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DES PARTICULIERS

Les besoins impérieux de la vie, sa courte durée et l'imprévoyance qui en est la conséquence, les partages amenés par nos lois sur les successions, sont autant de motifs qui s'opposent à ce que les bois, appartenant aux particuliers, soient exploités à un &ge reculé.

L'État a toujours les moyens de suppléer, par d'autres ressources, à celles que lui fournirait la

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coupe de ses bois. Les particuliers les ont rarement : ils peuvent être, et ils sont souvent forcés, de sacrifier toutes les espérances de Favenir aux nécessités du présent .

D'une autre part, quel que soit l'esprit de prévoyance dont on suppose les hommes doués, il est concevable qu'il s'affaiblisse, surtout s'ils n'ont point d'enfants, lorsqu'il est sollicité pour un laps de temps qui dépasse la durée de leur existence.

Enfin, cet esprit, il faut le reconnaître, trouve encore une cause de découragement dans la certitude, que la propriété qu'il aurait servi à constituer, au prix des plus grandes privations, serait tôt ou tard démembrée, par suite des lois qui régissent, en France, l'hérédité. Celui qui crée des ombrages ne peut guère compter aujourd'hui qu'ils profiteront à ses arrière-neveux.

On s'explique donc que les particuliers ne soient guère tentés de conserver longtemps leurs bois sur pied; mais la raison qui les en éloigne surtout, est le désir bien naturel d'augmenter, autant que possible, le rapport entre le revenu net et la valeur vénale de cette nature de biens-fonds : c'est l'intérêt de l'argent; car, sans cela, on pourrait bien comprendre que les nécessités de la vie et l'insouciance du lendemain empêchassent les particuliers de créer des futaies; mais on ne s'expliquerait pas que ces futaies ayant été créées, soit par la nature toute seule, soit par les hommes avec l'aide de la nature, sans qu'il en coûtât aucune dépense de prévoyance, ni aucune privation aux propriétaires actuels, ceux-

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ci vinssent diminuer leurs revenus annuels, en soumettant lesdites futaies à de courtes révolutions.

Le prêt à intérêt, qui date sans doute de la première épargne que les hommes ont pu faire, a eu plus d'adversaires que de partisans : si Selon, Calvin, Montesquieu, l'ont déclaré légitime, Lycurgue, Caton, les plus illustres pères de FÉglise, le grand prophète Mahomet, le grand réformateur Luther, une foule d'autres personnages célèbres et, dans ces derniers temps, Proudhon, l'ont énergiquement repoussé au nom de la morale. Les lois de Moïse ne l'autorisaient pas entre les juifs; les lois civiles et religieuses l'ont proscrit jusqu'à la fin du siècle dernier. Mais il a bravé toutes les défenses, toutes les peines, tous les analhèmes et, quoiqu'il ait été peut-être la cause principale de .l'inégalité des conditions humaines; quoique en outre, en donnant aux détenteurs des instruments de travail, le désir d'en retirer non pas le produit brut, mais le produit net le plus considérable, il ait souvent diminué, au point de vue absolu, la puissance productive de ces agents, l'intérêt de l'argent, ou, pour mieux dire, le loyer de l'argent, a fini par devenir légal. Quelle que soit l'opinion qu'on en ait, il serait oiseux de chercher à le supprimer.

Si donc le taux de placement adopté pour les bois, est de 3 pour 100, les particuliers propriétaires de bois tendront à les exploiter à l'âge au delà duquel, l'augmentation de valeur qui résulterait de l'accroissement annuel, cesserait d'être égale à Tintérèt, à 3 pour 100, que fournirait le produit pécuniaire de

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Texploitalion joint à la valeur de la première feuille. D'après les prix qu*onl actuellement les bois suivant leur grosseur et leur &ge, il ne faut pas laisser longtemps sur pied une forêt, pour qu'elle cesse de rai>porter, à 3 pour 100, Tintérêt de sa valeur. Voilà pourquoi nous voyons les particuliers exploiter en général celles qu'ils possèdent, en taillis simples et à l'âge de 20 ans au plus, toutes les fois que les essences s'y prêtent.

