C’est aussi ce que dit Batisto Bonnet, loc. cit
qu'à 10 heures de la nuit. Ces seize heures consécutives de labeur opiniâtre nous laissent, le soir, le corps tout endolori; six heures de repos ne suffisent pas à réparer les forces, et les membres sont encore brisés de fatigue quand on reprend la besogne du lendemain. En hiver, il est des endroits où l'on se lève dès 5 heures du matin, en d’autres plus tard. Le soir, nous sommes encore souvent
dans les étables à 6 heures, ce qui fait, en rabattant le
‘temps des repos, douze heures environ de travail quotidien (1). Et vous, servantes, vous travaillez pendant l’hiver jusqu’à la fin des veillées, vers 10 heures du soir; en été, vous ne vous couchez jamais plus tôt, car vous devez vous occuper de nettoyer la vaisselle après le repas du soir, corvée qui n’est guère terminée avant 10 heures. Levées en toutes saisons depuis 4 ou 5 heures du matin, vous êtes donc astreintes chaque jour à dix-sept ou dixhuit heures de travail; ce qui est exagéré. (Il n’est pas de repos pour les femmes durant la prise des repas, car elles mangent ordinairementen servant les hommes à table.). »
Cette peinture parait un peu poussée au noir. IL est
pourtant des cas où elle n’est que trop véridique. Aux
1. Dans la séance du 9 décembre 1910, M. Camuzet, député de la Côte-d'Or, objectait à M. Compère-Morel, celui-ci posant en principe que la journée de travail en hiver était de dix heures en moyenne dans la Côte-d'Or, que travailler pendant si longtemps dehors pendant la mauvaise saison était matériellement impossible. M. Compèére Morel répondait que le travail des champs n'était pas tout pour les domestiques ni pour les journaliers. Ceux-ci travaillent chez eux en rentrant de leur journée, et ceux-là, de retour des champs,se livrent aux travaux habituels de la ferme.
jours de moisson ou de fenaison, nul doule que le travail ne soit long et pénible. Mais il n’y a guère de moyens de le rendre plus court et moins faligant. Nous l'avons montré, on fait ce qu'exige la nalure. des choses, car ce n'est évidemment pas par calcul ou malin plaisir que le patron demande à ses ouvriers un nombre d'heures de travail considérable. Il y cest contraint par ce que chacun des actes de l’agriculture a de ponctuel et de pressant. La meilleure preuve,c'est que le pelil propriélaire autonome, aussi désireux qu'ouvriers et domestiques de ne point se fatiguer quand ce n'est pas nécessaire, affronte comme ceux-ci et plus ardermment parfois, la lassante période des grands travaux.
‘Mais pénétrons plus avant dans la question, et pour détruire l'argament des intervenlionnistes d’après lequel l'excès du travail agricole serait préjudiciable à l'individu comme à sa poslérilé, consultons les autorités médicales.
Dans ses Nouveaux éléments d'hygiène. recherchons l'opiuion du D° Arnould el nous verrons que, selon lui, « bien que pénible, le travail des champs ne nuit pas en général à l'individu, mais favorise, au contraire, son développement et prolile en somme à la race ».
Le danger ne saurait naitre que quand, après un labeur
excessif (1), le travailleur ne trouve pas dans l'aliment et
1. Au VI Congrès national des syndicats agricoles tenu à Angers, un rapporteur s’exprimait ainsi : « L’ouvrier agricole, s'il travaille plus longtemps que l’ouvrier des villes, est bien rarement surmené : il suit le pas lent de son cheval ou de ses bœufs, change de besogne