A LA CAMPAGNE
$ 1. — Le travail des enfants à la campagne.
$ 2. — Les enfants et le décret du 28 décembre 1909. $ 3. — Les enfants et [a garde des bestiaux.
.:$4. — Conclusion.
$ 1. — Le Travail des enfants à la campagne
Dès qu'elles se furent représenté la nécessité d'une intervention protectrice de la loi dans les usines, l’Angleterre de 1802, la Prusse de 1839 et la France de 1841 légiférèrent en premier lieu dans l'intérêt des enfants.Il est clair, en effet, que, pelits êtres fragiles, passifs, sans défense, c'est eux qui attirent le plus la sollicitude, parce qu'ils ressentent au maximum l’accablement d'un travail long ou pénible. Et puis cette considération ne pouvait toujours échapper qu'en eux palpite la vie des générations à venir. Chacune de ces miniatures humaines, comment
l'oublier ? détient une parcelle de la destinée des hommes.
Leur existence décidera de milliers d’autres. L'état de leur santé retentira de proche en proche sur leur descendance. Et comme lc point de vue militaire ne saurait être négligé, on voit tout de suite quel triple intérêt s’attache à la protection des enfants qui travaillent. Or, à la campagne, le travail est le lot commun des grands et des petits.
Qui n’a souvent vu dans les champs moutons et vaches paitre sous l’égide d'un berger minuscule, dont les printemps se peuvent tout au plus compter par sixaine? C'est que garder des troupeaux peu nombreux ne demande ni capacités ni peine, et l'enfant parait tout indiqué pour suppléer dans cette besogne l'adulte aux bras musclés que réclame la pioche ou la charrue. Dans cet âge tendre, le petit campagnard ne travaille pas beaucoup de ses bras; tout au plus vaque-t-il parfois aux menues occupations domestiques ou s’emploie-t-il à la cueillette facile du maïs; des fèves, des haricots, des lentilles, des raisins. Viennent ses douze ans, il lie le blé en gerbes, fane, et commence de sarcler. A quinze ou seize ans, apte à de plus durs labeurs, il fauche, participe aux moissons, charge et décharge le blé, récolte les pommes de terre, herse et laboure quelquefois. Si bien qu’on le traite en général comme un homme, prérogative dont il est essentiellement jaloux ; sa jeune autorité s'affirme et il trouve normal de donner à son tour des ordres aux femmes et aux vieillards (1).
1. C’est ce que remarquait M. Carré, professeur départemental d'agriculture (Bulletin min. agric.; 1899, p. 960).
LR
Ce schéma des premières années de l'existence rurale, répond à une juste réalité. L'enquête parlementaire ouverte en Italie sur la situation des ouvriers agricoles le confirme en tous points (1), et tel quel, il résulte des renseignements personnels dont nous nous sommes entouré à ce sujet. Dans ces conditions, peut-on vraiment dire qu'il y ait abus? est-il possible de ne pas reconnaîre la gradation très rationnelle des travaux demandés aux . enfants selon leur âge ? et peut-on dès lors affirmer avec Kautsky que le travail agricole « rend aux instituteurs des êtres imbéciles, alourdis, l'œil hagard, les mains excoriées, la colonne vertébrale infléchie ? » (2). Ce serait une pure dérision. Que tel soit le résultat de certains ouvrages de l'enfance dans certaines cultures, c’est ce qui est confirmé par le D° Meyer pour l'Allemagne du Nord, où dl'arrachage des betteraves et des pommes de terre occupe des troupes de petits garçons et de petites filles dans des condilions absolument odieuses ; mais d'habitude, chez nous, le travail effectué par les enfants ne dépasse point leurs forces.
Ici encore pourtant Kautsky juge inéluctable d'intervenir, car, dit-il, ilest fâcheux que la jeunesse des deux sexes soit employée pendant de longues heures consécutives, même qnand le travail exécuté n’est pas pénible par luimême.