présent et l'avemr du Calholidstne en France
» A la morale sans Dieu a rapidement su., cédé la morale sans obligation et sans devoir, c'est-à-dire une morale qui laisse toute liberté aux vices et aux passions.
> Les docteurs des écoles négatives on essayé de parer à ce danger : ils ont inaugure de nombreux systèmes pour diriger la con duite des hommes, en se servant de motifs d'intérêt ou de persuasion.
> Mais ces systèmes... sont de pures théories abstraites, sans efficacité sur le cœur d--^ hommes et sur leur conduite.
» Il est donc à prévoir qu'un grand nombr»^ d'esprits, dans la double pensée de rendre à l'humanité un idéal dont elle ne saurait se passer, et d'empêcher la société de redescendf faute de principes, vers la barbarie, se tourna ront vers la religion, qui a été partout el tou jours l'institutrice morale de l'humanité, et ii;. demanderont le secours dont ils sentent vive ment le besoin. Seulement... lorsque viend) le jour où le besoin d'une croyance se Hâ sentir avec force, lorsque la société, se senti perdue, appellera la religion à son secours.J catholicisme aura-t-il une force suffisante i accomplir l'œuvre qui lui sera demandée ? |
C'est la question que M. Taîne s'était posée dans la Revue des Deux-Mondes (1). Il avait dit : « Aujourd'hui, après dix-huit siècles, sur les deux continents, depuis l'Oural jusqu'aux Montagnes Rocheuses, dans les moujiks russes et les settlers américains, le christianisme opère comme autrefois dans les artisans de la Galilée, et de la même façon, de façon à substituer à l'amour de soi. l'amour des autres... II est encore, pour quatre cents millions de créatures humaines, l'organe spirituel, la grande paire d'ailes indispensables pour soulever l'homme au-dessus de lui-même, au-dessus de sa vie rampante et de ses horizons bornés, pour le conduire à travers la patience, la résignation et l'espérance, jusqu'à la sérénité, pour l'emporter, par delà la tempérance, la pureté et la bonté, jusqu'au dévouement et au sacrifice. Toujours et partout, depuis dix-huit cents ans, sitôt que ces ailes défaillent ou qu'on les casse, les mœurs publiques et privées se dégradent. >
La Révolution, depuis un siècle, s'acharne à casser ces ailes, et I.t. société gic dans
l'égoisme et la sensualité, quand elle ne va point à la cruauté. El c'est pourquoi l'on vuii les meilleurs, parmi les hommes qui n'oni point reçu le bienfait de la foi ou qui l'ont perdu, tourner leurs regards vers cette religion que l'on veut anéantir et lui demander Is secours dont ils sentent vivement le besoin.
Pourra-t-elle le donner?
M. Taine en doute. Et la raison qu'il en apporte, c'est que, à l'heure actuelle, si < le christianisme s'est réchauffé dans le cloître, il s'est refroidi dans le monde, et c'est dans le monde surtout que sa chaleur est nécessaire. »
La chaleur du catholicisme est nécessaire au monde ! Aucun mot n'a été dit plus vra sur la situation présente, plus plein d'enseignements et de promesses pour l'avenir de demain.
< Le christianisme s'est refroidi dans le monde. > La Sainte Eglise constatait déjà avec douleur ce refroidissement à la fin du X 111^ siècle. «Seigneur Jtsus-CiiRLST, lorsque la (harité se refroidis Stiil dans le mottde. vous avez voulu, pour enflammer nos cœurs du feu de votre amour, renouveler les sacrés siî-
mates de votre Passion dans la chair du bienheureux François. > Depuis, la Renaissance, le Protestantisme, le Jansénisme, le Libéralisme, ont accumulé les glaces sur le cœur de l'humanité et l'ont conduite à un état voisin de la mort. « S'il ne se fait pas une révolution morale en Europe, si l'esprit religieux n'est pas renforcé dans cette partie du monde, le lien social est dissous. On ne peut rien deviner et il faut s'attendre à tout » (de Maistre). « Le monde semble à la veille ou de finir ou de subir une transformation religieuse » {Blanc de Saint- Bonnet).
