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LE CRÉOLE

est né grand seigneur; il veut l'étiquette républicaine et des institutions monarchiques. Qu'il porte des titres de noblesse ou qu'il n'en porte pas, il restera toujours grand d'Espagne; il ne sera jamais ni manœuvre, ni commerçant, ni industriel. S'il s'occupe d'entreprises minières ou agricoles, il dirigera ses ouvriers à la cravache, au sabre, au revolver; il établira dans son domaine le principe du bon plaisir, le féodalisme absolu; il n'admettra jamais l'immixtion du gouvernement dans ses affaires. Il le fera non seulement dans les vallées inaccessibles de l'intérieur, mais dans sa hacienda située aux portes mêmes de la capitale. On le sait; mais ceux qui le savent sont de la même race que lui, le comprennent et le laissent faire.

Cette activité souvent illégale dans la forme, mais utile à la production du pays, constitue l'exception; carie penchant naturel du créole, expliqué autant par la disposition de la race espagnole que par son histoire au Pérou, que par le climat du pays, le porte au farniente; dans ce but, il veut être employé, fonctionnaire, la plupart du temps militaire. Telle est la raison du grand nomlDre d'officiers supérieurs de l'armée péruvienne, qui compte un colonel pour six simples soldats. En somme, le créole perpétuera, autant que son sang, la noblesse particulière des hidalgos.

...Causeur, il parlera de tout ce qu'il sait et de ce qu'il ne sait pas. Il parlera industrie sucrière, cotonnière, élève du bétail, culture de la coca, chevaux, mules, moutons, philosophie transcendante, théologie, vie parisienne, travaux de mines, entreprises de chemin de fer, histoire péruvienne (qu'il appellera volontiers romaine) ; il critiquera amèrement son pays, sa magistrature, son gouvernement, sa diplomatie, ses finances, et il bondira si son interlocuteur européen s'avise d'émettre un avis analogue au sien.

En politique il n'aura guère de principes autres que l'indépendance nationale, et autres visées que de voir son compère au pouvoir.

Il est financier habile, mauvais industriel, agronome et mineur routinier, plus joueur que les cartes, sobre jusqu'au moment où il passera deux ou trois jours dans l'orgie.

Sceptique et môme libre penseur dans ses discours, il pa-

eut un instant l'idée d'en faire sa capitale; il y bâtit une forteresse et y laissa une garnison, quand il se rendit de Cassarnarca àCuzco, en 1333. Plus tard il préféra établir sa capitale dans le voisinage de la mer, et choisit l'emplacement où se trouve Lima, » (Middendorf, Peru, I, 26.)

ralt dévot dans ses pratiques; soldat à la manière des conquistadores, il est courageux à ses heures, et toujours tant soit peu fanfaron; l'amphytrion hospitalier pratique l'art de sourire hors de chez lui. En fin de compte, il est parfaitement heureux à sa façon, et quoique, au fond du cœur, il déteste l'étranger, qu'il désigne sous le sobriquet de gringOy il se montre bienveillant et bon envers lui. » (Cn. Wiener, Pérou et Bolivie, Hachette, p. 30-31.)

l'agriculture en BOLIVIE

Institutions desincas; tupus. — « L'alimentation publique, au temps des Incas , était en quelque sorte l'unique préoccupation de ces monarques. Elle se composait surtout de maïs, — les Péruviens ne connaissaient pas d'autres céréales, — de pommes de terre, de quinna et de diverses racines et cucurbitacées. Les Hamas et autres variétés de la même famille, les vigognes et huanacus, étaient leurs seuls bestiaux. Mais comme la population était nombreuse, comme chaque règne étendait les limites de l'empire, comme la charge de pourvoir à l'alimentation de leurs sujets incombait à la prévoyance des souverains, ceux-ci avaient placé l'agriculture au premier rang, et ils l'honoraient aux yeux de leurs peuples en cultivant de leurs mains un terrain spécial près de la capitale, le Cuzco. La famille royale avait seule le droit d'y travailler; elle le faisait en grands habits de fête, et ce labour sacré était accompagné d'hymnes solennels à la gloire du Soleil et de ses fils, les Incas...

