MOEURS DES YANKEES
Leurs ambitions. — « L'Américain connaît-il d'autres jouissances que celles des affaires? Est-il accessible à d'autres émotions qu'à celles dont la vie politique lui fait éprouver le besoin? L'étranger qui se pose ces questions ressemble à l'enfant des contes du premier âge qui, fuyant le pédagogue, cherche chemin faisant un compagnon à son école buissonnière. « Je n'ai pas le temps de jouer, lui répond le bœuf, j'ai mon sillon à tracer. — J'ai mon nid à bâtir, dit l'oiseau.
— Et mon miel à faire, » dit l'abeille. Chacun a de même son sillon à New-York, et l'on commence si jeune à le tracer, on le termine si tard, que la vie entière s'écoule sans qu'il s'y trouve de place pour des sensations d'un ordre plus élevé que celles dont l'habitude a fait à l'Américain une seconde nature. S'il désire la fortune, c'est moins par amour du bien-
1. « Prenez un Anglais, dépouillez-le de toutes ses qualités, vous aurez un Yankee. » Cette définition peu flatteuse a naturellement pour auteur un Anglais.
— Le mot Yankee vient de English; quand les premiers pèlerins débarquèrent à Plymouth, les Indiens, ne pouvant pas prononcer le mot eiiglish, appelèrent les nouveaux venus Yanjeese, d'où Yankee.