Oui, le monde est à la veille de finir si le christianisme ne vient lui rendre la chaleur vitale qu'il a perdue. Et comment lui rendre cette chaleur ? En le replongeant dans la connaissance de l'ordre surnaturel et dans l'amour de Notre-Seigneur Jésuh-Christ, Fils de Dieu fait Homme pour notre salut. Seuls cette connaissance et cet amour peuvent emporter de nouveau les âmes à travers la patience, la résignation et l'espérance, jusqu'à la sérénité ; et par delà la tempérance, la pureté et la bonté, jusqu'au dévouement et au sacri-
Qui ne sent combien les paroles de Taine sont vraies ? Et qui ne remarquera que ce programme est à l'opposé de celui que les soidisant démocrates chrétiens nous proposent* Au lieu de soulever l'homme au-dessus tl lui-même, au-dessus de sa vie rampante et dt , son horizon borné, ils fixent son regard Si la terre, ils estiment inopportun de le dirigl vers le ciel ; ils excitent l'impatience, voila la beauté du dévouement et de la divine chi rite, et à force de crier : Droits et justice ! jfi tuent, au haut et au bas de la société, l'espri de sacrifice qui est le tout du christianisme.
La société chrétienne ne peut être relevi par de tels moyens. Pour régénérer la sodét païenne, les Apôtres lui ont insufflé le feu «3 ils avaient été embrasés au Cénacle : lumièf dans l'intelligence par les clartés de la foi, cha leur dans le cœur par la charité divine.
Voilà ce qu'il faut rendre au monde. Toul autre chose n'arrêtera pas d'une minute course de la société vers l'abîme oli die t vera ruine et mort.
Taine constate que « le christianisme s'ei réchauffé dans le cloUre ». Ce nous est ut grande joie de pouvoir le constater avec Ii]
ET LA CONJUKATION ANT K HRKTIKNNE. 281
Là est notre meilleure espérance. Il y a à cette heure plus de piété, plus de dévouement, plus de sacrifice dans le cloitre qu'il n'y en avait, généralement parlant, lorsque la Révolution vint en fermer les portes, pensant bien l'avoir rendu désert pour toujours. Mais il faut que ce feu devienne plus ardent s'il veut embraser le monde. N'est-ce pas à cette fin que Jésus nous a montré la croix plantée dans son cœur couronné d'épines, et ce cœur comme une fournaise ardente ? « Voyez, nous dît-il, et agissez selon le modèle qui vous a été montré sur la montagne. » {Hebr. viii, 5.) Pour réchauffer le monde, il ne suffit point d'aimer, il faut être embrasé d'amour ; et cet embrasement, c'est la croix plantée dans le cœar qui l'allume, c'est le faisceau d'épines qui le nourrit.
Le clergé séculier est aussi plus zélé qu'il ne le fut. Mais en tout temps, et surtout dans le temps où nous sommes, le zèle ne peut être complètement livré à lui-même. i. La vitesse du monde s'accélère, dit le P. Gratry. Le mouvement sous toutes ses formes, morales, intellectuelles et physiques, se multiplie en des proportions insensées... Voilà le grand danger du monde contemporain et de l'état
présent des âmes... Toute notre force est dans la prière et dans la foi, augmentées dans r^ âmes par le recueillement et la retraite, p ;: l'habitude de la vie intérieure qui, seule, développe la vertu, la lumière et l'amour. Ce n'est jamais par la multiplicité des efforts de surfact ni par la masse des œuvres, que nous sommes les ministres utiles de l'Evangile, mais par la toute-puissance d'un cœur humble appuyé sur Dieu, d'une âme profonde qui puise en DiEU. Là, dis-je, est notre force pour accomplir 0( devoir, pour sauver le peuple... (i) >
Que le clergé prenne donc garde que zèle ne s'égare dans les voies où l'Américanisme prétend le pousser. Nous l'avons vu, les moyens qu'il préconise pour procurer l'extension extérieure de l'Eglise et son avancement intérieur, auraient pour effet de la dissoui dans une vague religiosité qui achèverait glacer les cœurs et le monde.
Le zèle vraiment apostolique, le zèle qi fait la société chrétienne et qui seul peut refaire, est celui qui, enflammé de l'amour DiKU et des âmes, s'attache à propager la foi dans son intégrité et dans sa pureté. Ot,
• comme l'a fort bien dit Dom Laurent Janssens, « rAméricanisme, c'est le principe protestant mis au service du libéralisme total :&. Rien de plus glacial, rien de plus mortel. C'est de libéralisme que la société se meurt, comment ce qui la tue pourrait-il lui rendre la vie ?
