LA COCA
apaise la faim tout le long du jour, et réchauffe pendant les nuits froides. L'usage en est général, et il s'en consomme des quantités prodigieuses; c'est la Paz qui en fait le principal commerce... Les Indiens en font le plus grand cas, et ne travailleraient pas volontiers si la coca leur manquait; avant de commencer, ils s'assoient pour le préparer, ce qu'ils appellent acullicar; ils en prennent dans la bouche un bon morceau avec un peu de toura, qui est une espèce de terre, et le mâchent afin de lui donner la forme d'une boulette; et, quand ils l'ont bien pétrie, ils jettent celle-ci dans une petite bourse ou un sachet, puis continuent ainsi jusqu'à ce qu'ils aient fait cinq ou six boulettes : c'est la quantité qui leur est nécessaire pour un travail de deux à trois heures. Quand ils n'en ont plus, ils recommencent leur acullicar; ils gardent chaque boulette dans la bouche tant qu'ils sentent la saveur âpre et poignante de la feuille; quand elle l'a perdue, ils la jettent et en forment une autre. Dans les mines de la province de Puno les ouvriers reçoivent de la coca parmi les denrées qu'on leur doit fournir...
La coca croît naturellement dans la Cordillère du Pérou, notamment sur la pente de l'est... (Extrait d'un ouvrage du Docteur Meyen, Voyage autour du monde, Berlin, 1833, cité par les Nouvelles Annales des voijages, 3« série, IV, p. 312-313.)
« Cette plante, qui vient dans les vallées chaudes à l'est de la Cordillère, possède les vertus stimulantes les plus extraordinaires; avec son secours seul les Indiens ont fait des marches forcées de plus de cent lieues, et, bien que très amaigris, ils paraissaient cependant, en arrivant, avoir conservé toutes leurs forces. Cette coutume est très ancienne chez les Quichuas, et toutes les figurines du temps des Incas montrent toujours une sorte de bosse située sur le côté de la bouche, qui indique l'habitude de cette mastication. Je crois que l'introduction en Europe de la coca offrirait de très grands avantages; elle pourrait être distribuée aux soldats dans les grandes marches, et quelques caisses bien fermées, embarquées à bord des navires, seraient d'un grand secours en cas de naufrage. » (F. DE Castelnau, Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud, 1851, P. Bertrand, III, 348.)
Les voyageurs modernes en font usage ; la coca atténue ou endort les sensations de la faim et de la soif, dit M. 0. Ordinaire dans son livre Du Pacifique à V Atlantique, Paris, 1892.
En 1886, le ministère de l'agriculture demanda à la légation de France de Lima de faire parvenir des graines pour introduire la
culture de la coca en Algérie ; mais les graines de YEritraxylon coca doivent être semées fraîches, c'est-à-dire un mois au plus après la cueillette. M. Marcel Monnier se décida à rapporter dos plants; il en emporta un millier du village de Juanjuy, les plaça sur le radeau qui lui servait à descendre le Huallaga et l'Amazone, les fit mettre en terre au Brésil jusqu'à son départ pour l'Europe; mais le Rio-de- Janeiro, qui le ramenait au Havre, fut coulé à quelques milles des côtes de France. « La joie d'un sauvetage inespéré, dit le voyageur, ne put me faire oublier la perte de ces arbrisseaux rassemblés à grand'peine et pour qui je rêvais de si belles destinées. » {Des Andes au Para, Paris, 1889, p. 290.) La thérapeutique utilise l'alcaloïde de la coca, la cocaïne. Le docteur Satiray raconte, dans le Tour du monde (1872, II, 84-85), comment il a isolé la cocaïne.
« Le lama est bien l'emblème de l'Indien de la Sierra, et l'on pourrait faire de leurs qualités et de leur caractère un parallèle rigoureux. Ils sont les fils de lamonta^^ne, qui les a marqués tous deux de sa profonde empreinte. Tandis que le cheval et la mule, ardents et fiers, venus d'Andalousie, nous représentent l'hidalgo, le conquistador, le lama est l'enfant de la Cordillère, le type par excellence de l'animal montagnard. Moins stupide que le mouton et moins capricieux que la chèvre, le lama eût fourni à Toussenel la matière d'une page charmante de zoologie passionnelle. Sa petite tète intelligente et fine, semblable à celle d'une biche, est curieuse à observer, car elle jouit d'une mobilité d'expression très grande.
C'est par le mouvement de ses oreilles que le lama traduit ses émotions. Toutes deux dirigées en avant, elles signifient la curiosité sans mélange de crainte; l'une en avant, l'autre en arrière, elles expriment l'attention inquiète; toutes deux en arrière à des degrés divers d'inclinaison, elles traduisent la crainte ; et si cette inclinaison d'oreilles s'accompagne d'une grimace et d'un crachat, on peut être sûr qu'on a provoqué la colère de l'animal, qui n'a pas d'autre façon de manifester ce sentiment, n'ayant ni cornes, ni griffes, ni crocs pour se faire respecter.
Admirable exemple d'adaptation de l'organisme aux conditions physiques du milieu ambiant, le lama montre un thorax profond et large, indice d'une respiration puissante