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sème le maïs. Juin est la pleine saison du fauchage des foins, du sarclage des pommes de terre, des betteraves et du maïs. Avec juillet vient le temps des moissons pour les blés, des sulfatages pour les vignes. Que l’année soit normale, la cucillette des fruits et des raisins se fera en septembre. Durant le mois d'octobre on engrange le sarrasin et on effectue les semailles du froment. Enfin, de novembre à avril, quand la neige ou la pluie n’y sont pas un obstacle, on va couper dans les forêts le menu bois dont on fait des fagots et les arbres qui serviront à l'industrie ou au chauffage.
Cette esquisse des principaux travaux de l’agricullure dans la révolution d’une année, esquisse dont la prétenlion, cela va sans dire, n’est pas de convenir à tous les climats, montre d’une façon suffisante le caractère éminemment saisonnier du labeur champêtre. Certains actes doivent être exécutés à certaines dates. Bien fou qui prétendrait moissonner en octobré ou vendanger en avril. Et cette obligation pour le cultivateur de conformer sa conduite aux exigences de la nature,n’est pas le moindre empêchement à une stricte limitation de la journée ouvrable. Mais ce qui vientencore augmenterla difficulté, c'est tout d'abord l'exiguité du temps pendaut lequel un travail donné peut être fait, c'est ensuite la fréquente complication qu'apportent avec elles les intempéries.
a) Nous avons dit plus haut que les vendanges ont géné= ralement lieu au mois de septembre ; cela ne veut pas dire
que le viticulteur ait trente jours devant lui pour cueillir
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ses raisins. Il est de toute nécessité que les grappes soient mûres à point, c'est-à-dire qu’elles n'aient aucun goût de verdeur et qu’à l'opposé elles ne commencent pas à perdre de leur qualité par pourriture ou flétrissure. Or, l'exacte maiurité n’a qu’un temps, et c’est au moment précis où elle est manifeste qu'il faut procéder à la récolte. Dès lors, il faut se hâter, car, susceptibles de restreindre par surcroit la courte période des vendanges, les intempéries sont toujours à prévoir et à redouter (1).
b) Elles le sont, à combien juste titre ! Qu'il s’agisse de ces vendanges ou des fenaisons, des labourages, des moissons, que de fois le cultivateur s'est trouvé dans l’impossibilité matérielle d'effectuer les plus urgents de ces travaux, au risque de subir les pertes les plus graves! que de fois tout au moins la venue soudaine d’un orage. la persistance de pluies fatales, l'apparition de brouillards malencontreux ont entravé son aclion et subjugué sa
volonté!
$ 2. — Arguments pour et contre la réglementation
Aussi, comme de pareils contretemps se répètent avec quelque fréquence, la pensée est venue à beaucoup que les travailleurs des champs n’ont pas besoin d'obtenir une limitation de la durée du travail (2). Ils peuvent, dit-
r. Ce qui vient d’être dit à propos des vendanges peut, bien entendu, s'appliquer à toute autre récolte.
2. Dans ce sens, Auclair, Les Lois ouvrières el l’agriculture, p. 67.
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on, trouver dans ces repos forcés la compensation de leurs précédentes fatigues, ou, si l’on préfère, de petits congés de fortune laissant intactes les grandes vacances de la saison d'hiver.
Cette manière de comprendre les choses est d’apparence fort judicieuse. Alternatives de fatigues et de repos, quoi de mieux ? Mais les, partisans de la réglementation, si peu nombreux qu’ils soient encore, font entendre leur voix ; et des arguments nous arrivent, qui eux non plus ne sont pas dépourvus de justesse.
Comment ! disent-ils ; tablant sur la compensation d’un repos hypothélique, vous allez continuer d'autoriser plusieurs millions de travailleurs à peiner chaque jour pendant un nombre d'heures indéterminé? vous allez pour eux perpétuer l'injustice dont on s’est partout fait un honneur, de soulager le monde industriel ? aux enfants d’un même pays vous donnerez deux régimes inégaux, accordant aux uns la faveur d'une journée de travail limitée, tandis qu’il sera loisible, en l’absence de tout texte, d’occu-
per les autres vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?..
