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COLONIES HOLLANDAISES

Les Hollandais possèdent Saint-Eustache depuis 1635, et partagent avec la France l'île Saint-Martin. Ce partage remonte à 1648, époque du départ des Espagnols, qui emmenèrent les colons à Porto-Rico. Quatre Français et cinq Hollandais se cachèrent dans les bois, et, restés seuls maîtres de l'île, convinrent de se la partager au nom de leurs souverains; le traité fut signé le 23 mars 1648 sur la montagne des Accords. Les îles Sous le vent, do ut Curaçao, appartiennent au littoral de l'Amérique du Sud.

Méditerranée américaine. — « Entre la pointe méridionale de la Floride et le delta de l'Oréncque, l'Amérique insulaire déploie, en une large courbe de 3,000 kilomètres,

orientée du nord-ouest au sud-est, sa double traînée d'îles sur la mer des Antilles, mer intérieure, largement ouverte du côté de l'Atlantique, que le détroit de la Floride au nord, le canal de Yucatan au sud, relient au golfe du Mexique. Cette Méditerranée américaine, qui, sous le nom de mer des Antilles, de Bahama et de Gayman, baigne les îles des mêmes noms, ne mesure pas moins de 3,017,810 kilomètres carrés, plus que la Méditerranée d'Europe, qui n'en recouvre que 2,500,000. Un long plateau sous-marin la sillonne du nordouest au sud-est, formant le double socle sur lequel reposent les îles Bahama au nord, les grandes et les petites Antilles au sud. Si à la superficie de la mer des Antilles l'on ajoute celle du golfe du Mexique, qui en forme le prolongement occidental, on obtient une nappe d'eau de 4,554,138 kilomètres carrés, dont la thalassographie est l'une des mieux connues de notre globe. On en a dessiné les passes, étudié la flore marine, déterminé la température, sondé les profondeurs; on a dressé la carte du relief orographique de la cuvette, mesuré les abîmes qui, comme celui de la Fosse de Bartlett, se creusent brusquement à 6,269 mètres au sud de l'île du agrnd Gayman, comme celui de la Fosse de Yucatan, s'allongeant en une longue dépression de 4,500 mètres. On a relevé les contours des bancs de Rosalina, de Pedro, de MosquiLos, qui s'étendent depuis la pointe de la Jamaïque jusqu'à celle de Gracias a Dios, de môme que l'on a constaté, au nord de Porto-Rico, l'existence d'un gouffre de 8,431 mètres de profondeur.

Les ouragans.— Les courants. — De redoutables coups de vent, auxquels les marins, empruntant aux Garaïbes le mot Kurakan par lequel ils les désignent, ont donné le nom d'ouragan, soulèvent de temps à autre, mais surtout de juillet à octobre, les flots de la Méditerranée américaine. Ges ouragans sont dus aux vents de la région polaire, qui, s'engouffrant dans la longue vallée du Mississipi, déplacent d'énormes masses d'air et les entraînent dans ce bassin surchauffé, pôle de chaleur qui appelle à lui les couches froides du nord, vers lequel remonte son gigantesque fleuve marin, le Gulf- Stream, dont le débit, de 5 milliards de mètres cubes par seconde, égale celui de 300,000 fleuves comme le puissant Mississipi.

Légende de l'origine des Antilles. — ... Au sud de Bahama s'étend la ligne recourbée des Antilles. Une vieille légende caraïbe raconte qu'aux temps passés on vit se dresser sur la

cime de la Cumbre du Venezuela la silhouette d'un géant. Son bras puissant dessina le geste hiératique et solennel du semeur confiant à la terre féconde des grains mystérieux, et des centaines d'îles échappées de sa main s'éparpillèrent en une courbe régulière sur les eaux bleues de la mer des Caraïbes. Les plus légères portèrent moins loin. Ce furent les Petites Antilles, Grenade, Saint-Vincent, Sainte-Lucie, la Martinique, Dominique et la Guadeloupe. Les plus lourdes, les Grandes Antilles, disparurent à l'horizon lointain. Dans leur cycle régulier elles enserrent la Méditerranée américaine.

... On les appela d'abord Indes occidentales. Colomb, qui les découvrit, se croyait au seuil de l'Inde... Quand on reconnut l'erreur, ce fut pour en consacrer une autre, pour identifier ces îles avec la terre mystérieuse d'Antilia qui figurait sur les cartes et les portulans du moyen âge, terre fantôme que la légende plaçait par delà les flots de l'Atlantique, qui reculait à mesure que l'on avançait, et qui n'était peut-être que le grand continent américain où le fils d'Éric le Rouge aborda vers l'an iOOO. Ce nom d'Antilles a prévalu dans l'usage...

