‹ L'aménagement des forètsChapitre 47 sur 74 · EN FUTAIES PLEINES · texte numérisé non relu

EN FUTAIES PLEINES

ARTICLE PREMIER

OBSenVATIONS PKéLIJIINAIItES

La conversion des laillis composés en futaies, a engendré plusieurs théories très différentes, au moins en apparence. Elle n*implique pas cependant, comme je Tai déjà fait observer, d'autres connaissan-* ces, d'autres appéciations, d'autres procédés, que ceux que réclame l'aménagement des forêts qui ont toujours été traitées en futaie. Lorsqu'on sait aménager celles-ci, on est capable d'aménager celles-là, et la méthode à suivre est la même pour les unes comme pour les autres.

Un taillis composé peut être assimilé à une forêt jardinée, en ce sens que des arbres de tous les âges y sont entremêlés; mais il offre cette particularité que les plus jeunes bois y sont représentés, dans chaque coupe, par des sujets du même âge en massif

W'iï ame>a(;ement dks forets.

plus ou moins compacte. A cause de celle parlicularité, le laillis composé semblerait devoir être moins irrégulier que la forêt jardinée, et cependant, en réalité, il Test souvent beaucoup plus, par suite de la différence d'âge qui existe entre les réserves. En effet, dans la forêt jardinée, les arbres de tous les âges ne sont pas toujours ensemble, elil est rare que Ton ne rencontre pas, sur d'assez grands espaces, des masses à peu près homogènes ; tandis que, dans le taillis composé qui a été convenablement traité, les vieilles réserves, les anciens, les modernes et les baliveaux, sont véritablement pêle-mêle.

Toutefois, ce n'est point pour cela que les écrivains forestiers ont traité séparément de l'aménagement des futaies irrégulières, et de la conversion des laillis composés; c'est parce que, dans les forêts de la première catégorie, les jeunes bois sont des brins de semence; tandis que, dans celles de la seconde, ce sont en général des rejets. Sans les rejets, le taillis composé rentrerait dans les conditions d'une futaie irrégulière, plus ou moins claire, et nous n'aurions pas à nous en occuper d'une manière spéciale ; mais ces rejets constituent, pour la régénération naturelle, un instrument d'un genre tout particulier, puisqu'ils peuvent se reproduire autrement que par les semences.

La difficulté de la conversion des taillis composés d'essences dures, en futaies, réside précisément dans l'appréciation de ces deux éléments, le taillis et la futaie, au point de vue du concours direct qu'ils sonl susceptibles d'apporler à la régénération naturelle.

Le concours du taillis peut être nul : c'est ce qui arrive lorsque ce taillis ne se compose que de bois blancs ou de morts-bois ; môme lorsqu'il ne comprend que des bois durs, son concours peut n'être que secondaire : il en est ainsi lorsque les souches sont trop usées pour que. les rejets en provenant, donnent beaucoup de semences fertiles. Le concours du taillis sera au contraire dominant, lorsque les rejets seront d'essence dure, vivaces, nombreux, et les réserves rares. Enfm, ce concours sera de nature h enlever tout embarras aux combinaisons nécessaires pour amener Tétat normal, lorsque le taillis sera tel que Ton puisse, sans en amoindrir sensiblement la qualité et la longévité, c'est-à-dire sans le rendre moins propre à Tensemencemenl du sol, le couper encore plusieurs fois avant de Ven servir pour cette dernière destination.

Ces diverses considérations doivent toujours être présentes à Tesprit de Taménagiste, lorsqu'il étudie un plan de conversion de taillis composé en futaie, et surtout quand il procède au parcellaire ; il n'oubliera pas non plus :

1** Que le premier principe de la culture forestière, veut que l'on tire parti le plus possible, pour la régénération d'une forêt, des ressources naturelles qu'elle renferme ;

2** Que le mode du taillis ayant pour effet de dégrader le sol, plus tôt on y renonce et mieux cela vaut;

3*" Que l'intérêt de la culture, de la conservation et de l'amélioration des massifs, doit toujours primer

celui qui se rattache h la production actuelle et au maintien du rapport soutenu;

4" Que si le but que Ton a en vue quand on convertit une forêt, est d'y établir une gradation d'âge qui permette de relirer un jour de cette forêt, des produits annuels plus avantageux que ceux qu'elle a fournis jusqu'à présent, il ne faut pas que le désir d'atteindre ce but un peu plus vite, fasse compromettre la régénération naturelle des massifs.

