L. Didier. — L'Amérique
Colonies hollandaises. — Dans la région intermédiaire nous trouvons des colonies hollandaise et suédoise. A la suite du voyage de Henry Hudson (1609), s'était fondée en Hollande une Compagnie des Indes occidentales; elle créa New-Amsterdam (1613), le fort Orange, et autorisa les colons à acheter des terres aux Indiens. Le premier gouverneur, Pierre Minuits, acheta l'île Manhattan, sur laquelle est bâtie New-York, pour 24 dollars (=120 francs)'. La Hollande perdit sa colonie en 1667 ; elle devint New- York.
Colonies suédoises. — La Nouvelle-Suède avait été établie plus à l'ouest, près de la Delaware; Gustave-Adolphe en avait eu le premier la pensée; il s'occupa beaucoup de son organisation; après sa mort, deux vaisseaux suédois amenèrent les colons à la baie Delaware en 1638; la capitale fut Tinicum, près de l'emplacement actuel de Philadelphie; on l'appela ensuite Nouveau-Gothembourg. Les colons suédois vécurent toujours en bons termes avec les Indiens, et s'occupèrent d'élevage; les Hollandais les attaquèrent en 1655 et prirent tous les forts; les Suédois restèrent; en 169311 y avait encore 188 familles suédoises; Charles XII leur accorda un secours en 1696. C'est en partie avec leur territoire que fut organisée la Pensylvanie anglaise en 1681.
Caroline. — Huit gentilshommes qui avaient partagé l'exil de Charles II et contribué à la restauration obtinrent, en 1663, le pays situé entre 36° et la rivière San-Mateo au sud; ils l'appelèrent Caroline en l'honneur de Charles II ; en 1665 ils se lirent attribuer au sud le pays jusqu'au 29»; il forma plas tard la Géorgie (1732). La constitution de la Caroline fut rédigée par Locke en 1670 ; elle fut aristocratique.
Histoire de ces colonies anglaises. — Telles furent les colonies anglaises fondées au xviio siècle ; leurs habitants s'occupèrent d'agriculture et arrivèrent à une grande prospérité. Jaloux des établissements français du Canada et de la Louisiane qui se rejoignaient par les grandes plaines de l'Ohio et du Mississipi, les colons anglais poussèrent leur gouvernement à la guerre en 1754; ils chassèrent les Français de Québec et de Montréal; puis, peu après, irrités contre le parlement et les ministres de la métropole, qui voulaient les imposer directement sans consulter la législation des colonies, ils proclamèrent leur indépendance le 4 juillet 1776 à Philadelphie. Soutenus par la France, ils purent triompher de l'Angleterre, qui reconnut les treize États par le traité de 1782. Ils se donnèrent une constitution fédérale, et l'histoire politique de la nouvelle république commença réellement en 1789 avec la première présidence de Georges Washington.
1. Les premiers habitants de New- York furent des Flamands, au nombre d'environ 300, amenés par Jesse de Forest, qui venait d'Avesnes. Il arriva en 1G23 et mourut en iQ25. (Comptesrendus de la Société de géographie, 1891, p. 311-316.)
Au delà des Alleghanis, la région des grandes plaines a conservé de nombreux souvenirs de la colonisation française. Deux noms dominent cette intéressante histoire des efforts de la France, ceux de Marquette et de La Salle.
J. Marquette découvre le Mississipi (1673). — Marquette, né à Laon, entra dans l'ordre des jésuites et fut envoyé au Canada en 1666. Il s'occupa surtout des missions des lacs, et fonda un collège pour les Indiens à Michillimackiuaw en 1671. On connaissait par les indigènes l'existence d'un grand fleuve à l'ouest ; Jean Nicollet, en partant de la Baie-Verte, était allé loin, mais n'avait pu l'apercevoir (1639). Talon, l'actif intendant du Canada, fit entreprendre plusieurs voyages vers l'ouest : sur ses ordres Nicolas Perrot alla au Sault-Sainte-Marie, à Chicagou chez les Miamis, et fit partout reconnaître les droits de la France. Enfin en 1673 Frontenac et Talon chargèrent le P. Marquette et L. Joliet' d'aller reconnaître la Rivière des grandes eaux, avec l'espoir de découvrir la route depuis longtemps cherchée qui conduirait à la mer du Sud. Dans une lettre à Colbert, Frontenac soutenait l'hypothèse que le grand fleuve devait aboutir à la mer de Californie. Les deux explorateurs s'embarquèrent avec cinq hommes sur deux canots d'écorce à Michillimackiuaw le 17 mai 1673 ; ils entrèrent dans la baie des Puants (Green-Bay, à l'ouest du Michigan), près de laquelle habitait la nation de la Folle-Avoine ; ils remontèrent la rivière des Renards, et par un portage de 2,700 pas atteignirent le Wisconsin ; ils arrivèrent au fleuve le 17 juin 1673. Marquette l'appela Conception, Joliet lui donna le nom de Buade, en l'honneur de Frontenac ; il s'est appelé ensuite Colbert, ûquyq Saint- Louis, et a repris le nom indien de Mississipi, qui veut dire les grandes eaux. Marquette et Joliet le descendirent jusqu'au-dessous de l'Arkansas^ et revinrent par la rivière des Illinois. Ils se séparèrent : Marquette resta chez les Miamis, et mourut en 1675 sur les rives orientales du lac Michigan, et
1. Louis Joliet était un négociant de Québec; au retour de l'expédition il fut nommé seigneur de Mingan, et obtint l'île d'Anticosti. Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface (Manitoba), est un de ses descendants.
