L ARBITRAGE INTERNATIONAL
En parlant de l'influence que les Américains ont exercée sur le monde en général, on ne doit pas oublier de dire que dans les questions internationales ils ont dépensé une force supérieure en faveur de la cause du progrès et de la civilisation.
Je veux parler de la question de l'arbitrage international.
Le principe de régler les différends entre des Etats souverains par le moyen d'un tribunal juridique et arbitral, sont les bases mômes de la Constitution américaine.
Le fait que de l'Atlantique au Pacifique, du Saint- Laurent au golfe Mexico, l'on ne peut rencontrer de frontières hérissées de canons, ou d'armées sur pied pour défendre les millions d'êtres répartis sur quarantedeux Etats souverains groupés en une union fédérale, est l'œuvre des pères de la République; ils ont créé comme première assise de leur union, une cour suprême de justice, autorisée à examiner toutes les questions en litige entre n'importe quels Etats de l'Union.
Habitués depuis la naissance même de la République au spectacle des différends entre les Etats fédérés jugés, non par l'arbitre sanglant de la guerre, mais par la décision d'un tribunal suprême, les Américains tentèrent naturellement de créer un tribunal compétent pour régler à l'amiable les différends entre les autres nations.
Les principes de la Constitution des Etats-Unis font partie de l'atmosphère du citoyen américain.
En conséquence, il est naturel que l'idée d'un arbitrage international ait trouvé dans le peuple américain un appui intelligent et enthousiaste.
Le premier arbitrage qui eut lieu, fut entre la Grande- Bretagne et les Etats-Unis, en 1816, à propos de la rivière Sainte-Croix et des délimitations du lac.
En 1827, pour établir les limites du Nord-Est, les Etats-Unis acceptèrent l'arbitrage du roi des Pays- Bas. En 1853, une discussion à propos de quelques esclaves libérés fut réglée par un arbitrage, et en 1853, un différend qui s'éleva entre les compagnies de VHudson bay et du détroit de Puget, s'arrangea de la même manière.
En 1891 la question des pêcheries de phoques dans la mer de Behring fut soumise à la cour arbitrale de Paris, et la longue liste des arbitrages anglo-américains se termina par celui qui détermina les frontières entre l'Empire britannique et la République du Venezuela en 1899.
Jamais deux nations au monde n'eurent autant d'arbitrages que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.
En 1895, le sénateur Sherman introduisit un bill tendant à permettre au Président de donner pouvoir à
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la résolution de 1890. Il aurait toute autorité pour mener les négociations par les agents diplomatiques réguliers des Etats-Unis, ou s'il le préférait, il lui serait loisible d'envoyer une commission auprès des gouvernements des autres pays pour entamer des négociations en vue de créer un tribunal d'arbitrage qui réglerait à l'amiable les différends qui pourraient surgir. .
Lorsque l'incident du Venezuela surgit, le Président Cleveland souleva une tempête d'approbations enthousiastes en formulant sa demande d'arbitrage.
M. Carnegie, le plus pacifique des hommes, a déclaré que l'arbitrage était la seule chose au monde pour laquelle il se battrait volontiers. M. Olney émit l'idée que la guerre était condamnable comme un restant de barbarie, qu'elle était un crime en elle-même, et qu'il n'y avait qu'un moyen de vider une question irritante, l'arbitrage pacifique.
La requête américaine, appuyée avec enthousiasme par le peuple américain, força lord Salisbury à abandonner la position. Il y eut alors une tentative faite pour créer un traité d'arbitrage entre les deux Etats, mais malheureusement rien n'a encore été tenté pour faire aboutir les vœux qui avaient été exprimés.