PROVINCES DU CENTRE
Chapadoes. — « Chaque plateau forme un tout, un monde spécial séparé des voisins par de simples érosions des cours d'eau ; larges, ces érosions deviennent de véritables vallées et peuvent même, en empiétant suffisamment sur le plateau, le réduire à une simple bande de terrain qui, surplombant des deux côtés, peut de loin être prise pour l'arête d'une chaîne de montagnes. Ces plateaux sont couverts soit d'un vaste tapis de graminées où paissent d'innombrables troupeaux, soit d'un lacis de plantes peu élevées que dominent les palmiers nains et les mimosées épineuses. Çà et là des bouquets d'arbres aux rameaux toujours verls, de palmiers aux feuilles panache, viennent récréer la vue.
Le voyageur emporté au galop de son cheval au milieu de cette immensité, baigné d'une lumière éclatante, respirant un air des plus purs, se sent envahi par une admiration et une joie paisible dont il gardera un long souvenir. Je ne connais rien d'attachant comme un voyage au milieu des chapadoes pendant la saison sèche et froide. Délivré des soucis de la vie à outrance du vieux monde, sûr de rencontrer partout le meilleur accueil, on parcourt ces plateaux en ne pensant qu'à admirer les magnificences de ces régions privilégiées, qui n'ont rien de la monotonie des pampas et ne recèlent aucun des dangers des plaines de l'Amérique du Nord. Celle région est celle de l'élevage, qui s'y fait par les procédés les plus simples et les moins coûteux. Les troupeaux de bœufs et de vaches errent en toute liberté dans ces pacages naturels, où aucune barrière, aucune limite, n'existe entre les propriétés. »(H. Gorckix, Bulletin de la Société de géographie commerciale de Paris, tome XIII, 1890-91, p. 21.)
Minas-Geraes. — « Saint-Hilaire a écrit : « S'il existe un pays qui jamais puisse se passer du reste du monde, ce sera certai-
nemenl la province de Minas. » Ces mots prophétiques sont encore aujourd'hui la plus belle synthèse de la superbe zone agricole de Minas-Geraes. On y trouve tout: depuis l'or et les diamants jusqu'aux plus beaux cristaux de roche; depuis le fer qui y forme les montagnes, jusqu'aux plus rares métaux qui accompagnent les minerais d'or, d'argent, de plomb et de platine. On peut y cultiver tous les produits agricoles : depuis le café, la canne à sucre, le coton, le tabac, jusqu'au blé, la vigne, la soie, l'olivier et tous les fruits de France et d'Italie. Tout cela sous le beau ciel du Brésil, dans lib 4rvmat qui fait les délices des voyageurs, dans un climat qui a doublé laVie du savant anthropologiste danois Peter- Wilhelm Lund, si renommé par la découverte de l'homme fossile dans les grottes calcaires de la province de Minas-Geraes. » (F.-J. De Santa- Anna Néry, le Brésil en 4889, Delagrave, p. 271.)
Matto-Grosso. — « Le Matto- Grosso est le véritable cœur du Brésil. C'est de là que sortent les grandes artères qui portent la vie aux points les plus extrêmes de ce grand corps. En effet, près de Villa-Bella, les sources du Guaporé, bras principal du Madeira, sont à peine éloignées de quelques centaines [de mètres des ruisseaux Aguapehy et Esliva, qui se jettent dans le Jauru, bras considérable du Paraguay. Au moyen d'un petit canal, que les Portugais ont tenté d'établir au siècle dernier, de petites barques à fond plat pourraient passer de l'un à l'autre, et effectueraient ainsi le plus étonnant des voyages, en allant de l'embouchure de la Plata à l'embouchure de l'Amazone par l'intérieur des terres. » (F.-J. deSanta-Anna Néry, le Brésil en 4889, Gh. Delagrave, 1889, p. 25.)