Manco-Capac, en arrachant les sauvages à la barbarie pour en faire des agriculteurs, fonda sa naissante civilisation sur deux lois principales. La première fut la distribution de la terre à toute nation conquise ou agrégée. On calcula l'espace nécessaire pour produire la récolte qui devait nourrir un individu pendant une année, et on attribua chacune de ces parcelles, appelées tupus, à autant d'individus. Ces peuplades, anthropophages la veille, avaient les instincts nomades qui précèdent toute société ; les caciques reçurent des lots héréditaires, fortifiant ainsi l'esprit de propriété de toute la puissance qui s'attache à la transmission par le sang. Ces sauvages vivaient sous des tentes ; les agglomérations érigées en

communes durent travailler à la confection des maisons, réparées chaque année par la communauté...

Dans ce système, chaque individu recevait le terrain qui devait assurer largement sa subsistance et celle de sa femme, ainsi que la maison qui devait l'abriter. A chaque naissance d'un enfant mâle, l'administration ajoutait un tupu, et un demi-tupu à la naissance d'une fille. Ce tupu devenait la propriété du garçon" qui se mariait, retournait à la communauté €n cas de mariage de la fille, ou restait au père en cas de célibat de cette dernière. Les veuves, les orphelins, possédaient également leur tupu; mais, comme s'ils étaient impuissants à les cultiver, ils entraient dans la classe des impedidos (empêchés), qui comprenait en outre les malades, les infirmes, les vieillards et les soldats en campagne. Or la loi, toujours prévoyante, mettait à la charge de la commune le travail des terres appartenant aux impedidos; leur labour avait lieu immédiatement après celui des terres du Soleil; à la nuit close, des hommes armés de puissantes trompettes montaient sur des tours disposées à cet effet, et, après avoir réuni les habitants et réclamé l'attention, ils annonçaient que tel jour aurait lieu le travail en commun, fixant à chacun la part qu'il y devait prendre. La faim était donc conjurée, et, à proprement parler, il n'y avait pas de pauvres, puisque tout homme valide travaillait son champ, et que celui de tout impedido était cultivé par la communauté. La paresse était inconnue, grâce à la rigueur des lois instituées pour la punir.

Les tampus. — Mais l'abondance, même sous ces climats d'exception, ne se reproduit pas tous les ans. Aussi les Incas avaient-ils introduit dans leur organisation patriarcale une autre loi, une loi de prévoyance. Tout le sol cultivable non réparti en tupus était, à son tour, divisé en deux parts : les terres du Soleil et celles du monarque. Le produit des premières servait d'abord à l'entretien des nombreux ministres des temples disséminés dans tout l'empire, comme celui des secondes était affecté à l'inca, à sa famille et à sa cour. Le surplus, qui était considérable, s'emmagasinait dans les tampus (greniers), qui existaient dans chaque ville, chaque village, et jusque sur les routes, où on les trouvait de trois en trois lieues. C'est là que chaque commune venait recevoir la semence pour la mise en culture de ses tupus, là qu'on puisait en cas de mauvaise récolte, là que les troupes en marche se fournissaient largement du nécessaire. Ces greniers étaient vraiment la clef de la richesse publique. Aussi faut-il voir

avec quel soin les Incas procédaient à leur érection dès qu'un territoire nouveau s'annexait à l'ancien. Ils faisaient immédiatement reconnaître les prairies, les terres arables, les forêts, les mines, les salines, les sources, les lacs, les rivières, les arbres, et, tout étant mesuré et vérifié, on procédait à la répartition du sol, on faisait connaître aux nouveaux sujets les charges qui leur incombaient, on bâtissait des tampus et l'on prenait note des besoins de la province.

C'était donc le revenu des terres du Soleil et de l'Inca qui servait à l'assistance publique, de même que c'était de leur circonscription qu'on distrayait tous les tupus appliqués à l'accroissement de la population. Chaque citoyen devait avant tout être pourvu. Le dieu et le monarque ne venaient qu'ensuite. Ce trésor en nature subvenait encore à d'autres nécessités. Tous les citoyens n'étaient pas agriculteurs. S'il n'y avait pas de commerçants, il y avait des peintres, des sculpteurs, des charpentiers, des poètes, des orfèvres surtout, occupés aux innombrables travaux des temples et des palais. Il y avait des historiens, les célèbres conservateurs des Quipus. Toutes ces personnes, payant leur tribut parleur travail, recevaient de rinca tout ce qui était nécessaire à leur entretien.

