Principes d'économie politique, p
diverses industries, mais dans l'industrie agricole particulièrement peut-être, puisque les travailleurs les plusintrépides doivent y compter, nous l'avons dit, avec le mauvais temps comme avec les nécessités saisonnières (1).
Au domestique loué à l’année, peu importent l'hiver ou la pluie: même s’il ne peut pas travailler on le payé avec ponctualité. Son chômage n’est qu’un repos. Mais l'ouvrier proprement dit, celui qu'on. occupe à la journée, n’est rémunéré qu’en tant qu'il travaille. Or, quel patron stupide s’aviserait de louer des bras quand il pleut, quand il neige, quand il grêle, quand, en somme, il n’en a pas besoin ou ne saurait les employer? Alors s'ouvre pour le journalier, plus ou moins longue, plus ou moins funeste, la période du chômage.
Celle-ci parfois surgit avec une soudaineté qui ne la rend que plus terrible. Nous n'avons point perdu quant à nous le souvenir de la détresse où se lrouvèrent brutalement jetés, en 1909, les ouvriers bretons venus en Beauce pour la moisson et que personne ne pouvait employer parce que, mal renseignés, ils étaient arrivés plus de huit
jours avantlapleine maturité du froment. Six cents d’entre
1. Il ne faut pas oublier que le chômage peut être dû à la maladie. Dans ce cas l'Allemagne décrète l’assurance obligatoire, ce qui permet à l’assuré de se soigner sans avoir la lancinante pensée de la détresse: ou son inaction plonge sa famille. Chez nous, il existe des sociétés d'assurances facultatives, des sociétés mutuelles auxquelles PÉtat donne une subvention de.o fr. 50 par membre, non comptée la bonification à 4.50 o/odes fonds versés à la Caisse des dépôts et consignations.
eux durent être rapatriés, leur mince pécule encore dimi= nué des frais d’un voyage inutile.
Par cet exemple on voit quelle prévoyance doit être celle des ouvriers agricoles dont la paye n'offre aucune fixité. Trouvant un jour du travail, ils peuvent rester ensuite plusieurs journées sans pouvoir s’employer, etil leur faut alors vivre sur leurs économies antérieures. Prodigues ou débauchés, quelle serait leur misère ! Rangés et sérieux, ils ont déjà de la peine, trop souvent, à vivre et à faire vivre les leurs! En plusieurs régions de la France ce n’est que par des prodiges d'ordre et de rigoureuse sobriété qu'en temps habituel une famille peut subsister. Que se passe-t-il dans la saison d'hiver et durant les chômages prolongés qui surviennent parfois à l’improviste ? Car en beaucoup d’endroits la cessation fortuite ou normale du travail agricole se chiffre par un nombre de jours assez considérable. A la suite de l'enquête à laquelle il s’est livré, M. Compère- Morel a su que la moyenne des journées de chômage en France est de 90, mais qu'il y a des départements, tel celui des Basses-Alpes, où elle atteint 200 et même 300 jours tandis que dans d’autres elle s’abaisse à 115 etmême à 65, dimanches compris. Dans l'Ain elle est de 110 jours ; dans l'Aisne de 90: dans l’Allier de 75 ; dans l'Aveyron de 130 ; dans les Alpes-Maritimes de 115 ; dans les Pyrénées- Orientales de 185 ; dans le Morbihan de 65. D'où une réduction proportionnelle des salaires que nous avons indiqués (supra, p.19 et suiv.).
De son côté, le 28 avril 1907, exposant dans Le Socialiste
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le résultat des statistisques de 1901, M. Groussier posait en faitque, chaque année, 47.176 salariés de l’agriculture subissent un chômage involontaire de durée variable, qui atteint 1,6 0/0 des ouvriersagricoles et 1,7 0/0 des büche-
rons.
$ 2. — Les remèdes.
Là contre quelles mesures prendre? Voilà ce qu'il est délicat de déterminer. Première mesure, les ouvriers pourraient avoir recours à l'assurance facultative ou à l’assurance obligatoire. C'est çe que M. Colliard eùt vivement souhaité (1). Il a déposé dans ce sens une proposition de loi dontle butest la création d’une Caisse nationale de chômage, qui donnerait des secours à toutes les organisations syndicales ouvrières et agricoles, luttant contre lechômage.
Mais ce projet légèrement exigu, qui laissait en dehors de ces cadres l'immense légion des non syndiqués, n’a pas reçu un accueil favorable.
Au demeurant, dès 1903, une assemblée donton ne peut nier la compétence,nous voulons parler du Conseil supérieur du travail,s était prononcée d'une manière très ferme contre l'institution d’une caisse nationale ainsi destinée à remédier au chômage, |
Conviendrait-il donc de faire crédit aux caisses d'assu-
rances facultatives et particulières ? Voilà qui n’est pas cer-