CE TRAVAIL
L'aménagement est un travail qui consiste à régler l'exploitation d'une forêt, de façon que celle-ci fournisse un rapport annuel aussi soutenu et aussi avantageux que possible . Quand elle le fournit , elle est appelée normale et on qualifie ainsi toutes les conditions nécessaires pour qu*elle le soit.
L'homme a des besoins incessants, dont les principaux, ceux qui intéressent son existence matérielle, réclament impérieusement une satisfaction
AlÊXàCBMEHT ]>K8 FOIlftTS. i
immédiate. Pour y subvenir, il lui faut des objets de consommation constamment disponibles ; de là sa tendance à obtenir des agenis de production qui sont à sa poiiée, une continuité de rendement.
Cette tendance est surtout manifeste dans les sociétés primitives : on y vit, au jour le jour, du produit de la pêche, de la chasse et des fruits sauvages. Au milieu des ressources qui l'environnent, riiomme n'y apprécie guère que celles-là, parce que ce sont presque les seules dont l'exploitation puisse se concilier avec le renouvellement journalier de ses besoins. Le sol, défriché et ensemencé, lui fournirait sans doute, au bout de l'an, dix fois plus de matière ahmentaire que ne lui en procurent la chasse et la pêche. Peu lui importe; il ne saurait rester un an sans manger. Mais quand, à force de persévérance, il est parvenu à réaliser quelques économies sur les menus profils de son travail , et qu'il s'est mis de cette façon à même de soutenir son existence pendant le temps que lui prendra la culture du sol, alors il a fait un grand pas dans la voie du progrès. A partir de ce moment, il lui est permis d'utiliser d'autres ressources, et de concilier avec des besoins qui se renouvellent, pour ainsi dire, à chaque instant, des cultures, des industries, dont les produits ne sont réalisables que périodiquement, à des intervalles plus ou moins longs.
INTRODLCTION. 3
L'épai'gne, c'est-à-dire la mise en réserve d*uDe certaine quantité de produits qui permettent d'en eréer d'autres, voilà donc le moyen auquel les hommes ont dû recourir pour approprier, à la satisfaction de leurs besoins, les productions intermiltenles; voilà quelle est la cause de la valeur que l'on attribue, dans les sociétés civilisées, à des agents, à des capitaux, dont les revenus ne seront disponibles que dans un avenir plus ou moins éloigné.
Toutefois, l'industrie humaine n'a pas cessé de graviter autour du même pivot; les e?cigences qui lui servent de régulateur, qui la dirigent après ravoir provoquée, n'ont point changé. Les besoins de l'homme n'en restent pas moins incessants; et, par une conséquence forcée, les productions réglées de la manière la plus avantageuse à ses intérêts sont celles qui présentent le plus de continuité.
L'épargne, lorsqu'elle est sous la forme d'objets de consommation, a, d'ailleurs, deux inconvénients graves :
D'abord elle ne se conserve pas longtemps.
Le froment, par exemple, ne tarde pas à se détériorer dans un grenier. Le bois subit le même sort, quand il est exploité depuis un certain nombre d'années. Une récolte de blé ou de bois qui n'aurait lieu que tous les vingt ans ne vaudrait donc pas, en
supposant qu'elle fût vingt fois plus considérable, celle qu'on pourrait faire chaque année.
L'autre inconvénient des produits accumulés par Tépargne, c'est de solliciter l'imprévoyance, le gaspillage, et d'entraîner, pour le moins, une consommation excessive.
Les raisons précédentes sont suffisantes pour justifier la transformation des .capitaux dont les produits se succèdent ri de longs intervalles, en capitaux dont les produits sont annuels; et si le consommateur est grandement intéressé à cette transformation, le propriétaire du capital n'est pas appelé à en retirer de moindres avantages.
C'est un fait bien connu que les branches d'industrie le plus favorablement placées, au point de vue des bénéfices qu'elles offrent h ceux qui les exploitent, sont celles qui peuvent le plus facilement se plier aux fluctuations de la demande; or, entre deux forêts dont Tune, aménagée, serait susceptible d'un rapport annuel et soutenu, tandis que l'autre, non aménagée, ne serait exploitable qu'à des intervalles relativement fort longs, il est évident que c'est la première dont la production se subordonnera le plus aisément à ces convenances dont je viens de parler, à ces mouvements de hausse ou de baisse dan^ la demande du consommateur. Ce qu'il faut, en effet, pourcela, c'est une disponibilité constante
de produits exploitables ou sur le point de l'être. L'aménagement peut seul la fournir.
