LIMA
conquérant vint solennellement fonder la nouvelle ville le 18 janvier, date exacte de l'existence de Lima. Elle fut appelée Ciudad de los Reyes, en l'honneur du roi Charles et de la reine Jeanne, sa mère, dont les initiales figurent dans les armes de la ville. Elle est située presque tout entière sur la rive gauche du Rimak, à 11 kilomètres environ de son port, Callao, avec lequel elle communique par deux lignes ferrées : l'une, appelée la ligne anglaise, se termine à Lima ; l'autre, construite par l'ingénieur américain Henry Meiggs, se prolonge jusqu'au plateau; elle a son terminus actuel au cerro de Pasco; on l'appelle la ligne américaine. Lima s'intitule orgueilleusement la Perle du Pacifique; elle est surtout peuplée de créoles. Le premier recensement eut lieu en 1599, sous le vice-roi marquis de Salinas; la population comptait alors 14,262 personnes; en 1614 le chiffre s'élève à 25,000; en 1791, à 52,000; en 1820, à 64,000, et celui de 1876 donne un total de 100,156, dont 16,000 étrangers. Depuis il ne s'est pas produit grand changement; elle a été prise et pillée par les Chiliens en 1881.
Lima possède un climat excellent, peu variable ; la température se et maintient entre 15'' et 22". « Tout, à Lima, porte au sommeil ou au repos; ce climat ravissant est également éloigné de l'excès delà chaleur et des atteintes du froid; la pluie n'y est connue que par les récits des voyageurs; et si, dans le lointain, on entend quelquefois gronder la foudre, on sait que l'orage est exilé dans la Cordillère, que le ciel bleu de Lima ne perdra rien de sa pureté. Du temps des longues guerres civiles qui ont ensanglanté le Pérou, on a vu des régiments entiers devenus incapables de continuer le rude métier de la guerre, pour avoir fait un séjour trop prolongé dans cette moderne Capoue. » (De Castelnau, Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud, IV, 6, Paris, 1850, 6 vol. in-S», A. Bertrand éditeur.)
« Lima est, de toute l'Amérique du Sud, la ville la plus originale : elle a un caractère qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Fondée par Fr. Pizarre en 1535, elle fut la capitale de la vice-royauté du Pérou et devint bientôt une cité florissante et populeuse. Malgré les tremblements de terre qui Font souvent dévastée et les révolutions qui se sont continuellement succédé depuis l'indépendance, elle a conservé de brillants vestiges de son ancienne splendeur. Les façades surchargées des églises, leurs coupoles massives, leurs lourds clochers; les riches cloîtres des couvents; les maisons à un seul étage avec leurs balcons couverts et fermés, leurs toits plats, leurs belvédères élancés; les rues mal pavées se coupant toutes à angle droit et arrosées par de petits canaux placés au centre, où circule l'eau courante; les plantations exotiques des promenades
publiques, tout, à Lima, attire les regards et étonne par sa nouveauté l'Européen récemment débarqué.
Vue de la hauteur, Lima se présente sous un aspect plus étrange encore : on croirait apercevoir une ville en ruine, qui vient d'être détruite par une grande catastrophe. Ces maisons basses, ces toits plats formés d'une couche de boue, les chauves gallinasos au lugubre plumage qui couronnent toutes les plates-formes, contribuent à rendre l'illusion plus vraisemblable; et si, oubliant le présent, vous vous laissez égarer dans vos rêveries, entraîné par votre imagination loin de la vie réelle, vous devenez bientôt la proie des hallucinations les plus fantastiques.
On rencontre encore, à Lima, de ces costumes pittoresques et de ces moeurs caractéristiques qui ajoutent tant de charmes au voyage. Malgré la tristesse de ses environs et l'aridité des ce/Tos (montagnes) qui la dominent, Lima a toujours captivé la bienveillance des étrangers, qui trouvent dans cette nouvelle Capoue un adoucissement aux regrets amers de l'exil. L'hospitalité y est si franche, les réceptions sont si cordiales, les réunions si gaies, que le cœur se réjouit en retrouvant presque une seconde patrie sur la terre étrangère.
Toutes les races y sont représentées: le créole blanc et l'Européen y coudoient le nègre d'Afrique; et le Chinois, l'Indien indigène; il y a en outre un nombre considérable de métis. On nomme gens de couleur tous ceux qui ont du sang noir dans les veines : parmi les métis on distingue le mulâtre, fils du blanc et du nègre; le cholo, fils du blanc et de l'Indien, et le sambo, fils de l'Indien et du nègre. Le métis a une haine profonde pour le blanc, l'homme de sancjue azul (au sang d'azur), et celui-ci accable la classe des métis de sa supériorité et de son mépris.
Selon un dicton populaire, Lima est le paradis des femmes et le purgatoire des maris * ; en effet, la Liménienne est une souveraine dont l'empire est incontesté, et cela n'est pas indigne de l'influence qu'elle exerce. On ne saurait trop vanter son esprit naturel, sa verve satirique et inépuisable, sa grâce innée, son amabilité, la vivacité de ses allures, l'élégance de ses manières, le feu de ses regards, sa main d'enfant et son abondante chevelure noire...
... La politique et les révolutions qui ont désolé le Pérou ont divisé les familles; elles ont aussi contribué à attrister