules gigantesques. La ville était comme un vaisseau balancé sur les flots, mais il ne se produisit pas de secousse. Cela dura cinq minutes; après les trois premières, le mouvement d'oscillation devint plus faible. Le soir même le bruit se répandit à Lima que le sud de la république avait subi un grand désastre ; on fut renseigné quelques jours plus tard : on sut qu'Arica avait été la plus éprouvée; elle avait subi à peu près le même sort que Callao en 1746; mais, comme elle est dominée par une montagne, les habitants, en voyant la mer se retirer, s'enfuirent sur la hauteur : il y eut beaucoup moins de victimes. Deux vaisseaux qui se trouvaient dans le port furent projetés à un mille dans l'intérieur et restèrent échoués au milieu des terres : d'autres furent repris par la vague, brisés et complètement anéantis; parmi ces derniers se trouva la corvette péruvienne America, dont l'équipage put cependant se sauver.... » (Traduit de l'allemand : E.-W. Mid- DENDORF, Peru, I, p. 138-156, Berlin, 1893, 3 vol. in-8o, Robert Oppenheim éditeur.)
Après avoir fait périr Atahuallpa, Pizarre fonda une colonie à Cuzco; mais il constata bientôt les difficultés de comraunicatiou avec la côte, et voulut créer uue capitale nouvelle dans le voisinage du littoral pour favoriser les rapports avec l'Espagne. Ce fut lui qui remarqua les avantages de la vallée du Rimak, et arrêta le choix de Lima. Au commencement de 1335 il se trouvait à Pachacamac; il envoya trois experts, Ruiz Diaz, Juan Tcllo et Alonso Martin de Benito, pour examiner l'emplacement; l'ordre de Pizarre est du 6 janvier 1333. Les experts mirent dix jours pour faire leurs études; ils remirent à Pizarre un rapport favorable, et le