Au reste, le budget annuel des dépenses et dés recettes, qui est entré dans les habitudes de tous les hommes, prouve surabondamment les avantages de Tannualité, quel que soit le revenu que Ton considère. A l'expiration de Tannée, chacun, Tindividu comme la commune, comme TÉlat, chacun
arrête ses dépenses, opère ses rentrées; etil en résulte que de toutes les rentrées, celles-là sont naturellement le plus désirables qui correspondent à Tépoque de ce bilan, sans lequel les règles de l'économie privée ou collective seraient fort difficiles à appliquer.
Le consommateur et le producteur sont donc tous les deux d'accord pour que les forêts soient exploitées sous la condition d'un rapport annuel et soutenu; cependant ils sont bien loin de comprendre la réalisation de ce rapport de la même manière, et la divergence de leurs sentiments, sur ce point, est importante à noter.
Le consommateur ne demande qu'une chose : c'est que l'exploitation de toutes les forêts qui fournissent à ses besoins soit combinée de telle sorte que, chaque année, elle lui offre les mêmes ressources. 11 ne se soucie pas du règlement auquel chacune de ces forêts, considérée séparément, pour-
rail être assujettie. Supposons qu'elles soient au nombre de 30, qu'elles appartiennent à des propriétaires différents, et qu'elles soient exploitables à 30 ans, le consommateur admettra volontiers qu'aucune d'elles ne soit aménagée, si d'ailleurs il y a, dans leurs âges, une gradation qui empêche que l'exploitation de l'une ne coïncide avec celle de l'autre. Le rapport soutenu n'en existera pas moins, pour l'ensemble de ces forêts, et c'est là tout ce que le consommateur réclame.
Le producteur n'envisage pas ainsi les choses : ce qu'il veut, c'est que le rapport soutenu soit établi dans la forêt dont il est le propriétaire; ce que font ses voisins ne le touche que très indirectement.
Le consommateur désire des produits soutenus, non seulement en matière, mais en marchandises de telle ou telle espèce.
Le producteur ne recherche, en général, que le rendement en argent, quaud ce producteur est dans la catégorie des particuliers. S'il s'agissait d'un État, d'une communauté quelconque, il en serait autrement, parce que leurs intérêts s'identifient plus complètement que ceux des particuliers avec les intérêts du consommateur.
Ces dilîérences sont essentielles et soulèvent des questions sur lesquelles il y aurait certainement encore beaucoup à dire ; mais les développements dans
lesquels je pourrais entrer à ce sujet seraient ici prématurés. Je me bornerai à ajouter aux principes qui découlent des considérations précédentes, que si rétablissement du rapport soutenu est une condition que les propriétaires de bois doivent ordinairement chercher à réaliser, il y a cependant, pour les particuliers, des cas où il ne leur convient pas de le faire. La petite étendue d'un bois peut être une raison pour qu'on ne Texploite pas en plusieurs coupes successives, parce que ces coupes occasionneraient des frais généraux qui, plus considérables que ceux qu^entratnerait l'exploitation en une seule fois, ne seraient pas suffisamment compensés par les avantages de l'annualité.
En outre, les propriétaires sont quelquefois conduits, par des motifs d'économie domestique, à considérer un bois comme une caisse d'épargne dans laquelle ils désirent accumuler, pour une certaine époque, pour le mariage d'une fille, pour l'établissement d'un garçon, etc., etc., des valeurs plus ou moins importantes : c'est encore une raison pour que ce bois ne soit pas aménagé.
Un propriétaire peut enfin être sollicité par une hausse extraordinaire du prix des bois, ou par la nécessité de faire face à des engagements, à réa User la superficie entière ou presque enlière de la forêt qui lui appartient.
Ce sont là des exceplions ; elles ne sont jamais, sauf la première, admissibles pour rÉtai, pour une commune ou un établissement public, pour les corps impérissables enfin, dont le devoir est de distribuer, aussi également que possible, aux générations successives dans lesquelles ils sont destinés à se perpétuer, les friiils et les richesses dont ils disposent.
