Dans P. Margry, Mémoires et Documents
qu'on planta, et on y attacha les armes du roi, faites du cuivre d'une chaudière. On planta aussi une croix, et on enterra dessous une plaque de plomb où il y avait ces mots écrits : « Au nom du roy Louis XIV, roy de France et de Navarre, le 9 avril 1682 ; » on chanta le VexiLla régis au plantement de la croix, puis le Te Deum, et l'on fit trois décharges de fusils. Les vivres manquaient, et on n'avait par jour qu'une poignée de maïs*. La Salle donna au pays le nom de Louisiane.
Six années de marches pénibles, de sacrifices personnels, avaient permis de résoudre le problème des embouchures du fleuve : un si heureux résultat ne fut pas apprécié ; le gouverneur du Canada, successeur de Frontenac, de La Barre, écrivit à Colbert qu'il ne faisait pas grand cas de la découverte, et reprocha à l'explorateur d'avoir provoqué une nouvelle guerre avec les Iroquois; il lui reprocha même des mensonges^... A ce moment La Salle était malade ; rétabli, il vint en France ; Seignelay et le roi écoutèrent ses explications et lui donnèrent un armement important pour atteindre le fleuve par mer. La Salle partit de la Rochelle en juillet 1684 avec quatre embarcations; en route il se brouilla avec le commandant de la frégate le Joli, de Beaujeu, qui ne voulut pas débarquer à l'endroit indiqué par La Salle. On alla descendre à cent lieues à l'ouest du fleuve, à la baie Saint-Bernard. Après avoir fondé une colonie, construit un fort, La Salle voulut gagner le fleuve; il emmena avec lui seize hommes ; en route ils firent périr Moranget, neveu de leur chef, et, pour échapper à la punition que ne manquerait pas de leur infliger La Salle, ils assassinèrent La Salle lui-même sur les bords de la rivière Trinity, le 19 mai 1687. La France a pendant longtemps oublié de célébrer la mémoire d'un de ses plus célèbres explorateurs; elle s'est laissé devancer par le congrès des États-Unis, qui lui a élevé un petit monument dans la rotonde du Capitole. Rouen s'est enfin souvenue de lui ; elle a donné son nom à un de ses quais, en 1882, et célébré, en 1887, l'anniversaire de sa mort par une inscription placée dans une chapelle de la cathédrale. La Salle avait découvert et donné à la France toute la région du Mississipi. Le marquis de Mirabeau avait donc raison de l'appeler « un des plus renommés bienfaiteurs de l'humanité ». Ajoutons qu'il joignit à tous ces mérites celui du désintéressement. « Il n'avait d'autre attrait à la vie qu'il menait que celui de l'honneur, dont il croyait ces sortes d'entreprises d'autant plus dignes qu'elles présentaient plus de périls et de peine "^ »
1. Récit de Nicolas de La Salle (qui n'était pas parent de Cavelier) dans P. Margry, Mémoires et Documents..., I, 562.
2. « Ce qui se dit de la découverte du sieur La Salle me paraît de peu d'utilité, et accompagné de force mensonges qu'il n'a pas voulu éclaircir... » (Lettre du 14 nov. 1682.)
3. Lettre de La Salle, 1680, dans P. Margry, Mémoires et Documents..., II, 83. Pour être juste, il faut rappeler les voyages antérieurs des Espagnols : Hernando
Colonisation de la Louisiane. — Ce fut seulement en 1697 que Le Moyne d'iberville, gentilhomme canadien, put réaliser les projets de colonisation de La Salle; il partit de Rochefort avec un armement que lui fournit Pontchartrain, et débarqua dans l'île Massacre qui fut plus tard appelée île Dauphine (à l'entrée de la baie Mobile) ; il retrouva l'entrée du grand fleuve, et découvrit à l'est un lac qu'il appela Pontchartrain : le premier établissement fut fondé sur une plage déserte, à Biloxi', avec des colons canadiens; en 1701 Bienville^ l'abandonna et alla construire des forts à Mobile et dans l'ile Dauphine. D'Iberville voulait enrichir la colonie par l'exploitation des mines; il envoya son parent, Pierre Lesueur, sur le haut Mississipi, chez les Sioux, pour prendre possession d'une mine de cuivre; le voyage eut pour conséquence la découverte de la rivière Saint-Pierre; il fit aussi explorer le Missouri et l'Arkansas, qu'il appelait la rivière de Marne. Laurain alla dans le Missouri en 1705, mais n'en rapporta que des notions confuses. Après la mort de d'Iberville (il mourut à la Havane en 1707) commença la colonisation agricole : on cultiva le tabac. L'ordonnance de 1712, qui accordait le monopole du commerce au financier Crozat, fut très funeste pour la colonie ; le nouveau gouverneur, La Mothe Cadillac, voulut entrer en relations amicales avec les Espagnols; il chargea d'une mission Juchereau de Saint-Denys, qui explora la rivière Rouge '. Pour arrêter les Français qui avaient bâti un fort aux Natchitoches, les Espagnols occupèrent le Texas.
La création de la nouvelle compagnie d'Occident par Law, en 1717, fut pour la Louisiane le point de départ d'un nouveau développement; on y réunit la région des Illinois, qui fut détachée de
de Soto, après avoir traversé les forêts de la Géorgie, se dirigea vers l'ouest, aperçut le Mississipi, et mourut sur ses bords, près de l'emplacement actuel de Alemphis, le 30 juin la4i. Son corps, enfermé dans un tronc de chêne, fut abandonné au courant du fleuve. Ses compagnons, sous le commandement de Nuscoso de Alvarado, construisirent une llottille, et mirent dix-sept jours pour arriver à la mer (1543); ils gagnèrent ensuite le littoral de la Nouvelle-Espagne vers Panuco; les Espagnols connurent donc les embouchures du fleuve dès l'année 1543, mais ils n'y fondèrent aucun établissement.
1. u Je n'ai jamais pu deviner pour quelle raison on Ht dans cet endroit le principal établissement de la colonie, ni pourquoi on voulait y bâtir la capit.ile; rien ne répugnait plus au bon sens, puisque non seulement les vaisseaux ne pouvaient en approcher de plus de quatre lieues, mais encore, ce qui gênait le plus, c'est qu'on ne pouvait rien apporter des navires qu'en changeant trois fois rlc bateaux, de plus petits en plus petits ; encore fallait-il aller à l'eau plus de cent pas avec des petites charrettes pour décharger les plus petits bateaux.
« ... Le terrain est des plus stériles; ce n'est qu'un sable fin, blanc et brillant comme la neige, sur lequel il est impossible de faire croître aucun légume. » (Lu Page do Phatz, Histoire de la Louisiane, I, 169.)