C. Barrage de Génissiat
D. Perte du Rhône.
Comparaison du barrage de Génissiat avec le double barrage de Bellegarde-Malpertuis.
147. Comparaison du barrage unique aux deux barrages. — Comparons maintenant les divers projets. D'abord, pour comparer le projet de barrage unique à Génissiat à celui des deux barrages à Malpertuis ét Bellegarde,
nous ne pouvons mieux faire que de reproduire l'avis de la sous-commission nommée par la ville de Paris, tout en faisant observer que cette commission se place dans l'hypothèse où la force serait destinée à la ville de Paris, ce sur quoi nous avons fait des réserves :
« Vu la dépêche du 20 novembre 1917, par laquelle M. le Ministre des travaux publics informe le préfet de la Seine que l'étude de l'aménagement du Haut-Rhône entre Bellegarde et Génissiat, suspendue par suite des hostilités, venait d'être reprise, et ajoutait qu'il serait du plus haut intérêt que la Commission supérieure des travaux publics eût connaissance des vues ou des intentions de la ville de Paris sur la question; qu'il serait, par suite, utile que des personnes qualifiées vinssent en
1. Selon M. Martel : 78.000 à 79.000 chevaux électriques minimum; pendarit quatre mois 78.000 à 180.000; pendant le reste de l’année 270. 060. La différence entre ces nombres et ceux de M. Bernier provient sans doute, en grande partie, de ce que l’un mesure la puissance brute, et l’autre la puissance utilisable
érieur des publics: es
Blondel, Hors Mähl, “auteur ae dit projet
cé mportant un barrage unique dans la gorge de Génissiat avec une chute de 69 mêtres, et le 17 décembre, MM. de Sinçay et Boissonnas, représentants de la Société des Forces ï a du Rhône, auteur du projet de deux barrages éta- gés, l’un dans les gorges de Bellegarde donnant une chute de
30 mètres, l’autre dans la gorge de Malpertuis donnant une
- chute qui serait, d'après l’auteur du projet, de 39 mètres, soit au total, pour les deux barrages, une hauteur de chute de 69 mètres précisément égale à celle de Génissiat; - « Attendu qu'il résulte des déclarations de M. Rey, d’une -- part, et de MM. de Sinçay et Boissonnas, d’autre part, que les ___ deux sociétés se sont mises d'accord pour ne constituer finalement qu'une seule société, en laissant à l’administration le soin de dire quel est celui des deux projets qu’il conviendrait + d'adopter; 2 « Considérant que la commission de la houille blanche avait en 1908 procédé à une étude minutieuse de l’utilisation des forces motrices du Haut-Rhône ; qu’elle avait examiné, non seulement le projet Harlé, qui lui était particulièrement soumis, mais encore les autres projets dont elle avait pris connaissance; : qu’elle avait estimé que le barrage de Génissiat réunissant en une seule chute, d'environ 69 mètres de hauteur, tous les rapides du Rhône, entre la frontière suisse et Génissiat, constituant le moyen le plus eflicace d'utiliser ces rapides, soit dans l'intérêt de L industrie, soit aussi, le cas échéant, en faveur de la navigation;
« Considérant, en outre, que la commission avait estimé que l'emplacement de Génissiat présentait des garanties suffisantes, parce que les terrains étaient suffisamment étanches et qu'ils avaient assez de consistance pour assurer la solidité de l'ouvrage ;
« Mais, attendu que des études, ultérieurement poursuivies par diverses personnes, notamment des géologues distingués, avaient donné lieu à des controverses;
Qu'on avait contesté l'étanchéité des terrains de Génissiat ;
« Qu'on avait prétendu que, vu la profondeur imprévue du rocher au-dessous du niveau des eaux à Génissiat, les fondations du barrage destiné à former une digue permettant ensuite l'exécution du grand barrage seraient coûteuses et même aléatoires ;
«& Qu'il avait été dit qu'il serait impossible de trouver rapidement la vente de la force motrice donnée par un grand bar-
204 ÉTUDE TECHNIQUE DES PROJETS D'AMÉNAGEMENT Du RHONE ee
rage et qu'il serait prudent de construire nn barrages E successifs, le second ne devant être établi que lorsqu'on aurait trouvé à vendre environ les deux liers de la force produite par le premier; $ ;
« Qu'il était ajouté que la construction d deux barrages de hauteur réduite, de 43 mètres à Bellegarde et de 40 mètres à Malpertuis, était beaucoup moins aléatoire que celle d’un barrage unique d’une hauteur dépassant en moyenne 90 mètres, supérieure. à celle des ouvrages de même nalure exécutés jusqu'ici,