S 3. — Examen de la question
Apostrophe impressionnante dont il nous reste à apprécier, documents en mains, le bien-fondé ou le manque de base. L
Disons-le tout de suite, les documents en la matière ne
sont pas nombreux. Jusqu'ici, on s’est assez peu inquiété de savoir combien de temps pouvaient travailler les ouvriers de la campagne ; toute l’attention était concentrée sur ceux de la ville, très dignes d’intérêt sans contredit, mais dont la situation précaire aurait pu cependant ne pas faire complètement oublier la condition de leurs frères des champs.
Quoi qu’il en soit, des renseignements précis nous sont offerls par les monographies des professeurs départementaux d'agriculture publiées dans le Bulletin du service agricole à l’occasion de la statistique de 1892. De plus, des chiffres ont été donnés par M. Compère-Morel à la tribune du Palais-Bourbon, le 9 décembre 1910, chiffres dont plusieurs députés, un moment scepliques,ont été forcés de reconnaître l'exactitude (1).
Dans l’Aïn, la journée moyenne est respectivement, en hiver et en été, de 10 et 14 h. 1/2 ; dans l’Aïsne, 10 h. 1/2 et 14. h. 1/2; dans l'Allier, 9 h. 1/2 et 13 heures ; dans les Ardennes, 10 et 44 heures ; dans l’Aube, 10 et 43 heures ; dans l’Ardèche, 8 h. 1/2 à 13 heures ; dans l'Ariège, SR TA seulement ; l’ouvrier de l’Aude ne fournit que 6 heures en hiver, 7 h. 1/2 en été; celui de l'Aveyron, 8 à 14 h. 1/2; la Charente est favorisée : 7 heures l’hiver, 12 heures l’été ;
1. Il convient aussi de consulter certaines études monographiques sur les ouvriers agricoles : celle de M. Jean Choleau pourla Bretagne (Condition actuelle des serviteurs bretons); celle de M. Passama /Conditions des ouvriers vtiicoles dans le Minervois); celle de M. Augé- Laribé (la Rémunération du travail de la viticulture méridionale, 1908) ; celle de M. Jean Terrel (les Vignerons du Beaujolais), ete.
O0 le Cher 8 h. 1/2 et12 h.1/2 ; la Corrèze 8 h. 1/2 et 14h. ;
la Côte-d'Or 9 et 14 heures ; la Creuse, 10 et 12 heures ; les Deux-Sèvres, 10 et 45 h. 1/2 ; la Drôme,8 et 11 h. ; le Doubs 14heures; l’Eure-et-Loire 10 h. 1/2 et 14heures; le Finistère 13 heures ; leGard, 7 h. 1/2 et 11 heures; la Gironde 9 et 41 heures; le Gers 12 heures; les Hautes- Pyrénées 7 et 11 heures; la Haute-Vienne 8 h.1/2 et 43 heures ; l'Hérault 8 heures; l’Ille-et-Vilaine 9 et 12 h.; l'Indre 9 h. 1/2 et 13 heures ; l’Indre-et-Loire 9 et 13 h.; l'Isère 8 h. 1/2 et 13 h. 1/2 ; les Landes 9 h. 1/2et 12h. ; le Loiret 10 et 15 heures ; le Loir-et-Cher 9 et 14 heures ; le Lot 12et 14h. 1/2; le Lot-et-Garonne 8 et 12 h. 1/2 ; la Lozère 10 et 15 heures ; la Manche 10 et 13 h. 1/2; la Marne 8 h. 1/2 et 12 heures ; la Mayenne 11 et 13heures : la Meuse 11 et13 heures; le Morbihan 9 et 14 heures ; le Nord 9 et 13 h. 1/2 ; la Nièvre 9 et 14 heures ; l'Oise 10 et 43 heures; l’Orne 8 et 10 heures; le Pas-de-Calais 10 et 12 heures; le Rhône 9 h. 1/2 et 12 heures; la Saône-et- Loire 8 h. 1/2 et 12 heures ; la Sarthe 10 h. 1/2 et 13h.1/2 ; la Haute-Savoie 9 et 15 heures ; la Seine-et-Marne 10 et 12 heures : la Seine-Inférieure 12 h. 1/2 et 14 heures ; la Seine-et-Oise 40 et 42 heures ; la Somme 11et 12h. 1/2 ; le Tarn 7 et 10 heures ; le Var 7 et 9h. 1/2; la Vaucluse
5 h. 1/2 et 8 heures ; la Vienne 8et 11 heures ; l'Yonne 10 et43h.-1/2.
