‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 97 sur 142 · POPULATION DE LA GUYANE · texte numérisé non relu

POPULATION DE LA GUYANE

clairer et la moraliser, nous ne pensons pas qu'on obtienne de ce côté aucun résultat sérieux.

Les mulâtres. — 11 en est tout autrement de la race mulâtre, qui comprend admirablement ses intérêts, étudie, travaille, tient en main une bonne partie du commerce de Cayenne, et envoie ses enfants s'instruire dans les collèges de la métropole. La moitié au moins des membres de la chambre d'agriculture et de commerce sont des hommes de couleur. Les mulâtres de la Guyane ont les mêmes défauts et les mêmes qualités que leurs frères des Antilles, avec plus de douceur dans le caractère. Si les familles malheureuses de leur race sont peu cultivées, il est facile, en revanche, de trouver à Cayenne, dans les deux sexes, des jeunes gens de couleur honnêtes, instruits et bien élevés.

Les Indiens. — Les Indiens originaires de la Guyane ne peuvent être cités qu'à titre de curiosité. Peu à peu ces pauvres gens s'éloignent des points du territoire occupés par d'autres races; quelques-unes de leurs tribus s'enfoncent dans la forêt vierge, au centre de l'Amérique; d'autres, moins sauvages, se montrent de temps en temps sur les points occupés par l'envahisseur. C'est une race que l'on dirait frappée d'un mal inconnu et sans remède, qui la condamne à disparaître dans un avenir peu éloigné.

Les Indiens du Maroni sont généralement des hommes trapus, au torse très développé et aux jambes courtes. Leurs cheveux sont droits et lisses, leurs traits ne sont pas laids, bien qu'ils aient la bouche grande, le nez souvent camard, les pommettes un peu saillantes et le front bas. Le regard des jeunes gens ne manque ni de fmesse ni d'intelligence. Leur peau est cuivrée, mais ils la rougissent avec le rocou pour se préserver des piqûres de moustiques.

Leur costume n'est pas compliqué; quelques tatouages, un pagne, et, dans les grandes circonstances, des plumes sur la tête. De môme pour les femmes, qui se serrent en outre les jambes à l'aide d'étroites bandelettes rouges au-dessus et audessous des mollets.

Définir le caractère indien n'est pas chose facile. Habituellement ils paraissent très doux, et cependant on nous a cité certains traits cruels qui font peu d'honneur à leur loyauté. Le poison doit être leur arme la plus ordinaire pour se débarrasser d'un ennemi ou d'un ami gênant.

Le vice dominant des Indiens est l'ivrognerie; ils boivent sans hésitation l'extrait d'absinthe pur, et, à défaut de tafia.

se soûlent de la façon la plus honteuse avec une boisson fermentée extraite d'une plante qu'ils nomment le cachiri.

Nous avons eu l'occasion d'assister à l'une de ces débauches, dont le prétexte était, s'il nous en souvient, une simple visite de tribu à tribu. Sur la terre nue, au milieu d'un carbet, reposait un énorme vase rempli de la pernicieuse liqueur. De côté et d'autre se trouvaient quelques hommes accroupis ou couchés; trois ou quatre femmes s'approchèrent du vase, remplirent la calebasse que chacune d'elles tenait à la main, et vinrent toutes l'offrir à l'un des Indiens, en pliant les jambes et les redressant ensuite. L'homme privilégié avala successivement le contenu des calebasses, que les femmes remplirent de nouveau et revinrent lui offrir jusqu'à ce qu'il tomba, littéralement gonflé comme une outre par cette énorme quantité de boisson. Lorsque tous les Indiens eurent été mis dans le même état, les femmes se firent entre elles des politesses analogues, dont nous n'eûmes pas la curiosité d'attendre le résultat.

Des gargoulettes, des paniers assez jolis, connus sous le nom de pagaros, du poisson et du gibier, tels sont à peu près les seuls objets que les Indiens viennent échanger contre du tafia et quelques pièces de monnaie. » (Ch. Chabault-Arnault, Revue maritime et coloniale, août 1876, p. 420-422.) j

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