‹ L'aménagement des forètsChapitre 10 sur 74 · PLAN- DE LA FORÊT · texte numérisé non relu

PLAN- DE LA FORÊT

Lorsque Ton entreprend la statistique d'une forêl, le premier document dont on a besoin est un plan d'ensemble de cette forêt. S'il n'existe pas, il faut le dresser; y figurer, au moyen de courbes, de hachures ou de teintes, les principaux mouvements du terrain; y rapporter les enclaves, jardins, étangs et tous les emplacements quelconques qui seraient affectés à une autre destination qu'à la production du bois; y tracer les routes, les chemins, les cours d'eau, les thalwegs, les lignes de faîte et généralement toutes les lignes séparatives, naturelles ou artificielles, entre les parties de la forêt qui seraient placées dans des conditions toutes particulières, au double point de vue de la situation et de l'exposition; donner à ces parties de la forêt, que Ton désigne communément par le nom générique de canton, des noms spéciaux, si elles n'en ont déjà.

Ce plan est nécessaire pour l'intelligence du cahier

descriptif dans lequel on consigne les renseigneménlsdontje vais refaire Ténumération raisonnée.

ARTICLE II

ÉTAT DE LA FORÊT CONSIDÉRÉE DANS LES ÉLÉMENTS QUI LA CONSTnUENT OU QU'ELLE UENFERMR.

1** Nom et origine.

T Position géographique et administi^ative .

Ces renseignements, destinés à constater l'identité de la forêl, ne réclament pas d'observation.

3* Limites. — Faire connaître les acies qui les ont déterminées, la nature et Tétai des signes de limites, fossés, bornes, etc.

4" Tenants. — Indiquer la nature des propriétés qui confinent à la forêl et la catégorie des propriétaires.

3" Contenance générale et par canton. — Il n'est pas indispensable, lorsqu'on aménage une forêt, d'en connaître la contenance d'une manière parfaitement exacte. Quelques hectares de plus ou de moins sont de peu d'importance, surtout dans les futaies dont la possibilité est en partie basée sur le volume. La triangulation préalable de la forêl n'est donc point d'une rigoureuse nécessité ; mais il faut absolument que les limites en soient assurées, et par conséquent que la délimitation et le bornage en aient été effectués. S'ils ne l'avaient pas été,, il y aurait lieu d'y procéder.

6* Contenance du sol boisé ou susceptible de le devenir. — Donner ce renseignement, pour la totalité de la forêl d'abord, et ensuite pour chaque canton.

7"* Enclaves. — Faire connaître leur étendue, leur culture, la catégorie de propriétaires à laquelle elles appartiennent, les inconvénients qu'elles pourraient présenter pour la sécurité du sol forestier.

8° Vides et clairières. — En indiquer la contenance pour chaque canton, et spécifier les parties qui seraient susceptibles de reboisement et celles qui ne le seraient pas.

9* Lacs, étangs ou marais. — En indiquer égale* ment la contenance par canton, et s'expliquer sur la possibilité et l'utilité de leur dessèchement.

10" Cours d'eau. — Faire connaître leur nom, leur direction, leur développement, leur utilité pour la vidange et le débit des bois, en considérant séparément les cours d'eau flottables et navigables, les cours d'eau seulement flottables, les cours d'eau non flottables, mais susceptibles de le devenir, les cours d'eau non flottables et devant rester tels.

11** Rigoles et fossés d assainissement. — Quel est leur développement par canton et pour toute la forêt, leur élat, leur efficacité.

W Routes et chemins, et moyens de vidange établis sur le sol forestier . — Faire connaître leur nom, leur nature, leur développement en longueur et en largeur, les voies d'intérêt commun auxquelles ils se rattachent ou bien leurs aboutissants, leur état d'entretien, et généralement tout ce qui est nécessaire pour que l'on puisse apprécier ultérieurement

les améliorations dont ils devraient être Tobjet.

13"* Routes et chemins établis sur le domaine public, — Faire connaître leur nom, leur développement, leur utilité pour la vidange des produits de la forêt, en considérant séparément les roules nationales, les routes départementales, les chemins de grande communication, les chemins vicinaux, les chemins ruraux.

14" Maisons forestières. — Quel est leur nombre, leur situation, leur étal de conservation, la place qu'elles occupent avec les jardins qui en dépendent.

15" Scieries. — Donnerles mêmes renseignements, en distinguant les scieries qui appartiennent à TÉtat de celles qui appartiennent à des communes ou à dés particuliers. Donner, en outre, tous les renseignements désirables sur le mécanisme de ces usines et la quantité de planches qu'elles sont susceptibles de débiter.