« Considérant, en ce qui concerne l'étanchéité des terrains de Génissiat, que cette étanchéité, admise par MM. Lugeon, Killian et Zurcher, avait été contestée d’abord par M. Martel et ensuite par la commission de cinq géologues nommés en septembre 1912 par M. le Ministre des travaux publics, commission réunissant, sous la présidence de M. Termier, MM. Cayeux, Depéret, Hang et Mouret;
« Mais attendu que cette même commission, dans un récent rapporten date du 26 mars 1917, paraît bien, en présence des faits observés au barrage de la Bourne établi dans le calcaire urgonien par la Société des Forces motrices du Vercors, avoir renoncé à ses réserves en ce qui concerne l’étanchéité des parois urgoniennes des retenues du Rhône telles que celles de Génissiat;
« Considérant, d’ailleurs, qu’il serait très probablement possible, et peut-être même rationnel, de se garantir contre les fuites possibles des terrains situés soit au dessous du barrage, soit latéralement, en recourant à la méthode dite de la cimentation employée avec succès dans le fonçage des puits de mines, où on arrive à avoir une zone de terrains absolument imperméable en pratiquant dans cettezone une série de sondages rapprochés dans lesquels of injecte du ciment;
« Qu'il y a lieu, par conséquent, d’écarter l’objection relative au défaut d'étanchéité des terrains de Génissiat;
« Considérant, en ce qui concerne la grande profondeur à laquelle se trouve Le lit rocheux à Génissiat, que cétte circonstance peut effectivement rendre plus difficile l'emploi de l'air comprimé et augmenter notablement le coût des travaux, mais qu'elle ne saurait cependant être considérée comme de nature à faire écarter le projet, attendu que l'exemple detravaux récents effectués dans la vallée du Fier située au sud de Génissiat montre qu'on peut, au moyen d’injections de ciment, même sous le couteau de caissons à l’air comprimé, arriver à construire des barrages-digues suffisamment étanches, le grand barrage pouvant ensuite être construit à ciel ouvert;
« Attendu en outre que des entrepreneurs de travaux publics
« Attendu ee. que, si a grande du ge de Génissiat pouvait jadis éffrayer quelques personnes, il ne saurait en être de même aujourd'hui, alors qu’on peut citer au moins cinq ouvrages d' ampleur comparable? :
Barrage Roosevelt (Etats-Unis)...... hauteur 79 m. 2%. —- d’Eléphant Butt (Mexique).. — 80 m. 50 — de Calaru (Espagne)........ —— 84 m. »
— du Croton (Etats-Unis)... D — 90 m. »
— de la Shoshone (Etats-Unis). — 106 m. »
« Considérant encore, en ce qui concerne le barrage de Génissiat, que si la profondeur du lit rocheux entraîne une augmentation de dépense non prévue en 1908, cette augmentation paraît être compensée assez largement par l’économie obtenue dans l'établissement de la voie navigable de Génissiat -à Genève; - :
EX Considérant, en ce qui concerne l'emploi de la force motrice, qu'il ne paraît pas douteux, en présence des énormes développements pris récemment par l'électricité, que toute l'énergie pouvant être amenée à Paris ne trouve immédiatement à être utilisée, qu’on peut même considérer comme assuré qu’elle sera rapidement tenue comme insuffisante;
« Considérant que les craintes manifestées à cet égard ne paraissent pas fondées et qu’il y a lieu de rechercher surtout la solution qui permettra d’obtenir le maximum de force;
« Considérant que la solution des deux barrages étagés n’est pas sans motiver, de son côté, quelques critiques; qu’à Malpertuis les rochers sont fissurés et qu'on ne saurait affirmer, vu l'insuffisance des études, l’absence de cavités plus ou moins profondes dans le lit du fleuve;
« Qu’à Bellegarde les travaux de déviation du Rhône pendant la construction, tout en étant praticables, exigent quelques dis-
positions spéciales;
« Qu'à Malpertuis l'éloignement, impossible à éviter, de l'usine des turbines par rapport au barrage entraînera des pertes de charge inévitables;
4. Selon M. Martel, ce barrage a 100 m. 10 de haut, dont 25 m. 42 pour les fondations dans les graviers, galets et alluvions du lit. Le profil du fond du lit est accidenté et comporte, comme probablement le Rhône à Génissiat, des excavations irrégulières qui sont les marmites d'érosion de l'ancien lit.