Le parcellaire des taillis composés est plus aisé, moins long à faire, en général, que celui des autres forêts; parce que les limites des coupes peuvent être conservées comme limites des parcelles, puisqu'elles séparent les peuplements dont les âges diffèrent, ce qui est ordinairement, comme on le sait, le caractère distitictif le plus important; mais la description spéciale en est beaucoup plus délicate, plus embarrassante; parce qu'elle porte sur des appréciations fort incertaines et cependant nécessaires, comme par exemple celles qui se rapportent à la vitalité des souches, à la longévité probable des rejets qui en proviennent, à l'âge auquel ceux-ci commenceront à donner des semences fertiles. Il est indispensable que l'aménagiste exprime sur ces divers points une opinion formelle, attendu que les combinaisons de l'aménagement en dépendent. Il est non moins essentiel qu'il s'explique sur la qualité des réserves de toute catégorie, sur le temps durant lequel elles pourraient rester sur pied, et sur le contingent qu'elles apporteraient au repeuplement naturel. Outre ces questions principales, la reconnaissance du taillis en soulève

DU PLAN D'EXPÏ.OITATIOX. 327

encore d'autres qui sont faites pour exercer toute la sagacité des meilleurs forestiers. Les bois d'élite, quoiqu'en minorité aujourd'hui, sont-ils assez nombreux pour former plus tard la majorité? Les jeunes brins de semence sont-ils en assez grande quantité et dans d'assez bonnes conditions, pour autoriser l'espérance qu'en les dégageant par des nettoiement plus ou moins fréquents, on créera pour l'avenir des ressources sérieuses? La continuation des coupes de taillis serait-elle possible, sans qu'on eût à en redouter de mauvaise conséquence, soit pour le peuplement, soit pour le sol? Ce sol se prêterait-il à des repeuplements artificiels? Il est désirable que la solution de toutes ces questions résulte de la description même des parcelles. Cette description exige donc du temps, de l'attention, de l'expérience, et même, pour les objets les plus essentiels, une sorte de prescience, un don de seconde vue, de divination, qui est d'ailleurs vraiment ce qu'on pourrait appeler le sentiment, le flair forestier.

Ces préliminaires posés, abordons le problème de la conversion. Je n'aurai guère à me servir dans la discussion de ce problème, que des termes précédemment définis. Néanmoins, pour éviter toute équivoque, il n'est pas inutile que je précise encore mieux le sens que j'attache à quelques-uns de ces termes :

Quand je parlerai de coupes de taillis sous futaie h continuer temporairement, il s'agira de véritables coupes de taillis, telles qu'on doit les faire quand on veut obtenir une régénération par les souches, sauf

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la réserve, qui pourra être sans doute plus serrée qu*elle ne le serait diaprés le premier paragraphe de Tarlicle 70 de l'ordonnance du i" août 1827, mais jamais assez pour arrêter la production ou le développement des rejets. Cette observation, sur laquelle j'aurai occasion de revenir, n'est pas superflue ; car, tout en conservant la qualification de coupes de faillis à certaines exploitations, on a souvent prescrit d*y procéder d'une façon qui devait en changer absolument le caractère. C'est ce qui a eu lieu, par exemple, pour les coupes de taillis dites modifiées^ dans lesquelles il était recommandé de réserver plusieurs centaines de baliveaux; ou encore pour les coupes de taillis dites de régénération^ dans lesquelles on espérait par des dégagements, sauver assez de brins de semence pour en former plus lard une futaie. Cette manière d'appliquer un mode d'exploitation dont la pratique a été cependant consacrée par les règlements, par l'enseignement de l'école, et par la tradition, n'a pas peu contribué à égarer la discussion sur les conversions ^

Je rangerai sous la même rubrique : coupes (tamélioration^ non seulement les coupes préparatoires, les éclaircies, les nettoiements, les élagages, mais aussi les coupes à blanc étoc, les recepages plus ou moins complets, quand ces dernières opérations seront subordonnées à des circonstances éventuelles et à l'appréciation des agents d'exécution.

I. Le nombre des baliveaux à réserrer doit être réglé de manière que le couvert qui eu résulte, ne puisse compromettre la croissance et la reproduction du taillis {Cours de Culture, p. 366).

Je repousse comme impropres les mots souspériode^ sous-révolution y si souvent employés; car on ne saurait concevoir, en présence du sens que j*a! donné à la révolution et à la période, qu'elles puissent se dédoubler.

Enfin, je ne considérerai la conversion d'un taillis comme accomplie, que du jour où il aura été décidé que ce taillis ne sera plus coupé et devra se régénérer par les semences. Jusque-là, la conversion reste suspendue ; de sorte qu'à mes yeux, le début de la révolution principale, normale ou transitoire, qui est marqué par le moment où on effectue la première coupe de régénération en*futaie, peut avoir lieu sans que toute la forêt soit convertie ou, en d'autres termes, sans que toute la forêt soit destinée à ne plus être régénérée que par les semences.

ARTICLE II

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