CHAPITRE III
DE l'rXPLOITABILITÉ DANS SES RAPPORTS
AVBC l'intérêt du PROPRIÉTAIRE
Il résulte de la discussion à laquelle je me suis livré dans le chapitre I" de cette élude :
1' Que le produit annuel en argent d'une forêl, considéré en lui-même et abstraction faite du capital superficiel, s'accroît avec la durée de la révolution :
T Que le rapport, entre ce produit et le capital superficiel, diminue au contraire avec cette durée ;
3"* Que le taux des placements pécuniaires est la cause principale de cette contradiction, qui disparaîtrait si l'intérêt de l'argent devenait nul.
Ces lois remarquables expliquent et justifient les différences que nous avons déjà constatées, dans les principes d'après lesquels l'État, les communes et les particuliers exploitent leurs bois.
Nous allons, du, reste, en examiner de plus près l'influence :
i5i AMÉ NAGEMEIST DES FORÉ.TS.
ARTICLE PREMIER
DE L'sXPLOnABILITK DANS 8BS RAPPORTS AVEC LINTànèT
DR l'État
L'État est éternel ou doit être regardé comme tel ; Tintérêtde Tavenir doit donc être mis sur la même ligne que celui du présent, lorsqu'il s'agit de régler l'exploitation des forêts qui lui appartiennent; et pour satisfaire à ce principe dont la justesse me parait incontestable, il est nécessaire d'abord, d'adopter une méthode d'exploitation qui ne puisse pas compromettre la conservation du domaine forestier ; or nous avons vu dans le chapitre précédent que cette méthode est celle de la futaie.
Tous les membres de la société ont un droit égal aux produits des forêts de TÉtat. Ces produits ne sauraient dès lors être regardés comme un objet de spéculation. Lorsque l'État les vend, il ne poursuit pas le même but que les autres propriétaires de bois : lise sert de la vente comme du moyen le plus convenable, pour distribuer aux citoyens qu'il représente, un revenu à la jouissance duquel ils ont autant de titres les uns que les autres ; il ne prétend pas d'ailleurs retirer de cette opération un profit commercial. L'État et la société ne faisant qu'un, l'État propriétaire de forêts, quelle que soit la manière dont il en use, les consacre en réalité à sa propre consommation; et, partant, ce qu'il doit chercher à en retirer, c'est la plus grande quantité des
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produits annuels les plus utiles. Les longues révolutions sont donc celles qu'il lui convient d'adopter en général pour ces forêts, puisqu'elles tendent à augmenter la quantité et l'utilité de la production.
Les profits du sol forestier ne consistent pas seulement dans la valeur de la coupe annuelle ; ils consistent aussi dans les ressources que le bois offre au travail national, dans le courant commercial et le mouvement industriel auquel il donne lieu; ils consistent en outre dans l'influence heureuse que les forêts exercent, par leur existence même, sur les conditions climatologiqucs d'un pays.
Aucun de ces profits n'est perdu pour le propriétaire, quand ce propriétaire est V État ; et comme leur importance est en raison directe de l'utilité et de la quantité des produits, ainsi que de la grosseur des arbres, il y a là encore de nouvelles et fortes raisons pour que l'État préfère les longues révolutions aux courtes.
L'avantage d'une prompte jouissance ne saurait compenser, pour l'État, la diminution de produits qu'entraîne nécessairement le raccourcissement des révolutions.
Il est certain que deux coupes de bois, à l'âge de 50 ans, donneront moins qu'une seule coupe à l'âge de tOO ans ; mais on objectera que, si on emploie le prix de la première coupe à 50 ans, d'une manière reproductive, jusqu'à Tépoquede la seconde coupe au même âge, le profit qu'on en retirera pourra égaliser, s'il ne le dépasse, Texcédant du produit de la coupe à 100 ans, sur celui des deux coupes à 50 ans.
156 AMENAGEMENT DES FORhTS.
Cela est vrai, mais je ferai remarquer que cet excédant aura été donné en quelque sorte gratuitement par la nature, tandis que le pro6t qu'on lui compare, résultat des efforts de Thomme, aura exigé le concours d'une main-d'œuvre qui aurait pu être utilisée autrement
Pour que l'avantage d'une jouissance anticipée fût réel pour FÉtat, il faudrait deux choses : l"" qu'il y eût dans notre pays surabondance de bois; 2*" qu'il ne fût pas possible de se procurer, autre part que dans nos forêts des instruments, de travail. Or, il y a au contraire pénurie de bois ; et il n'est pas nécessaire de couper les forêts avant leur maturité, pour se procurer des instruments de travail. Une opération qui aurait pour effet d'amoindrir la puissance productive d'un capital, dont la nature a fait tous les fraisy ne saurait donc trouver une justification suffisante, dans la puissance productive du capital artificiel, qu'on créerait au moyen de cet amoindrissement.
Il n'en est pas moins vrai cependant qu'au delà d'un certain âge, l'accroissement d'un massif boisé ne représente plus, envaleur pécuniaire, l'intérêt de la somme qu'on réaliserait en le coupant; et on peut se demander si cet intérêt doit être exclu des considérations, qui doivent présider à la gestion des forêts de l'État.
Il y a une raison péremptoire pour que cette question soit résolue par l'affirmative :
Celte raison, c'est que l'intérêt de l'argent n'implique pas une augmentation de revenu; c'est qu'en
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supposant un moment qu'il pût être supprimé, sans que la circulation des capitaux en souffrit, la quantité d'utilités créées, de valeurs produites au bout de Tannée, n'en serait pas altérée. Il résulte de là que cet intérêt constitue un bénéfice pour les individus, ou pour une fraction de la société considérée par rapport à la masse des citoyens, parce qu'il modifie, en faveur de ces individus ou de cette fraction de la société, la répartition du revenu social ; mais qu'il ne saurait, dans aucun cas, constituer un bénéfice pour l'État.
Celte vérité a longtemps été méconnue; aussi voyons-nous encore une grande partie des forêts de l'État exploitées en taillis ; mais les saines doctrines paraissent avoir enfin définitivement prévalu. L'administration est entrée dans la voie des conversions en futaies ; on ne saurait trop l'en féliciter.
ARTICLE II
DE L*BXPLOITABILITK DA?i8 SES RAPPORTS AVEC L'l>'TÉnÊT