Bermudes. — ... En venant d'Europe on trouve les Bermudes. Bien que situé encore en plein Océan, entre la mer de Sargasse et le Gulf-Stream, cet archipel anglais se relie aux Bahama et aux terres antiliennes par le socle sous-marin qui le porte. Cent cinquante îles ou îlots composent ce groupe, dont la population n'excède pas 20,000 âmes, et dont le climat est, après celui de certaines îles océaniennes, l'un des meilleurs qui soient, l'un de ceux où l'allernance des saisons est le mieux équilibrée. Les oscillations de la température se maintiennent entre 16 et 31 degrés; la moyenne, supérieure à celle de Madère, est de 21 degrés...

Ici le voisinage du tropique du Cancer et la proximité du nouveau monde ne s'aimoncent pas seulement par le changement de couleur des eaux, par les fiots bleus et tièdes du Gulf-Stream succédant aux ondes vertes de l'Océan. Depuis plusieurs années, à ce premier caractère physique est venu s'en joindre un second, très sensible surtout de janvier en mai : le parfum que la brise emporte au large, et que dégagent les tleurs d'une liliacée, le lis des Bermudes, dont les vastes cultures ont totalement modifié l'aspect de ce groupe d'îles.

Lis des Bermudes. — L'extension de cette culture date d'il y a peu de temps; elle est due au général Russel Haslings.

Le lis des Bermudes, Lilhim longifloriim eximhim, est d'origine japonaise; les Asiatiques l'apprécient fort, et il figurait en belle place, peint de main de maître par un artiste de Kioto, sur une pièce de soie que le mikado fit tenir, en 1887, à l'auteur de ces lignes, et sur laquelle les plantes les plus rares de l'empire fleuri étaient reproduites avec un art merveilleux. On ignore la date de sa transplantation aux Bermudes; il y a trouvé son sol et son climat d'élection, et quelques années avant l'arrivée du général Hastings, on l'y rencontrait dans presque tous les jardins. Lors d'un séjour qu'il fit dans cette station hivernale, le général fut émerveillé de la beauté et du parfum de ces lis, de leurs remarquables dimensions et de leur facile reproduction. L'idée lui vint de tirer commercialement parti de cette plante aux formes élégantes et pures, d'en multiplier les bulbes, de les expédier aux grands horticulteurs des États-Unis, et aussi d'essayer l'envoi de hampes coupées. On n'ignore pas la passion des Américains pour les fleurs; ils la poussent plus loin encore qu'on ne fait •en Europe, et, pour la satisfaire, ils mettent à contribution le monde entier.

... Les horticulteurs américains firent donc aux propositions du général Hastings un accueil des plus favorables; mais, bien que la traversée des Bermudes à New-York ne prît que trois jours, les essais d'envoi de fleurs coupées ne réussirent pas; force fut de se rabattre sur les bulbes. Ceux-ci prospérèrent, et les prix ofl'erts furent tels que le général Hastings résolut de tenter l'expérience sur une grande échelle et de s'assurer des résultats que donnerait la vente, non plus de bulbes récollés çk et là dans les jardins négligemment entretenus, mais provenant de plantes cultivées avec soin. Il entrevoyait dans cette exploitation une source importante de profits pour les habitants; il le leur expliqua et les invita à se mettre à l'œuvre. Défiants, comme tous les paysans, ils s'obstinèrent, suivant avec incrédulité les essais de M. Russel Hastings; mais quand ils virent les commandes affluer, les envois se succéder, ils s'empressèrent de suivre son exemple; aujourd'hui, riche ou pauvre, chaque cultivateur a son champ de lis.

La culture en est simple, mais un sol riche et abondamment pourvu de fumier est nécessaire, car le lis est une plante très épuisante. Les bulbes sont plantés à des intervalles de oO centimètres, en août, septembre et octobre; les fleurs, au périanthe campanule, long de 15 centimètres et du

blanc le plus pur, commencent à apparaître en janvier et persistent jusqu'en mai. Ces tieurs sont portées, par groupes de huit à quarante, sur une hampe dont la longueur varie de O^jôb à l'",30; on a vu même une senle tige en porter 143. La récolte des bulbes commence au milieu de juin et dure jusqu'à la fin de septembre ; on procède au triage des bulbes sortis de terre; ceux qui ont une taille marchande, c'est-àdire de 15 à 25 centimètres de circonférence, sont expédiés dans des caisses de sciure de bois sur New-York, Londres et Paris, où on les plante dans des pots mis en serre, pour obtenir des tieurs pendant l'hiver.