9, La Nature du 19 avril 1919 cite encore le barrage de Boquilla, au Mexique, d'une hauteur de 110 mètres. On prévoit au Chambon, sur la Dordogne, un barrage de 150 mètres.
« Considérant que si les deux solutions sont réal sables et! Ê
présentent chacune, au poin t de vue de leur établissement, des avantages et des inconvénients, il y a cependant lieu de tenir grand compte de ce que le barrageunique permet d'obtenir une
force motrice supérieure à celle fournie par les deux barrages,
attendu qu'il permet d’emmagasiner un plus grand volume d’eau utilisable, volume pouvant être évalué, POUR une tranche superficielle horizontale de 4 mètres de hauteur, à 45 millions
.de mètres cubes dans le premier èas et 12 millions seulement dans le second cas; attendu, en outre, que la hauteur de chute au potentiel du premier volume est de beaucoup supérieure au potentiel du second volume; attendu que dans ces conditions il sera possible d'emmagasiner une partie des eaux disponibles pendant la journée et même-de compenser dans une certaine limite les réductions de débit au moment de l’étiage et que l’économie Re à réaliser de ce fait a été évaluée par M. Blondel à plus de 25 0/0.
« Considérant, en ce qui concerne la force motrice, qu’ avec le barrage unique, les eaux de la Valserine, qui est située en aval
du barrage de Bellegarde et dont le débit n’est pas négligeable en hiver, disposent avec le barrage unique de Génissiat d’une hauteur de chute presque double de celle obtenue avec celle du barrage de Malpertuis ;
« Considérant, d'autre part, que le niveau des eaux à Génissiat étant nécessairement inférieur à celui des eaux à Malpertuis, il en résulte, contrairement à ce que paraissent croire les intéressés, que la hauteur de chute disponible à Génissiat est plus élevée que celle fournie par l'ensemble des deux barrages;
« Considérant, en ce qui concerne les usines, que la concentration de tous les moteurs hydrauliques en une seule usine entraîne une importante économie dans les frais d'installation, qu’elle permet l'emploi d'unités très puissantes, la centralisation du coûteux matériel des hautes tensions, qu’enfin elle entraîne aussi une réduction notable des frais de main-d'œuvre et de surveillance ;
« Considérant enfin l'utilité incontestable que présente la création d’une poie navigable enñtre Genève et a localité de Génissiat où s’arrêtait autrefois du côté de l’amont l’ancienne
ee ie du Rhône; >
« Qu'en effet, la présence du lac unique produit par le barrage de Génissiat est évidemment plus favorable que celle des des lacs superposés produits par les deux barrages étagés de Malpertuis et de Bellegarde. Considérant, en dernier lieu, que la création d’un grand barrage à Génissiat constituerait une œuvre grandiose faisant lonnen à notre pays;
« La sous-commission, tout en estimant que les deux projets
Ho ait en 4908 la commission de la uille Re de donner la préférence au projet comportant un barrage nie dans la “gorge de Génissiat. »
Re DES Le Président de la sous-commission,
Es EF 4 Se F3
: Georges Larou. .
