‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 15 sur 142 · Le consulat général avait été créé en 18G · texte numérisé non relu

Le consulat général avait été créé en 18G

fçouvernement responsable depuis 185o. En vertu du traité d'Utrecht, la pêche est autorisée pour les Français pendant la moitié de l'année, du 5 avril au 5 octobre, sur la côte ouest, depuis le cap Saint-Jean au cap de Raye {French-Shoi^e). La pèche des bancs est libre.

Terre-Neuve a négocié son entrée dans le Dominion dès 1869; les pourparlers ont recommencé en 189o ; la mauvaise situation tinancière les empêche d'aboutir.

Aspect généraL — « De toutes parts, sur le plateau, des sapins hauts de deux pieds, massés en fouillis impénétrables, paraissent autant de combattants nains prêts à nous disputer le passage. Au bord de ces forêts lilliputiennes se dresse l'angéîique en grosses touffes, et les plantes carnivores secouent leurs clochettes couleur de sang. Çà et là, dans les landes hérissées de bruyères, s'étalent des étangs aux eaux noires, qu'alimente la fonte des neiges ; il en sort des ruisseaux qui se précipitent en cascades vers la mer, et dont l'eau vive abonde en saumons et en truites qui, par des bonds désespérés, remontent de chule en chute jusqu'au réservoir. Voilà les mornes solitudes à la livrée grisâtre, dominante, des paysages terre-neuviens...

Le sol humide et spongieux, parfois couvert de mousses, dissimule de dangereuses tourbières que parsèment des iris sauvages et des blocs erratiques de granit rose...

La faune terre-neuvienne comprend des animaux sédentaires et quelques hôtes de passage à courtes apparitions. Au nombre des premiers, notons le caribou, espèce de cerf que l'on aperçoit au loin broutant des lichens ; des perdrix, des loutres, et quelques familles de castors isolés au bord des étangs. )> (D'Avignac, dans le Correspondant, 2o juin 1890, p. 1070.)

Moustiques de Terre-Neuve. — « Si j'étais poète et si la poésie héroïque était aujourd'hui aussi en honneur qu'elle l'était autrefois, au moment de parler des moustiques, je commencerais par une invocation aux divinités de la désolation, de la colère, de la rage, de la fureur et du désespoir; j'essayerais de n'en oublier aucune, et toutes, je les supplierais de venir à mon aide pour peindre, d'une façon tant soit peu conforme à la gravité du sujet, les souffrances et les

tortures que font endurer en été ces misérables insectes aux malheureux voyageurs dans les régions septentrionales de l'Amérique. On prétend que les États-Unis et le Canada n'en ont pas le privilège absolu, et que le même fléau existe dans toutes les contrées du nord, en Laponie, en Russie et en Sibérie.

On parle des moustiques des pays chauds ; ceux-là sont des abrégés de moustiques. En Algérie, en Espagne, en Italie, dans le midi de la France, on n'a jamais aifaire qu'à des moustiques d'amateurs, des moustiques innocents ou au moins de constitution délicate, des moustiques artistes, musiciens, ennuyeux par moments, surtout pour les personnes qui aiment les mélodies un peu variées. Dans ces contrées où fleurit l'oranger, lorsqu'on s'endort le soir et qu'un de ces insectes est par hasard entré dans la chambre, il se contente de signaler sa présence par un simple susurrement ; à peine pratiquera-t-il quelques piqûres dont rien ne reste au matin, sinon une légère boursouflure. J'ai cependant entendu des gens n'ayant voyagé que dans le Midi, prétendre se connaître en moustiques. Erreur! 11 faut venir ici de juillet à lin septembre pour juger delà somme des colères sourdes ou apparentes que représente un de ces êtres minuscules. Bien entendu le mot un est une forme de langage, une fleur de rhétorique : on dirait aussi bien un millier, un million, un milliard, un milliard de milliards de moustiques, blackflies, gnots, simulies, hornets, guêpes, et de toute cette engeance altérée de sang, brutes féroces, tigres ailés, qui, dès l'instant où vous débarquez et où vous pénétrez sous bois, ou encore lorsque vous demeurez immobile, occupé à dessiner, à prendre des notes, se réunissent en bataillons, se rallient et se précipitent en tourbillons sur le cou, derrière les oreifles, sur les tempes, sur les mains, indifférents au sort funeste de leurs compagnons écrasés, aplatis par centaines...

... Pour le savant il y a moustique et moustique; pour le promeneur, tout est moustique. 11 y a le vrai moustique au corps effllé, aux pattes grêles, à la petite tête noire, au corselet velu, à la bouche armée d'une trompe acérée qu'il sait enfoncer dans la chair, et qui, après avoir servi de tarière pour percer l'épiderme, fait l'office de tuyau de pompe par lequel monte le sang du patient; il y a la simulie, petite mouche grosse comme le demi-quart d'une de nos honnêtes mouches de France, grise de couleur, trapue, dont les pattes noires sont marquées d'une bande d'un blanc pur : une né-

gresse qui a marché dans de la céruse! Avec ses mandibules elle coupe la peau et laisse une blessure qui, pendant deux jours, cause une insupportable démangeaison et produit une ampoule douloureuse, véritable plaie qui met sept à huit jours à se cicatriser.