2. Ils revinrent vers le nord en remontant le fleuve, parce qu'ils craignaient d'arriver au milieu des établissements espagnols. Le récit de ce voyage se trouve dans une lettre de Frontenac à Colbert du H novembre 1674. Les explorateurs constatèrent la grande richesse du pays, bien qu'il fut en grande partie couvert de forêts : On trouverait dans ce pays tout ce qui est nécessaire pour la vie et la commodité, excepté le sel, qu'on tirerait d'ailleurs. » (P. Margrv, Mémoires et Documents pour servir à l'histoire des origines françaises des pays d'outre-mer, I, 258.) « C'est la plus belle demeure que Dieu ait préparée pour l'homme, » dit deTocqueville.
fut enseveli, après des funérailles imposantes, dans une île du détroit deMackinaw, où l'on a retrouvé son tombeau*. L. Joliet revint à Québec, mais perdit ses papiers dans un naufrage à Montréal; il atïirma à Frontenac que le fleuve aboutissait au golfe de Mexique, mais que ses affluents de rive droite devaient conduire à la mer de Chine.
A son embouchure le fleuve forme plusieurs bras, un grand delta; les navigateurs espagnols l'appelèrent dans la suite iîio- Escondido, à cause de la difficulté d'apercevoir son embouchure; on contesta la découverte de Marquette, parce que l'on connaissait assez le golfe pour savoir qu'il n'y débouche pas de rivière de l'importance de celle dont avaient parlé les voyageurs français. La Salle se chargea de résoudre le problème.
Cavalier de La Salle. — Robert-René Cavelier de La Salle, né à Rouen en 1643, vint au Canada la même année que le P. Marquette (1666), mais dans un autre but : il voulait se livrer au commerceil obtint la seigneurie de Saint-Sulpice, et entreprit de nombreux voyages dans l'Ouest. Les préoccupations commerciales furent bientôt dominées par le désir de faire des découvertes, et il se consacra tout entier à la réalisation des projets de ïalon : il voulut d'abord chercher vers l'ouest une route conduisant à la mer de Chine"; voilà pourquoi les Canadiens donnèrent à sa seigneurie le nom de la Chiue, qu'elle a conservé. Dans un premier voyage (1669-70), il s'associa des prêtres récollets ^ Dallien et de Gallinée, etexcita lajalousie des pères jésuites, maîtres du poste de Michillimackinaw; La Salle voulut passer plus au sud, explora les lacs Ontario, Érié, et découvrit l'Ohio. On suppose qu'il fit un second voyage en 1671 et navigua quelque temps sur le grand fleuve; enfin, dans son grand voyage commencé en 1678 avec le P. Hennepin, il se proposa de découvrir les embouchures et les sources. Il emmena avec lui le chevalier de Tonti, qu'il laissa dans le fort de Crèvecœur, bâti sur la rivière des Illinois (appelée par La Salle la Divine). Le P. Hennepin fut chargé de remonter vers les sources; il arriva au saut Saint-Antoine en 1680, fut retenu par les Sioux, et dut chasser le bison avec eux pendant trois mois; il rencontra les explorateurs français Dulhut et Faflart, et revint avec eux à Michillimackinaw. La Salle descendit le grand fleuve et arriva à la mer le 9 avril 1682. « On équarrit un arbre, dont ou lit un poteau
1. Voir le récit de celte découverte dans la Bévue de géographie, nov. 1878, p. 371. La décodverte avait eu lieu en 1877. Elle est aussi longuement rapportée dans the Catholic World de New-York, XXVI, p. 267.
2. (< MM. de La Salle et Dallien, accompagnés de douze hommes, sont partis de ce pays à dessein d'aller reconnaître un passage qu'ils estiment trouver, qui nous d^onnerait communication avec la Chine et le Ja|)on. L'entreprise est aussi difficile que douteuse, mais le bon est que le roy ne fait point de despensf pour cette prétendue découverte. » (Lettre de Patoulet à Colbert, de Québec, 11 nov. 1669. Dans P. Margry, Mémoires et Documents..., I, 81.