Le and avantage Fe projet de Génissiat est de résoudre complètement le triple problème de la navigation, du captage de la force, et de l'irrigation. M. Maurice Lugeon l'avait même considéré comme seul possible.
148. La question du haut voltage. — Outre l’objeetion tirée de la hauteur du barrage, qui est examinée par la sous-commission dont nous avons cité l'avis, il y a celle que
lon peut tirer de l'intensité du voltage, prévu à 120.000 volts.
__ Ce nombre est très élevé, mais l’industrie a déjà employé, sans
inconvénient, des voltages du même ordre d'importance. Le transport de force que la Société Grenobloise de Force et Lumière effectue de Moutiers à Lyon, sur 180 kilomètres, est . du système continu série à 60.000 volts. Les lignes de l’ Energie électrique du Littoral méditerranéen fonctionnent à 52. 000 volts, avec courant triphasé, comme dans le projet Harlé ; celles de l'Energie électrique du Centre, en construction en 1910, fonctiônnent à 60.000 volts. Des lignes sont en service, en Californie, à 80.000 volts, d’autres étaient en construction, en 1910, pour 100.000 volts. En Nouvelle Californie, la « Southern Sierras Power C° » transmet son énergie à 383 kilomètres, sous une tension de 140.000 volts; la « Pia Light and Power C° » fonctionne à 150.000 volist.
149. La question de la hauteur et de la solidité des barrages et de l'étanchéité des parois. — Il y a encore à examiner la grave question de la solidité et de l'étanchéité des barrages, question de telle importance que l’on comprend bien que hésitation soit permise en présence d’un double danger. En effet, l’écroulement d’un barrage? provoquerait une
IE Chiffres produits par M. Mähl.
2. Voici quelques exemples de ruptures de barrage, sans remonter à la catastrophe de Bouzey (Vosges) : à Huelva, en Espagne, rupture d’une digue le 13 janvier 1911, due, croit-on, à une source qui mina la base; 11 morts; à Hausertake, rupture d’une digue sur le Haut-Missouri, due à des affouillements imprévus, la partie centrale reposant sur des graviers; le 30 septembre 1911, chute du barrage d’Austin, en Pensylvanie, 150 à 300 morts, 30 millions de dégâts, causée par des infiltrations sous pression.
Ces exemples, cités par M. Martel, démontrent qu'il faut être attentif et prudent. [ls ne démontrent pas l'impossibilité de construire de grands barrages puisqu'il en existe un grand nombre qui résistent parfaitement.
inondation très dangereuse et, d'autre part, si des fuites laissent échapper l'eau sans remède possible, c’est un immense sacrifice financier perdu, au moins en grande partie. Nous avons déjà vu, par anticipation, la réponse faite par la sOUScommission à cette objection. Voyons maintenant comment LÉ objection a été formulée. D'abord, M. Harlé a paru poser lui-même l’objection : pendant que M. Herriot était au ministère, la Société de Génissiat lui écrivit qu’elle acceptait de faire le barrage, à condition que l'Etat prendrait à sa charge et sous sa responsabilité les fondations. Une semblable proposition ne pouvait manquer d'être interprétée en ce sens que son auteur, effrayé, déclinait toute responsabilité. Mais M. Harlé n'a- til pas simplement voulu rassurer l'opinion par la garantie de l'Etat. Si tel était son but, il faut avouer qu'il a employé le meilleur moyen pour ne pas l’atieindre.
