‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 59 sur 142 · HISTOIRE DES ANTILLES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES ANTILLES

toires du continent, qui leur fournissaient de riches métaux, surtout de l'or et de l'argenté Ils conservèrent seulement la partie orientale, et laissèrent les Français prendre possession des péninsules et des montagnes de l'Ouest.

Les Français à Haïti. — Les boucaniers. — Les premiers Français qui apparurent dans l'île furent des enfants perdus de la mère patrie, des aventuriers hardis pareils à ceux qui parcouraient les plaines de la Nouvelle-France; c'étaient des chasseurs venus de Saint-Christophe, qui se réunissaient après la chasse pour boucaner, c'est-à-dire pour sécher à la fumée la viande des bœufs qu'ils poursuivaient avec une grande agilité; ils les atteignaient à la course et leur coupaient les jarrets pour ne pas user inutilement leur poudre ; on appela ces hardis chasseurs des boucaniers. Ils vivaient en commun, et avaient adopté les conventions que l'on appelait les usages de la côte. Leur habillement était très simple : une chemise imbue du sang des animaux, un caleçon encore plus crasseux, une courroie qui servait de ceinture, un chapeau sans bord, excepté sur le devant, les souliers faits de peau de cochon. Leur fusil, toujours bien entretenu, avait un canon de 4 pieds et demi, et tirait des balles de 16 à la livre: les fusils de ce calibre ont conservé le nom de boucaniers; autour d'eux ils avaient une meute de vingt à trente chiens. Les Espagnols ne purent les vaincre qu'en détruisant les bœufs. Alors les boucaniers se firent habitants ou flibustiers.

Les flibustiers. — Les flibustiers s'emparèrent de la Tortue en 1632; ils eurent des chefs dignes d'eux : Le Vasseur, qui fut assassiné en 1652; le chevalier de Fontenay, qui organisa la course et dressa un code pour le partage du butin. Les flibustiers aidèrent les Anglais à prendre la Jamaïque en 1655. On cite encore parmi les chefs l'Olonnais (des Sables-d'Olonne), qui pilla les villes espagnoles ; Vauclin, Grammont, le Basque, qui prit Maracaïbo avec quarante hommes. Ils prirent encore Vera-Cruz en 1683.

Les (c habitants ». — D'autres se firent habitants, et se livrèrent à la culture du tabac. Un gentilhomme d'Anjou, Bertrand d'Ogeron, gouverneur de la Tortue en 1669, en décida plusieurs à passer dans la grande île, dans la plaine où fut fondé le Cap; il réussit à soumettre la colonie à la Compagnie des Indes. Sous Pouancey et de Cussy on occupa Léogane, Petit-Goave, Port-de- Paix, et on cultiva l'indigo et le cacao. Il fallut lutter contre les Espagnols, qui brûlèrent le Cap en 1690 : Ducasse réussit à se débarrasser des flibustiers et à assurer l'indépendance de la colonie, qui fut reconnue par l'Espagne au traité de Ryswik (1697).

1. « L'Espagne ne conçut pas la fondation des colonies comme une entreprise «tile aux enfants de la métropole et à l'industrie, qui trouvait là un nouvel élément d'activité ; elle ne chercha aux Amériques que de l'or et de l'argent. Ce n'était point leur fertilité ni les relations de vastes contres de civilisation à •créer qu'elle avait en vue, c'était leurs mines de riches métaux qu'elle voulait -exploiter. » (V. Schoelcher, Colonies étrangères et Haïti, I, 310.)

Liberté du commerce au dix-huitième siècle. — La colonie fut soumise au régime des Compagnies (Compagnies de Saint-Louis, Compagnie des Indes). Après une révolte générale (1722-27), on supprima les lettres patentes, accordées à la Compagnie, et tous les Français purent commercer librement, moyennant un droit de 3 p. 100. Cette demi-liberté assura une prospérité inouïe : en 1789 la population comprenait 30,000 créoles, 28,000 hommes de couleur (mulâtres et noirs libres), et 500,000 esclaves ; elle tit cette année un chiffre d'affaires de 716 millions, qui rapportèrent au trésor 21,587,000 livres'.

Haïti pendant la Révolution. — Survint la révolution de 1789, qui provoqua une série de révoltes : les blancs voulurent se rendre indépendants de la métropole, suivant l'exemple des États-Unis ; les petits blancs demandèrent la suppression des privilèges, sans songer que l'égalité pourrait aussi être réclamée par les mulâtres ; enfin, pendant que ces derniers faisaient valoir leurs droits d'hommes libres, les esclaves nègres préparèrent une révolte générale. L'assemblée nationale ne sut pas distinguer toutes ces variétés de prétentions qui répondaient aux variétés de races. Elle rendit des décrets contradictoires. Les blancs réussirent à supprimer tout pouvoir de la métropole, et s'administrèrent au moyen d'assemblées locales ; les mulâtres obtinrent aussi la reconnaissance de leurs droits; le député Santhonax ne reconnaît dans la colonie que deux classes d'hommes, sans distinction de couleur : des citoyens libres et des esclaves (1792). Mais l'année suivante le même Santhonax, effrayé par une révolte d'esclaves, proclama Taffranchissement général (29 août 1793). Les nègres prirent pour chef Toussaint, esclave de l'habitation de Breda; il maintint l'influence française, chassa les Anglais qui avaient été appelés par les blancs, et fonda une vraie république, qu'il administra avec le concours des blancs; les anciens esclaves durent se faire soldats ou ouvriers d'agriculture. Il rédigea une constitution (2 juin 1801), qui reconnaissait la suzeraineté nominale de la France; il la transmit au premier consul avec une lettre qui portait cette suscription : Le premier des noirs au premier des blancs. Bonaparte y répondit par l'envoi de l'expédition Leclerc; Toussaint traita et se retira sur une de ses habitations; il y fut traîtreusement arrêté par le général Brunet et envoyé au fort de Joux, d'où on le transféra dans une prison de Besançon; il y mourut en avril 1803.

L'île devient indépendante. — Les nègres triomphèrent dans l'île, dont l'indépendance complète à l'égard de la France fut proclamée le le' janvier 1804; la France la reconnut par un traité de 1825. Saint-Domingue a repris son nom primitif de Haïti et forme actuellement deux républiques. Celle de l'Ouest, peuplée en majo-

1. « Rien d'approchant ne se retrouve dans les fastes du monde, elles colonie' des nations nos rivales étaient à cet égard restées loin do notre Saint-Domingue. » (C.-C. RoBiM, Voyages dans la Louisiane, I, 296.)

La colonie espagnole n'avait que 15i,000 habitants.

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