MON CHER AM
Je tie suis que juste en te dédiant la troisième (kliiion de cet ouvrage; cai\ sans tes encouragements, tes conseils et ta collaboration, je n aurais pu la mettre au jour.
LOUIS TASSY.
l'î' août 1886.
PRÉFACE
La deuxième édition de mes Études sur Taménagement des forêts, publiée il y a douze ans, étant épuisée, je me suis décidé à en publier une nouvelle.
J'y 'ai été, du reste, encouragé par Taccueil bienveillant que cet ouvrage a reçu du public forestier, et par rhonneur que m'a fait l'administration française, d'en adopter non seulement les idées générales, mais aussi la terminologie.
J'y ai été encouragé, en outre, par la supposition, gratuite peut-être, mais bien pardonnable à un auteur, que mon livre n'est point demeuré étranger à d'heureux changements apportés, depuis sa dernière publication, aux conditions dans lesquelles le corps forestier exerçait son activité.
Parmi ces heureux changements, le plus remarquable est celui qui consiste dans la réunion de l'administration des forêts au ministère de l'agriculture, réunion prononcée par un décret en date du 15 décembre 1877.
AXÉ?iAOEMENT DBS FORÊTS. i
On s'est plaint souvent, il est vrai, de ce que cette réunion n'avait pas encore procuré tous les avantages qu'on en espérait, au point de vue notamment des rapports à établir entre Tadministration des forêts et celle de Tagriculture. Mais n'y a*t-il pas beaucoup d'illusion dans l'idée que l'on se fait de ces rapports?
L'administration des forêts et celle de l'agriculture se distinguent fort l'une de l'autre, par l'objet de leurs préoccupations, le but qu'elles poursuivent et leur mode d'action. L'une s'intéresse à toutes les cultures, de quelque nature qu'elles soient ; l'autre ne s'occupe que de la culture des bois. L'une se borne à enseigner les méthodes les meilleures pour retirer du sol les produits les plus avantageux; l'autre met ces méthodes en pratique en ce qui concerne seulement les produits ligneux, à l'aide d'un personnel nombreux, dressé, formé et hiérarchisé à cet effet.
Il y a donc une dissemblance notable entre ces deux administrations. Ce n'est pas à celle des forêts que l'administration de l'agriculture est assimilable par ses attributions, c'est à celle de l'instruction publique. On devrait l'appeler non pas Fadministration de l'agriculture, tout court, mais l'administration de l'instruction publique de l'agricullure. En dehors de ses écoles, de ses champs d'expériences, de ses stations agronomiques, de SCS congrès, de ses concours, des subventions ou autres encouragements qu'elle distribue, des statistiques qu'elle publie, elle n'a plus rien à faire, puisque aucune
PRÉFACE DE LA TROISIËMB ÉDITION. at
partie dn sol, dont elle cherche » perfectionner l'exploitation, ne lui appartient et ne saumit lui appartenir.
L'administration des forêts, an contraire, dispo? d'nn vaste domaine dont elle est le seul régiasenr; où rien ne se fait dont elle ne soit responsable; et l'on sait combien sa mission est laboriense, délicate, et demande de connaissances variées, tant ibéoriques que pratiques.
Ce qui distingue encore ces deux administrations, c'est que, si elles ont tontes les denx en vue la satisbction des intérêts pu blicsjl'une. celle deTagricntlnre, peut arriver à ses fins par des précepies, des moyens, conforma en général à l'intérêt privé ; tandis que l'autre ne peut y arriver qu'en adoptant et en préramisant va système d'exploitation, qu'on particulier propriétaire de bois ne saurait appliquer sans préjudice.
Les choses étant ainsi, je ne vois pas vraiment quelles attribnUons il y aurait lieu d'emprunter aux ageDts forestiers, pour les confier aux fonctionnaires agricoles ; je ne vois pas, non plus, quelles sont les attributions de ces derniers fonctionnaires dont on chat^rait niileroeni les agents forestiers, et je ne vois même pas de quelle manière efficace ceux-ci pourraient servir personnellement les intéi éts de l' agriculture. On leur a reproché souvent de se tenir trop en dehors du monde agronomiqnej de ne pas assez se montrer dans les conns quelconquesoù l'on traite Mais ils ne se désintéressent L'on le suppose, poisqif il est
IV AMÉNAGEMENT DES FORllTS.
peu de sociélés d'agriculture qui u'en comptent parmi leurs membres. Quand ils se renferment chez eux, c'est d'abord parce qu'ils y ont beaucoup à faire; c'est ensuile, peut-être, parce qu'ils sentent leur incompétence en des matières qu'on ne saurait discuter avec autorité, quand on ne possède pas une expérience consommée. On leur donne, à l'Ecole de Nancy, des notions agronomiques largement suffisantes pour que, désormais, ils ne soient étrangers à aucun des moyens d'améliorer l'agriculture de leur pays *. Conviendraitil, comme on l'a proposé récemment, de les recruter parmi les élèves de l'Institut national agronomique, sauf à faire de l'Ecole de Nancy une école d'application ? C'est une question à examiner *. Je crois, pour mou compte, que l'autonomie de l'administration forestière, puisque ce mot est toujours à la mode, n'en souffrirait pas; et si l'Institut national agronomique devenait l'école polytechnique des fonclionnaires dépendant du département de lagricullure; si tous ces fonctionnaires avaient ainsi une même origine, il en résulterait chez eux un esprit de corps et une communauté d'idées générales qui, certainement, ne seraient
1. On peut se rendre compte de rampleur de cet enseignement par le programme qu'en a publié, en 1879, le savant qui l'a créé et qui le professe, M. L. Grandean, dont les travaux ont répandu tant de clarté sur le rôle de Thumus et des substances minérales dans la végétation forestière.
2. Lire, à ce sujet, la brochure pleine de verve publiée, Tannée dernière, par M. Marcel Taillis, Institut agronomique et École forestière.