‹ L'américanisme et la conjuration antichrétienneChapitre 44 sur 73 · LES CONGRÈS ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

LES CONGRÈS ECCLÉSIASTIQUES

SI l'avenir nouveau promis à l'Eglise par les Américanistes demande une spirituaité nouvelle, celle-ci, à son tour, demande un :lergé nouveau qui l'enseigne et la fasse pratiquer. Nos novateurs n'ont point reculé devant lette conclusion, et ils ont présenté au monde, lans la personne du P. Hecker, « le type non Eulement du prêtre américain, mais du prêtre jjloderne » (abbé Dufresne), « l'idéal du prêtre g(ur l'avenir nouveau de l'Eglise » ( Vie du P. mSecker, Préface, viii).

Pour faire sentir au clergé la nécessité bn nouvel idéal, et l'engager à le contem- ■r, il fallait d'abord lui faire comprendre que i ecclésiastiques ne sont point actuellement i^qu'ils devraient être, et cela parce que relise ne les a point convenablement éduis et dirigés. C'est ce qui fut fait.

Je ne crains pas de le dire, durant le siècle iqu s'achève, des hommes faisant partie de S'Elise ont commis l'erreur d'être trop lents

à comprendre les besoins nouveaux de leur époque, et à étendre sur elle la main de la conciliation et de l'amitié. > {Mgr Ireland. L'Eglise et te Siècle.') J

Dans son Exposé de la situation de l'Eglism e?t face des difficultés, des covtrovcrscs et dei^ besoins de notre temps, le P. Hecker dit : i. L'influence de l'Eglise fut donc, par les circonstances, amenée à s'exercer en quelque sorte au détriment des vertus naturelles qui sagement dirigées, font la virilité du chrétieri dans le monde. » Et ailleurs : « Il m'est vend à l'idée que si i'Eglise ne va pas directemeii au-devant des vrais besoins de l'humanii] pour les satisfaire par tous les moyens i gieux en son pouvoir, elle doit s'en prendre! elle-même de ce que les hommes rechercha les divertissements profanes. Et c'est pai que l'Eglise n'a pas fait son devoir qu'il s'al formé tant de sociétés laïques de réforme, J tempérance... Elle pourvoit au salut de l'a par des moyens spirituels tels que la pénitenj l'Eucharistie et les autres sacrements. Ilu faut maintenant pourvoir au salut et à la trn! figuration du corps par des sacrements < restres. » {Vie, p. 101-102.)

On sait combien ce thème a été exploité par nos soi-disant démocrates chrétiens dans leurs conférences et dans leurs revues. Qu'il suffise de citer M. l'abbé Naudet : « Pas une seule ' fois en ce siècle, sauf peut-être, mais si peu, en 1848, le clergé n'a paru se rendre compte de ce que réclamait de lui la situation présente. Intellectuellement et pratiquement, il est trop resté en dehors de la grande pensée moderne, et l'on n'a pas eu tort de dire que, ni au point de vue de la science, ni au point de vue de l'action, il n'asu être de son temps. î ( Vers /'avenir, p. 50.) Et dans une conférence aux ouvriers de Liège, en 1893; « L'Eglise connaissait la démocratie depuis dix-neuf siècles, mais elle était servie par des hommes, et ceux-ci, depuis un temps trop long, ont cessé de comprendre leur rôle et son rôle. »

Remarquons, en passant,que ces paroles sont en opposition directe avec celles-ci, extraites de l'Encyclique Mirari vos :

< Comme il est constant, pour Nous servir des paroles des Pères de Trente, que l'Eglise « a été instruite par Jé,sus-Christ et ses

i apôtres, et qu'elle est enseignée par l'Esprit Saint qui lui suggère incessamment toute

» vérité », il est tout à fait absurde et souverainement injurieux pour elle, que l'on mette en avant une certaine d. restauration et régé- » aération J comme nécessaire pour pourvoira sa conservation et à son accroissement ; comme si elle pouvait être censée exposée à la défaillance, à \ obscurcissement, ou à d'autres inconvénients de cette nature! Le but des novateurs, en cela, est « de jeter les fondements d'uni > institution humaine récente >, et de faire et que S. Cyprien avait en horreur, que l'EglisCj qui est divine, « devienne tout humaine, *

C'est bien cela, nous le verrons de mieui en mieux, ils rendraient l'Eglise tout kx maine, s'ils étaient écoutés et suivis, ceux qi ne parlent de ses défaillances et ne montra du zèle pour son « accroissement », que dain l'espoir de la lancer dans des voies nouvelli où elle trouvera, s'il faut les en croire, sa re tauration et sa régénération.