Nous apercevons parlà même quelle difficulté il y aurait à légiférer en pareille matière. L'écart qui se révèle entre
les durées moyennes du travailselon les départements nous
indique combien est variable le temps quoditien nécessaire à l'exécution des travaux rustiques. Ici, en été, quelque. dix heures suffisent ; là on travaille couramment dix-sept
et dix heures ! Il nous serait même possible de citer telles fermes où la journée de travail estde vingt heures au moment des blés ou des foins, mais ces excès tendent à
disparaître, car, s’il faut en croire les employeurs, les employés se montrent de moins en moins disposés à accepter le fardeau d’un pareil effort. Ils deviennent même tellement difficiles, au dire de certains patrons, que ceux-ci
pencheraïient plutôt à prétendre avec les Bauernvereine allemandes, que c'est l'employeur qu'il faudrait protéger
contre ses employés. Selon eux, l'esprit frondeur et excitable des salariés urbains commencerait à se faire sentir
dans les campagnes. L'ouvrier deviendrait de moins en moins facile à diriger, comme aussi de moins en moins
laborieux.
La vérité parait être entre les deux opinions extrêmes : celle d’après laquelleles travailleurs de la terre se tuent à la peine et celle d'après laquelle on ne peut plus les faire convenablement travailler, L'une et l’autre portent la marque d’un évident parti pris; l'une et l’autre voient la règle dans l'exception, et méritent par cela seul d’être rejetées.
Aussi,sans nous altarder à les discuter plus longuement, examinons la question au point de vue critique, avec l'aide des chiffres qui nous ont élé fournis, et dont nous pourrons tirer toutes les déduelions nécessaires. Nous
M. Authier 3
“OMR. | PSE verrons de la sorte que la moyenne de la journée de travail dans l’agriculture française est de douze heures environ (1).
Peut-on dire que ce soit réellement excessif? Et cette moyenne n’est pas une moyenne de fantaisie comme celle dont en 1908 parlait M. le professeur Alglave à son cours, ét qui consistait à trouver le revenu normal d'un Français en prenant pour extrêmes, d’une part le gain d’un manœuvre,et d’autre part le traitement du Président de la République. Non. La moyenne de douze heures peut être définie « celle qui est le plus ordinairement en faveur dans la majorité de nos départements pour la majorité des jours ouvrables ».
C’est donc une moyenne sincère.
Mais dans les milieux syndicalistes qui frayent avec les ouvriers urbains et s'imprègnent de leur mentalité, on la trouve encore exagérée, ou mieux on semble refuser de la tenir pour exacte. Dans sa brochure de propagande, Antoine Dumont fait l'estimation suivante de la durée normale du travail pour les domestiques de ferme (p. 15): « Actuellement, aucune limite n’est encore appliquée à la durée du travail agricole. Ordinairement, en été, nous restons dix-huit heures debout (21, dont seize au moins de travail et deux seulement pour le repos, nous levant
dès 3 ou 4 heures du matin et ne nous couchant guère
‘1. Elle est de dix heuresseulement en Italie (/nchiesta sulle condizioni dei contadini).