‹ L'américanisation du mondeChapitre 9 sur 42 · CE QUI SE PASSE POUR LE SUD DE ^AFRIQUE M · texte numérisé non relu

CE QUI SE PASSE POUR LE SUD DE ^AFRIQUE M

par tout l'empire que cet homme d'Etat avait sur ses concitoyens qui le considéraient comme une sorte de Georges Washington, capable de soustraire leur pays à la domination britannique.

Connaissant admirablement la situation politique du Sud de l'Afrique, Rhodes, après les dernières élections qui avaient laissé se dessiner une minorité importante contre Paul Kruger, crut le momenl opportun pour s'attaquer à celui qu'il regardait,non sans raison,comme l'implacable ennemi des appétits anglais et surtout des intérêts matériels d'une poignée d'aventuriers venus dans le sud africain pour y chercher fortune. Il crut que l'on viendrait aisément à bout de ces burghers mal armés, incapables de se défendre contre un coup de main hardi ; et ce fut là le point faible du complot qui commença par le raid Jameson pour aboutir à la guerre.

M. Cecil Rhodes s'appuya de toutes ses forces et très imprudemment sur les Uitlanders pour combattre le Krugérisme. Les Uitlanders avaient à leur disposition les énormes trésors du Rand, comparables aux trésors des Niebelungen, et pour lesquels tant de sang a déjà arrosé l(> Veldt ; ils venaient de toutes les patries sans en avoir aucune, et même ceux qui avaient vu le jour clans la Grande-Bretagne, ou dans les colonies anglaises en étaient arrivés à l'oublier. Parmi eux se trouvaient des Irlandais et des Australiens; il y avait aussi : \llemands, des Juifs, des Français, des Russes. des Polonais, des Hollandais et des Américains, toute une foule bigarrée qu"nn grand aimant d'or avait attirée à Johannesburg.

Tous ces hommes n'avaient qu'une passion, un seul amour : le dollar. C'était une masse confuse, ne crai-

gnant ni Dieu, ni diable, et trop adonnée à l'amour du jeu, des femmes et du whisky pour se former jamais en une nation sérieuse et résolue.

A vrai dire, M. Rhodes n'ignorait pas absolument tout cela; mais il présuma de ses forces et eut l'outrecuidance de penser que, s'il était le banquier de l'Afrique, il pouvait en être aussi le cerveau. Son impatience d'en finir avec la Constitution boer et le Président qui la modifiait, de ci de là, dans un sens défavorable à l'expansion anglaise, grandissait chaque jour; il n'avait aussi pour les compagnons du président dont il n'entrevoyait pas la force de résistance, qu'une estime médiocre. Il arriva à croire qu'il apprendrait bientôt qu'une révolution de palais, sans effusion de sang, avait renversé le président du Transvaal, auquel aurait succédé un homme d'Etat nettement anti-anglais.

— En fait, me dit M. Rhodes lorsqu'il prit la peine de m'expliquer comment il avait commis la faute initiale qui devait compromettre sa carrière, il m'apparut un moment certain que, si je me désintéressais de la politique sud-africaine, les jours de Kruger étaient comptés, et que nous nous trouverions en présence d'une république américaine, américaine dans le sens de conglomérat hostile à la Grande-Bretagne, gouvernée par des Américains ou des Australiens qui se soucient peu de notre pavillon. Ils auraient eu alors tous les trésors du Rand, et leur puissance touiours grandissante aurait subjugué les colonies voisines. C'en était donc fait de la suprématie anglaise dans le sud de l'Afrique, et c'est pour empêcher cette-Catastrophe que j'ai agi comme on me l'a tant reproché.

J'ai eu de nombreuses conversations sur le même

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sujet avec M. Rhodes, pendant l'automne dernier, et je l'ai toujours trouvé inébranlable dans sa conviction, qu'une république américaine dans le sud de l'Afrique marquerait la fin de la domination anglaise dans ce continent.

On ne sera pas peu surpris d'apprendre que l'une des causes de l'échec du raid Jameson, fut le message du président Cleveland sur la question vénézuélienne. La conspiration de Jameson, selon son plan original, avait basé son espoir de succès sur un mouvement révolutionnaire qui éclaterait à Johannesburg, mouvement auquel toutes les nationalités allaient prendre part. On remarquait, parmi les conspirateurs, M. Hayes-Hammond et le capitaine Nein, et auprès d'eux plusieurs de leurs compatriotes, gagnés à la cause Jameson par l'idée généreuse, que Kruger était un nouveau Georges III dont il fallait débarrasser la nation boer.

Quand M. Chamberlain fit, de sa participation au complot, la condition qu'il s'exécuterait sous le pavillon britannique et que le futur gouverneur du Transvaal serait nommé par l'Office colonial, il anéantit la seule chance de succès que pouvaient avoir les conspirateurs.

Il voulut bien, sur des représentations intelligentes, différer la question du drapeau ; mais la nouvelle s'en était répandue, juste au moment où les sentiments anti-anglais, excités par le message du président Cleveland se manifestaient chez les Américains sur tous les points du globe. Si bien que les citoyens des Etats de l'Union qui avaient adhéré au mouvement révolutionnaire, s'arrêtèrent tout à coup et refusèrent leur aide avec autant de spontanéité qu'ils l'avaient offerte. Ils

dirent qu'ils voulaient bien sacrifier leur existence pour une révolution faite de bonne foi, qui aurait pour but de se débarrasser de Kruger et de sa camarilla mais qu'ils n'entendaient en aucune façon faire les affaires de l'Angleterre.

Il y eut échange d'explications et de récriminations, mais la partie était compromise ; et les finesses de M. Chamberlain découvertes.

Nous n'avons pas ici à refaire l'historique du raid Jameson, qui suivit de près les événements que nous venons de raconter, nous voulons seulement insister sur ce fait qu'il y a cinq ans M. Rhodes ne voyait pas dans les Hollandais, le danger que courait au sud de l'Afrique l'empire britannique ; mais seulement, dans les Uitlanders composés d'étrangers venus de tous les points du globe à la conquête de l'or.

C'est une erreur commune de croire que les Uitlanders nous aiment, et que, même s'ils n'avaient pour nous qu'une médiocre sympathie avant la guerre, nous avons acheté leur affection, leur admiration et leur loyalisme par l'immensité du sacrifice que nous avons consenti pour eux depuis deux ans.

Leur point de vue est bien différent du nôtre. Ils ne peuvent avoir pour nous qu'un profond dédain parce qu'ils ont été témoins de notre incompétence, de notre myopie politique, de l'insupportable arrogance et de l'ignorance de nos officiers dont les fautes accumulées leur ont fait endurer trop longtemps, le lourd fardeau de la guerre. Ils ne peuvent, enj^ffet, supporter la tyrannie des communautés minières et des satrapes militaires qui gouvernent selon leurs caprices, le sud

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