CE QUI SE PASSE POUR LE SUD DE L'AFRIQUE
On a dit, et non sans raison, que la politique de M. Chamberlain avait créé, pour l'Angleterre, une autre Irlande dans le sud de l'Afrique. Sans entrer dans le domaine de la politique intérieure qui n'a rien à voir avec ce livre, nous pouvons faire cette opinion nôtre, en nous emparant de l'aveu même de M. Chamberlain qui n'a pas craint de nous avertir que, lorsque la guerre serait terminée, il faudrait maintenir dans l'Afrique du Sud, une armée permanente de 50,000 hommes, pour défendre notre colonie agrandie contre les rébellions possibles de 300,000 Boers décidés à ne pas tolérer notre domination. Depuis que ce calcul a été fait, la garnison britannique dans le Sud de l'Afrique a été constamment maintenue à plus de 200,000 hommes.
Selon le rédacteur militaire du Times, en admettant môme que la paix soit signée, on ne pourrait, six mois après la signature des préliminaires rappeler plus de 30,000 hommes et il sera nécessaire, pendant longtemps, d'entretenir dans toute l'étendue de la colonie une force respectable évaluée au moins à 170,000 hommes.
Mais le nombre de baïonnettes indispensable pour asseoir notre domination dans l'Afrique du Sud, importe peu à la question. Ce qui ressort de tout ceci, c'est que pour le vainqueur, la situation est intenable.
Tant que nous ne nous étions pas affirmés par la force des armes, nous pouvions espérer que le prestige qui s'est si longtemps attaché à notre action civilisatrice triompherait des répugnances de race ; aujourd'hui que la poudre a parlé, nous ne pouvons attendre des Boers que ce qu'offre un peuple subjugué à celui qui l'a vaincu par la force brutale : méfiance et mépris.
Les Hollandais de la colonie du Cap qui, avant la guerre, donnaient toutes les preuves de loyauté imaginable, jusqu'à voter des subsides pour l'entretien de la flotte anglaise au Cap, sont devenus maintenant d'irréconciliables ennemis.
Pour bien comprendre ce qui s'est passé dans F Afrique du Sud, il est utile de remonter au moment fatal où M. Rhodes entra dans la conspiration qui commença par le raid Jameson pour aboutir à la guerre actuelle.
Le public ne connaît que peu de chose des débuts de cette ténébreuse affaire et des ressorts qu'on fit jouer pour rendre inévitable la conclusion qu'on sait.
M- Rhodes, j'en parle avec l'autorité de l'homme qui a vu et observé, avait une horreur profonde de l'élément Boer-Hollandais: il le devinait, comme il est d'ailleurs, supérieur physiquement au colon anglais. Et, cependant, nul homme n'avait été, dans sa carrière plus aidé que lui, par les hommes qitfil feignait de craindre, sinon de mépriser.
tSa haine contre Paul Kruger notamment s'expliquait