LA SOUFRIÈRE
Éruption de 1797. — « La Guadeloupe a au milieu d'elle un ennemi qu'elle ne craint pas, parce que, par habitude, elle s'est familiarisée avec lui : c'est le volcan.
En 1696 la Soufrière lançait encore des cendres et jetait une fumée mêlée d'étincelles. « 11 en sortait une fumée noire mêlée d'étincelles de feu, » dit Labat.
Depuis cette époque, le volcan non seulement ne faisait plus d'éruption, mais encore on aurait dit qu'il allait s'éteindre. En 1797 il ne montrait sa vitalité, de même que de nos jours, que par des jets de vapeur, qui sortaient en sifflant de quelques crevasses delà montagne.
Le 28 septembre, sur les six heures du soir, par un temps calme et serein, le vent étant à l'est, un bruit sourd, semblable au grondement du tonnerre, se fit entendre à Basse-Terre, dans les environs et même dans quelques parties de la Grande- Terre. Ce bruit cessa sans qu'on pût en connaître la cause. A huit heures il recommença, accompagné d'une légère secousse de tremblement de terre, et alla toujours en augmentant jusqu'à éclater comme la décharge d'une pièce d'artillerie. On fut certain alors qu'il venait du volcan. Vers minuit les personnes qui dormaient furent réveillées par des mugissements profonds et étranges : on eût dit la grande voix de l'ouragan, mêlée et confondue avec le bruit de vagues en fureur se brisant contre des rochers. Ces mugissements, qui durèrent deux heures et demie, plongèrent dans un sentiment de grande terreur les habitants qui étaient le plus à proximité du volcan. Une forte odeur de soufre se répandant dans l'air et l'altérant détermina la mort de quelques personnes déjà affaiblies par des maladies chroniques. Un nuage noir et épais enveloppa la montagne. Poussé par le vent d'est, il s'avança, tel qu'un immense crêpe funèbre, sur le Malouba et les Vieux-Habitants, plongea ces deux communes dans de profondes ténèbres, et s'étendit sur la mer à perte de vue. 11 était formé d'une cendre grise, rude au toucher, laquelle, tombant en pluie, couvrit la terre et les végétaux de tous les lieux sur lesquels passa le nuage.
La Rivière-Noire, dont la source est voisine delà Soufrière,