‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 106 sur 151 · HISTOIRE DU PÉROU · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU PÉROU

vaient des légendes curieuses sur l'origine de leurs lois et de leur religion ; elles avaient été enseignées par Manco-Capac et sa sœur Mama-Oella, enfants du Soleil, sortis d'une des îles du grand lac Titicaca. Ils gouvernèrent et civilisèrent les habitants primitifs : Manco-Capac portait une baguette d'or et devait s'avancer au nord jusqu'à ce qu'il arriverait dans un endroit où la baguette s'enfoncerait dans le sol : là serait le siège de son empire ; la baguette s'enfonça à Cuzco, où siégèrent les lncas *.

Le Pérou sons la domination espagnole. — Après la mort de Pizarre, le juge Yaca de Castro, qui avait reçu la mission de rétablir l'union entre les conquérants et de les remplacer s'ils disparaissaient, se fit reconnaître comme gouverneur général. Le premier vice-roi fut Blanco Nunez Vêla, qui fit son entrée solennelle à Lima en 1544 ; il fut assisté d'un conseil appelé l'Audience (audiencia), de quatre membres; parmi les premiers nous trouvons le nom de Zarate, un des historiens delà conquête. L'exploitation des mines d'or et d'argent fut la principale richesse du Pérou ; en 1791, à la veille des révolutions qui amenèrent l'indépendance en 1824, le Pérou, divisé en huit intendances, possédait 60 mines d'or, 784 d'argent; ces dernières étaient surtout dans le Haut-Pérou, qui est devenu l'État de Bolivie.

Explorations modernes. — Depuis l'affranchissement, le Pérou a été parcouru en tous sens par des voyageurs plus ou moins intéressés à l'exploitation de ses richesses naturelles. Basil Hall, envoyé par le gouvernement anglais, y arriva même avant et parcourut le littoral du Chili, du Pérou et du Mexique en 1820-22 *. Maw (1827-28) traversa le continent par le Pérou et le fleuve des Amazones; son récit renferme de précieux renseignements sur les

Cordillère, au-dessus de l'Apurimac ; elles sont situées dans une solitude environnée de forêts vierges. Desjardins suppose que ces [palais servaient de résidence à l'héritier du trône, « qui contractait dans ce lieu retiré, au sein de cette nature sauvage, les habitudes austères d'une vie rudo et difficile, et se préparait ainsi aux labeurs et aux fatigues de la guerre ». (Le Pérou avant la conquête, p. 145.)

1. L'Anglais W.-B. Stevenson, qui publia un Voyage en Araucanie, Chili, Pérou et Colombie, traduit en français par Setier, Paris, 1828, 3 vol. in-8°, donne une explication toute nationale de la légende : « Manco-Capac et Mama-Oella, de couleur blanche, seraient les enfants d'un Anglais, amenés par un cacique sur les bords du lac. Les habitants les reconnurent comme enfants du Soleil et suprêmes gouverneurs. Ils se firent aussi reconnaître par la population de Cuzco, et ainsi se fonda la domination des lncas, qui eut une origine anglaise. » [Voyage..., II, 2.) Stevenson prétend qu'un autre Anglais joua un rôle semblable au Brésil. Stevenson résida pendant 20 ans dans l'Amérique du Sud ; son 3a volume est consacré au récit des guerres de l'indépendance; à partir de 1809 il fut secrétaire de Cochrane. Sur les antiquités du Pérou, l'ouvrage à consulter est celui de E. Desjardins, le Pérou avant la conquête, Paris, 1858. Il croit que Manco-Capac vivait environ 400 ans avant l'arrivée des Espagnols ; il supprima les sacrifices humains. Les Péruviens ne connaissaient pas l'écriture.

2. Voyage au Chili, au Pérou et au Mexique, par Basil Hall, traduit en français, Paris, 1825, 2 vol. in-8».

Indiens du Marafion. En 1831 eut lieu le voyage de l'Allemand Meyen, qui décrivit la région où se trouvent Arica, Tacna, et surtout les plateaux, \e&'paramos, et les punas. Le général Miller chercha, en 1835, à fonder une colonie militaire sur une rivière navigable à Test des Andes; il ne put atteindre le Madré de Dios dont lui parlèrent les Indiens. Le comte de Castelnau, un des grands voyageurs de l'Amérique du Sud, termina son voyage par les plateaux et le littoral du Pérou : il data son rapport de mission de Lima, 16 février 1846 1. Vint ensuite M. E. Grandidier, qui parcourut le Pérou et la Bolivie de 1857 à 1859 a.

Reconnaissance des fleuves de l'est. — Les fleuves de la Montana sont-ils navigables, et peuvent-ils ouvrir une route vers l'Atlantique? Ce fut l'objet des voyages du lieutenant américain Herndon en 1851, qui remonta le Huallaga ; de Faustin Maldonado, l'explorateur de l'Ucayali, qui descendit tout le cours du Madré de Dios (1860), et constata qu'il aboutit non au Parus, mais à la Madeira. Maldonado périt dans une cascade du rio Madeira, la Caldera del infierno ; les quatre survivants de l'expédition revinrent par l'Amazone (1860-61). Le colonel Latorre, préfet de Cuzco, a voulu reprendre cette exploration en 1872: il s'est noyé dans le Madré de Dios. En 1873, le Pérou nomma une commission topographique dirigée par l'amiral Tucker pour étudier l'Ucayali, le Pachitea, le Pichis, et le Palcaza, qui vient de la province de Huanuco ; elle constata que de petits vapeurs peuvent naviguer de lquitos à Puerto-Tucker, au confluent du Pichis.

En Bolivie le même problème se pose avec plus de force, puisque la république ne possède plus de ports. En 1834, le gouvernement offrit une récompense de 10,000 à 20,000 piastres à la première personne qui ferait sur un bateau à vapeur le voyage de l'Atlantique jusque dans une des rivières de la république ayant son cours du sud au nord, et 5,000 à 10,000 piastres & celui qui entrerait dans une rivière allant du nord au sud. Les rapides ont empêché ces voyages; un des derniers explorateurs du Béni, le colonel brésilien Antonio Labre, recommande la construction d'un chemin de fer ou d'une route pour éviter ces rapides ; le chemin de fer partirait de Labrea, où le Purus est navigable, pour atteindre Correnteza, sur le Béni, et se prolonger jusqu'à La Paz.

On a cherché et on cherche toujours à établir une communication par le Paraguay; A. d'Orbigny (dont le voyage d'exploration eut lieu de 1826 à 1831) indiqua la rivière Otuquis; le lieutei Page, envoyé par les États-Unis en 1856, arriva à la même conc sion : « C'est seulement par les rivières qui communiquent avi Paraguay que les trésors de ses mines (il parle de la Bolivie) produits de ses forêts remplies d'objets précieux pour la.i

1. Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud, ' Bertrand, 6 vol. in-8°.

2. Voyage dans l'Amérique du Sud, par E. Grandidier, Pari M. Lévy.

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