Ces voies nouvelles, elles ont été tracée^ disent-ils, par < un docteur, un de ceux qi apprennent à des séries de générations hiï maines ce qu'elles ont à faire. » Dieu l'a « élei à un état d'âme qui est en dehors du commt mais que justifie la mission extraordinaire quï

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lui destinait. » {Préface, vi.) Cette mission était de présenter au monde dans sa personne « le tj'pe du prêtre vtoderne, du prêtre qu'il faut à l'Eglise pour recouvrer le terrain perdu et reprendre sa marche en avant dans l'accomplissement de sa mission divine. » (f'/V, p. 392.)

Des directeurs de séminaires, heureusement rares, se laissèrent séduire. Ils avaient entendu Mgr Ireiand leur dire ; « C'est au prêtre de l'avenir que je recommande une étude sérieuse de la \''ie du P. fleckcr... Il est comme le type qu'il faudrait voir se reproduire le plus possible parmi nous... Sachons conserver avec amour les lignes principales qui constituent la personnalité de cet homme éminent, et tâchons de tes reproattire dans la formation de notre futur clergé. » (hitr }

Ces Messieurs entendirent, crurent et agirent en conséquence.

Le P. Hecker, avec « sa mise en œuvre des moyens humains et politiques, ses rêves de régénération sociale, son personnalisme outré, son dédain pour les usages les plus vénérables de l'Eglise, son zèle débordant Hpour les utopies démocratiques et son dégoût

des vertus passives » ( i ), fut donc présenté à l'admiration et à l'imitation des séminaristes en plusieurs diocèses. Et même, pour ne point s'en tenir à la théorie, on les encouragea à s'organiser en conférences d'études sociales, 4: La formation du clergé, avait dit M. l'abbé Naudet. est trop exclusivement cléricale, et pas suffisamment humaine. On habitue trop le jeune homme à ne voir un jour dans son minis tère que le rôle surnaturel, ou plus exactemei le côté purement religieux. » ( l^ers /'ai'em p. 68.)

Mgr Ireland avait dit avant lui : « Il y ^ des temps dans l'histoire de l'Eglise où il ( nécessaire que l'on insiste sur le côté sun turel dans l'action de la religion, et il y a d^ temps où besoin est que cette instance se poH sur le côté naturel. î (L'avenir de V Eglise a Etats- Unis.)

Transformer en ce sens les études cléria y donner, aux dépens de la connaissance M fonde de l'ordre surnaturel, qui seule fait 1 prêtre capable de former de vrais chréuei une place aux « questions sociales >, c'est-H dire aux questions d'ordre temporel, c'a t. La Revue canonique.

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obéir à l'impulsion secrète donnée en toutes choses par X Alliance - Israélite ■ Universelle. Elle surveille les séminaires et le mouvement des études que l'on y fait ; elle s'efforce d'y porter son influence, surtou t en ce qui concerne la Sainte Ecriture. Qu'on lise, pour s'en convaincre, les lignes suivantes tirées de \ Univers Israélite (V. p. 223, ann. 1867} : « Inaugurée par la savante et spéculative Allemagne, la rénovation des études théologiques s'acclimate en Francfc, qui, grâce à son esprit généralisateur et expansif, peut être appelée à faire pour la synthèse religieuse ce qu'elle fit un jour pour la reconstitution civile et politique du monde. Et tout Israélite doit éprouver le désir de coopérer à cette œuvre, oii sont engagés nos intérêts les plus sacrés. »

