‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 128 sur 151 · LES ORANGERS DU PARAGUAY · texte numérisé non relu

LES ORANGERS DU PARAGUAY

Grande abondance. — « On affirme que l'oranger n'est pas originaire du Paraguay; j'ai peine à le croire.

Depuis les rives de ses rios jusqu'aux gorges de ses plus lointaines sierras, auprès du rancho comme autour de ïestancia, ou dans la solitude de la forêt vierge, partout les arbres aux fruits d'or s'alignent, s'étagent, s'accumulent en massifs d'un vert profond ; partout, aussi loin que s'allonge le coteau, que s'étend la plaine, l'oranger dresse sa tête, accidentant la ligne bleuâtre de l'horizon des ondulations régulières de sa silhouette arrondie.

C'est bien là qu'il fleurit depuis l'origine des temps, — c'est là que Mignon a dû le connaître.

J'accorde sans peine que l'oranger doux, que le bigaradier, que le citronnier et leurs infinies variétés aient été importés par les conquérants espagnols ou par les jésuites; cela ne fait même pas l'ombre d'un doute. Ces fruits sont, en effet, originaires d'Asie, et l'histoire de leur extension est parfaitement connue ; mais il existe au Paraguay une orange particulière, légèrement acidulé, que par les fortes chaleurs on mange avec plaisir. Loin d'empâter la bouche, comme le suc trop doux de l'orange ordinaire; loin d'attacher au palais une amertume désagréable ou d'agacer les dents comme le citron, son jus laisse une impression rafraîchissante, dont la saveur aigrelette conserve à la bouche une délicieuse fraîcheur.

Cette orange ne pousse pas partout; elle croit de préférence au milieu de la forêt ou sur les bords des ruisseaux; j'en ai rencontré sur les points les plus reculés du Paraguay, dans

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