III. Américanisme et Américanisme
« De tout ce que Nous avons dit jusqu'à présent, il résulte, cher Fils, que Nous ne pouvons approu- " ver ces opinions dont l'ensemble est désigné par cenains sous le nom d'américanisme. — Par ce mot, si l'on veut désigner certains dons de l'esprii qui honorent le peuple américain, comme d'autres honorent d'auires nations, ou bien encore, si l'on veut entendre la Constitution de vos Etats, les lois et les mœurs en vigueur parmi vous, nous ne verrions aucun motif de le rejeier(2). Mais si l'on emploie ce mot pour nommer et pour désigner élogieusemeni les doctrines ci-dessus mentionnées, il n'est pas douteux que Nos vénérables Frères les évêques d'Amérique seront les premiers à le répudier et à le condamner, comme souverainement injurieux pour eux-mêmes ei toute leur nation, car il laisserait supposer qu'il est chez vous des gens pour rêver et souhaiter en Amérique l'Eglise autrement que dans les autres pays du monde (3).
(1) Voyez p. XXXVII, 33î-352.
{1) Voyez p. 346, aSo, 371, 278, 280-181, 283. (3) En juillet 1900, M. G. Grappe remarquait sur ce passage : ' On n'a pas accordé à ces lignes de la lettre de Léon XIII
ivC.(.H)glc
« Il n'y a qu'une Eglise, une par l'unité de la doctrine comme par l'unité de gouvernement, et c'est l'Eglise catholique, et parce que Dieu en a établi le centre et le fondement sur la chaire du bienheureux Pierre, elle est, à bon droit, appelée Romaine.
« En effet « où est Pierre, là est l'Eglise «. (S. Ambr., in Ps. XI, 5/.) Ainsi, quiconque veut être regardé comme catholique, doit s'approprier en toute vérité les paroles de saint Jérôme au pontife Damase : « Ne suivant nul autre chef que le Christ, je suis en communion avec Votre Sainteté, c'est-àdire avec la chaire de Pierre. Je sais en effet que sur cette pierre a été bâtie l'Eglise ; quiconque n'amasse pas avec vous dissipe (2]. »
« Ces instructions que Nous vous donnons, Noire très cher Fils, par une lettre spéciale, suivant le devoir de Notre ministère (3), Nous prenons soin
l'attention qu'elles méritent. Elles permettraient de soutenir que le pape ne croyait pas lui-même à l'existence réelle des erreurs qu'il jugeait à propos de condamner à l'état de théories, quelle qu'en fut, du reste, l'origine. 11 {La Genèse... p. sî, noie.) — Un cardinal disait à un archei'êque américain : Le commencement et la lin de l'Encyclique vous ménagent une
(î) Voy. p, ii6, 273, 274, 406.
(3) M. l'abbé Maignen après avoir marqué que le pape dirime la controverse, en vertu de son ministère, pour sauvegarder l'intégrité de la foi, pour veiller au salut des lîdéles, ajoute: a II s'agit, on le voit, d'une question qui intéresse toute l'Eglise. Le Pape la résout en vertu de son autorité suprême. Il parle donc comme docteur infaillible, car chacun sait que l'infaillibililé pontificale s'étend aux censures qui frappent l'erreur d'une note inférieure à celle d'hérésie. C'est ici le cas;
pelle le dépôJindirect de la foi. u
ivC.tH>t^le
ibO LETTRE DE LEON XTII
qu'elle soit communiquée aux autres cvêques des Etats-Unis. Nous donnons ainsi un nouveau témoignage de l'affection dont Nous entourons voire nation tout entière. De même que durant les siècles passés, elle a bien mérité de la religion, ainsi estelle appelée à lui rendre, dans l'avenir des services plus grands encore et plus nombreux, avec l'heureux secours de Dieu.
« Comme gage des grâces divines, Nous accordons très affectueusement la Bénédiction apostolique à vous, au clergé et à tous les fidèles d'Amérique.
0 Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 22 janvier 1899, de Noire Poniificat la vingt-unième année.
« LÉON XIII, PAPE
hyGoo^lc
Somnissions, adhésions et distinctions.
La galerie.