16** Constructions diverses. — Les spécifier, indiquer la place qu'elles occupent et s'expliquer sur leurs avantages ou leurs inconvénients.

17" Configuration du sol. — Cet article est très important au double point de vue de la végétation et de la vidange. On le traitera donc de manière à donner une idée aussi exacte que possible des principaux mouvements du terrain et des pentes qu'il présente. On fera connaître la hauteur au-dessus du niveau de la mer des points culminants, et les aspects généraux de la forêt.

1 8" Nature du sol. — Je ne pourrais, sans entrer dans le domaine de la culture, exposer ici une théorie

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complète sur la classification des sols forestiers. Je me bornerai à faire saisir les difficultés de cette classification et à indiquer la méthode d'investigation qui me paraît la plus propre, sinon à atteindre le but que Ton poursuit, du moins à en approcher, lorsqu'on s'occupe de cet article si important de la statistique.

Montrons d'abord qu'une classification des sols suivant la qualité, c'est-à-dire la fertilité, classification très difficile pour l'agriculture proprement dite, Test plus encore pour la sylviculture; et que la prétention de distinguer, dans les terrains très divers qui peuvent exister dans une forêt, ce qui est excellent de ce qui est bon, ce qui est bon de ce qui est médiocre, ce qui est médiocre de ce qui est mauvais, ne saurait aboutir à aucune donnée précise.

Pour qu'il en fût autrement, il faudrait qu'il y eût, dans la composition chimique ou dans les propriétés physiques des sols, des éléments, des caraclères, qui pussent être considérés comme des signes incontestables d'un certain degré de fertilité. II faudrait qu'on pût dire : suivant qu'un terrain contiendra plus ou moins de substances de telle ou telle nature, il sera susceptible de produire plus ou moins de bois de telle ou telle qualité ; or, c'est là ce qu'on ne saurait apprécier : chacun connaît le rôle important que les éléments minéraux jouent dans la culture arable comme substances nutritives. Dans la culture forestière, ce rôle est très limité, en ce sens que cos éléments font rarement défaut; il ne paraît pas, du

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moins d'après les expériences faites jusqu'à ce jour, qu'il y ail lieu de s'en préoccuper sérieusemenl. Personne n'ignore l'excellent effet des substances animales sur la végétation des plantes agricoles. En sylviculture, cet effet est nul, s'il n'est nuisible. Enfin, c'est un fait parfaitement établi que les céréales, suivant que le terrain esl argileux, calcaire ou siliceux, donnent des récoltes bien différentes. En sylvicullure, si le chêne prospère surtout dans les terrains argileux, on le voit aussi en fort bon état de croissance dans des sables presque purs ; si le hêtre préfère les terrains calcaires, il acquiert souvent, dans les terrains siliceux, de fort belles dimensions.

Il est certain que les propriétés physiques des leiTcs : la cohésion, l'aptitude au dessèchement, rhygroscopicité, ont cependant une grande influence sur la végétation des bois ; mais ces propriétés sont susceptibles d'être modifiées par une foule de circonstances telles que la situation, l'exposition, le climat, etc. : un sol trop compacte pour que le bois y prospère, dans un pays plat, deviendra fertile dans un pays en pente. Un sol qui serait trop léger, trop perméable à une certaine altitude, perdrait cet inconvénient à une altitude plus grande, etc., etc.

A quelque point de vue qu'on se place, au point de vue chimique comme au point de vue physique, les qualités des sols semblent donc se soustraire à toute classification rigoureuse, et nous ne conserverons pas le moindre doute à cet égard, si nous considérons l'influence qu'exerce sur la fertilité des terrains forestiers un élément dont je n'ai pas encore

parlé, mais que tout le monde devine : rhumus.

L'humus, résuliat direct de la végétation, restitue au terrain les substances minérales que celle-ci lui a empruntées, renricliit de matières organiques qui rendent les autres assimilables, et, par ses propriétés physiques, leur distribue, dans les proportions les plus convenables, Fair, Teau, la chaleur, ces trois agents qui sont la source de la vie végétale.

L'action de rhumus est donc prépondérante dans la fonction des sols forestiers; mais alors, on ne saurait songer à établir des degrés immu ables de fer tilité pour ces sols, d'après les caractères que ceux-ci présenteraient au moment de l'observation, puisque ces caractères sont destinés à être constamment et puissamment modifiés par TefTet même de la végétation.