C’est M. Martel qui parait avoir, le premier, soulevé l’objection. Il estimait, qu'à Génissiat, le barrage ne pourrait être solidement établi, et que le lit du Rhône, en cet endroit, surtout après la surélévation due au barrage, devait présenter des cavités, des anfractuosités, des fentes et des fuites enlevant la plus grande part de son utilité à la retenue d’eau. La commission de cinq 8 géologues mentionnée dans le rapport de la sous-commission cité plus haut, dans son rapport du 26 mars 1917, tout en faisant des réserves au sujet des parois, a paru admettre l'étanchéité en présence des faits observés au barrage de la Bourne, établi, lui aussi, dans le calcaire urgonien. La méthode de la cimentation est, du reste, proposée comme garantie contre les fuites possibles. MM. Lugeon‘, Killian et Zurcher, antérieurement, avaient admis l'étanchéité des terrains de Génissiat. M. Delafond, directeur de l'Ecole des Mines, a émis le même avis, quoiqu’en termes moins affirmaüfs. M. Martel persiste énergiquement dans son opinion, et exige, non pas seulement des sondages, mais l'établissement d’un profil en travers continu, sans aucun intervalle. Pour la construction du barrage, et en tenant compte de ce que les sables ne s’agglomèrent pas pour former un poudingue, il exige que tous les sables soient retirés des moindres anfractuosités. et cela sous une épaisseur de matériaux de remplissage atteignant 27 m. 60, ce qui lui paraît quasi-impossible.
Pour résoudre la question de la solidité, M. Mähl a proposé, en 1918, de construire un barrage cellulaire, plaquant contre le
4. En mai 1911, M. Lugeon a fait forer deux puits rivérains du Rhône, ils ont prouvé selon lui « qu'on ne peut rêver roche meilleure pour l'assiette etles appuis d'un barrage ». En outre, douze sondages pratiqués pour le canal de fuite ont rencontré partout la roche en place.
DE GENÈVE à LYON. 209
; mur de a une série de voûtes et de planchers formant une série de piles solidarisées entre elles et avec les flancs de la gorge. Il estime que les gages de sécurité sont plus que décuplés avec ce mode de barrage dans lequel, nous l'avons vu, il encastre ses écluses ou ascenseurs à bateaux. Les vastes
locaux formés par les cellules ainsi obtenues pourraient rece-
voir des transformateurs ou diverses installations industrielles. La surveillance de l'ouvrage serait facilitée par l'accès commode des cellules. Enfin, ce barrage, affirme l’auteur, ne courrait jamais le risque d’un entraînement total.
Quant à la solution Bellegarde-Malpertuis, avec double barrage, à laquelle M. Herriot s'était rallié en juin 1917, elle présente l'avantage d’être plus simple, parce que morcelée, d'une construction plus facile, probablement moins coûteuse, et permettant de capter autant de force que avec la solution du barrage unique de Génissiat.
En 1911, la Chambre de commerce de Bourg avait donné, pour cette RH e un avis favorable, en raison des assurances
que donnaient des techniciens sur la sécurité qu’elle présentait,
et en raison aussi des facilités qu’elle réservait à la navigation, lorsque l'aménagement à l’aval réclamerait un raccordement avec l’amont et le lac Léman. N'oublions pas que M. Herriot, lui aussi, avait donné un avis favorable sous cette condition que la navigation serait assurée.
Nous avons vu que le projet Boissonnas et Planche et le projet Armand prévoient l'aménagement de la navigation avec les deux barrages de Bellegarde et de Malpertuis. Mais les objections subsistent. Le barrage de Malpertuis retiendra l’eau à la cote 289 m. 50, seulement done à 42 m. 50 en contrebas de la retenue prévue par le grand barrage de Génissiat, de telle sorte que la navigation devra, à moins d'ouvrages coûteux, suivre les sinuosités au fond de la gorge.
En outre, les. géologues discutent, ce qui n’est pas surprenant, puisqu'il n'existe pas d’appareil permettant de voir l’intérieur de la terre. Des craintes ont été manifestées au sujet de la porosité des roches de Bellegarde, comme au sujet de celles de Génissiat.