Bananes de Bahama. — Les îles Bahama cultivent les fruits. Au premier rang le bananier, Miim paradisiaca. Il fut, au dire des chrétiens d'Orient, l'arbre fatal de la science du bien et du mal, celui dont le fruit savoureux lenta Eve... La banane est plus salubre et plus nourrissante qu'aucun fruit; elle est aussi plus abondante et plus appréciée des Américains; elle convient aux enfants comme aux adultes, ne contient ni pépins ni noyaux, ne donne presque aucun déchets

La culture sur une grande échelle en est de date relativement récente. Les débuts de cette culture et les résultats qu'elle donne valent d'être étudiés au point de vue des progrès rapides d'une exploitation et d'un commerce peu connus en France et dont l'extension dans nos colonies pourrait donner d'heureux résultats. L'initiative prise par un homme intelligent et actif fut le point de départ de l'industrie que nous signalons, et qui, dans ces cinq dernières années sur-

i . Bananier à Porto-Rico. — « Le bananier, c'est la plante par excellence des Ibaros ; il n'en est pas d'un rapport plus abondant, d'une culture plus facile. Une fois en terre, elle pousse toute seule sans demander aucun soin, et quand elle vous a donné son régimp, ^«norme grappe de bananes qui fait presque la charge d'un homme, vous la coupez simplement à ras du sol, vous retournez à votre hamac, et de son tronc il sortira bientôt un nouvel arbuste qui vous donnera, six mois après, un nouveau régime. Notez encore que le plus mince couteau est assez bon pour la couper. Sa tige, composée défibres presque sans adhésion, aqueuse, foliacée, bien qu'elle s'élève à 15 ou 20 pieds, n'olFre de résistance qu'au vent, qui la courbe sans la briser. Quant ù la banane elle-même, elle n'est pas moins commode : verte ou mûre, cuite ou crue, elle plaît également au goût ; il suffit de lui enlever l'écorce avec les doigts pour on faire un repas substantiel, agréable ; enfin elle se prête à mille préparations sans en exiger aucune. Le bananier semble avoir été créé pour la gent fainéante des Ibaros. » (V. ScHCELCHER, Colonics étraïKjèrcs et Haïti, I, SlO.Pagnerre, 1843.)

tout, a créé entre les États-Unis et les Antilles un mouvement commercial nouveau, se chiffrant déjà par des millions et mettant en œuvre des capitaux considérables.

Origine des cultures, — Ce pionnier se nommait Antonio Gomez; il était d'origine espagnole et tenait, à Baracoa, un modeste magasin d'approvisionnements: effets d'habillement pour les matelots, biscuits et porc salé, sucre et café pour les fermiers des environs et pour les goélettes côtières. Baracoa, situé sur la côte nord et à l'extrémité orientale de l'île de Cuba, fut, pendant un temps, la première capitale de l'île; mais elle ne garda pas plus de cinq ans son rang de capitale, dont la déposséda Santiago, dépossédée elle-même par la Havane. La petite ville décrut, et sa population tomba à 3,000 habitants. Son port, étroit, mais sûr, n'était plus visité que par quelques navires de cabotage venant de Bahama ou d'Haïti; l'argent y était rare, et le commerce d'Antonio Gomez consistait surtout en échanges. Ses clients, fermiers, planteurs ou capitaines, le payaient d'ordinaire en feuilles de tabac qu'il expédiait à la Havane.

Parfois aussi des cultivateurs s'acquittaient en régimes de bananes. Antonio Gomez n'appréciait guère ce mode de payement; mais, faute de mieux, il l'acceptait, et confiait ce produit encombrant, de médiocre valeur et de conservation difficile, à quelque capitaine de goélette en partance pour New-York ou la Nouvelle-Orléans, avec mission de l'échanger contre des objets fabriqués. La traversée prenait alors de douze à quinze jours, et les trois quarts des bananes, cueillies trop mûres et mal arrimées, se gâtaient au cours du voyage, ne laissant à Gomez que de bien minces profits; mais il était patient. Sa patience fat récompensée. Un heureux envoi lui valut une commande d'un marchand de fruits en gros, ladite commande appuyée d'un acompte en argent. Encouragé par cette rentrée de numéraire que d'autres ne tardèrent pas à suivre, il lia partie avec son correspondant de New-York. Commandité par lui, il étendit ses crédits aux fermiers, crédits payables en régimes de bananes, puis il acheta des terrains, qu'il planta; enfin il fréta une goélette, qu'il chargea de bananes, et l'expédia à New-\'ork. La traversée fut longue, et la moitié de son chargement invendable, mais le reste donna un gros bénéfice, qu'il employa immédiatement à l'achat et à la mise en cultures de nouveaux terrains. Les ordres d'envoi se succédaient, rapides et avantageux. Gomez traita alors avec les fermiers pour l'achat de leurs récoltes sur pied; il

