P- HECKER
avait achevé son stage de Maître de conférences, fut proposé par le recteur, Mgr Péchenard, pour le titre de professeur adjoint. Mgr Turinaz s'éleva contre la nomination en insistant, avec son habituelle énergie, sur les fâcheuses tendances du jeune maître. Quelques prélats répondirent qu'ils avaient lu ses livres et n'y trouvaient rien qui les inquiétât. On passa au, vote et !a nomination fut faite à l'unanimité des évèques présents — une vingtaine — moins une seule voix, probablement celle de Monseigneur de Nancy.
Au total, quatre mois après sa publication, le livre semblait s'être imposé: on parlait d'un puissant courant américaniste ; on rêvait aux actes d'un nouveau parti. La vie du P. Hecker, comme l'Eglise et le Siècle, était mise entre les mains de tous ceux qu'on voulait convaincre qu'il existe la plus grande affinité entre le véritable catholicisme et les idées modernes, libérales, progressistes. On oubliait naturellement l'histoire de Lamennais. On ne se demandait pas, d'un autre côté, s'il ne serait pas plus utile au clergé de France de s'inspirer d'autres ecclésiastiques autrement remarquables qu'Hecker, NevifraBD et Mgr d'Hulst, par exemple (i). On
(i) Leurs vies, il est vrai, ne pcuvenl êlre écrites d'ici longtemps, corn plÉie ment et s
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ne voulait pas se rappeler que la France avait eu, elle aussi, son Hecker dans la personne du P. Lacordaire.
Le restaurateur des dominicains de Fiance avait, en effet, tenté la même œuvre que le fondateur des paulistes. Tous deux avaient essayé de reconcilier l'Eglise avec le siècle. Tous deux avaient aimé leur pays tel qu'il était de leur temps, dans sa marche vers un avenir plus démocratique et sans rien regretter d'un passé qu'ils interprétaient également peu scientifiquement. Ils s'étaient distingués par la même noblesse de caractère, le même mépris pour les divisions et les faussetés, la même recherche de l'union et de la vérité. Lacordaire était un Hecker élevé dans l'Université de France et un avocat de l'époque romantique, Hecker était un Lacordaire qui avait commencé par être garçon boulanger et tribun chez les Yankees.
Les idées de Lacordaire ont fait faillite. Ses dissentiments avec Louis Veuillot et avec dom Guéranger ont jeté sur son orthodoxie une ombre fâcheuse. Ses adversaires, en effet, eurent pour eux la faveur du pape régnant, aux directions duquel ils se conformèrent en toute loyauté. Lacordaire est mort en « libéral impénitent n dans un clergé qui regardait le libéralisme comme une hérésie. Si les idées prèchées
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