Mais la régularisation du rendement annuel est surtout obligatoire pour les forêts de TÉtat ; car leurs produits forment le pain quotidien d'une multitude d'industries et ne peuvent varier sans qu'il en résulle de grandes perturbations et d'incalculables souffrances.
En présence des fluctuations auxquelles ce rendement est resté soumis jusqu'à ce jour, il n'y a pas d'usine employant le bois comme principal combustible, dont il soit possible d'apprécier d'une manière exacte les conditions de roulement; et une des causes principales de la situation précaire dans laquelle se trouvait la métallurgie au bois, et des plaintes ardentes dont elle ne cessait d'assiéger l'administration, résidait dans la variabilité des produits que celle-ci mettait en vente chaque année.
Les particuliers propriétaires de bois ne sont pas moins intéressés que les consommateurs à ce qu'il soit mis un terme à cet état de choses. Aujourd'hui,
radminislration peut à son gré faire la baisse ou la hausse par la quantité de bois plus ou moins considérable qu'elle jette sur le marché. Tant que cette quantité ne sera pas réglée, — et elle ne le sera que parTaménagement, — les pai'ticuliers seront exposés au danger permanent d'une concurrence susceptible d'avilir, à un moment inattendu, le prix de leurs coupes. Ce danger entrave leurs opérations et déprécie leurs immeubles.
L'aménagement répond, on le voit, à l'une des exigences les plus légitimes des sociétés, quand il a pour but d'annualisé?* et de régulariser la production du sol forestier.
Mais ce résultat n'est pas le seul qu'il poursuive.
Depuis l'époque où une forêt est susceptible de se régénérer naturellement, soit par les semences, soit par les souches, elle peut donner autant de rapports soutenus différents qu'il y a d'années à courir jusqu'au moment de son dépérissement. Il suffit, en effet, pour assurer la pérennité de sa production, de n'en extraire chaque année qu'une quantité de bois égale à son accroissement moyen ; or, parmi ces rapports soutenus, il y en a nécessairement un qui est préférable à tous les autres : c'est celui dont l'expression, soit par contenance, soit par volume, forme ce qu'on appelle la possibilité d'une forêt. L'aménagement a pour objet de le déterminer, et
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cet objet n'est pas moins recommandable que le précédent.
Je viens de justifier le but de raménagement; je vais indiquer succinctement quelles sont les opéralions à faire pour l'atteindre.
Quand on veut retirer d'une masse de bois un produit annuel constant et non interrompu, il faut la parlager en un certain nombre de coupes annuellement et successivement exploitables, de manière que le repeuplement de Tune quelconque de ces coupes puisse devenir exploitable à son tour, dans le temps nécessaire pour régénérer les autres *.
Ce partage d'une forêt en coupes, la fixation de l'ordre dans lequel lesdiles coupes devront être exploitées, forment ce qu'on appelle \epla?i d'exploitation. Le temps à courir afin qu'une coupe revienne une deuxième fois en tour d'exploilation est ce qu'on nomme la révolution.
L'établissement du plan d'exploitation est Topération essentielle de l'aménagement.
Cet établissement est subordonné à la nature des produits que l'on recherche et à Tâge auquel il convient d'abattre les arbres pour que ces produits soient réalisés. Si l'on destine une forêtàla produc-
i. Oo sait que le mot coupe ue s'applique pas seulement ù Tactioa Je couper du bois, mais ussi à la place occupée par le bois destiné à être coupé.
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lion des cercles, on devra certainement Texploiler a un âge beaucoup moins avancé, dans une révolunaire beaucoup plus courte, que si on la destine à la production de bois propre aux constructions.
L'âge qui correspond au rapport le plus avantageux, c'est-à-dire au rapport qui convient le mieux au propriétaire, est ce qu'on appelle Yâge cf exploit tabilité.
La détermination de cet dge (F explo? tabilité précède donc nécessairement la formation du plan d'exploitation.
Mais Tâge d'exploitabilité d'une forêt est très variable, suivant la position du propriétaire, ses besoins, les conditions tant naturelles qu'économiques dans lesquelles est placée la forêt ; et ces conditions, il est indispensable de les connaître.