construisit des hangars pour abriter les régimes que les caravanes d'ànes lui amenaient de toute la région environnante, et, grâce à son activité, il en arriva à expédier régulièrement sur le seul marché de New-York jusqu'à 2,000 régimes de bananes par semaine. Il les payait un franc en marchandises, il les revendait de 5 francs à 7 fr. 50 en numéraire.

Ce n'était encore qu'un début; les commandes se multipliaient en même temps que les envois. Jusqu'alors on ne cultivait à Baracoa qu'une variété de bananes, dite rosée: c'est la Musa paradisiaca des botanistes; son rendement est d'environ 25 kilogrammes de fruits par régime. Gomez avait remarqué que la banane verte, dite porgie ou bananier de Chine, mûrissait plus tôt, se vendait mieux et laissait un bénéfice plus considérable. Il s'ingénia donc à en multiplier la culture, et Baracoa ne tarda pas à être entourée d'une verdoyante ceinture de bananiers...

Exportation sur les marchés des États-Unis. — ... En 1 880 on s'avisa de recourir au transport rapide par bateau à vapeur, pour diminuer la perte énorme de 50 p. 100 sur les expéditions. Le résultat dépassa les espérances. Dans l'entrepont, aménagé à cet elTet, les régimes étaient accrochés et maintenus à distance les uns des autres, de manière à ne pas s'entre-choquer; chaque jour on les visitait, détachant les fruits avariés, et on arriva à réduire de 50 à 30, puis à 20 p. 100 le déchet occasionné par le voyage. Plus tard on devait faire mieux encore, et le ramener à 5 p. 100. Cueillies au début de leur maturité, transportées en peu de jours à New- York, les bananes y arrivaient en bonne condition... On compte actuellement 90 navires affectés à ce genre de transport entre les Bahama et les Grandes Antilles d'une part, et les ports de New-York, Boston, Philadelphie, Baltimore et la Nouvelle-Orléans de l'autre ^

Nassau exporte d'autres fruits. — ... Ce qu'a été Baracoa

1. u A l'heure présente, la banane est un fruit de consommation courante, populaire dans tout le pays; on la voit chez, tous les petits marchands, dans toutes les échoppes, aussi bien qu'à la vitrine de» meilleures maisons. Commode à manger, en ce qu'elle ne tache point, toujours propre, puisqu'elle ne voit le jour qu'au moment où on la déshabille, et n'a pu être souillée par les mains d'autrui. l'eau où la poussière, et de consistance tendre, savoureuse au goût, elle a bien des raisons de plaire; et elle plaît... » (H. pe Vabigny, En Amérique, p. 30-31.)

importation en 1891, 12.605,386 régimes. La culture delà banane donne un rendement eioellent : Humboldt a fait remarquer que la superficie de terre qui en blé donne 33 livres, en donne 98 en pommes de terre, et en bananes 4,000.

« Chaque habitant des Étals-Unis consomme en moyenne 20 bananes par an. » (Id., ibid., p. 33.)