La conclusion à tirer de ce qui précède, c'est que tout ce qu'il y a de possible, quand on arrive à la partie de la statistique relative au sol, est d'indiquer la nature de la base minéralogique, la profondeur de la terre végétale, les éléments minéraux qui y dominent, lesquels, on le sait, diffèrent souvent de ceux dont se compose le sous-sol ; d'indiquer surtout le plus ou moins de richesse en humus et le plus ou moins d'affinité pour l'eau de cette terre végétale; et, pour résumer cet exposé, de dire quelle est celle des catégories de terrains décrites dans le Coui\s de culture de MM. Lorentz et Parade, à laquelle appartient le terrain en question.

Ces renseignements, rapprochés de ceux donnés à l'article Climat^ mettront à même déjuger, autant que cela se peut quand on n'a pas vu les lieux, de

la puissance productive du sof et des conditions à réaliser pour qu'elle soit portée à son maximum '.

19* Mines et carrières. — Faire connaître leur nature, leur situation, leur importance, les difficultés de leur exploitation, Té tendue qu'elles enlèvent à la production forestière.

20* Climat. — Le mot climat, dans son acception générale, embrasse toutes les modifications dont

1. UuDdeshagen a fait une classification des sols au point de vue forestier.

Il range :

Dans la l'^ classe (les sols très riches), toutes tes formations calcaires PD général. — Parmi elles, le tuf calcaire, par sa facile décomposition, forme d'ordinaire les plus fertiles; — les différentes couches secondaires de gypse et de marne de diverses natures; les formations volcaniques (laves), celles de basalte, de trapp et de brèches trappéennes; Keuphotide, le chlorite ou grès flexible, la serpentine, le schiste magnésien et le schiste argileux, lorsqu'il contient également de la magnésie; la marne oollthique. lorsqu'elle a plus de 10 pour 100 de chaux; les gisements qnartzo-calcaires de quelques couches de grès, lorsqu'ils forment un sol calcaire ferrugineux; les porphyres.

Les sols de celte classe peuvent faire croître, même sans mélange d'humus et d*engrais, les essences les plus exigeantes, ou du moins les empêcher de dépérir. On n*y trouve jamais de fougères, de bruyères ni de genêts. |

Dans la 2« classe (de fécondité moyenne), les schistes argileux, abondants en quartz et pauvres en chaux, en magnésie et en oxyde de fer ; les granits et gneiss; les schistes siliceux; le tuf quartzeux et ordinaire; le schiste micacé; le grès primitif; les variétés les plus riches l'Q argile du grès bigarré et du grès oolithique.

Pour que les essences qui exigent un bon sol viennent bien dans ces terrains, il faut qnlls contiennent de l'humus en suffisante quantité. On y trouve le genêt, la bruyère, la myrtille.

Dans la 3« classe (sols pauvres), les grès bigarrés en général ; les grès de nouvelle formation reposant sur la chaux coquillièrc ; lès grès du Keaper et du Lias ; les brèches ; les molasses et, en général, les grès de la plus nouvelle formation. Il faut à ces terrains beaucoup d'humus; le hêtre, le .charme, le tilleul, le sapin, le pin du Nord ne s'y conservent que par des soins et un traitement convenables. Le frêne, l'aune, l'érable, etc., n'y viennent plus originairement. On y trouve en quantité les fougères, les genêts, les bruyères.

Dans la 4« classe (sols très maigres), les terrains formés de cailloux roulés, de galets et de sable mouvant.

Talmosphère est susceptible, eu égard à sa température, à son degré d'humidité et aux courants qui s'y agitent*.

Ces modifications, qui sont en quelque sorte solidaires et qui s'engendrent les unes les autres, dérivent d'une cause première et unique : la chaleur, el se traduisent par des effets divers dont le plus manifeste, le plus influent et le plus facile à constater, est rabaissement ou l'élévation de la température. Aussi est-ce d'après l'état de cette dernière sur certains points de notre planète qu'ont été déterminés les différents climats.

La terre a une chaleur propre et centrale, mais l'influence que cette chaleur exerce sur la température de l'air est insignifiante, et l'on peut regarder le soleil comme la source à peu près exclusive de la chaleur à la surface du globe.

L'action du soleil est modifiée, on le sait, par un grand nombre de circonstances dont les principales sont :

La latitude. La différence de température moyenne est, d'après M. de Humboldt, de 0,62 par degré de latitude.

U altitude. Sous l'équateur, k une élévation de 3.000 mètres, on jouit de la même température moyenne qu'à Montpellier ou à Madrid.

L'état de la surface. Dans le désert du Sahara, les sables s'échauffent au point de faire monter le thermomètre jusqu'à 60\ Dans les forêts de l'Orénoque,

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