La reconnaissance de la forêt, sa description, Tinventaire de toutes les circonstances qui pourraient exercer une influence sur sa conservation et son rendement, sont donc les objets dont on doit s'occuper avant tout autre, lorsqu'on entreprend un aménagement.
La réunion des divers renseignements que ces objets comportent constitue l'opération connue sous le nom de statistique.
La statistique^
La recherche de tâge d exploitabilité ^
La formation du plan d exploitation ^
Telles sont, en définitive, les trois opérations principales qu'exige un travail d'aménagement.
Ces opérations, auxquelles j'ai consacré la deuxième, la troisième et la quatrième étude de cet ouvrage, sont d'autant plus laborieuses, difficiles, délicates, et il est d'autant plus malaisé d'en exposer clairement et d'en faire saisir les résultats, que les forêts à aménager sont plus vastes ; mais on connaît les moyens d'obvier u ces inconvénients par le partage préalable des forêts en masses, sections et séries — je traiterai de ces moyens dans une cinquième étude, laquelle, en outre, portera sur les travaux susceptibles d'augmenter le rendement de la forêt envisagée.
J'examinerai ensuite, dans une sixième étude, les diverses mesures d'ordre propres à faciliter l'intelligence et l'application d'un aménagement.
Enfin, dans une septième et dernière étude, je jetterai un coup d'œil d'ensemble sur l'état du sol forestier dans notre pays, ef j'exposerai mes idées sur ce qu'il y aurait à faire pour l'améliorer.
Quand on aura parcouru ces diverses études, on verra que l'aménagement est un travail très simple en général pour les bois des particuliers, difficile quelquefois pour ceux des communes, toujours très
compliqué pour les forêts de l'État. On va pouvoir du reste en juger dès à présent :
Dans toute société arrivée à un certain degré de civilisation, il s'est établi un mouvement commercial et industriel contre lequel un particulier ne saurait réagir ; il est forcé de s'y soumettre quand il aménage ses bois. Qu'il s'agisse, par exemple, de l'écoulement à donnera leurs produits, cet écoulement est déterminé par des débouchés, par des voies qui existent déjà en vertu d'une foule de causes plus ou • moins fondées, plus ou moins légitimes, mais dont il faut bien que le propriétaire accepte les conséquences. Il y a là une première raison, raison capitale, pour que l'aménagement des bois de particuliers soit en général un travail facile à faire; il l'est en outré, parce que ces bois sont tous assujettis à de courtes révolutions et à une méthode de culture d'une application commode.
L'aménagement des bois des communes est plus embarrassant. Une commune n'est pas dépourvue de toute influence sur les conditions générales dans lesquelles se meut la société dont elle fait partie; elle peut, dans une certaine mesure, réagir sur elles. D'ailleurs, ce n'est pas seulement par le produit net qu'elle se laisse guider, comme le font en général les particuliers, lorsqu'elle règle l'exploitation de ses bois ; elle consulte aussi l'avantage d'un produit
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brut plus élevé ; elle embrasse ensuite plusieurs générations et doit songer à Tinlérêl de l'avenir comme à celui du présent.
Ce sont tout autant de considérations qui augmentent les difficultés de l'aménagement des bois communaux. Ajoutons que le domaine forestier d'une commune, occupant ordinairement plus d'étendue que celui d'un particulier, est par cela même moins aisé à mettre en ordre dans un but déterminé; que les révolutions, auxquelles le premier est soumis, sont plus longues; que le mode d'exploitation auquel il est assujetti est plus exigeant.
Quant aux forêts domaniales, ce qui en complique l'aménagement, ce n'est pas seulement le nombre et la variété des intérêts qu'il doit concilier : c'est encore, et principalement, la possibilité de modifier les conditions économiques générales dans lesquelles il est appelé à fonctionner.
Les routes par lesquelles se sont exportés, jusqu'à ce jour, les produits de la forêt F, ne conduisent qu'à des centres de populations agricoles ; s'il n*y avait pas moyen de créer d'autres débouchés à cette forêt, il serait sans objet d'y favoriser la production de bois de fortes dimensions; mais on pourrait facilement la rattacher par un canal à un chantier de constructions navales : cette possibilité méritera
d'enlrer dans les considérations qui serviront à régler son aménagement.
