‹ L'américanismeChapitre 54 sur 120 · FIN DU MOUVEMENT NÉO-CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

FIN DU MOUVEMENT NÉO-CHRÉTIEN

M. Charbonnel essaya de convaincre M. Henry Bérenger qu'il y avait deux cathoHcismes ; celui du passé, le catholicisme despotique, et celui de l'avenir, le catholicisme libéral, et que les difficultés du présent tenaient à la transition(i). Le vide continua de se faire autour de l'hérétique.

Le 14 octobre 1897, il sortait de l'Eglise. M. Maignen écrivit bientôt après: « Il y eut désormais, au compte de V américanisme, le cadavre moral d'un prêtre renégat (2). »

{]) Revue des Revues, i" février 1897.

(2) La Vérité, 5 avril 1898 ; Le P. Hecker est-il un saint ? p. 25o, — La protestation la plus théologique et la plus digne qu'on ait écrite contre le Congrès des Religions est celle de Mgr Isoard ; Le Système du moins possible demain dans la société chrétienne (iSgj), p. 338-240.

Sur la défection de M. Charbonnel, voyeï la Vérité, i5 et 16 octobre, 5 novembre 181J7.

Traduction de la Vie du P. Hecker,

L'escarmouche de Frîbourg.

Une nouvelle hérésie, ses variétés ei ses fauteurs.

Au commencement de 1 897, l'éditeur de L'Eglise et le Siècle reçut le manuscrit d'une traduction de la Vie du P. Hecker par un pauliste, le P. Elliot, avec introduction de Mgr Ireland. Cette traduction était l'œuvre d'une dame, restée inconnue, et le manuscrit était présenté par le comte Guillaume de Chabrol, ancien député monarchiste de l'Assemblée nationale, et qui avait connu le P. Hecker dans ce même, voyage aux Etats-Unis dont nous avons déjà parlé (i).

-L'éditeur soumit l'affaire à M. l'abbé Klein, et sur sa déclaration que le manuscrit offrait un

(1) Voyeî ci-dessus, p. 190.

grand intérêt, mais exigeait quelques abbréviations et retouches de style, il le pria de faire lui-même la révision. M. Klein donna une allure plus littéraire à la traduction et adoucit un certain nombre de phrases dont l'exactitude ne choquait pas les Américains, mais qui auraient offusqué les catholiques de France, moins accoutumés à la liberté d'expression.

Le réviseur ne borna point là son œuvre. Intéressé par l'ouvrage, il écrivit une préface où il synthétisa toutes les idées du P. Hecker. Diffuses dans la biographie, elles frappaient beaucoup moins. Outre le relief, il les exprima avec l'éloquence, la chaleur, l'enthousiasme dont il a coutume de parer tout ce qu'il touche. Il y ajouta même la solennité. L'heure lui semblait grave, puisqu'il ne s'agissait rien moins que de faire accomplir une évolution aux catholiques de France, et même, on peut l'ajouter, de donner une leçon à tous les Français, Le public, en effet, se passionnait alors sur un ouvrage de M. Demolins : A quoi lient la supériorité des Anglo- Saxons ? Des gens bien intentionnés cherchaient à renouveler l'esprit national. Peu de temps auparavant, on avait essayé de l'influence russe et Scandinave; maintenant, on se tournait vers les pays de langue anglaise. M, l'abbé Klein, ami de M. Demolins et de son

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maître l'abbé Henri de Tourville{i), apportait une illustration à cette nouvelle thèse {2).

Heureux de présenter un héros dont la connaissance se révélait d'une manière si opportune, l'auteur de la préface écrivit un véritable manifeste ;

<c II a été, disaii-il du P. Hecker, et il restera, dans le sens profond du mot, un docteur, un de ceux qui apprennent à des séries de générations humaines ce qu'elles ont à faire. C'est par là que sa puissance s'étend bien au-delà de sa propre vie ou de son exemple personnel et bien au-delà de son pays. Il a tracé et réalisé en lui l'idéal du prêtre pour l'avenir nouveau de l'Eglise; sur le roc ferme de la doctrine essentielle, sur les immuables dogmes des communications de Dieu et de l'âme, il a établi les principes

(r) Décédé en mars 1903.

(2) La préface présence encore une autre préoccupation de l'actualité dans le. passage où M. Klein raconte comment le P. Hecker faisaii valoir aux Américains le catholicisme romain aux dépens du protesiantisme.

n Une pareille méthode, dit M. Klein, ne faisaii rien moins que devancer de quarante ans la grande clarté psychologique dans laquelle les plus perspicaces des philosophes reconnaissent aujourd'hui que la question religieuse est posée dans l'âme humaine en vertu d'un fait immanent, et que la réponse à cette question intime se rencontre dans le fait extérieur de la révélation : celle-ci, pour démontrer qu'elle émane de Dieu, n'ayant qu'à s'ajnsier avec exactitude aux besoi sentis par l'âme, de même que la nourriture fa l'homme se reconnaît à ce qu'elle s'adapte parfaitem besoins de l'alimentation humaine (p. XV). u

Ce passage a été supprimé dans la 7* édition.

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iniimes de la formaiion sacerdotale pour les temps qui commencent. Et encore n'est-ce pas assez dire, car, d'une part, sa mystique s'applique à tout chrétien dans la vie moderne, et, d'autre part, elle atteint jusqu'à l'adaptation posiiitive de la vie conventuelle aux besoins nouveaux du monde. En est-il un autre qui ait, de notre siècle et dans le domaine religieux, embrassé à la fois dans ses travaux et dans ses études un pareil champ d'opération (i)?