Quelle attention appellent de telles paroles, sortant de telles bouches et sur un tel sujet ! Les études sociales telles qu'on les a entreprises en beaucoup de séminaires servent ces mauvais desseins. Elle ne peuvent y être faites qu'au grand détriment de la théologie, parce qu'elles passionnent les jeunes gens ; elles y I sont prématurées, et par conséquent stériles, 1 plutôt nuisibles, car, n'y trouvant point des

lumières pourtant indispensables, celles que donne la connaissance des hommes et des choses, elles ne peuvent qu'égarer ; enfin, selon le vœu exprimé ci-dessus par M. l'abbé Naudet et par Mgr Ireland, elles forment des prêtres dans l'âme desquels l'ordre naturel contrebalance l'ordre surnaturel (i). Rien de plus efficace qu'une telle formation cléricale pour atteindre à coup sûr le but visé par \'A//iam Israélite- Universelle.

Attendre que les séminaires donnassent l fruits que doit produire cette nouvelle cultuâ lévitique parut bien long aux AméricanistC d'ici et de là-bas. Pour hâter la maturation, r précipiter « la marche en avant », on fon avec les éléments sortis des conférences \ séminaires, des cercles d'études sociales, oîï ferment du catholicisme américain put ra voir une culture plus Intense. Puis ces cerd on voulut les syndiquer entre eux, et c'a ainsi que furent inventés les Congrès :

SIASTIQUES.

Celui qui fut choisi pour les lancer était fa le personnage à prendre entre mille (i). . I. Voir aux Docum&MTs, N. XXix.

parfaite honorabilité comme homme et comme prêtre, le mandat législatif dont il venait d'être investi et qui attirait sur lui les yeux de tout le clergé de France, sa bonhomie mêlée de naïveté, sa facilité de parole que ne gène point une science ihéologique trop précise, et enfin, et surtout, une communauté d'idées déjà manifestée, ne permettaient point d'hésiter,

Lorsqu'avait été proposée la convocation à Paris d'un congrès des religions, à l'occasion de l'Exposition de 1900, M. l'abbé Lemire s'était empressé d'adhérer et il avait répondu à celui qui était alors l'abbé Charbonnel : < Pourvu que la lumière rayonne,/^» importe le chandelier. Disons, si vous voulez, qu'une exposition est une manière de chandelier. Faisons donc briller là-dessus les grandes clartés chrétiennes. »

Plus tard, lorsque le renégat Grenier fut envoyé à la Chambre des Députés par un caprice populaire, et s'y présenta avec le turban et le burnous par lesquels il faisait montre de son apostasie, le mCme abbé venait le saluer par ces mots : « Quelle que soit la couleur de ta robe que nous portons, nous pouvons nous entendre. > Et l'autre de lui répondre : < Oui.

afin de travailler pour une grande idée mu raie : Dieu et l'humanité (i). »

Que l'on rapproche ces idées et ces expressions de celles qui sont familières aux Américanistes, et l'on ne sera point étonné que ceuxci aient jeté leur dévolu sur le personnage qui les comprenait si bien, pour organiser les congrès par lesquels ils espéraient répandre ces mêmes idées dans le clergé de France.

Un acolyte lui fut donné, M. l'abbé Dabi qui reçut le titre de secrétaire-général des congrès ecclésiastiques. Celui-cî avait montré plus de hardiesse que son président dans la propagande des idées américaines, mais il n'occupait qu'une place de rédacteur au journiU de M. l'abbé Garnier, ce qui le mettait moia en évidence ; aussi n'eut-il que le second ratM Ce fut lui qui fit connaître, dans \ Univers, le motifs d'instituer ce nouveau genre de concile Voici une phrase de cet article, avec tous \\

tidre ,br^

I. Comme it arrive à loute convenatian saisie au vol, cd ci n'a point é.\é rendue par tous les reporters dans les mtA termes. Voici une autr< version : ( Maigre la diiïétence DOS costumes et de nos religions, nous travaillons égalenM au bien du pays. > Ces paroles ont été publiées dans tous 1 journaux. Un évSque en a demandé publiquement compM l'auteur, et il ne lui fut point répondu.

