ILS AVAIENT TORT DANS LEUR SÉPARATION
L'Eglise aurait donc dû ne point les rejett de son sein et accueillir leurs idées. L'avènéj ment de « la Jérusalem de nouvel ordre > i aurait été singulièrement avancé.
A la clôture, un ministre protestant, le Ré Barrows, s'écria avec un air de triomphe
« Nos espérances ont été réalisées et au-delà, les principes d'après lesquels ce Congrès a été cfinduil ont été mis à l'épreuve et même parfois tendus à l'extrême, mais ils n'ont pas faibli... Nous avons appris que la vérité est grande et que la Providence a ménagé //»5 d'un chemin par où les hommes peuvent émerger des ténèbres vers la céleste lumière... J'espère que vous vous souviendrez de Chicago, non pas comme du foyer du plus grossier matérialisme, mais comme d'un temple où les hommes chérissent l'idéal le plus sublime. ^ Nous connaissons suffisamment cet idéal et quels en sont les premiers auteurs par ce qui a déjà été dit. Le compte-rendu officiel fut résumé par M. Bonet-Maury, professeur à la Faculté de théologie protestante, dans un livre ; Le Congrès des religions à Chicago eu iSçj. En voici la conclusion :
< Il est difficile de mesurer sur-le-champ la raie portée des événements dont on est le loin, car on est enclin à les exalter ou à les dénigrer, suivant les sentiments qu'ils nous inspirent. C'est ce qui est arrivé au premier Congrès des religions. Les uns l'ont salué imme la Pentecôte de l'esprit nouveau de
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fraternité qui doit animer les hommes ; les autres, au contraire, n'y ont vu qu'une vaine tentative pour faire la synthèse des religions sur la àase d'une morale commune et d'une vague senlimenlalilé religieuse. Quant à nous. nous espérons avoir persuadé ceux qui nous auront lu attentivement, que cela n'a été ni l'un ni l'autre ; mais bien un concile œcuménique des religions historiques, essayant de s'entendre sur certains principes moraux et religieux communs pour une action d'ensemble contre de communs adversaires. A ce titre, c'est, à mes yeux, l' événement gui peut avoir la plus grande portée morale sur l'humanité depuis la décij
RATION DE I 789 SUR LES DROITS DE l'hOMME 8
DU CITOYEN, et ne fait que répondre aux asj^ rations de l'élite religieuse des races civilisées, |i Nous partageons entièrement celte manière de voir : l'idée d'un Parlement des relîgioiu vient en droite ligne des « immortels Priffl cipes » ; sa tenue a répondu aux aspîratiol des néo-chrétiens et a favorisé les visée judaïsme que certains peuvent prendre ] l'élite religieuse des races civilisées.
Pour qu'il pût avoir « la plus grande port
morale » sur l'humanité, dans le sens désiré par les néo-chrétiens et les juîfs, il ne lui a manqué que de se reproduire.
Ce fut du moins tenté.
Les promoteurs du < concile de toutes les erreurs et de toutes les vertus » ne pouvaient en effet s'arrêter en si beau chemin. S'ïnspirant du vœu énoncé par le R. Lloyd Jones, et ainsi conçu : « Je vois déjà par la pensée le prochain Parlement des religions, plus glorieux et plus plein de promesses que celui-ci : je propose qu'on le tienne à Bénarès, en la première année du XX^ siècle "», ils résolurent de < rallier les croyants de foi tolérante et les penseurs de pensée libre » à un Congris universel des religions qui se tiendrait, non pas à Bénarès, mais à Paris, lors de l'Exposition de
< 11 y aurait donc à Paris, écrivait le zélateur attitré du congrès, M. Charbonnel, dans la Revue de Paris, à côté des représentants des trois grands cultes de France, à côté des prélats catholiques, des pasteurs protestants et des rabbins, un certain nombre de représentants des cultes plus éloignés de notre civïli-