pour la culture des bananes, Nassau l'est aujourd'hui pour d'autres fruits tropicaux dont l'exportation s'accroît rapidement, tels la mangue^, Manglfera Indlca, fruit de premier ordre, dont le goût de térébenthine déconcerte au premier abord le palais des Européens, qui s'y habituent promptement et en arrivent à le proclamer l'un des meilleurs qui existent; il •est celui dont les habitants des tropiques sont le plus friands ; puis le chérimoya, Cherimolia Miller, au goût délicat et parfumé, et que les Américains désignent du nom de Custard apple; l'avocat, ou Persea gratissima, originaire du Mexique, du Pérou et du Brésil, à la chair fondante; l'arbre à pain, Actocorpus incisa, dont les fruits volumineux se récoltent toute l'année, à la condition de réunir sur la même plantation les espèces précoces et tardives; il est très répandu aux Antilles, ainsi que dans les îles de l'Océanie, où, cuit sous la cendre, il remplace pour les blancs, au cours du voyage, le pain dont les indigènes ne font pas usage. Puis la sapota, fruit savoureux d'un arbre renommé pour les propriétés fébrifuges de son écorce; la goyave, Psidium guijaca, aux larges baies succulentes, de la grosseur d'un œuf, à la chair sucrée, légèrement acidulée et parfumée; le tamarin, Tamarindui Indica, au port majestueux, au feuillage épais, et du fruit duquel on fabrique une boisson des plus rafraîchissantes; et bien d'autres encore affluent sur les marchés américains. Ces fruits des tropiques y font aujourd'hui partie de l'alimentation générale, alors qu'en Europe la plupart sont encore inconnus ou se vendent à des prix excessifs, comme le chérimoya, dont on peut voir de rares échantillons aux vitrines de nos grands magasins de comestibles, au prix de 5 francs pièce, alors que, sur les lieux de production, ce fruit vaut quelques centimes.

Les ananas. — De tous ces fruits, l'ananas, Bromelia ananas, est celui dont la culture et l'exportation occupent le premier rang aux Bahama. La variété dile Providence, largement culti-

1. « Les mangues sont produites par un arbre énorme, au feuillage d'un vert foncé superbe ; c'est l'arbre national de Haïti, et chaque pied, gros comme nos plus gros châtaigniers, produit plusieurs milliers de fruits.

« Les variétés en sont innombrables; gros comme un œuf de poule au moins, légèrement aplati, vert dessus, jaune dedans, le fruit, qui renferme un gros noyau central, est très savoureux ; les Européens ont parfois du mal à s'y faire, à cause d'une assez forte odeur de térébenthine, variant d'ailleurs suivant les espèces et les terrains ; cependant, en général on s'y accoutume promptement, et l'on ne tarde pas à partager le goût des Haïtiens qui adorent ce fruit; on peut en tirer un excellent tafia et de la térébenthine.» (Paul Vibert, la République d'Haïti, Berger-Levrault, 1895, p. 32-33.)

vée dans l'île d'Eleulhera, y donne des produits volumineux et précoces. La plante se multiplie d'elle-même, presque sans travail pour l'agriculteur, et le fruit, dont le poids varie entre trois et quatre livres, cueilli avant sa maturité complète, se transporte facilement et se conserve bien. Réputé, et avec raison, Fun des plus parfumés que Ton connaisse, l'ananas fut, pendant plus d'un siècle, l'un des plus rares et des plus coûteux en Europe. La première fois qu'il parut sur une table française, ce fut en 1733 à Versailles, sur celle de Louis XV. Au commencement de ce siècle on payait jusqu'à '60 et 100 fr. ce fruit, qui, sur les lieux de production, vaut à peine quelques sous. Aujourd'hui, démocratisé, les marchands promènent en certaines saisons l'ananas dans les rues de nos grandes villes; on le trouve en tout temps chez les marchands de comestibles, et aussi, à l'état de conserves, chez tous les épiciers. Nassau est devenu le centre de ce commerce d'exportation qui prend avec les États-Unis une grande extension. Une seule maison américaine de cette ville exporte annuellement un million de boites de conserves d'ananas; elle expédie en outre, à destination des ports américains, quinze navires transportant en moyenne six millions d'ananas frais; d'autres ont réalisé de gros bénéfices sur les patates douces et les ignames. Partout, dans la mer des Antilles, l'or américain est venu stimuler la production de ces îles fortunées dont Christophe Colomb disait, dans une lettre adressée à Isabelle de Caslille : « Ces terres dépassent en richesse et en fertilité toutes les autres contrées, et l'emportent sur elles autant que l'astre du jour l'emporte en splendeur sur l'astre de la nuit. » (G. de Varigny, Revue des Deux Mondes, 1°' septembre 1893, p. 95il3.)

On peut lire sur le même sujet un récit de M. A. Salles, souscommissaire de la marine, Autour de la mer des Antilles, dans V Annuaire du Club alpin français, 1889, p. 320-347.

SAINT-DOMINOUE

Montagne magnétique. — «Avec quelle ténacité ils restent fixés dans la mémoire, les contes de notre enfance! Ni les premiers devoirs de la vie, ni les joies ou les souffrances de ce monde, ne peuvent effacer les images qui datent de cet heureux temps. Je me rappelle encore l'impression que fit

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