I. - COLOMBIE, VENEZUELA ET EQUATEUR
C. Colomb au golfe de Paria. — C. Colomb y aborda le premier daus son voyage de 1498; après avoir découvert l'île aux trois monts, — la Trinité, — il vint s'arrêter près de la pointe de Pena; malade, Colomb ne quitta pas son vaisseau; mais les Espagnols entrèrent en rapport avec les indigènes et en furent bien accueillis. Ils donnèrent à cette terre le nom de Paria, mot qui, d'après Crevaux, désigne l'arc des sauvages et le bois très dur avec lequel on le fabrique. Colomb fut persuadé qu'il avait trouvé un continent, et un continent très étendu : ycreo que esta tierra... sea grandissima. Il en jugeait ainsi d'après le courant d'eau douce qu'il avait constaté et étudié dans le golfe : c'était celui de l'Orénoque.
Découvertes de A. de Hojeda. — Le iO avril 1495, le roi d'Espagne avait accordé une licence générale d'organiser des voyages d'exploration ou d'exploitation, à la condition de verser au trésor une part des bénéfices (le quart ou le cinquième). Alonzo de Hojeda fut un des premiers à profiter de cette liberté : Hojeda avait accompagné Colomb dans son second voyage et donné la preuve du plus grand courage à Hispaniola. Revenu en Espagne, il se laissa influencer par les ennemis de Colomb, qui le décidèrent à naviguer pour son compte. Il partit de Séville en 1499 avec Jean de la Cosa, Americo Vespucci, et aborda sur un point de la côte brésilienne que l'on ne peut déterminer ; il longea le littoral des Guyanes, entra en lutte avec des indigènes, et découvrit le grand golfe de Maracaïbo; il fut surpris de trouver là des constructions lacustres sur pilotis, et appela le pays Venezuela, la petite Venise. Hojeda revint plusieurs fois sur ce littoral, dont il fut le grand explorateur, le véritable conquérant, mais dont il ne sut pas exploiter les richesses.
Nino et Bastidas. — Pedro-Alonzo Niîio fut plus heureux: venu sur les côtes du Venezuela un peu après Hojeda (1499), il s'arrêta dans l'île Margarita, dans la baie de Cumana, où il échangea ses pacotilles contre des perles ; il y retourna en 1500 et rapporta 96 livres de perles grosses comme des noisettes, dit P. Martyr. La côte s'appela désormais côte des Perles; elle prit aussi le nom plus général de Terre-Ferme, depuis le golfe de Paria jusqu'à l'isthme de Darieu. Elle fut encore explorée de 1500 à 1502 par Rodrigo de Bastidas, qui fit une campagne fructueuse.
Il découvrit la ville indienne de la Calamari (loOl), qui fut remplacée eu 1533 par la ville espagnole de Carthagène.
Balboa. — En 1309 l'amiral doui Diego (fils de Chr. Colomb), gouverneur de Saint-Domingue, voulut coloniser la Terre-Ferme et en partagea le littoral entre Hojeda et Nicuessa. Hojeda eut la partie orientale, du cap Vêla au golfe d'Uraba, qui s'appela Isi Nouvelle- Andalousie; Nicuessa obtint les côtes de l'Amérique centrale, d'Uraba au cap Gracias-a-Dios; on appela cette région la Castilled'Or. Vasco Nunez de Balboa, noble castillan, qui avait pris part au voyage de Rodrigo de Bastidas, fut intéressé à l'entreprise; après le départ de Hojeda, qui vint mourir pauvre à San-Domingo, si pauvre qu'il fallut mendier un linceul pour l'ensevelir', Balboa prit la direction de la colonie; il fondsi Sainte-Marie l'Ancienne du Darien {Santa-Maria la Antigua del Darien), sur la rive gauche du golfe d'Uraba, et réussit à se débarrasser de Nicuessa, qui fut embarqué sur un mauvais brigantin dont on n'entendit plus parler dans la suite (loi 1). Balboa fut un administrateur habile de la Castille-d'Or ; prévenu par le fils d'un cacique de l'existence d'un grand océan, il découvrit la mer du Sud le 25 septembre 1513 et arriva sur la côte de la baie Saint-Michel le 29. Ujfut mal récompensé; Ferdinand envoya en 1515 un nouveau gouverneur, Pedrarias Davila, qui fit périr le conquérant d'une façon indigne, en 1517. Ce Pedrarias fonda Panama en 1518.
Les Allemands au Venezuela. — L'audience royale de Saint-Domingue recevait souvent des plaintes contre des particuliers de l'Ile qui allaient dépeupler la Terre-Ferme; ou y envoya eu 1527 le facteur royal Jean d'Ampuez, qui fonda, dans un endroit appelé par les Indiens la Coriane, la ville de Coro, qui devint très florissante. Jean d'Ampuez occupa aussi les trois îles Curaçao, Oruba, Buenaire. En 1528 Charles-Quint livra le Venezuela aux Fugger, d'Augsbourg, qui espéraient se dédommager des avances faites à l'empereur en exploitant l'or du pays. La colonie allemande, conduite par Alfinger et Barthélémy Sailler, partit de Coro en 1529 pour exploiter les tribus indiennes, qui furent durement traitées : les Indiens périrent par milliers. Alfinger entendit parler d'une maison d or située dans l'intérieur; il partit avec un convoi de porteurs indiens enchaînés comme des galériens, et chacun, avec sa chaîne qui lui pendait au cou, avait à porter une charge qu'on n'aurait pas voulu donner à des mulets. Quand un tombait, on ne prenait pas la peine de détacher le collier qui le tenait attaché avec les autres, on lu coupait la tête. Alfinger mourut, ainsi que son lieutenant; les Fug-
1. « Jamais homme ne fut plus propre pour un coup de main, pour faire et pour souffrir de grandes choses sous les ordres ou la direction d'un autre; n'eut Je cœur plus haut, ni plus d'ambition de se faire un grand nom, ne s'embarrassa moins de la fortune, ne montra plus de fermeté d'âme et ne trouva plus de ressources dans son coiiraije, mais ne fut moins fait pour être chargé en chef d'une grande entreprise, la conduite et le bonheur lui ayant toujours masqué égali- ME.NT. » (Chaklevoix, Histoirc de Saint-Domingue, II, 89-90.)