« Dans les temps anciens, dit le P. Aubry, l'atmosphère intellectuelle n'était pas comme maintenant pleine de ces senteurs d'hérésie qui la rendent aujourd'hui si dangereuse. On était dans le vrai, on le puisait partout, on le respirait avec l'air. La théologie était, selon la belle parole de Guizot, « le sang qui coulait dans les veines du monde européen » ; et on ne peut mieux expliquer d'un seul mot qui exprime tout, comment la constitution même des intelligences était trempée de foi. La douce Prance, comme disaient nos troubadours, était le vase qui portait au milieu du monde, et versait sur les nations l'esprit de Jésus-Christ. Ce vase qui pourrait être brisé par la colère de Dieu, il doit être réparé pour sa gloire. »
Oui, pour que le monde revienne à la vie, il faut que le vase que DiKU s'était fait de ses mains, la France, pour recevoir, la première parmi les peuples, le vin surnaturel de la foi
et le verser aux autres nations, soit répari: pour la gloire de Dieu. Et si le clergé de France veut accomplir les sublimes destinées que de Maistre présageait de lui après que [a Révolution aurait achevé son cours (i ), il faut que lui-même se retrempe dans l'esprit de foi et qu'il n'ait d'autre vue, d'autre passion, qui d'en imbiber les âmes. Son but, l'unique bu: de son zèle, doit être de ramener ces temps anciens où, selon la parole de Guizoï, < la théologie était le sang qui coulait dans les veines du monde européen. »
Le reste ne vaut, ne peut valoir qu'en q^ lité d'artères pour faire circuler ce sang.
« Ce qui nous manque selon les uns, P. Aubry, c'est la publicité, le journal, la ! chure ; selon les autres, c'est la polémiqm combat, la réponse à toutes les objeciù Ceux-ci veulent de l'union, de l'entente, < centralisation, une sorte de complot ; ceu3 des patronages, des conférences, des cerc des confréries, des organisations ingéniem
I. Le clergé de France a mille raisons de croire qu'if ' appelé % une grande mission ; et les mfmes cooiecttirei lui laissent apercevoir pourquoi il B souflerl, lui pcrtne'.ir aussi de se croire desiinif à une œuvre essentielle. (Cmm raliont sur la France, p. 16.)
fin ce qu'on est convenu d'appeler ies indus- • du zèle apostolique. D'autres encore emandent des savants, des hommes univer- Hs à la hauteur de leur siècle.
fl Tout cela est très bien, tout cela mène au ; mais tout cela n'est bon qu'avec quelque ose de mieux encore. »
|iCe mieux, c'est que ces journaux, ces conféhces, ces livres, ces patronages, ces cercles, i confréries, et encore, et surtout, les catélismes, les écoles et les universités, versent ondamment et puissamment dans les âmes, institutions et les œuvres, la sève chrëfenne, la vie surnaturelle. Que chacun ait . en vue en tout et par-dessus tout ; que S choses soient estimées vaines et inutiles si [es ne procurent point ce bien au-dessus de lit bien.
[€ On ne guérit pas une nation malade, dit ffore le P. Aubry, avec de l'enthousiasme, sentiments, de grands cris d'espérance pës dans les chaires, les tribunes, les jour- Lux et les livres. »
lEt surtout on ne la convertit pas en prê- Bant aux hommes leurs droits et en taisant leurs devoirs ; en marquant du dédain pour
l'humilité, l'obéissance, l'esprit de pauvreté-! même la divine charité ; en encourageant : convoitise des choses de ce monde et kremettant à plus lard déparier des espérance^ éternelles.
Ceci n'apporte à l'âme que le froid de l'égoïsme ; et cela — les grandes phrases et les grands discours — ne fait qu'une flambée dans l'imagination.
Il faut un autre feu pour réchauffer le monde et lui rendre la vie.
Il faut que les hommes recommencent à savoir que la grâce sanctifiante qui est donnée au saint Baptême crée en eux une nouvelle vie, vie d'ordre surnaturel et divin qui les fait vraiment enfants de Dieu par une partîcips tion réelle à la nature divine. Les Juifs i ment être la seule race vraiment humaia nous sommes, nous chrétiens, une race sui maine, plus élevés au-dessus du reste l'humanité, par la grâce.que les autres hommes ne le sont, par la raison, au-dessus des animaux. Il faut que les fils d'Adam réapprennent comment, par l'Incarnation et l.i Rédempti cette grâce a découlé du sein de Dieu ( le Cœur de Jésus-Chri.st. sa source.