Résumons encore très sommairement quelques arguments de M. Martel contre le barrage de Génissiat et en faveur du double barrage. D'abord, tout barrage et surtout le barrage projeté à Génissiat amènera, par un phénomène connu, un dépôt d’alluvions à l’origine du lac créé par le barrage. Ce dépôt tend peu à peu à reconstituer là pente primitive à un niveau plus élevé, et par suite à inonder les terrains environnants. Pour éviter ce résultat, il faudra des dragages coûteux avec transport diflicile des matériaux dragués, ou des vannes de chasse de dimensions
très grandes. En outre, il a- dû se produire à Génissiat un colmatage du lit du fleuve lensevelissant sous une couche
énorme de cailloux, ce qui Re des fondations très pro-
fondes.
M. Martel craint aussi l'effet d’affouillement provenant des sources dont il a constaté l'existence, et la corrosion chimique des roches qui encastreront les fondations du barrage, ce qui finirait par le déchausser. Cette corrosion peut provenir des eaux du Rhône ou de celles des sources. M. Lugeon considère cette opinion comme « une hérésie facile à combattre ».
Dans un autre ordre d'idées, M. Martel considère comme avantageuse la création de plusieurs usines au lieu d’une seule. La dépense, le placement de la force, peuvent être échelonnés sur une période plus ou moins longue, et pour les réparations, les modifications, les mille accidents qui affectent les usines, l’aménagement de plusieurs usines au lieu d'une seule facilite la solution.
M. Martel insiste beaucoup sur la perte irréparable de la gorge du Rhône qui serait entièrement noyée avec le barrage unique, tandis que le double barrage permettrait au contraire, la visite facile d'un cañon très remarquable. Cet argument dort être pris en très sérieuse considération.
Disons enfin que M. Martel s’est livré à une importante et intéressante discussion, dans le détail de laquelle nous ne pouvons entrer, pour démontrer, contrairement à l'avis de M. Lugeon, que les barrages de Bellegarde et de Malpertuis (celui de Grésin est abandonné) sont exécutables et, qu’en plaçant les barrages en certains points déterminés, ils offriraient degrandes facilités de travail et toutes les garanties désirables.
150. Arbitrage Zurcher. Sondages.— Le projet de dou- . ble barrage paraissait l'emporter, quand, le 1°’ septembre 1917, M. Louis Dausset, ancien président du conseil municipal de Paris, a donné à entendre que la ville de Paris reprenait le projet du barrage de Génissiat.
La lutte des deux projets a, du reste, été courtoise ;elle est même terminée, sinon entre les deux projets, qui restent toujours en présence, chacun conservant ses partisans et ses adversaires, du moins entre les deux sociétés. En effet ces deux sociétés ont envisagé leurfusionnement, en laissant à l’administration le soin de décider quel est celui des deux plans qu'il conviendrait d'adopter.
L'avis de M. l'ingénieur Zurcher a été demandé; nous n’avons pas le texte intégral de son rapport, mais M. Gcorges Lalou, président de la sous-commission de la ville de Paris, favorable, comme nous l’avons vu, au projet de Génissiat, en a cité les con-
12 janvier 1918: le rapport se termine ainsi : C’est donc sur les
usions à LL réunion de Le commission nb Ma nentale à du
bases de l'avant-projet de construction d’un barrage au site de Génissiat, qui nous a été soumis, que les études DÉRRIUVES
devraient avoir lieu. »
Les conclusions du Tapport, citées aussi par M. Lalou, sont
£ res : =
« Ainsi qu'on le voit, aucun motiftiré des consider ho géologiques ou des raisons de construction ne s'oppose à l'adoption de la solution du grand barrage de Génissiat, solution, d'autre part, nettement préférable au point de vue technique,
« L'établissement d'un grand barrage à Malpertuis créerait une retenue d’étanchéité oniouse. et si la construction de ce barrage ne soulève pas de difficulté, les dispositions techniques des projets sont défectueuses, notamment au point de vue de l'emplacement de l’usine, des ouvrages d'écoulement des crues et des dispositions à réaliser en vue de la navigation. Un barrage de moindre hauteur soulèverait les mêmes “objections, bien que, cependant, les canaux des sources de Malpertuis soient alors hors de cause puisqu'ils seraient à un niveau supérieur à celui de la retenue.
