‹ L'Amérique actuelleChapitre 1 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

On recherche aujourd'hui et on lit avec curiosilô les livres qui parlent des États-Unis ; rAmérique est à la mode, et, selon moi, celte faveur publique n'est pas près de finir. Si l'on admire le peuple américain, ce n'est pas seulement parce qu'il a conduit énergiquement une guerre civile sans pareille et qu'il a triomphé de la sédition sans se réfugier sous une dictature, toujours mortelle à la liberté : c'est encore, c'est surtout parce que l'Amérique nous offre le spectacle d'une démocratie toute-puissante qui ne doit qu'à elle-même sa prospérité et sa grandeur. Il y a là pour la vieille Europe un modèle dont elle ne peut détacher ses yeux ; le problème que nous poursuivons, deouis quatre-vingts

n INTRODUCTION.

ans, au travers de tant d'agitations et de misères, les États-Unis Font résolu.

Quel est le mal dont souffre l'Europe ? Un changement complet dans les conditions d'existence. C'est un monde nouveau qui commence chez des peuples vieillis, c'est une antique société qui essaye de se transformer et de se rajeunir. Jusqu'en 1789, et plus tard peut-être, le travail a été regardé chez nous, comme une œuvre servile. Tous les honneurs, toutes les faveurs ont été pour le métier des armes, pour la justice, pour l'administration. L'ouvrier et le paysan, relégués au dernier rang, ont porté tout le fardeau des charges publiques, et n'ont reçu en échange que le dédain des privilégiés. Aujourd'hui l'industrie est la reine du monde ; le travail est de plus en plus respecté ; c'est lui qui donne la richesse et l'influence ; c'est avec lui qu'il faut compter. U est vrai que le service militaire garde encore un vernis de noblesse; il n'est pas douteux que la bour« geoisie recherche les emplois publics ; et on trouverait encore dans le fond des provinces de petits gentilshommes qui mettent yn noble oisif et pauvre bien au-dessus d'un parvenu riche et laborleui; mais ce sont là les dernières palpifations d'une so-^ ciété qui se meurt ; le flot de la démocratie monte sans cesse, et le moment approche où l'agriculture et l'industrie j ayant conscience de leurs forces j les lois seront faites au profit de ceux qui travaillent^

INTRODUCTIOÎf. m

et par ceux qui travaillent. Le gouvernement du pays par lui-même, ce vœu de tous les esprits clair* voyants et libéraux, ne sera pas autre chose que la victoire du .travail sur Toisiveté.

Cette question qui nous trouble, les Américains, mieux servis par les circonstances, Tout tranchée depuis longtemps. Émigrés de la vieille Europe, ils onf laissé derrière eux la royauté, la noblesse, TÉglise établie, la centralisation, les armées permamanentes ; jamais le privilège n'est entré chez eux, Toisiveté y a toujours été regardée comme un déshonneur, leur société a toujours reposé sur deux fondements inébranlables : le travail et l'égalité. Ce n'est pas tout; et comme pour montrer à Tancien monde que ce nouveau principe de civilisation ne tenait ni à la race, ni au sang, les Américains ont ouvert leur pays à tous les peuples de Funivers. Irlandais, Anglais, Écossais, Allemands, Français, Suédois, Norvégiens y arrivent par flot chaque année sans que ce flot trouble le courant. L'esprit de travail et de liberté transforme rapidement ces nouveaux venus, et en fait de véritables Américains.

D'où vient cette prompte métamorphose? Comment se fait-il, par exemple, que la Californie, envahie par des émigrants de tout pays et de toute race, soit devenue, en moins de dix ans, un État tout Américain de mœurs, de sentiments, d'idées? Ce miracle s'explique par des causes toutes natureUfôs».

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