LA DOCTRINE DE MONROË
Qu'est-ce que la doctrine de Monroë?
La meilleure définition se trouve dans le discours du président Monroë.
« Nous devons aux relations amicales qui existent entre les Etats-Unis et les puissances européennes de déclarer que nous considérerons toute tentative de leur part tendant à s'emparer d'une portion quelconque de cet hémisphère comme un danger pour notre paix et notre sécurité. »
Il ajoutait qu'un tel procédé serait regardé comme « la manifestation d'une disposition hostile vis-à-vis des Ht;ils-Unis » et que cela ne serait pas accueilli avec indifférence par les Américains.
Cette doctrine fut suggérée au président Monroë par M. Canning. Ce dernier eût été considérablement étonné s'il avait vu le résultat de sa suggestion.
La doctrine de Monroë s'appliquait d'abord au midi et au centre de l'Amérique. Sa justification originelle était un désir de la part du gouvernement républicain des Etats-Unis d'exclure du Nouveau-Monde le système despotique qui domine sur le continent européen. De là son motif avoué quand elle fut promulguée d'être
anti-monarchique plutôt qu'anti-européenne. Elle débuta avec Canning et fut exagérée par une horreur de la Sainte- Alliance, qui était considérée aussi bien en Angleterre qu'en Amérique comme une conspiration de despotes contre la liberté humaine.
D'après le président Roosevelt :
« Cette doctrine devrait être la caractéristique de la politique étrangère de toutes les nations des deux Amériques. Elle n'a nullement pour but d'être hostile à aucune nation du Vieux-Monde et encore moins de favoriser une agression quelconque du Nouveau-Monde contre l'Ancien. Mais c'est un grand pas vers' la paix universelle du monde que d'avoir assuré la possibilité d'une paix permanente en cet hémisphère. Pendant ce siècle, d'autres influences, nées d'une doctrine définie, ont assuré une indépendance durable aux petits Etats de l'Europe, et nous espérons pouvoir sauvegarder une semblable indépendance pour les petits Etats du Nouveau-Monde.
(( La doctrine n'a rien à faire avec les relations commerciales d'aucune puissance américaine, sauf, à la vérité, lorsqu'elle permet à chacune d'elles de créer selon son désir de nouveaux débouchés. C'est réellement une garantie d'indépendance commerciale pour les Américains. » i
Et encore :
h Pour assurer la sécurité commerciale des Etats- Unis et garantir la tranquillité du peuple américain, nous insistons sur la doctrine de Monroë parce qu'elle est susceptible d'assurer la paix dans l'hémisphère occidental. »
Le président admettait que cette doctrine causerait
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un préjudice au commerce européen, spécialement à celui de la Grande-Bretagne avec le Canada. Il alla jusqu'à' dire « qu'il faudrait admettre l'extension du même principe à toutes les républiques de l'Amérique du Sud. »
Mais ceci n'a rien à faire, il faut l'admettre, avec la doctrine de Monroë pure et simple.
Il est bon de remarquer aussi que le président répudie la théorie qu'ont exprimée en des termes très vigoureux quelques-uns de ses amis, à savoir que les Etats-Unis devraient prendre la responsabilité d'exercer une souveraineté générale sur la politique étrangère des Etats de l'Amérique centrale et du Sud.
Si la doctrine de Monroë doit être réellement mise en vigueur, aussi bien en théorie qu'en pratique, et qu'il doive être interdit aux puissances européennes de s'établir dans l'Amérique du Sud, les Etats-Unis auront à réfléchir sur cette politique. Ils devront se préparer à tenir la promesse du maintien d'une loi internationale régissant tout le continent Américain.
Certainement une telle solution est impatiemment désirée. L'Italie et l'Allemagne considèrent le vaste continent à demi-peuplé de l'Amérique du Sud comme la naturelle Ilintcrland où se réfugie le surplus de leur population. De là, pour l'avenir, d'inévitables querelles et les hommes d'Etat avisés feraient bien de s'y prendre à l'avance pour s'assurer une solution amiable.
La doctrine de Monroë a pour corollaire logique l'obligation pour les Etats-Unis d'employer la force pour contraindre les autres Etats Américains de s'abstenir d'actions qui pourraient offrir aux puissances européennes l'occasion d'intervenir.
M. Olney a déclaré : ((Que la distance et trois mille milles d'océan rendent toute union politique permanente entre un Etat européen et un Etat américain presque impossible. »
Lord Salisbury a nié cette évidence. D'ailleurs il sera aisé de se convaincre par le tableau suivant qui donne les territoires américains demeurant encore sous les drapeaux européens, combien la solution de cette situation est complexe et délicate.