sation, du bouddhisme, par exemple, du brahmanisme, du shintoïsme, du confucianisme, du taoïsme. Ils furent cent soixante-dix aux plus importantes réunions de la salle de Christophe Colomb, Les délégations pourraient être cette fois plus nombreuses encore. M. Barrows, l'organisateur et le premier président du premier Parlement des religions, nous assurait tout dernièrement que le prestige de la France agirait sur les imaginations d'Orient et attirerait plus d'adhésions. Et, sans doute, l'Eglise anglicane, l'Eglise russe et le monde musulman, qui n'allèrent point à Chicago, viendraient à Paris pour des raisons de sympathie ancienne ou nouvelle acquise à cette seconde patrie de tous, la France. »
Un peu plus loin, le même, dans la mêi Revue, marquait en ces termes le but où congrès devait tendre :
« Ne pourrait-on pas tenter ce qui s'ap| lerait bien l'union morale des religions.'' // se ferait un pacte de silence sur toutes les particularités dogmatiques qui divisent les esprits, et un pacte d'action commune par ce qui unit les cœurs, par la vertu moralisatrice et conso-i lante qui est en toute foi. Ce serait l'abani
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ET L.\ CONJURATION ANTICIIRÉTIENNE. 143
du vieux fanatisme. Ce serait la rupture de cette longue tradition de chicanes qui tient les hommes acharnés i de subtils dissentiments de doctrine, et Vannonce de temps noiweatix, où l'on se soucierait moins de se séparer en sectes et en chapelles, de creuser des fossés et d'élever des barrières, que de répandre par une noble entente le bienfait social du sentiment religieux. L'iuure esl venue pour cette union
SUrRl":ME DES RELIGIONS. !&
Nul théâtre ne pouvait être plus en vue à toutes les nations ; nulle occasion ne pouvait être plus propice pour mettre en contact toutes les extravagances sorties de la cervelle humaine ; nul instrument plus puissant que le génie français (i) ne pouvait être choisi pour donner crédit dans le monde entier à la conclusion que le public ne manquerait point de
1. Dans un discours prcinoncé au Cercle catholique du Luxembourg sur X'Atlion sociale de la Jeunesse française, Mgr Ireland disait : < Un savant, Archimède, je crois, disait qu'il aoutèverail le monde physique s'il trouvait pour son levier nn point d'appui. Or, je voudrais soulever le mande moral, et je vota mon point d'appui dans la jeunesse catholique de France. > Mgr Ireiand est ici d'accotd avec l'abbé Maîgnen qui, à propos de l'anicle du Journal des DSiils, disait : ^"^ le erreur touche le sol de la France, elle se précise
tirer de ce spectacle : « Entre tant de religions, y en a-t-il une vraie, y en a-t-îl une bonne ?
» Devine si tu peux et choisis si tu l'oses. >
Allant au-devant de cette difficulté, Mgr Ireland disait dans son discours sur le Progrès humain, prononcé à l'inauguration des travaux du Congrès auxiliaire de l'Exposition de Cliicago : < On a tiré des objections contre les congrès religieux de ce que l'accord ne saurait y exister sur beaucoup de points, et de ce que la vérité est exposée à y souffrir de la juxtaposition de l'erreur. Ce point de vue ne peut prévaloir, les vérités vitales et primordiales qui concernent le Dieu suprême seront confessées par tous, et la proclamation de vérités aura un immense avantage. >
L'avantage, ou plutôt le désavantage. aurait' été sûrement que les gens se fussent dit : Tenons-nous-en à notre indifférence; c'est plus sûr, c'est surtout plus commode.
On le voit, rien ne pouvait être imaginé plus efficace pour avancer le grand œu' rêvé par les néo-chrétiens et poursuivi \ Alliance- Israélite-Universelle. Non point qi nous accusions les promoteurs de ce con]
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ET LA CONJURATION ANTlCHlîl'TIENNE. I45
d'Hvoir agi en cela de connivence avec les juifs : mais n auraient-ils point subi à leur insu
< cette singulière et infatigable influence » que les juifs excellent à « cacher », mais qu'ils exercent avec une « supériorité sans égale > ?
L'initiative du congrès de Chicago avait été prise par des protestants auxquels des catholiques s'étaient ralliés. Celle du congrès de Paris fut prise par des prêtres catholiques.