« Enfin, si l’on voulait construire un barrage au site de Bellegarde, il faudrait prendre des précautions spéciales à cause de la nature du terrain des parois, et procéder par parties sur des chantiers exposés à de grands dangers au cas d’une crue hors saison ou exceptionnelle du Rhône.
« Nous concluons donc que le projet de construction d’un barrage au site de Génissiat présente, dans la mesure permise par les prévisions humaines, au point de vue de l'étanchéité de la retenue, de la solidité des parois et des fondations, toutes les garanties désirables ; sa conception technique est, d’autre part, très heureuse à l'égard de l’utilisation de l'énergie du Haut-Rhône et de la miseen état de navigabilité de cette partie du grand fleuve. »
Malgré cet avis, et selon les termes du rapport de M. Bernier, président de la Chambre de commerce de Bourg, en date du 13 décembre 1916, l'administration et les intéressés en seraient venus à l'utilisation de la chute en deux paliers et auraient été amenés à concevoir, dans des délais assez rapprochés, le commencement de l’aménagement de la chute inférieure, et la construction du barrage de Malpertuis, puis, plus tard, la réalisation de la seconde partie du programme.
Le débat entre la chute unique et la double chute n'est pas clos. Le Ministre des Travaux publics a ordonné des sondages à la fois à Malpertuis et à Génissiat. Les travaux
doivent être faits aux frais de l'Etat. Les sondages sont en cours. D'éminents géologues et ingénieurs procèdent à ces travaux. En septembre 1918, l'installation des chantiers de sondage ee à Malpertuis était terminée et les travaux de perforation allaient commencer; à Génissiat, l'installation des chantiers était poussée avec activité. Les sondages ont pour but de vérifier la solidité du rocher sur lequel reposeraient les fondations des barrages et de rechercher les infiltrations d’eau. =
151. Objections contre tout barrage. Avantages allégués par les partisans du canal dérivé. — Maintenant que les projets de barrage ont fusionné, ils se trouvent en présence d’un adversaire commun qui n’admet aucun barrage; c'est le projet Maillet ou tout autre projet de dérivation, en général.
Les objections à tout système de barrage sont formulées par M. l'ingénieur Crolard, député de la Haute-Savoie, en termes trop précis pour que nous ne les citions pas !. « Dans le projet Blondel, à barrage unique, on a fait valoir l’importance de la retenue de 22 kilomètres de longueur créée, au point de vue de réserve journalière. Mais encore faut-il tenir compte des apports considérables de gravier qui réduiront rapidement le cube disponible pour les affamements envisagés.
«Evidemment, la solution du barrage réservoir est très séduisante. Elle a donné lieu à des applications très avantageuses, mais, en l'espèce, il s’agit, pour le cas du Rhône, non plus de barrer un cours d’eau dans une vallée qu’on pourrait appeler morte comme pour le cas de la Sioule ou du Cher, mais, au contraire, d'arrêter un fleuve puissant comme le Rhône dans un pertuis éminemment actif dont on constate du reste le travail intérieur d'année en année, par des érosions en largeur et en profondeur.
« Le travail de l’eau inutilisée (et il y en aura obligatoirement un volume considérable) se portera sur des ouvrages artificiels, comme la série de gradins prévus à la suite des vannes ‘de décharges de Génissiat ou sur la paroi même des barrages de Malpertuis et de Bellegarde. De là des corrosions certaines par suite des graviers apportés par les crues puissantes de l'Arve.
« De plus, on est, par le fait des retenues élevées créées, en présence de la difficulté si discutée des infiltrations souterraines et du danger de rupture en cas de crues exceptionnelles.
« Enfin, l'emplacement obligé des usines près du barrage