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points d'interrofration et d'exclamation dont l'ornementa V Osservalore catiolko : A Par la suite des temps, les vrais principes de l'Evangile, de la théologie, du droit canonique se sont obscurcis (?) au point de paraître une nouveauté aux yeux de bien des gens, même catholiques ; et des droits secondaires (?) se sont substitués au droit éternel (?) qui, à cause de leur opposition, ne peut plus s'affirmer que difficilement (??). Revenons (???) au dogme substantiel, c'est-à-dire à la vérité (!!!), et, selon la parole imprescriptible, la vérité nous délivrera. >

L'on sait que c'est à Reims que se tint le premier et, sans doute, le dernier congrès ecclésiastique. L'occasion choisie fut le centenaire du baptême de Clovis (i).

11 fut précédé de divers autres congrès ou pèlerinages qui tous avaient, d'après le dire des démocrates chrétiens, la mission « de défendre la eause ». « La cause, disait le Peuple français, c'est l'organisation d'une nouvelle France, son éducation chrétienne, homme par homme (a) ; c'est l'application de tout un peuple

j. Voir AUX Documents, N.xxx.

KiX CCa bons démocrates dc savent jamais, quand ils packnt

isioopaJ

au sentimeat de sa dignité et de sa grandeur, à la conscience de ses devoirs en même temps qu'à la pleine possession de ses droits. >

Rien que cela.

Les laïques ne devaient point être seuls appelés à recouvrer le sentiment de leur dignité et de leur grandeur, à reprendre conscience de leurs devoirs, à rentrer en pleine possessif de leurs droits. Le clergé devait lui aussi ticiper à ce bienfait : il n'avait pas moïi besoin que les laïques de réapprendre ses droits et ses devoirs. On le lui avait dit, on le lui dit de nouveau.

< Ne pourrait-il pas y avoir le pèlerii des prêtres qui iraient se faire baptiser hoi mes (!!!), qui iraient secouer les chaînes d'( système odieux où le vicaire ne pense par le curé, le curé par l'évêque et rév< par le gouvernement ? Chez nous, la bit chie tue l'individu. >

Ce qui va suivre est plus instructif enc*

i;c qu'ils ont dit U veille nbce qu'ils diront le lendemain. |j ils demiindem < l'éducatioti chrétienne > ci t honiroe J homme >. Ailleurs ils disent que la démocratie ne doit p «lie confessionacUe et que le i en ou velle ment social ne p ni ne doit se faire < homme par homme >, mais par des h (lr& institutions qui saisissent les maries en bloc.

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« Réservons toujours notre soumission 61îale et le droit des supérieurs à intervenir. > Mais, dans ces limites, soyons hardis, et pour penser, et pour chercher, et pour exécuter. Soyons vivants. Ne nous regardons pas comme un instrument passif entre les mains de ceux qui commandent, mais comme une force intelligente et agissante, etc. ï>

Le congrès ecclésiastique ne devait pas se borner à pousser à l'émancipation des vicaires à l'égard de leurs curés, des curés à l'égard de leurs évêques, il devait aussi s'occuper des séminaires. Produits encore imparfaits de la lOuvelle formation cléricale, les membres du ©ngrès devaient nécessairement songer à en icurer le bienfait dans de meilleures con- Btîons à ceux qui viendraient après eux. < Pourquoi les prêtres ne pourraient-ils pas aminer ensemble, à la lumière de leur expérience, dans quel sens devrait être modifié l'enseignement donné dans les grands séminaires?... Cela est révolutionnaire peut-être? Les bons chrétiens d'autrefois, aux audaces donnantes, aux courages vierges, trouveraient «la plutôt anodin, en tout cas tout simple- Inent sage. >

C'est sur ces belles idées que fut rédigé le programme du congrès de Reims, avec circonspection, mais renfermant toutefois toutes les questions qui se rapportent à \' organisai ion du clergé, à Vaction qu'il doit exercer, et aux études auxquelles ÏI doit se livrer ; en un mot, à tout ce qui peut contribuer à sa réforme.

M. l'abbé Dabrya dit dans le Peuple français jusqu'où, dans sa pensée, devait aller cetlCl réforme : «Je vois peu de choses dansl'Esr'R GÉNÉRAL, dans \e.s haàitudes (i),dan3la/«^/^«l des catholiques et même dans toute \orgM sation ecclésiastique française, qui ne soia marquées du signe de la ruine.

> L'autel, construit dans le style du c septième siècle, est destiné à aller rejoisu le trâne.

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