On se défend comme on le peut, et, quelque système qu'on emploie, on se défend mal. Les uns s'enduisent d'huile, de vaseline, de glycérine phéniquée ou laudanisée : le remède sert pendant quelques minutes; après quoi le visage est recouvert d'un cambouis aussi gênant qu'impuissant. D'autres portent des voiles et des masques de chimiste en toile métallique; d'autres s'encapuchonnent. Les moustiques semblent d'abord un peu déconcertés, mais ils ne perdent pas courage; ils cherchent un trou, lentement, patiemment, et, si un seul fil de la gaze vient à manquer, ils découvrent le défaut de l'armure, et, s'y glissant à la file, ils exercent leurs déprédations d'autant mieux que, lorsqu'ils sont suffisamment gorgés, et qu'ils désirent se retirer pour aller digérer en paix, ils ne manquent jamais de ne point retrouver la porte de sortie, et sont ainsi forcés de se remettre à table, peut-être pour en faire les honneurs aux nouveaux arrivants. Puis le voile est gênant; quand il fait chaud, il asphyxie; quand on marche, qu'on se glisse sous bois entre les troncs d'arbres, au milieu des fondrières, il se déchire et ne protège plus, ou bien il trouble le regard, le pied manque ou s'enfonce dans le trou qu'on voulait éviter, et l'on tombe. Au début on s'arme surtout de courage et de philosophie, on écrase un envahisseur; mais quand on arrive au millième et qu'on se sent encore piqué, on s'indigne, on devient furieux, on se frappe, on jure, on voudrait que les moustiques n'aient plus qu'une seule tète, afin de la couper d'un seul coup, fût-elle plus grosse que les tours Notre-Dame. Tout est inutile : on lutte contre un lion, une panthère, un serpent, un rhinocéros, on ne lutte pas contre les moustiques ; on devient la proie du désespoir, jusqu'au moment où, en sûreté à bord de la frégate, ce qui n'arrive que si l'on est mouillé loin de terre et au-dessus du vent, on ôte son voile, et l'on contemple une figure gonflée, des oreilles brûlantes et des tempes plus écartâtes que la carapace d'un homard sortant de la marmite. On en est quitte pour une journée de fièvre et pour se gratter pendant une partie de la semaine suivante. On cile des gens égarés dans labroussaille et assaillis par les moustiques qui, atfolés par la douleur et rendus incapables de suivre leur chemin,

sont tombés morts, tués par ces bourreaux. Au cimetière du Croc (baie au nord de Terre-Neuve) se trouve la tombe d'un pauvre midsbipman anglais qui a péri de cette façon.

... J'ai vu dans les criques l'eau grouiller de larves de moustiques, et si un problème insondable s'est présenté à mon esprit, c'est celui de savoir de quoi vivent ceux de ces animaux dont l'existence s'écoule sans qu'ils aient rencontré un être à dévorer. Car enfin, ils meurent sans doute d'inanition, et lèguent cette faim inassouvie aux myriades de leurs confrères en moustiquerie qui auront, eux, la bonne fortune de trouver sous leur trompe un malheureux pêcheur, ou un misérable géologue, ou un infortuné dessinateur. » (J. Thoulet, Bulletin de la Société de géographie de l'Est, 1891, p. 13-17.)

M. J. Thoulet a éprouvé les mêmes inconvénients pendant un voyage vers les sources de Mississipi.

« On s'embarqua sur un bateau plat et l'on remonta le Mississipi en poussant le bateau avec des perches et en suivant toutes les sinuosités de la rive. La chaleur était étouffante, et les moustiques nous faisaient souffrir cruellement. Malgré des gants en peau de daim nous montant jusqu'au coude, ces insectes venaient en foule, introduisaient leurs trompes dans les interstices des coutures, et se gorgeaient de notre sang. Nous les écrasions par milliers; nos vêtements étaient rouges, mais le nombre de ces animaux ne diminuait pas. Le soir on s'arrêtait pour camper, on abordait et on se hâtait de faire un abatis d'arbres ; quand le feu était bien allumé, on le recouvrait de larges plaques de gazon humide; il se dégageait une épaisse colonne de fumée qui se courbait au souffle du vent ; chacun alors se précipitait; on se serrait l'un derrière l'autre pour ne pas perdre un atome de cette fumée nauséabonde et bienfaisante, et on renaissait, on respirait pour la première fois; on était débarrassé des moustiques. » [Revue scientifique, 27 décembre 1873, p. 603.)

Dans le Canada, région du lac Saint-Jean. — « La véritable torture, le supplice de tous les instants, ce sont les moucherons. Ils ne durent que deux mois, mais ils sont terribles. On est assailli par des nuées de ces insecles, et aucun moyen de se préserver. Les pharmaciens vendent des huiles noires et puantes, qu'ils disent préservatifs infaillibles; on essaye de s'en couvrir les mains et la figure, et l'on n'arrive qu'à ajouter à ses maux celui de la malpropreté. Il n'y a plus de

chasse ni de pêche possibles. Pour trouver quelque repos on s'enveloppe de fumée. Partout vous voyez de grands feux de bois pourri, de feuilles, de tout ce qui peut produire le plus de boucane acre ; les hommes se mettent sous le vent...

... Ces moucherons sont de quatre espèces : nos moustiques, appelés ici maringouins;ce sont les moins terribles; les mouches à sable, petites bêtes à carapaces, trapues et acharnées; les brûlots, gros comme des puces; ils sont si petits, on les croirait inofîfensifs; leur piqûre est une brûlure vive, qui s'enflamme aussitôt. Ces trois variétés d'animaux féroces tourbillonnaient dans les airs et s'abattaient sur nous par nuées, pénétrant dans les yeux, les oreilles et toutes les ouvertures des vêtements. Les journées sont intolérables, les nuits sont pires.

Nous n'avons pas fait connaissance avec la quatrième variété de mouches; celle-ci est de belle taille et s'appelle mord d'abord, parce qu'elle arrive les tenailles en avant, arrache le morceau convoité et s'en va le dévorer ailleurs. On ne la trouve qu'en de rares endroits. » (L. de Cotton, A travers le Dominion et la Californie, Paris, Retaux-Bray, 1889, p. o7.)

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