A l'exception de la famille royale, des caciques et de leur parenté, des prêtres, des employés civils et militaires, des soldats, des hommes au-dessous de vingt-cinq ans ou au-dessus de cinquante, des femmes et des impedidos, tout citoyen payait un tribut à l'État. Deux mois de travail par an composaient cette redevance; mais si l'impôt était uniforme, rien n'était plus varié que le mode de perception. Les terres du Soleil et de l'Inca étaient cultivées en commun ; cette culture rentrait dans le tribut, mais elle était loin d'absorber les soixante jours imposés. Aussi, tantôt les Indiens paissaient les immenses troupeaux de Hamas apartenant au Soleil, tantôt ils confectionnaient les vêtements de l'Inca, des caciques, des soldats et des impedidos, — auxquels on songeait toujours avant tout ; — tantôt ils creusaient des canaux, ouvraient des routes, érigeaient des temples...

... Cette organisation centralisée et l'émulation que créait une parole de l'Inca, permirent aux monarques du Pérou d'exécuter des travaux gigantesques, destinés surtout à favoriser l'agriculture, leur unique préoccupation*...

1. « Les échanges ne pouvaient pas plus exister à l'intérieur qu'à l'extérieur, puisque chaque tampu, appartenant soit 4 la commune, soit à l'Etat, s'ouvrait à

Terrasses et canaux d'irrigation. — ... Ces œuvres, dont il reste encore des vestiges nombreux, étaient de deux sortes. L'arrosement étant reconnu indispensable pour la fertilisation, et la surface générale du pays étant sillonnée de vallées étroites, creusées par les eaux des plateaux supérieurs, il fallait avant tout dompter ces arêtes rocheuses et leur donner facticement un niveau qui rendît l'irrigation profitable. Pour arriver à ce résultat, toutes les chaînes furent travaillées en terrasses formant à la base de larges assises, se rétrécissant à mesure qu'elles s'élevaient, et calculées de manière à utiliser tout le sol productif. Des murailles massives bâties en talus servaient de soutènement aux terrains nivelés; les roches isolées étaient arrachées et remplacées par de la terre végétale rapportée. Vue du sommet, la colline ressemblait à un escalier cyclopéen dont le maïs formait le verdoyant tapis. Il faut avoir, comme nous, parcouru ces contrées tourmentées, franchi ces remparts granitiques qui se succèdent sans fin, pour concevoir la grandeur d'une pareille création et l'immense effort qu'il a fallu pour la réaliser. Ce système avait un double avantage : il permettait d'abord de profiter de chaque parcelle cultivable, depuis le fond de la coupure, plus abondant en humus, jusqu'au point où la roche dénudée n'admettait plus le tranchant du soc; il imposait en second lieu un obstacle permanent à la fougueuse invasion des eaux torrentielles. La plus grande partie de l'eau tombée sur les versants était absorbée par les surfaces planes qui composaient les terrasses, et l'excédent, privé de courant, ne pouvait jamais arriver à entraîner les terrains qu'il inondait sans danger.

On obtenait donc ainsi tout à la fois la fécondation et la conservation des terres arables. Mais ce n'était là qu'une partie de cette œuvre colossale.

Il s'agissait d'irriguer ces marches de géants, non point par de mesquines saignées faites au niveau de la vallée, mais par des canaux supérieurs, aqueducs titanesques, recueillant dans leur parcours toutes les sources qui pouvaient les alimenter, recevant dans leur encaissement toutes les eaux plu-

chaque manifestation d'un besoin. L'Indien travaillait au champ, donnait à rinca ses deux mois de tribut, et passait le reste de ses jours à chanter, à ne rien faire ou à fouiller volontairement les mines dont il tirait l'or et les pierre» précieuses que le cacique, au nom de ses administrés, offrait à l'inca aux jours de fêtes publiques. L'agriculture était donc l'unique pensée du souverain... » (Léon Favre-Cla.vairoz, Revue contemporaine, 28 février 1837, p. 301.)