0 Les applications de la science au travail ont produit, depilis cinquante ans, dans If monde, plus de bouleversements qu'il ne s'en faisait jadis en plusieurs siècles. Or, de tels changements matériels ne sont pas sans agir profondément suf les conditions morales de l'humanité ; ils exigent, et, dans une certaine mesure, ils suscitent plus d'instruction, plus d'énergie, plus d'indépendance, plus d'initiative, plus d'aptitude à se déplacer, à changer de travail, à suivre les découvertes, à renouveler- ses méthodes et parfois ses idées. Le respect de la coutume qui était une cause de supériorité et presque une vertu, est devenu sur beaucoup de points, une faiblesse, un défaut, une cause de retard et de décadence. Les vertus passives, qui étaient l'honneur d'une époque où l'on n'avait qu'à suivre le courant, doivent par-

(i) Page VIII; passage modifié dans la préface de la 7* édilion, p. XVI. — On peut relever dans la préface quelques expressions un peu fortes : ci Pas un livre paru depuis cinquante uns ne projette peut-être une lumière plus vive sur l'état présent de l'humanité ou sur l'évolution du monde, sur les rapports intimes de Dieu avec l'âme moderne ou sur les conditions actuelles du progrès de l'Eglise, u P. 11. Voyez aussi p. XXV1I1,XXX1V; dans la 7° édition, p. X, XXXIX,

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touireculer devant ces vertus actives sans lesquelles rien ne tient plus(i). n

L'éditeur assura une vaste réclame : les bonnes feuilles distribuées à la presse catholique ainenèrent la promesse de prompts articles, et Ton put prévoir que les éloges du nouveau livre éclateraient de toutes parts au moment même de sa publication. 11 parut au commencement de juin. Le comte de Chabrol lui avait déjà consacré une grande étude dans le Correspondant du 25 mai. De son côté, M. Klein l'annonçait lui-même en publiant dans la Repue du Clergé Français sa propre préface, et en donnant dans la Quin\aine l'introduction de Mgr Ireland :

a Qui est-ce ce P. Heclcer? disait M. Klein." La question sembleraii étrange aux Etais-Unis, en Angleterre, à Rome, oii il se trouve en possession, non seulement de la célébrité, mais d'une autorité que nul ne conteste, en fait de doctrine mystique et de vues sur l'avenir social ou religieux. En France, ■souvenons-nous en, il n'était point connu (2}, il va l'être maintenant. Voici que toutes les revues catho-

(1) Page XI; la dernicre phrase a été modiUëe dans la 7* édition, p. XLX.

(1) Le P. Hecker n'était point inconnu en France; i] avait été cité avec éloges par ceux qui s'étaient occupés du catholicisme aux Etats-Unis ; voyez, par exemple, Correspondant, août 1868, p. 565 ; Mgr Baunard, Espérance, p. 193.

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liques s'apprêtent à le révéler en même temps, et la nouvelle que son histoire, avec te résumé de ses doctrines, allait enfin nous être donnée a suffi pour enthousiasmer l'élite qui ne borne l'horizon de ses pensées ni aux limites du territoire, ni aux écrits de la langue nationale.

« Si Mgr Ireland a magistralement saisi, dans le P. Hecker, l'idéal que lui-même réalise avec tant d'éclat, s'il a eu raison de voir en lui l'idéal du prêtre américain et de l'homme d'action, le temps lui a fait défaut pour parler de la profonde et géniale doctrine qui fait du fondateur des paulistes le plus grand mystique du dix-neuvième siècle, le philosophe qui a le mieux compris l'évolution actuelle dé l'humanité, l'apôtre et l'apologiste qui a le plus nettement indiqué le sens des efforts, des études, des réformes, que les nouvelles conditions du monde, une fois bien comprises, imposent sans résistance possible, à tous ceux qui veulent promouvoir l'avancement intérieur et l'expansion extérieure du catholicisme [1), »

La presse entonna un concert de louanges que ne troubla aucune voix discordante. La Vérité française elle-même, donna par la plume du P. Ragey, mariste, un compte-rendu fort élogieux. On y déclarait « le rôle providentiel du P. Hecker très marqué» et que son influence « ne doit pas plus être restreinte aux limites

[i] La Qui

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de l'Amérique, qu'elle ne sera restreinte aux limites de son existence (i) ».

Grâce à ces articles, le livre eut un rapide succès. Seize cents exemplaires se vendirent en deux mois. On mit sous presse une seconde édition.

Un mois plus tard, au quatrième congrès scientifique international des catholiques tenu à Fribourg, Mgr Denis O'Connell (3), présentait et définissait, pour ainsi dire officiellement, l'Américanisme.

« Examiné de bonne foi, dit-il, il ne représente pas autre chose que le loyal dévouement des catholiques américains aux principes sur lesquels le gouvernement est fondé, et leur conviction intime que

(1} Numéro du 35 juin 1897. L'Association catholique (n*du ] 5 août) exprima des observations intéressantes contre ceux qui voulaient transformer le P. Hecher en catholique libéral et tirer son autorité vers l'école sociale de M. Demolins. -- Pour les autres comptes-rendus, voyez L'Univers, 14 juin; Le Peuple Français, 11 juin ; L'Enseignement chrétien, 1" juillet, etc..

(i) Mgr Denis O'Connell est né en i85r aux Etats-Unis. Le cardinal Gibbons, alors évëque de Richmond, l'envoya finir ses éludes théologiques it Rome où il fut reçu docteur en théologie en 1877. Retourné dans son pays il fut nommé curé. A propos du Concile de Baltimore les évêques de Baltimore le renvoyèrent à Rome en i883, il y devint en i885 recteur du collège américain. 11 donna sa démission en juin 1S93, mais continua de résider à Rome en qualité de curé de Sainte-Marie de Transiévère, église titulaire du cardinal Gibbons. I^ la janvier igoS, l^onX[ll le nomma recteur de l'Université catholique de Washington.

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