Aussitôt que la lettre Testem benevoîentiae eut été connue, l'archevêque Ireland écrivit au souverain pontife, la lettre suivante, en français :
a Très Saint-Père,
a De suite que je finis de lire la lettre que Voire Sainteté vient d'adresser à Son Eminence le cardinal Gibbons, et aux auires membres de l'épiscopai américain, je m'empresse de la remercier de cet acte d'estime et d'amour pour les catholiques des Etats- Unis, comme pour notre nation américaine tout entière.
« Aujourd'hui la lumière est faite : les malentendus cessent. Aujourd'hui nous sommes à même de définir la faute, que « les quelques-uns » ont voulu couvrir du nom d'américanisme, et en définir le vrai, que seuls les Américains appellent américanisme. De plus, tellement sont claires et précises les distinc-
lions et les explications faites dans la Lettre Apostolique, que le péril qu'elle ne fût comprise par tout le peuple des Etats-Unis — péril que moi-même, je confesse, j'avais cru pouvoir redouter, — ne peut plus se concevoir.
" Vu la surprenante confusion d'idées et les âpres controverses soulevées, en France surtout, autour du livre : Vie du Père Hecker — l'étendue desquelles la Lettre Apostolique me permet de mesurer — c'était, je ne puis maintenant ne pas l'apercevoir, une nécessité pour le premier pasteur de faire entendre sa voix dans le but d'éclairer et d'apaiser les esprits.
" Certes, avec toute l'énergie de mon âme, je répudie et je condamne toutes les opinions que la Lettre Apostolique répudie et condamne — toutes ces opinions fausses et dangereuses, auxquelles, comme la lettre le dit. a certaines, personnes attribuent le nom d'américanisme ». Je répudie et je condamne ces opinions sans aucune exception, telles littéralement que Votre Sainteté les répudie et les condamne, et je les répudie et les condamne avec d'autant plus d'empressement ei de joie de cœur que jamais, pour un instant, ma foi catholique et mon cniendomcnt des enseignements et des pratiques de la sainte Eglise ne m'ont permis d'ouvrir mon àme à de pareilles extravagances. Tout l'épiscopat des Etats-Unis, en leur propre nom et au nom de leurs troupeaux, sont prêts à répudier et à condamner ces erreurs. Nous ne pouvons ne pas nous indigner qu'une telle injure nous fût faite — à nous évêques, à nos lidèles, à notre nation — que de désigner par le mot américanisme, comme il est arrivé pour quel-
hyGoo^lc
MONSEEGNEUB IRELAND 353
ques-uns de faire, des erreurs et des extravagances de la sorte (i).
« Très Saint- Père, ce sont les ennemis de l'Eglise d'Amérique et les infidèles înterprêies de la Foi, ceux qui « imaginent n qu'il y a, ou qu'on désire faire grandir, aux Etats-Unis, une église différant d'un seul ioia de l'Eglise Sainte et Universelle, que les autres nations reconnaissent, que Rome ellemême, la gardienne infaillible de la révélation de Jésus-Christ reconnaît ou peut reconnaître.
<i Priant Votre Sainteté d'accueillir avec bienveillance mes sentiments d'amour et de dévouement, et de ni'accorder la grâce de la bénédiction apostolique, j'ai l'honneur d'être
« De Votre Sainteté
« Le fils dévoué « (Signé) JoANNEs Ireland, I. Archevêque de St-Paul (2]. »
Le 22 février 1899.
(r) a Si Mgr Ireland veut entendre par là que d'attribuer à Tensemble de l'épiscopat, du clergé et des catholiques américains, les doctrines et les ihéories que le Pape condamne, serait une injustice flagrante ; il n'y rien à dire, il a cent fois raison, car un simple groupe, une école, composée de quelques évêques, quelques prêtres et un nombre relativement restreint de ddèles y ont seuls participé. Mais si, au contraire, il veut faire entendre qu'aucun évêque, aucun prêtre, aucun fidèle américain n'a choyé ces doctrines, ne les a enseignées et n'a cherché à les propager, la chose change entièrement d'aspect. )i Remarque d'E. Delfico dans Le Mémorial diplomatique ilu 5 mars 181J9.
(3) Sur tes opinions de Mgr Ireland par rapport à ta lettre Testem on peut voir aussi un important interrieiv public dans la Ga:;ette de Lausanne, 10 mars iB9().
En [f|ot, sous le pseudonyme de J. Saint-Clair-Etheridge,