viales arrêtées au passage et servant ainsi à la fertilisation, au lieu d'être, comme aujourd'hui, un agent formidable de destruction. La plupart de ces conduits avaient quinze ou vingt lieues de parcours ; et comme leur exécution était la condition de toute culture, on peut calculer quelle prodigieuse main-d'œuvre avait nécessité la mise en produit de ces vastes territoires des Incas. Mais, outre la multiplicité de canaux moyens qui formaient comme les veines et les veinules dans ce système artériel, les monarques du Pérou avaient creusé des aqueducs principaux, représentant les artères de cette circulation créatrice. On admire encore aujourd'hui, et avec juste raison, les vestiges qui attestent la grandeur des constructions romaines ; mais quand on songe à la civilisation avancée du plus puissant empire qui ait dominé le monde, aux moyens mécaniques qui doublaient la force humaine, aux procédés que la science avait déjà révélés, et que, détournant les yeux de ces œuvres où l'intelligence était si bien secondée, on les reporte sur ce pauvre peuple, qui n'avait ni le fer, ni le ciment, ni la voûte; qui, pour creuser le roc, pour en détacher les quartiers, pour en tailler les facettes, n'avait d'autres instruments que des pierres plus dures; pour les rouler, les élever, les mettre en place, d'autres engins que l'effort de leurs bras, n'est-il pas naturel de s'étonner, d'être frappé de respect devant cette puissance de volonté et d'intelligence qui leur a fait accomplir des choses si grandes et si utiles avec de si faibles moyens? Quel travail, en effet, que celui de ces deux aqueducs ayant l'un cent vingt, l'autre cent cinquante lieues de longueur, recevant dans un chenal de douze pieds de profondeur toutes les eaux que pouvaient fournir les sources et les orages, et serpentant au liane des montagnes sur un lit factice de granit!

La distribution des eaux fécondantes était faite avec une remarquable équité et suivant les règles d'une bonne administration. Tous les terrains à maïs, toutes les prairies où paissaient les troupeaux que l'Inca, sous le nom de troupeaux du Soleil, distribuait à tous ses sujets sans exception, étaient irrigués tour à tour. Dans cette répartition, nulle préférence.

... Mais, d'un autre côté, si la main du monarque se montrait paternellement libérale, cette qualité même lui imposait une juste sévérité. La loi, c'est-à-dire l'Inca, fournissait le terrain, la semence et l'eau à tout Indien son sujet, réputé son enfant. Mais il n'était pas loisible à l'Indien de laisser le

sol en friche et de négliger l'irrigation. Son labeur était la condition de sa propriété viagère, et des peines corporelles châtiaient l'indolence ou le mauvais vouloir. Il y avait des impedidos, il ne pouvait y avoir de pauvres, parce que, la paresse étant rudement punie, il n'y avait que des travailleurs.

Les cultures. — Le mais était l'objet de soins tout particuliers. C'était pour le cultiver qu'on étageait en terrasses les terres arrosables, pour lui surtout qu'on creusait ces canaux innombrables dont le réseau couvrait le sol et enveloppait les tlancs des montagnes. Le terrain ne se reposait jamais; la jachère d'un an était usitée seulement pour les cultures privées d'irrigation, comme les pommes de terre et autres plantes qu'on ne fumait qu'avec du fumier de llama. Le maïs recevait un engrais plus actif : la poudrette était fabriquée dès ces temps primitifs, et sa puissance, combinée avec l'action du soleil et de l'eau, permettait cette éternelle abondance qui faisait la richesse du pays.

Les amendements. — Sur les côtes on ne se servait que de guano. Les spéculateurs qui l'ont retrouvé n'avaient probablement jamais lu Garcilaso, car voici ce qu'ils y auraient trouvé : « Sur le bord de la mer, plus bas qu'Arequipa et jusqu'à Tarapaca, ce qui fait plus de deux cents lieues de côtes, on n'emploie pas d'autre fumier que celui des oiseaux marins. La quantité qui s'en amoncelle sur les petites îles désertes est si considérable que, de loin, on croirait voir les pics d'une Sierra Nevada. Au temps des rois incas, personne ne pouvait, sous peine de mort, entrer dans ces îles au moment de la ponte; il était défendu, sous la même peine, de tuer un seul de ces oiseaux. L'Inca destinait chacune de ces îles pour une province, et si l'île était grande, on la divisait entre plusieurs. Ces répartitions générales se subdivisaient ensuite entre chaque village, suivant la quantité d'engrais nécessaire à chacun. La peine de mort était appliquée à tout Indien qui empiétait sur la part affectée à la province ou au village voisin. » Garcilaso mentionne une autre sorte d'engrais appliqué à ces déserts de sables brûlants que baigne le Pacifique. Peut-être à cette époque présentaient-ils un aspect moins désolé. Laissons parler l'auteur espagnol : « Sur d'autres points de la même côte , dit-il, on fume avec des têtes de sardines. La terre est très chaude, il ne pleut jamais, et il n'y a que des sables, ce qui fait que les habitants, après avoir écarté le sable de la surface, font des trous d'une ou deux toises, plus ou moins, jusqu'à ce qu'ils arrivent au

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