‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 111 sur 142 · LA COCA · texte numérisé non relu

LA COCA

talion, mais nous présumons que les quantités exportées ne devaient guère dépasser 4,000 quintaux. » (Léon Favre-Gla- VAiRoz, Revue contemporaine, tome XXX, 1857, p. 735.)

Un président de la république, le général Ballivian, eut l'idée de monopoliser la cascarilla, nom Ijolivien de l'écorce de quinquina, et établit un droit de sortie de 20 piastres par quintal. Son successeur brisa le monopole concédé à une banque, et le transmit à une autre société financière qui prit l'engagement de payer l'écorce 60 piastres le quintal, ce qui allait donner une grande importance à l'exploitation; on découvrit des forêts entières dans les yungas de Cochabamba. « Près de 3,000 hommes partirent, la hache sur l'épaule, et bientôt l'encombrement devint si considérable, qu'une crise politique fut près de naître du froissement des intérêts impatients. » Pourréussir,la banque était tenue de s'assurer le marché d'Europe ; mais la concurrence vint naturellement compromettre ses opérations ; il se produisit d'abord une énorme contrebande, que le gouvernement bolivien était absolument impuissant à empêcher, le long de ses frontières continentales; en 1850 cette contrebande envoya en Europe 10,000 quintaux par les ports péruviens de Arica et de Islay. Le régime du monopole ruina les banques qui s'en étaient chargées, et ne profita en rien à l'État ; il eut surtout pour conséquence de provoquer des explorations dans la région équatoriale, et on découvrit l'arbre précieux dans les plateaux de la Colombie. En 1879 ce fut cette dernière qui expédia en Europe la quantité la plus forte et domina le marché; son exportation fut, eu \ 879-80, de 6 millions de livres, tandis que le Pérou et la Bolivie n'en expédiaient qu'un million. L'Europe enfin se préoccupa de ces spéculations dont elle était victime; dès 1853 on commença des plantations de quinquina à Java; en 1861, dans l'Inde, sur les hauteurs du Nilgiri, surtout sur les pentes du Dodabetta; en 1862 on introduisit aussi cette culture dans le Sikkim et dans la Jamaïque; le docteur Vinson en fit des plantations à l'île de la Réunion : ce sont ces derniers pays qui fournissent presque toute l'écorce utilisée pour la préparation du sulfate de quinine ; le Codex a admis officiellement les écorces de quinquinas cultivés en 1884. La Bolivie, le Pérou, la Colombie, n'exportent plus que des quantités insignifiantes. Voilà encore une source de revenus qui a disparu pour ces pauvres républiques, trop avides à exploiter leurs richesses naturelles, et surtout trop ignorantes des lois commerciales dans leurs rapports avec les marchés européens.

Les premières cultures furent établies sous le règne du sixième Inca, Roca ; l'usage en fut réservé aux Incas. Ils s'en servaient éga-

lement dans les cérémonies religieuses. Un religieux augustin du ivi® siècle écrivait : « Si cette plante n'existait pas, il serait bien plus facile de détruire l'idolâtrie, car c'est elle qu'ils (les Indiens païens) emploient dans leurs pratiques les plus secrètes. Ils la brûlent en l'honneur à'Ataguju, disant que la fumée monte au ciel et que c'est pour leur dieu l'odeur la plus agréable. Ils font cela pour obtenir une longue vie pour eux, leurs enfants... et leurs troupeaux. » {Nouvelles Annales des voyages, 3e série, tome XVII p. 10.)

L'arbuste n'atteint guère plus de trois mètres de hauteur ; les feuilles, qui ont un pouce ou un pouce et demi de longueur, sont presque ovales. Le dessus est d'un vert brillant, et elles sont blanchâtres eu dessous. L'art de les préparer consiste à les faire sécher sans qu'elles se contractent ni qu'elles perdent leur couleur.

Après la conquête, la coca devint d'un usage général ; cet article constitua une des sources les plus importantes du revenu colonial de l'Espagne. (Prescott, Histoire de la conquête du Pérou, I, 147.) Acosta, dans son Histoire du Pérou, dit qu'en 1590 on vendit sur le seul marché de Potosi 95,000 corbeilles de coca au prix de 4 à 6 écus, et que l'on s'en servait comme monnaie pour les échanges. On la cultive surtout dans la vallée de Santa-Ana, arrosée par l'Urubamba.

« Les feuilles de ce végétal précieux sont pour le Péruvien ce que Topium est pour le Turc, le bétel pour l'habitant des Indes orientales, le tabac pour une foule d'autres nations. Ils les portent constamment avec eux, dans de petites bourses qui sont pendues à leurs épaules et faites soit d'un tissu de laine, soit d'une peau de petit mammifère. Les feuilles de la coca ressemblent à peu près à celles de nos cerisiers ; elles ont un goût un peu styptique, d'une amertune agréable et d'une odeur douce et aromatique. L'Indien les mâche toute la journée, s'il le peut; leur effet est d'abord excitant, et ensuite un peu assoupissant, comme celui de l'opium*. La coca égayé et fortifie l'Indien qui travaille; et dans les voyages pénibles il

1. « On reconnaît ceux qui en font un trop fréquent usage à la i)àlLMir de leurs lèvres et de leurs gencives, à leur démarche incertaine, à leur teint blafard, au cercle bleu qui se dessine autour de leurs yeux et ù leur apathie; ils prennent un caractère incertain, défiant, rusé; ils deviennent vieux avant l'âge, et peu à peu tombent dans une sorte d'imbécillité. Ennemis de toute société, ils se retirent à l'écart au milieu des ruines ou au fond des bois pour savourer en paix leur jouissance favorite ; assis sur le sol, l'œil hagard, le corps immobile, ils ne font que mâcher la feuille enivrante et contemplent en silence les étranges visions de leur imagination exaltée. « (J.-J. de Tchcdi, Peruen 1838-42, citation de X. Mah- MiER, dans Correspondant du 15 janvier 1848, p. 209.) Nous devons ajouter que cette affirmation de Tchudi a été contestée ou du moins taxée d'exagération. Prescolt nie les effets malfaisants de la coca.

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