ET LA CONJURATION ANTIClIRÊTIliNNE. 295
réservoir sur la terre ; — comment, de cette source, elle est versée dans les trésors de l'Eglise qui, en sa qualité et en vertu de ses fonctions de mère, vit de celte grâce et en fait vivre ses enfants ; — comment elle se répand dans tout le corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire dans toute créature déifiée, depuis le Pape, tête et centre de l'Eglise, jusqu'au dernier des fidèles, en passant par les veines de la hiérarchie ; — comment elle féconde l'élément humain et produit la vie chrétienne avec sa riche moisson de fruits dans les âmes ; — comment en cet ordre admirable, la grâce habituelle divinise l'homme ; — comment cette divinisation n'est pas une métaphore, mais une réalité, puisque, dès ici-bas et par les vertus infuses, la participation à la vie divine commence, pour se consommer dans la gloire par la vision intuitive et l'amour béatifique.
Le feu qui doit revivifier le monde ne peut avoir d'autre foyer que les belles intuitions de la théologie aspirées et reçues dans un cœur pur.
Sans le feu divin qu'elles communiquent à l'âme, le zèle, quelqu'actif, quelqu'étendu, quelqu'entreprenant qu'il soit, reste infécond. On ne le voit que trop. Que d'efforts dépensés eu
pure perte ! que d'agitations non seulemcni stériles mais qui. au lieu d'élever le peuple a la hauteur du prêtre, abaissent le prêtre jus qu'au peuple !
Poussant à ses dernières limites l'hypothèse des ravages que cause présentement l'esprit moderne dans les âmes et dans la société, le P. Aubry dît : « Quand les idées régnantes les désertions et les scandales auraient enle'. à l'Eglise la moitié, puis les trois quarts, pu; les neuf dixièmes, puis les quatre-vingt-dix neuf centièmes, puis les neuf cent quatri:vingt-dix-neuf millièmes de sa fainille, si le millième demeuré fidèle est excellent et radical, tout sera regagné, car ce millième fnrmera la petite mais vaillante armée de Gédéon, la semence saine et irréprochable d'une nouvelle société. Combien serait plus puissante, pour la régénération d'un peuple comme le nôtre, une telle phalange sortie d'écoles théologiques solides, armée de toute la force surnaturelle de l'Evangile, fortifiée de principes sûrs el inébranlables contre l'esprit du siècle ! Ca nement elle vaincrait, k moins que l'Ecrin n'eût menti en disant : f/ac est vktoria j vincit mundttm Jîdes nosira. »
Cerud critOH
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Non! l'Esprit-Saint n'a point menti. C'est la foi et la foi seule qui a triomphé, qui triomphe et qui peut toujours triompher de l'esprit du monde.
< La foi, c'est le germe transformateur ; elle fermente dans l'âme, envahit, absorbe, transforme tout l'être humain et, par l'être humain, toute la société. >
Et c'est pourquoi, la conclusion du P. Aubry est que i le nœud de la question, c'est I'édu- CATION CLÉRICALE formant non pas un sacerdoce amoindri par la faiblesse des méthodes surannées et impuissantes, ou par un enseignement qui se promène sur des surfaces, ou par l'infiltration des idées modernes, mais un sacerdoce retrempé aux vraies sources ; incapable de transiger avec le monde, mais apportant une nouvelle effusion de foi et de lumière dans les intelligences, de vie chrétienne dans les cœurs, de civilisation catholique dans la société { i ). &
Cette conclusion sera aussi celle de ce livre, qui n'a essayé de montrer le mouvement
I, Voir Essai sur la mélhode des tludts ecdtiiasiiquts en France, par J.-B. Aubry, i" et ï' parties. PaUicuiièremcm es chapitres IV, IX et X.
antichrétien qui entraîne le monde, des plus hautes sphères aux plus humbles, que pour faire sentir la nécessité pressante de ranimer en tous la grâce de DiEU. Prêtres, nous avons reçu, par l'imposition des mains, une grâce d'apostolat qui nous rend aptes à former un peuple capable d'adorer et d'aimer Dieu et ,1e Seigneur et Sauveur Jésus; fidèles, vous avez reçu, par l'eau régénératrice du baptême, puis par l'onction du saint chrême, une participation à la nature divine qui vous rend capables d'efforts contre le mal en vous < hors de vous, d'élans vers le souverain Bie Gardons tous avec un soin pieux, développt en nous-mêmes et dans le cœur de nos frère par le Saint-Esprit qui habite en nous, l BON DÉroT, comme parle l'Apôtre. Là est 1 seule source de salut et de vie pour la socïën comme pour chacun de nous.