LA NOUVELLE DE SEDAN AU CANADA
« Les dépêches données à Québec le 1*" septembre annonçaient que Mac-Mahon avait été vaincu. Ici tout le monde croyait qu'elles étaient de source prussienne. Un peu plus tard, une seconde dépêche parvenue au Sun disait laconiquement que les Français avaient battu les Prussiens. Des groupes stationnaient sur les places publiques malgré un temps affreux. Cette foule passait par toutes les péripéties de l'espoir et du désespoir. « Attendons encore un peu, disait-on, ce n'est pas la grande bataille décisive, ce n'est qu'un revers partiel. » A midi il n'y avait pas de dépêches de France. Pendant trois longs jours nous fûmes ainsi sans nouvelles. Pour une fois la Prusse avait imité la réserve du gouvernement français. Berlin était également sans nouvelles sur le résultat de la grande bataille. De part et d'autre on compre-
liait que le dernier mot allait se dire. En attendant, les télégrammes envoyés à la presse faisaient circuler la rumeur que Napoléon 111 était fort malade, et que le roi de Prusse était fou.
Tout à coup, à midi, une dépêche vient dire : « L'armée de Mac-Mahon a capitulé 1 L'empereur Napoléon s'est rendu. »
Le roi de Prusse l'annonçait à la reine. Cette nouvelle demandait confirmation. Ce soir-là, c'était un samedi, la tempête continuait toujours. Les bureaux de V Événement étaient restés ouverts. Une foule énorme, silencieuse, l'encombrait et faisait queue à la porte. J'en faisais partie. Les uns étaient consternés et comme foudroyés dans leur plus chère affection. Les autres riaient aux éclats de la naïveté de ceux qui ajoutaient foi à la dépêche du roi Guillaume ; ils se grisaient de gaieté pour ne pas laisser accès au désespoir.
Tous attendaient anxieusement la publication des dépêches, partagés ainsi entre une conviction poignante et un espoir chimérique, lorsque tout à coup la foule s'ouvrit avec respect pour laisser passage à M. Gautier, consul général de France ^ A l'instant le silence se fit : tous les regards se portèrent sur lui. A son attitude grave, émue, à cet air auquel on ne se trompe pas et qui révèle un cœur brisé, la certitude se fit dans tous les esprits, et tous les yeux se mouillèrent de larmes. On resta longtemps, pleurant en silence, entourant le représentant de la France de la sympathie la plus vive, du respect le plus profond. Nous n'avons jamais vu pareil recueillement, semblable douleur. La France vaincue recevra des hommages plus retentissants, jamais un témoignage de plus sincère affection. » (F. de Saint-Maurice, le Canada et les Canadiens français pendant la guerre francoallemande, Québec, 1888, p. 38-42.)
TERRE-iNEU VE
L'intérieur est encore peu connu ; il a été visité par M. E. Cormak en septembre 1822; Texplorateur y a trouvé de nombreux lacs, des marais tourbeux; les parties élevées ne sont que rochers, il n'existe pas de terrains susceptibles de culture. Terre-Neuve a une constitution et un parlement depuis 1832; elle a refusé d'entrer dans le Dominion, et forme une colonie distincte avec un