Je m'en liens à cet exemple; il n'est pas besoin d'en présenter d'autres pour prouver que lorsque l'Etat aménage ses forêts, il est tenu de se préoccuper des modificalions qu'il conviendrait d'apporter, dans rintérèt de leur exploitation, au milieu qui les entoure ; et que ce devoir comporte des appréciations d'un ordre élevé, très complexes, très délicates.
D'après les définitions que j'ai données de l'aménagement, du but qu'il poursuit et des opérations qu'il nécessite, il esl facile de voir qu'il y a, entre cette science et la culture proprement dite, des différences bien tranchées ; que la culture a pour objet d'activer et d'améliorer la production forestière, tandis que l'aménagement a pour objet de l'utiliser ; que la culture puise les préceptes qui la constituent dans l'étude des lois de la nature qu'il n'est point au pouvoir de l'homme de modifier, tandis que l'aménagement puise, au moins en partie, les siens dans l'étude des lois humaines qui sont variables ; que Tuneest une science d'observation, tandis que l'autre est une science de combinaisons.
La spéculation occupe donc plus de place dans l'amendement que dans la culture et c'es4 fâcheux pour lui, parce que, dans le siècle positif où nous
vivons, à en croire certaines personnes, il n'y aurait de sérieux, de réel, d'utile, que la pratique ; à les entendre, le dernier des gâcheurs de plâtre, des tailleurs de pierres, des cantonniers ou des bûcherons, en saurait plus pour la construction des maisons, l'entretien des routes, Tagriculture, Tamélioration et Texploitation des bois, que les hommes qui, avant de se livi'er à la pratique des arts, en ont étudié la théorie.
Ils ne sont même pas rares les agents forestiers qui regardent l'aménagement comme une chimère et les aménagisles comme des songe-creux, quoique l'aménagement soit cependant nécessaire pour distinguer dans une forêt ce qui appartient au capital de ce qui appartient au revenu, et pour empêcher que l'on ne mange, sans s'en douter, celui-ci avec celui-là.
Qu'est-ce, au surplus, que la théorie, si ce n'est la raison des choses, la connaissance des conditions voulues pour qu'elles se reproduisent, et l'énoncé des procédés à employer pour que ces conditions se réalisent ; et, dès lors, comment prétendre que la pratique puisse se passer de son concours?
Il n'y a pas de bon praticien qui ne soit peu ou prou théoricien.
Maintenant, je le reconnais, il ne suffit pas de savoir comment une opération doit se faire, pour être capable de l'exécuter. Les travaux matériels
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demandent une aptitude^ un tact, une adresse, un coup d'œil, un tour de main dont on ne saurait contester Futilité, et qui ne s'acquièrent que par l'expérience : mais toujours est-il que cette expérience se formerait plus difficilement, plus lentement, si elle n^était guidée que par l'instinct, au lieu de l'être par le raisonnement.
11 est vrai que la théorie n'a pas de règles de . conduite pour toutes les exceptions, toutes les anomalies, qu'elle ne pose que des principes généraux ; mais toujours est-ii que, par ces principes généraux, sans dispenser personne de faire usage de son esprit d'initiative, de sa raison, de ses observations personnelles, elle rend plus facile et plus sûre la résolution des cas particuliers qu'elle ne saurait prévoir; car il n'y a pîis de cas, quelque particulier qu'on le suppose, qui soit sans aucun rapport, sans aucun lien, sans aucune analogie avec une circonstance typique.
Abandonnez la sylviculture aux simples ressources de la pratique, et vous la réduisez, comme Tout dit MM. Lorenlz et Parade, dans l'introduction de leurs Cours de culture^ à une routine incertaine et obscure. Il ne saurait en être autrement dans un ordre de choses où les faits mettent plus de temps à se produire qu'un homme n'en met à accomplir sa destinée. Concluons donc que si la pratique doit être consi-
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dérée, en économie forestière surtout, comme un élément indispensable de succès, elle ne saurait cependant aboutir quh de médiocres résultats, si elle n'était éclairée par la théorie.
Concluons qu'en sylviculture, comme en toute autre matière, sans le secours de la théorie, le niveau des connaissances humaines ne pourrait jamais s'élever , puisque c'est à la théorie qu'il appartient d'étudier les phénomènes, de les grouper, d'en constater les lois, et de faire proliter ainsi une génération de Texpérience de celles qui l'onl précédée.