< C'est un signe étrange, disait, dans son numéro du 28 septembre 1S95, ^^ 7ournal des Débati, qui n'a pourtant pas le sens chrétien bien développé, — c'est un signe étrange que des prêtres catholiques se mettent à la tête d'un congrès des religions. En réalité, il n'y a point lieu de s'en étonner, si l'on a suivi, depuis quelques années, les prédications et les écrits de certains prêtres qui sont à l'avantgarde du clergé français. Ce sont, en quelque sorte, — prenez le mot avec toutes les atténuations possibles, — des évohttionnistes. »
L'abbé Charbonnel, qui s'était fait ou qui avait accepté d'être l'avocat et le commisvoyageur de l'entreprise, et qui. hélas ! y laissa sa soutane et sa foi, a raconté l'accueil qui lui
fut fait dans le clergé : i. Très saintement attaché aux traditions d'une mysticité aveugle et silencieuse, le clergé des paroisses ignorait jusqu'au fait de la tenue d'un Parlement des religions à Chicago, et, bien entendu, ce qu'il avait pu être. Renouveler cela, qu'était-ce donc? Faire un congrès des religions en 1900, à quoi bon ?
i Telles furent partout les paroles d'accueil. Mais le clergé intellectuel, le clergé d' enseignement et d'action sociale (i), celui qui depuis a
FAIT LE CONGRÈS ECCLÉSIASTIQUE DE KEIMS, se
montra plus compréhensif de la nouveauté qui lui était préparée... Le P. Didon, l'abbé Lemire, l'abbé Naudet furent les partisans les plus vite et les plus franchement conquis congrès des religions. »
Aux prêtres d'enseignement social et d' tion sociale se joignirent des Unîversitaii rédacteurs de Revues très recommandées congrès ecclésiastique de Reims, et accueillies avec une simplicité trop confiante par quelques ecclésiastiques.
I. Il ne faut poini lire ; le clergé des collines, n partie minime du clergé qui s'est donné la r partoul les questions sociales et de vouloir les résoudre anf de s'en £tre instruit.
les
< De jeunes catholiques de l' Université, continue M. Charbonnel, M. Georges Fonsegrive et M. Georges Goyau, qui écrivaient alors au Monde et dont on sait aujourd'hui, par la Quinzaine, l'effort à rendre plus sociale l'action de l'Eglise, entrèrent aussi dans nos vues. >
L'un de ces Universitaires, M. Anatole Leroy-Beaulieu, disait:
€ Pour moi qui prétends retrouver, sous la diversité des termes, l'unité dit fonds commun, un pareil congrès n'aurait rien que d'édifiant, et je m'imagine que ce serait là, pour notre âge troublé, le plus religieux des spectacles. Réunir des prêtres et des ministres des cultes divers, les associer publiquement, comme à Chicago, pour une prière commune, ce serait montrer à tous les yeux que les cloisons confessionnelles ne sont plus assez hautes ni assez épaisses pour séparer les croyants en sectes ennemies, pour couper X humanité religieuse en camps irrémédiablement hostiles. > C'est toujours et partout, on le voit, l'idée émise par X Alliance-Israélite- Universelle.
Le pasteur protestant Sabatier et le rabbin juif Zadoc- Kahn adhérèrent avec componction.
Enfin le spirite qui signe i. Synésius, évèque
gnostique de Bordeaux ï, dans une lettre qu'il eut l'audace d'écrire à Mgr l'archevêque de Paris et dans laquelle il appelait M. Charbonnel. encore abbé, « son frère », disait ; « Ce que nous préparons, ce n'est ni une assemblée politique, ni un conseil d'hérésiarques : c'est te véritable concile œcuménique des temps nouveaux... Il n'en peut jaillir que bien et bénédiction sur l'humanité, s Synésius ne se trompait point lorsqu'il croyait sa place marquée dans ce congrès ; le P. Hecker n'avaîi-il point dit : { On fera appel à des hommes qui, pour défendre l'Eglise contre les menaces de destruction, sauront employer les armes convenables au temps où nous sommes ; à des hommes qui sauront prendre toutes les aspirations du génie moderne en fait de science, de mouvement social, de spiritisme {autant de forces dont on abuse maintenant), et les transformer toutes en moyens de défense et d'universel triomphe pour l'Eglise (i ) ? :& { K«, p. 36S.)
En disant cela, le pauvre homme était sincère ; et parmi ceux qui propagent idées et travaillent à tes réaliser, il faut compi surtout des naïfs. Mais on voit où ces naïveU I. Voir aux Documents, N. xxvi.
ET LA CONJURATION ANTICHRÉTIENNE. 14g
tt ces sincérités conduiraient si elles ne rencontraient point d'opposition à leurs tentatives et à leur propagande. Les temps que Notre- Seigneur prédisait lorsqu'il dit : € Le Fils de l'homme trouvera-t-i! encore'la foi sur la terre?* ne larderaient point à venir.
Heureusement Rome est là, et Rome mit l'embargo sur le congrès des religions.