Cette manière d'agir paraît rationnelle : elle est théoriquement justifiée par les principes que nous avons développés, dans le premier chapitre de la présente étude. Mais, dans la pratique, pour ne pas doiiner lieu à des déceptions, elle demande que Ton considère bien des choses auxquelles on ne fait peutêtre pas toujours assez d'attention. J'en signalerai Irois :

Ne perdons pas de vue d'abord que, dans nos calculs sur l'exploitabilité relative au taux de placement, nous avons tenu compte des intérêts des intérêts. Pour qu'un propriétaire trouvât son proQt h appliquer rigoureusement les principes que nous avons posés, il faudrait donc qu'il eût toujours la possibilité de faire croître, à intérêts compiosés, le produit pécuniaire que lui procurerait l'exploitation de son bois. Or, l'accumulation des capitaux pécuniaires à intérêts composés n'est pas facilement réalisable, et il est même évident que les emprunteurs seraient tout à fait impuissants à satisfaire les capitalistes, si ceux-ci prétendaient faire leurs placements à intérêts composés, — le taux de placement

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fût-il le plus bas de ceux qui sont usités dans les transactions. En eiïel, en supposant que les premiers se résignassent h se priver de tout bénéfice, et à ne prélever sur le produit des capitaux empruntés, que ce qui serait strictement nécessaire à leur existence, l'excédant ne suffirait certainement pas au service des intérêts composés pendant bien longtemps. Que Ton consulte les statistiques les plus estimées sur l'augmentation de la richesse publique, dans les sociétés qui disposent des moyens de production, même les plus puissants, et on y verra que la proportion dans laquelle cette augmentation a eu lieu, est fort éloignée de celle que comporterait lu puissance de l'accumulation des capitaux à intérêts composés. Je ne sache pas, au reste, qu'il y ait beaucoup de banquiers disposés à servir l'intérêt des intérêts des sommes déposées chez eux, et que les établissements, qui en avaient pris rengagement, aient jamais pu le tenir.

Doit-on conclure de là que des placements ù intérêts composés ne sont, dans aucun cas, réalisables?— Assurément non ; seulement, on doit les considérer comme tout à fait exceptionnels et sortant des conditions normales de la production; on doit les considérer comme d'autant plus difficiles, que leur durée devra être plus longue.

Un propriétaire qui n'aura pas besoin de couper son bois, pour subvenir à des dépenses urgentes, agira donc sagement en le laissant sur pied au delà du terme, où l'accroissement ne représentera plus le* profil, qu'on pourrait exceptionnellement retirer de

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la coupe, si on en plaçait le prix. Son bois continuera de s'accroître à intérêts composés, à un taux moins élevé, sans doute, que celui qu'on recherche et qu'on peut obtenir pour les placements de cette nature ; mais dans des conditions de sécurité que ne présentent pas les placements pécuniaires.

Ne perdons pas de vue, non plus, que dans le parallèle que nous avons établi, entre Taccumulalion des intérêts d'une somme d'argent, et l'accumulation des accroissements annuels d*un massif, nous avons dû adopter pour l'évaluation de ceux-ci, à une époque plus ou moins éloignée, le prix actuel des bois; or, en présence du renchérissement des bois, depuis une cinquantaine d'années, surtout quand ils sont propres aux constructions, et en présence aussi des défrichements qui s'effectuent dans toutes les parties du monde, il est à croire que ledit renchérissement continuera, tandis qu'au contraire, à cause de la multiplication des capitaux, l'intérêt de l'argent ne pourra que baisser. Il est à croire, dès lors, que l'époque à laquelle l'accumulation des intérêts d'une somme d'argent, l'emportera sur celle des accroissements annuels d'un massif, sera plus reculée que nous ne l'avons prévu ; et c'est là une raison nouvelle pour que les particuliers fixent rexploilabililé de leurs forêts, à un âge plus avancé que celui auquel on arriverait par le calcul, tel que les données actuelles permettent de le faire.

Enfin, 4es particuliers doivent se rappeler qu'une forêt constitue la plus commode et la plus sûre des caisses d'épargne.

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Si VOUS avez de l'argent chez un banquier ou chez tout autre, et qu'à l'époque où vous avez à en loucher l'intérêt, vous ne sachiez que faire de cel intérêt, il faudra le garder improductif dans voire secrétaire. Si vous possédez un champ de blé, et qu'à l'époque de la récolte, Félat du marché ne vous permette pas de vendre cette récolte à un prix rémunérateur, vous essayerez de la conserver dans des greniers ou dans des silos, construits à grands frais.

Pour le bois, c'est la nature elle-même qui se charge de la conservation des produits, et qui, pour cela, ne vous demande qu'une légère diminution, sur l'intérêt qu'elle vous avait bonifié jusqu'alors. Les circonstances sont-elles contraires à la vente de la récolle, on laisse celte récolle sur pied. Non seulement elle s'y conserve, mais elle s'y améliore ; et tandis qu'on s'expose pour le blé, par exemple, à en trouver, au bout d'un certain temps, une grande partie avariée, rongée par l'alucite, on est certain, au contraire, de retrouver le bois dont on aura relardé la coupe, amélioré par les années qui se seront accumulées sur lui.

Ces considérations méritent une sérieuse attention; on ne saurait y regarder trop près, avant de couper un bois pour le jeter dans les hasards de la spéculation .

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